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Auteur Sujet: Minuit et Prague enragée  (Lu 1525 fois)

Hors ligne Merveil

  • Buvard
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Minuit et Prague enragée
« le: 10 Décembre 2020 à 19:24:40 »
Avant de commencer, un avertissement concernant l'évocation plus ou moins explicite d'amours saphiques, n'en déplaisent à certains...
Je suis ouverte à toutes les critiques !
Bonne lecture :D

*

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours.
RACINE
*

Silène a le regard accort, taiseux, qui lèche la vitre dans les coins, aux interstices où la buée s'épaissit moins et où, par un duel de transparences et de taches, se faufilent toutes les lueurs ; elle est ivre d'un peu de champagne et de Prague la grande, Prague l'allégorique, sa déliquescente majesté, Prague l'angulaire qui rouille sous le poids du ciel ; elle a comme la sensation d'une foudre sur les épaules, marbrée d'ombres alanguies projetées par les rideaux tirés, les sillons creusés par l'eau sur le verre gras. Le ciel est bas, insondable, pétri de ténèbres, et pourtant, il est assez tôt. On se croirait à minuit, que minuit frappe, désormais, à toute heure de l'existence, tombe sur tous les êtres avec des châtiments masqués, désigne quels rayons dehors auront le droit de percer les rafales, l'air palpable, la pluie lourde et sèche qui crache à tout instant des éclairs à fendre l'univers et dont le feulement rauque ébranle les corps et les âmes cois sous son joug. Silène jurerait que l'immeuble tremble avec elle, comme Prague tapie dans la tempête, car tout claque, grince, se courbature. Mais rien ne faiblit, c'est en elle, seulement ; l'immuable paralyse le monde. Prague est ancrée dans la terre, l'hôtel ancré dans son goudron, elle-même, ancrée dans le molleton du fauteuil en bouteille.

Engluée dans les dédales de sa pensée qui se croisent continuellement, Silène songe à des choses irrationnelles, des déterminismes, des convergences métaphysiques, des émulsions logiques, qui trouvent des raisons à chaque constat, la retiennent de poser des questions sans réponse. C'est plus fort qu'elle, l'immobilité draine sa volonté, elle ne songe plus qu'à des vers qu'elle a oubliés, à la violence, aussi. Que sait-on de la violence ? Des ritournelles, des échos, à peine. Ça devrait lui faire peur. Silène ne craint pas les orages, mais elle est bien jeune encore.

Comme elle spécule, elle se remémore la veille, les pavés lissés dans les rues, les aiguilles en équilibre dardées vers le ciel, la masse humaine uniforme et en branle des Praguois qui rentrent, sortent, s'épluchent ou se terrent sous leurs pardessus et leurs parapluies ; elle cherche. Il ne tonnait pas encore, hier, mais Silène se souvient bien des frissons, de la moiteur poisseuse que les semelles traînaient vers toutes les narines et sous les apparats, de cette odeur persistante qui a rassit et qui suinte encore de son manteau qui sèche, pendu à un cintre, sur la porte de la salle de bain. Elle mime l'indifférence. Il y avait déjà des crépitements dans le ciel de Prague, hier, dissimulés quelque part, imperceptibles ; elle le sait car leurs sursauts réminiscents ne cessent de s'éclater sur son épiderme avec la cadence d'un doigt convulsif, on dirait des bouts de souvenirs qui s'entrechoquent. Tout est question de causalité. Les écrivains sont partis, les livres oubliés, la littérature laissée pour compte dans les palais vides, la nuit précipitée à cinq heures de l'après-midi ; une éternité tangible, entière et sourde, lui paraît s'écouler entre deux flèches de pluie, mais elles sont vives, tant à s'écraser sur le dos de Prague qui dégorge, que c'est comme si une éternité durait à peine une seconde. Elle cherche le rapport entre le temps qui cède et ce qui paraît la bonne conception, n'en garde que des discordes. Ça lui donne mal à la tête ; il est minuit – minuit – depuis cinq heures, et elle ne trouve plus la logique qui devrait la contredire.

Les rideaux miteux ondulant près de sa tête au rythme de ses expirations sont en faïence, céladons, comme le fauteuil en bouteille, on en déduit la couleur lorsque la lampe, au fond, brille assez fort, et c'est un détail important que de savoir comme ils ont l'air de décrépir ici, depuis mille ans ; Silène les compare à des linceuls, la volubilité de ses propres cheveux, et elle se demande sans conviction s'il est juste qu'elle se souvienne de leur éclat perdu, d'une sémillance irrécusable surprise avec ravissement, lorsqu'elle a déposé sa valise sous la fenêtre en arrivant, si elle n'a pas mille ans elle aussi, claquemurés dans les cellules, ou si c'est juste son esprit qui divague.
Elle a froid subitement, la porte de la chambre s'est entrouverte, le courant saute et tue la lampe allumée sur la table de chevet, plongeant la pièce dans le noir, en même temps que déflagre un coup de tonnerre. Détournée de ses digressions, Silène suit la silhouette qui se faufile à l'intérieur, s'est imprimée en elle d'un un soubresaut sensible, portant des clés qui chantent, le mouvement pénible des membres las. Elle parle de la tempête qui s'enhardit avec ses murmures de contralto, de puissance, de temps — Silène écoute sans comprendre, hermétique au sens des mots survolant sans marquer, puisqu'elle se moque, elle, de la paperasse, des coups de téléphone que l'on ne peut plus passer, des vols annulés ; elle acquiesce, expectante, guette le regard d'Aster qu'elle devine au ras des ombres, Aster cabossée et franche, comme Prague, grande, brune, aux yeux d'absinthe insoumis, qui se révèlent soudain au grésillement de l'ampoule qui ressuscite, troués par l'empreinte d'une tourmente tue.
Il la faut dévorer sous les zébrures croquées à même la peau, sur les murs de la chambre, sur la porte qui s'est refermée chastement, Silène l'éprouve impérieusement, nécessairement, captivée. C'est une apparition, grandiose, adorée, qu'elle attendait sans y croire et qui la fauche, péremptoire ; le premier contact avec la muse, qui se tient plantée là, roide, soigneusement découpée dans cet espèce de brouillon de la réalité qui bruisse laborieusement, juste autour d'elle. Si elle avait pu, terrassée par la peur de rater l'essentiel, Silène l'aurait saisie, tout de suite, debout et d'une poigne ineffable. Mais assise, pétrifiée, tachycarde, elle sourcille à peine, demeure en statue.

Un frisson les traverse toutes les deux, elles se sourient, ne flirtent pas, leur tête est ailleurs et elles le savent, se l'avouent ; branlante sur les trottoirs, dans l'étau de la pluie qui transcende, aphone, emplie de doute. Aster, rompue, voudrait s'écrouler et dormir, se noyer avec Prague, dans les draps qui n'attendent plus qu'une étreinte ; quelle heure est-il ? Silène a rendu son œil impavide aux coins de sa fenêtre, méditant le rêve qui vient de la transpercer, disant

nous irons manger plus tard, l'orage se calmera peut-être.

Il est cinq heures et demi, la buée a gangrené le verre devenu opaque, on ne voit plus rien dehors. Le silence seul, tout bourdonnant de rage, leur rappelle que le temps n'a pas gelé.

C'est que l'orage commence à peine ; minuit durera longtemps.
*

Aster cherche une présence familière, un ancrage pour rassurer ses hantises sur les conclusions qu'elles s'interdisent de tirer, la pensée filiforme, sagement contenue dans ses prunelles qui s'altèrent sur l'anonymat des murs écaillés ; elle se demande ce qu'elle fait là, remet en question son identité, la fiabilité de son imagination ; tout, hélas, la précipite vers Silène qu'elle refuse de voir. Il n'y a rien de connu là où elle est enfermée, les ombres qu'elle prenait pour refuge se replient sur son corps comme si l'espace se résorbait, elle se sent sale et nue, honteuse comme une promesse violée, moite comme si l'orage sous lequel Prague se meurt exsudait de sous sa propre peau – tant de parallèles, de belles formules pour esquiver un petit mot qui la terrorise. Aster est une petite fille.
Où est passé le temps ? Quelle heure est-il ?

Silène pense à minuit, mais elle n'en a pas le droit, minuit est l'heure proscrite, minuit ne doit jamais être ; quelle heure est-il ? Aster cherche des horloges qui n'existent pas sur les murs de la chambre, qui s'allongent, s'étirent à l'infini, mais le ballet languissant de la foudre qui s'abat seul les sillonne, c'est très beau, ça mériterait des coups d'archet, des symphonies distendues, et elle a froid, si froid qu'elle est certaine qu'au premier frémissement, elle va s'endormir ou mourir de terreur, étrillée par une angoisse incoercible. Aster se hait, se lamente pour une faute qu'elle n'a pas encore commise, qu'elle se refuse à jamais envisager, mais lui noue déjà les sens, qui pourtant s'impose à elle. Elle n'a plus le choix, le temps n'est plus, il est minuit, et elle est déjà lasse ; elles ne devraient pas être là, les voilà prises au piège. Silène l'a capturée dans son œil clair, son œil livide qu'elle croirait sur elle si elle ne le voyait pas braqué loin, surplombant l'univers qui s'éteint, juste derrière la fenêtre.

Tu as peur,
susurre-t-elle, et Aster se laisse tomber sur le rebord du lit, toute force évanouie sous les plis des draps dégonflés.

Tu as peur de moi,

et c'est bien vrai, Aster a peur, mais elle ne sait plus de laquelle des deux. Elle dit,
nous ne devrions pas être ici, je n'ai pas le droit, toi non plus,

le tutoiement lui presse les lèvres ensemble, se refuse à toute autre formule, gobe les souffles qu'elle retient. Silène a l'esprit tout encanaillé, qui turbine entre ses tempes bleuies, transi, muet ; elle sait, elle sait bien sûr, mais elle s'en moque, la muse l'habite déjà, Prague a disparu, l'orage commence à peine.

Tu as déjà commis la faute, Aster.

Aster s'allonge, il faut qu'elle dorme, qu'elle disparaisse, que la pensée cesse une seconde. Bien sûr, qu'elle a déjà commis la faute ; en songe, elle la commet sans fin. Pourtant elle voudrait se l'arracher de l'âme. Silène se meut, et Aster clôt les paupières, incapable de l'affronter ; elle se demande si elle va la rejoindre, ramper avec ses feux coupables jusqu'à l'étreinte qu'elle lui refuse, mais rien, elle n'a fait que laisser rouler sa tête au fond du fauteuil en bouteille, et son regard, chargé d'affects métempiriques, se joue de cette cécité prude pour s'imprégner d'Aster qui vacille, les angles de son hâle pâlissant de rage.

Elle se mesure, elle n'est pas assez pleine de cette muse qui gît sur le lit blanc d'écume pour aspirer à autre chose qu'une contemplation muette ; cela viendra. Elle n'est point pressée, le temps déborde entre les lattes du parquet, et Aster sommeille déjà.

Dors,

ordonne-t-elle.

Le préjudice viendra plus tard.

*

Une caresse polaire atténue par ses frôlements volatiles le tapage confus et bistre terré sous un front plissé qui l'écueille. C'est comme une aiguille qui palpite, distille l'idée vague d'une dimension autre, bien moins sinistre, à portée de paupière, titillant les cils. Aster a soudain tout un visage pour seul vision, deux plaines vastes et albescentes, deux pupilles vibrantes abîmées au fond des siennes ; quand a- t-elle ouvert les yeux ? C'est absurde, elle ne s'en souvient plus. Cela pourrait faire une seconde à peine, comme quatre nuits, qu'elle n'en aurait décelé la différence.

Réveille-toi,
sourit Silène ; ça sent le pain humide et le café refroidi, la pluie lapide toujours les vitres qui résistent, mais les rideaux céladons se sont refermés, il fait nuit en diable, des vapeurs topaze dégorgent d'une ampoule à incandescence mourante, qui grésille fébrilement depuis la lampe de la table de chevet.

Les doigts de Silène se balancent sur ce front qu'elle se rappelle être le sien, maintenant qu'elle revient à la conscience, et en déchirant ses cheveux par la douceur de leur geste, ils paraissent plus froid encore qu'ils ne le sont vraiment. Aster transit d'une quiétude immarcescible, l'âme laquée, polie par le grondement givré qui fait écho aux doigts de Silène sur son front, dans ses cheveux, à fleur de lobe, en cisaille sur le nez, légers à les confondre avec des mirages.

Réveille-toi,
sourit Silène,

il faut manger, il est bien tard.

Aster craque de tout son long, l'ossature rouillée, qui se met à trembler subitement parce qu'elle déplie son corps flétri, s'étire comme un chat en luttant contre la gravité. La gravité faillit toujours sous le regard de Silène.

Quelle heure est-il ?

Minuit s'étrangle dans leurs poumons.
Il est huit heures.

Curieux, pense Aster, je croyais qu'il était minuit. Elle ne dit rien, de peur que la culpabilité ne revienne lui grignoter les membres.

Il pleut toujours ?
Il pleut toujours.

Mais la fatalité s'est lassée entre temps, on oublie l'orage qui hurle dehors, tant son fracas nous est devenu naturel.
J'ai du pain et du café,

Silène se redresse, malhabile, sa tiédeur enfume ses gestes ; elle tombe au pied du grand fauteuil en bouteille qu'elle a tiré près de la ruelle, des mèches en bâtons balafrant ses épaules, une vibration indécise l'électrisant dans la cage thoracique.
La muse est belle, bien trop belle, et elle est tétanisée derrière les yeux, par cette présence qui la pénètre comme on éventre une toile par excès de violence, un portrait qu'on ne parvient pas à peindre ; elle voudrait la saisir de nouveau, mais se retient, se fait violence, s'écrase contre la céramique de la tasse qui fait barrage. Qu'elle ne la laisse pas tomber, surtout. Quelque chose de plus grand qu'elle la submerge insidieusement, c'est le ressac ; elle exulte.

Aster s'assoit juste en face, et le tabouret où l'attendent une assiette et un bol lui paraît un mont colossal qu'elle contemple de dessous, lilliputienne, sur lequel trône le modèle d'une nature-morte. Le pain est humide, il faut le mâcher avec industrie, et le café est noir, noir, noir et tiède aussi, comme si toute sa chaleur avait été absorbée par les murs, par les rideaux, les draps avant qu'elle ne s'éveille ; leurs arômes se confondent, et Aster, sans se l'expliquer, se persuade qu'elle consomme des fragments de Prague imbibée à défaut d'une autre chair.

Et tout à coup, elles parlent, il est presque neuf heures ; où est passé le temps ? C'est la littérature qui dérèglent leurs raisons fugitives, elles ne savent plus où elles se trouvent, de combien serait l'interligne suffisant pour traduire le langage de leur communion secrète, de quelle couleur se peint le vide lorsqu'il est saturé. Elles parlent enfin.

On croirait la pluie le bruit des bottes, les confidences, les aveux qui creusent les dents. Minuit approche, et il y a tant à dire.

*

Silène se complaît bien dans le ton liquoreux d'Aster, elle est ivre, parfaitement ivre des vapeurs que chaque mot qui circule enfonce dans ses veines, le goût de l'absinthe, suave et nébulaire, gerçant les lèvres, gerçant le cœur qui papillonne au bout des doigts. Ses sens concupiscents se cognent, modèlent l'univers clos où toutes ses passions sont cadenassées, ont confondu mille fois déjà le Beau et l'œil d'Aster qui fourmille sous sa langue et quelque part dans une ride de son poignet gauche. À quoi peut bien servir le langage quand les corps se répondent avant la raison qui se traîne ? Ou peut-être s'agit- il d'une forme de Littérature qu'on n'avait pas soupçonnée.

Peut-être ; une forme de violence supplémentaire !, c'est un mot immodérément dangereux, non réfléchi, décapant les âmes à l'instinct, dans un esprit comme le sien, comme le leur, dès qu'il s'impose — il ne peut appartenir au langage, il est trop insidieux. Une infinité de peut-être dans leur maudit microcosme ; un univers entier tenant entre deux soupirs, entre la chambre d'hôtel et le reste du réel, contenu par une fenêtre, à peine une fenêtre floue, sous l'empire d'un orage inouï.
Silène s'est égarée rien qu'en songeant à l'éventualité, à tous les peut-être qui découlent de ses silences. Quelle heure est- il ?

Le courant saute, la chambre disparaît un bref instant, et toute la verve de la tempête se jette à l'intérieur au travers des rideaux céladons, on dirait une gueule de feu givré, le ciel qui se fragmente sur la tête de Prague enlisée. La lumière est revenue, Silène n'a pas eu le temps de voir ni de tourner la sienne, et pourtant, Aster a cru au passage d'une seconde nuit, qu'elle se serait faite arracher. Elles se croisent, et ne se reconnaissent pas. Elles se sont tues.

Aster se demande comment c'est possible, de n'avoir jamais vu quelqu'un que l'on voit tous les jours, et remet tout en question de nouveau ; elle n'est plus certaine de connaître son âge, ni le sien, ni leurs noms. Silène est ancestrale, un paradoxe s'est encastré dans ses traits jeunes et les dérèglent, car elle est jeune pour connaître si peu de la violence, et c'est la dernière certitude tangible avant le vertige suggéré, tout ce sur quoi Aster peut compter. Que savent-elles ? Rien, hormis qu'elles sont là, que le café s'est évaporé dans les paumes de la porcelaine, et qu'elles croient comme par dépit à l'éternel retour qui les réunirait, peut-être, dans son absurde finalité.

Aster se souvient de la poigne impérieuse de Silène et comprend, maintenant qu'elle en est pénétrée : c'est l'impavide, l'inflexible, l'irrévocable rencontre entre l'Artiste et la Muse.

Voici ma thèse : l'Artiste aime courir tout nu — détail essentiel —, l'Artiste est une particule métaphysique, dense et instable, aux charges éclectiques, qui voudrait s'effondrer à tout instant ; l'Artiste est un aliéné, le point virgule à l'hémistiche, il veut avoir le vertige et même sauter par dessus le garde-fou, s'écraser, se fracasser l'enveloppe au terme de la chute, et la chute de l'Artiste, c'est son Art, et plus il se fracture, plus vivant il se sait en valsant avec la mort — non pas du corps, mais de l'âme, et du vertige qui le rend ivre de sa folie comme Silène de l'absinthe et des contraltos d'Aster — l'Artiste est fou ; il ose voir.
La Muse est l'infernal peut- être qui se pâme, ensommeillée, dans ses drapeaux de conquête ; un sein à l'air et qui apprend tout juste à respirer. Elle n'a nul besoin d'être nue, elle est le voile des émois débiles dans lesquels l'Artiste veut et doit soupirer, et elle est tellement sage que si elle sautait elle ne pourrait que tomber dans le ciel, elle tomberait dans l'orage de Prague la tête la première ; c'est dans son flanc, sans faute, que la gravité faillit – juste sous le regard de Silène. La Muse est l'antithèse de la vérité et pourtant l'inspire ; l'aspire ; comme elle aspire les murmures de ceux qui la reconnaissent et osent baisser les yeux. La Muse regarde le Temps et lui donne une définition simple : le temps est ce qui n'est pas moi, et si j'ignore qui moi est, j'ignore ce que Temps veut dire. Elle est sournoise et souveraine, régente des ombres et des imaginaires, puisque les rêves sont tapis dans le noir. La Muse est un corps céleste, elle inocule tous les mots du monde, et même ceux qui ne sont pas encore ; elle tétanise, déchire, pénètre par tous les sens ; elle est une fièvre qui écorche, ou elle n'est pas du tout.
C'est le ravage de l'âme, c'est le ravage de l'Art. Elle est — mais elle n'est qu'à minuit.

Peut-être que finalement, Artiste et Muse sont confondus, épiloguent.

Peut-être, oui. Mais nous en avons déjà parlé,

répond Silène à ce qu'Aster a pensé tout haut. Elle est pitoyable, se recroqueville en coquillage au fond du grand fauteuil en bouteille qu'elle a ramené près de la fenêtre. L'ampoule à incandescence est morte, elles font le deuil de ses miasmes topazes, maintenant que tout n'est plus que silhouettes. Au loin, une cloche de Prague sonne minuit en onze coups.

On entre dans l'ère de la contemplation qui précède l'effondrement — le douzième est en suspend.

*

Une aigreur aseptisée et aux symptômes graisseux s'évade de la gueule carrelée de la salle de bain, on dirait l'haleine amère d'un mourant qui succombe ; c'est l'épaisseur qui s'évapore enfin en glissant sous la porte presque close, les dernières chaleurs des passages sous le pommeau et son crachin bouilli qui refroidissent sur les murs. Silène se dit que c'est une odeur bien différente de celle de la pluie qui tombe dehors, et elle regrette que sa peau sente le savon plutôt que le pétrichor, et qu'il fasse si chaud dans cette chambre, alors que le vent fait geler les bordures fissurées de la fenêtre. L'orage s'est tu, mais elle ne sait plus quand ; le ciel est très bas, tout est ténèbres et reflets extatiques, la tempête s'est enhardie, c'est une nuit en diable, figée, qui n'en paraît pas une, et le goût du café est un spectre sur son palais ; Prague entr'aperçue est une anamorphose.

Il y a Aster derrière elle, Silène la sent plantée dans sa gorge, elle forme une ecchymose roussie et fébrile dans l'angle mort du regard qu'elle ne lui accorde pas — la jalousie resquille ces regards-là. Silène a peur désormais, de la Violence, de la Beauté, du Temps et surtout, surtout de l'heure des corps qui n'est pas encore, de la Morale sardonique qui lui fait trembler les doigts. Il y a Aster là, derrière elle, elle a dans l'expression quelque chose de capiteux — l'absinthe —, de vibrant, de brut, qui déchire la gorge de Silène en s'y enfonçant, distille la dilettante des vertiges insoupçonnés : elle est en colère, elle fulmine.
Elle est atavique, cette colère ; c'est un anathème, sa raison étouffée entre parenthèses, la morsure injustifiée d'une latente injustice, l'égo qui gambille.

Il y a Silène qui trône dans le fauteuil en bouteille et les rideaux céladons qui lui souillent les cheveux, Prague qui la spolie, la blanchit avec ses lumières de ballets, l'hypnotise. Aster se sent vide, nue, les poumons perforés, fêlée par ce silence qui pèse sur sa colonne. Elle voudrait lui crier des choses affreuses, lui dire que ses silences l'abîment, que si elle doit contempler quelque chose, alors qu'elle la contemple, elle, puisqu'elles sont prisonnières, puisqu'elles ont déjà commis la faute avec une voracité que la prudence les défend de décrire. Peut-être même qu'Aster a parlé à voix haute, et ne s'est pas entendue, parce qu'il lui semble que cette moiteur dans l'air l'a envahie. Comment savoir ? Ça n'a aucune espèce d'importance, puisqu'elles n'ont pas besoin des mots, ne les ont jamais utilisés que pour se fondre parmi les autres, l'enfer.

Elle cherche un seul instant où elles ont eu à parler pour se comprendre et comprend seulement qu'elle ne la connaît pas du tout, cette créature dans son fauteuil, qu'elle a traînée si loin des limites que la morale leur imposait — tant de crimes commis déjà dans cette chambre d'hôtel. Cette révélation subite, baroque par son évidence, un voile qui tombe, attise la colère dans ses cellules.

Regarde moi.

Elle gronde et on ne la confondrait plus avec l'orage puisque l'orage s'est tu.
Regarde moi.

Elle implore.

Silène lui fait face, toute son âme se déverse dans son être, elles sont braquées l'une en l'autre avec des crimes, toujours les mêmes, pendus au bout des cils. Aster est drapée dans une écharpe satinée, d'un vermeil vespéral et orgueilleux, saisissant les pensées qui transitent et qui jouent aux fugitives ; elle est brune, et son œil lucide la scalpe scrupuleusement : rudesse, vieillesse austère et rauque, percluses dans sa grâce de statue, la légèreté de sa jeunesse insolente. Silène est empourprée par la solitude, roide, sensible au delà du traduisible, et se demande comment elle a pu résister aussi longtemps à la fatalité qui les lie.

Tu ne parles jamais,

reproche Aster,
tu mens.

Et Silène a toutes les confessions, tous les aveux, toutes les passions endiguées qui lui vilipendent l'œsophage.

Patience,

intime-t-elle,

il est minuit moins une.

Aster se dit que Silène se moque d'elle, qu'elle craint minuit sans savoir ce que c'est : minuit des confidences, du pardon et de la pénitence, minuit l'heure où tout abdique et se rompt, gémine, gémit, jouit d'être escamoté par la mémoire ; minuit c'est la scène du crime, minuit cloque sur le sol, gondole dans les fibres de cette chambre, congestionne les respirations ; c'est quoi Minuit, le paroxysme ? Minuit démantibule les conscients, en fait des corps battants et des cambrures creuses. Un rire fuse, mais ce n'est pas un rire, une complainte, à peine.
Nous sommes bêtes,

suffoque-t-elle,
deux parfaites idiotes.

Tout parait si fixe dans le monde réel que ce qui vit, Silène qui se détache, lui paraît faux.

Nous ne nous aimons même pas encore,

répond Silène.
On dirait qu'elles se sont attendues longtemps pourtant, que c'est la dernière station de correspondance, qu'elles se sont aimées dans d'autres vies, dans d'autres chambres, sous d'autres orages, sous l'empire d'autres émois et d'autres trêves. Elles ne s'aiment pas encore.

C'est ça ; minuit est la dernière station de correspondance entre l'art et le souvenir, c'est la morale qui sature.
C'est l'heure où la bêtise devient belle.

*

Silène cherche Aster comme si elle n'était plus là, comme si elle ne l'avait jamais été ; elle aspire à son existence avec angoisse, la supplie de la saisir, tout de suite, vite !, après l'avoir niée dans ses angles, l'avoir crainte, l'avoir promise à des fantasmes secrets, sombres, dissimulés en elle. C'est une malédiction, Aster est gravée dans ses gènes, grave et torrentielle, insoumise, esthète ; muse. Ou est-ce le contraire ? Elle a repoussé minuit bien trop longtemps, mais minuit rampe sans cesse, minuit n'obéit point. Aster n'a plus de colère ; elle s'est éteinte, la pluie dehors l'a atteinte sans doute ; elle a l'air abattue, rompue, lasse d'une furie éviscère.
Tu sais que ça ne durera pas,

dit-elle,

minuit est éphémère.

C'est une sentence qu'elle a honte de prononcer, qui lui presse les côtes, et qui n'a rien de chaste, pourtant ; quelque chose se languit sous ces mots. Silène le sait. Un sarcasme la secoue, un désir pulsionnel de provoquer.
Je sais bien. Que feras-tu alors ?

Aster feint, c'est son tour de mentir. Elle tend sa joue aux ombres pour cacher ses moues de Silène, qui lit, devine sans qu'elle n'ait rien à dire, puisque c'est la première question à laquelle elle a répondu, en rêve, quand elle a commis la faute. Bien avant Prague ; une fièvre qu'elles ont partagée sans jamais en révéler les arcanes, qu'elles ont tenu pour soupape aux moments de frôlements impromptus, aux échanges de regards trop palpables pour être innocents. Elle ne s'esquivera pas. Aster cherche dans les questions répondues une façon de distordre le temps.
Elle fait l'idiote, puisque ce rôle lui sied si bien.
Quand nous serons rentrées ?

Silène grince, forcée de se souvenir que l'univers ne s'arrête pas après Prague, que cette chambre n'est qu'une fraction du réel, un dérapage scabreux.
Moi je te chercherai encore, sans rien te dire.

Aster voudrais lui répéter qu'elle ne dit déjà rien, mais comment lui reprocher ? Le langage flétrit, inconciliable avec elles. C'est une contrainte — l'inconditionnel transcende ces limites-là. On ne parle pas, on trémule seulement ; après, peut- être, on en fait de la littérature.
Et quand tu me trouveras,

confesse-t-elle, graveleuse,

je te vouvoierai et tournerai la tête.

Elle ne révèle pas qu'elle a oublié comment faire, puisque le tutoiement lui grignote les lèvres, et que sa nuque est rigide.

Ignore-moi.

Silène n'est pas furie, elle non plus, mais elle a trop conscience de ses viscères qui s'entortillent.
Elle se lève mais elle ne tombe pas vraiment, la gravité faillissant sur ses reins, des fêlures à l'équilibre qu'on devine sur ses chevilles étiques. Elle s'approche, chaloupe, et Aster cède, comme si elle avait gagné ses flancs, ses coudes, ses rages à l'angle de la mâchoire qui lui font tressauter les artères, déjà, rien qu'en bougeant.

Ignore-moi

— c'est un défi, une révolte —,
même quand tu n'es pas là, je te trouve. Je rêve que je dors et que je rêve aussi, puisque dans mes rêves il n'y a que nous.

Que dit-elle, s'affole une douleur sous le sein d'Aster, que dit-elle ? Elles ne se sépareront jamais, toutes les nuits abdiquent et se vouent en secret, à l'autre, à soi même. Une nuit à faire de l'art ou à déchirer le souvenir de la muse, la toile, la page ou la muse elle-même. À quoi ça sert ?

Perfide,

susurre Aster, et l'absinthe dans ses yeux a perdu son faste, ne réfute plus, transit à peine.

Tu n'as pas le droit d'utiliser la poésie contre moi.

Elles sont si proches que la poésie pénètre Silène par la bouche et lui remonte directement dans l'âme, s'y verse goutte à goutte.

On ne combat l'art que par l'art,

dit-elle, et comme elle est très douce, Aster accepte la caresse polaire qu'elle courbe sur son front poudreux une seconde fois, qui trottine comme un phalène expirant, réveille en elle l'idée vague d'une dimension autre, bien moins sinistre, à portée de paupière, titillant les cils. Les sens exultent, et les corps, malgré tout, par un prodige insoupçonné, les contiennent.
Nous aurons été si proches, si proches,

prédit Silène, sobre après les ivresses qu'elle a souffert, et solennelle,
que tu auras bien froid ensuite près des autres.

Elle ne tient plus une femme, en coupe dans ses mains d'efflanquée, à peine un éclat, mais ô combien digne de prose s'il y avait des mots dignes de lui.

J'ai déjà froid.

Le contralto est mort, elle pleure, c'est une reddition, un abandon enfin consenti. Silène l'avale, de son étreinte, ce désordre de lèvres, l'émail abîmé sur sa gorge, avec une véhémence telle qu'elle ne sait plus laquelle des deux brûle l'autre. Le vertige les éclate sur le sol, qui pourrait aussi bien être le plafond, pour peu qu'on sache se défaire de lui.

Inutile, bien sûr, de demander l'heure qu'il est.

*
Silène apprend comme on n'apprend plus sans froisser la morale, les nœuds d'Aster au dessus d'elle et son murmure contre ses lobes, entre deux cheveux égarés qui flottent d'un creux à un autre ; Silène apprend le frottement échaudé des tissus, des chairs, des phalanges et de leurs meurtrissures qui la guident vers les souvenirs éclatant dans leurs vaisseaux, se fissurant sous l'émail ; et la saturation finale des souffles sidérés, les dimensions nouvelles entrevues entre quatre cils sous le poids des paupières closes. Silène apprend tant qu'elles parlent, rient en soupir, tant que les mots se bousculent, tout dévêtus, asémantiques ; voilà Silène à la gorge méthylène qui prête sa voix à tous les cris, hulule sous la bâche nocturne et la rage lapidaire de leurs minuits sacrifiés, saisissant les éclats turbulents d'Aster, ses contraltos moulus, ses râles.

Les draps les blessent, obstruent l'osmose qui se noue — car tout est nœud ; épitase ; et Aster ne sait plus qui commence où, où s'achève qui ; elle a soudain, dans ses transports, besoin de citer Prévert à une Silène — que disait Valéry ? —, étourdie, ivre d'empyreumes, des miasmes transitant dans leurs haleines confuses qui n'ont plus rien avoir avec la lumière :

le désordre des êtres est l'ordre des choses.

C'est une excuse, et la voilà recouverte, Silène se moque d'elle et d'elle-même.

Je suis pleine de désordre,

lui répond-elle, mais elle ne sourit pas longtemps, car Aster déborde.
Ne ferme pas les yeux,

ordonne-t-elle ; Aster, suspendue, époumonée, cherche les ongles qui ont disparu, leur cadence alors qu'ils ralentissent, lui cambrent le souffle.

Pourquoi ?

Elle se fait violence, tente de desceller ses paupières qui ne lui obéissent plus qu'à moitié ; où sont les ongles ? Ils lui doivent revenir.

Tout mon sang coule dans leurs regards,

murmure Silène, et Aster se dit qu'elle est bien perfide pour plier ainsi la poésie à sa volonté.

Qu'as-tu dans les veines alors ?

C'est une question qu'elle n'a pas besoin de poser mais qui lui échappe, par l'empire de la contradiction, alors que tout son être qu'elle ne contrôle plus se tord, se plaint, pleure ; elle est si près du vertige, si près.

L'absinthe

— Silène la mord, avec ses dents, avec ses mots —
qui rugit, à flots insoumis, à décaper des âmes, dans tes regards de femme.

Les langueurs se muent en menaces, et un grand froid, un froid de novembre, se glisse entre leurs peaux.

Ne ferme pas les yeux, sinon je te laisse là, je pars, tout de suite.

Mais c'est un caprice qu'Aster lui refuse.

Tu n'oseras pas.

Et elle n'ose pas, car éprise ; dévore plutôt ; dans la chute qu'elles entament, deux iris la transpercent, tout est en elles ; la conflagration des émois, et des vapeurs spiritueuses comme ses contraltos, comme Prague la brune (ou est-ce Aster sur l'oreiller ?), que Silène serait morte de n'avoir jamais bues, de n'avoir jamais vu jouir.

Si Minuit venait tonner, plus fort que l'orage, elles ne l'entendraient point.
*

La chute vers le péché s'amorce par les soupirs placardés sur leurs poitrines ; les minuits du peut-être, de l'hypothétique, figés dans le langage de leurs communions secrètes, inadmissibles, inavouées à elles-mêmes ; l'Art qui perd tout contrôle sur son facétieux magnétisme. Le premier minuit est une ordalie, toujours confus, mais subtil ; tuméfié car les sanglots peinent à éclater, et suintent, seulement, où les coteaux sont encore couverts. Prague est amnésique, la chambre d'hôtel est close, les enchevêtrées, qui se dévisagent, nyctalopes. Silène, quand elle a bousculé les pudeurs blotties sous le satin vermeil qu'Aster prenait pour armure avant de se laisser sciemment dépouillée, veille désormais et médite la précipitation avec laquelle il lui a fallu demander si un homme l'avait jamais aimée comme ça, sans être en mesure ; puisque dans la plus intime démesure ; de saisir la moindre réponse à une interrogation aussi absurde.
Elle médite la sémique d'un mot qui n'en a aucune — qu'est-ce qu'un homme, avant d'avoir un corps pour aimer, et pourquoi devrait-elle se soucier de ce genre de détails ? Des échos de métaphore lui viennent et la contrarient, car la voilà qui songe à des choses bien lointaines comme des tiges, des dalles érodées, le musc et les mailles filandreuses des édredons usés, avec une violence indiscutable s'ébattant encore dans les recoins de ses membres, qui lui arracherait des hoquets, de la sueur et des foudroiements, sans Aster pour ceinturer ses excès de zèle.

Elle ne connaît pas les hommes, ni les femmes, ni personne d'autre au monde que le reflet d'elle- même qu'est cette créature, fastueuse, ineffable qui la voit, au travers des brumes épaisses qui s'amoncellent dans son esprit. Elles ont les mentons scellés, et Aster se demande si elle est mortelle, comment elle survivra au grand gel quand minuit prendra fin et que Silène en elle ne sera que souvenir. Comme il est ardu d'envisager le néant, lorsque la plénitude engorge l'être, que le centimètre entre les peaux paraît un désert infranchissable...

Aster se figure les mains de Silène en dégringole contre les frissons de ses flancs. Silène si rude, si nébuleuse par la violence qui se condense dans ses caresses, Silène qui lutte contre un ennemi intangible mais là, en elles, à tout instant — minuit qui s'érode ? Elle était poétique, mystique, tandis qu'elle l'écorchait, et maintenant elle est engoncée dans cette effervescence de la mémoire avec la délicatesse d'un pétale tout juste arraché à l'éclosion. Elle porte bien son nom, même sobre.

La passion est une chose amère, songe Silène, empreinte de violence, prenant l'abandon pour seul témoin, pour premier adieu ; elle déteste le temps qui condamne tous les minuits à ne jamais durer et les traces des corps qui fuient à demeurer en spectre sur ses paumes. Où est passé l'hébétude ?
Elle regarde Aster et une rage injuste siffle dans ses bronches, qui abâtardit drastiquement la pureté, même fallacieuse, de leur quiétude partagée. Tout se rompt.

Le souvenir est-il l'ultime violence que l'esprit impose à l'âme pour la punir de son indigence à retenir le temps ?

Aster rit, attendrie par son incertitude, le tact qu'elle n'a jamais su manier, son timbre qui s'éraille aux syllabes plongeantes, les ombres qui tracent des halos vipérins sur toutes les cimes de son visage.

Tu me poses des questions auxquelles je ne peux pas répondre.

Piquée, Silène se dresse, toute sa chaleur se déverse sur Aster, lui mugit sur les narines. Elle s'ébroue du besoin de savoir, avare d'absolu, des solutions auxquelles elle ne pourra qu'aspirer ici, à Prague, à minuit, sans autre espoir de retour. Elle crochète ses doigts à une peau qu'elle pense être la sienne.

Pourtant tu sens en toi comme les émois les plus violents sont ceux que l'on ne peut oublier ?

Et comme si elle voulait le démontrer, elle creuse des tranchées dans les vallons qu'elle survole, et Aster perd le sens du moi, à peine une seconde, avant d'en accuser la réplique.
Il y a des émois si violents que notre esprit les étouffe et nous les cache.

Elle se demande si minuit en fait partie et si c'est ce qui l'auréole de tant de mystère.
Crois-tu que nous oublierons Prague quand nous l'aurons quittée ?

Il y a une épouvante dans cette idée, une douleur qui élance, ankylose. Silène se moquerait bien de tout oublier de Prague, mais cette chambre, cet orage...
Larme. Que fait-elle là, l'évadée, à saler des baisers débordant bien assez ainsi ?

Je ne saurais le dire.

Une épaisseur amollit tous ses mouvements, et Silène s'affaisse, pépie, et on croirait que sa voix, élevée au delà du murmure, crépite.
Alors c'est que je ne te sers pas assez fort,
mais déjà elle se presse, se presse et se moule avec sa chair toute broyée, voudrait que par sa force et sa véhémence les vaisseaux en elle éclatent et se dispersent, qu'elles convergent, distordent la réalité, se cloisonnent l'une en l'autre comme deux emmurées.

La matière se souvient-elle ?

Aster geint. Elle est émue. Elle voudrait ne plus respirer.

Je n'en sais rien, pourquoi ?

Silène, féroce, l'arrache à l'ouate de l'oreiller, et elle a l'autorité des grands romans, de l'insaisissable, du vide sur la conscience.

Si la matière se souvient, alors Prague ne nous oubliera pas

— Aster cherche Prague sous les rideaux céladons, qui louvoie contre ses cuisses, contre son ventre déchiré —
tous nos souffles sont enfermés pour toujours dans les murs de cette chambre.

Silène enfonce, écrase, ôte, cherche, blesse, concasse les brames, les bras, les muscles fatalistes. Elle convulse.
Si je peux forcer Prague à se souvenir je peux t'y contraindre aussi

— incendie —

je veux être violente avec toi, forcer ton corps à me répondre et à me souffrir quand nous quitterons Prague et que tu m'ignoreras, sachant au moins que si tu me refuses tes regards

— et elle les écartèle, les dits regards, et le ressac d'absinthe qui refluait s'encolère de nouveau —

ta mémoire m'aura encore.
Que sais-tu de la violence ?

Les rôles s'inversent. Silène souffre plus qu'elle ne veut bien l'admettre, ses joues laquées et pleines de bruits la trahissent.
Tu es encore si jeune...

Qu'en sais-tu ? Voudrait lui cracher Silène, mais déjà elle sent que le sommeil l'avale dans son sournois marasme. Je suis plus vieille que toi... Elle parle, et sa voix s'emmêle avec les ombres qui croupissent à leurs chevilles.

Guérit-on de la violence ?

Ce n'est pas la bonne question, voudrait répondre Aster, ou plutôt, on oublie l'essence du problème. Ne faudrait-il pas savoir quelle maladie est la violence pour savoir si elle est incurable ? La violence est opaque, pathologique, peut-être même atavique, qu'en sait-on ? La violence c'est l'humain, sa haine, le froid qui corrode, les bruits qui claquent, les silences de l'amour ravage qui calcinent les plus raisonnables, les ongles dans la
chair, les couteaux dans la gorge — l'enfance, les hendécasyllabes, l'indifférence, l'angoisse, la beauté, le rêve ; minuit ! Minuit, c'est la violence, la violence, c'est la dernière station de correspondance, c'est l'oubli, un aveu débile qui se soulève mais n'atteindra jamais personne, une lettre qu'on détruit avant de l'avoir ouverte, les corps entrechoqués, la littérature, l'artiste, la muse, rien. Tout est violence. Aster sourit, car Silène, ses grands élancements, sa frustration, sa douceur saccadée lui renvoient ce qu'il y a de plus essentiel. Sa propre violence...?

On ne guérit de rien,

effleure-t-elle, enjôleuse,
ni de la violence ni de ce qui l'inocule.
On ne guérit pas de la pensée, ni du sommeil, ni de l'oubli ?

Quel ravage cette créature, cette opprobre qui voudrait l'assommer avec sa philosophie, sa passion, son art de l'âme et ses ivresses.

J'espère que non.
Et l'innocence ?
Fermant les yeux, elle entend comme la pluie cède dehors, sur la couronne de Prague.
J'espère que c'est la dernière chose dont on guérit.

Elle se demande ce qu'est l'innocence et n'en a pas la moindre idée. Alors Silène, chevrotante et moite encore du sommeil qu'elle chasse de ses paupières, s'extirpe de tous les nœuds qui la faisaient captive et hume, dans les remous mordorés de leurs cheveux, comme d'étranges fleurs qui pourrissent et embaument. Elle se lève, Aster la guette sans comprendre, sans rien dire, étendue là, dans ses vagues de lin et de plis, et Silène lui paraît immense, éminente, éburnée ; nue, et d'opales éphélides constellées sur la robe. Elle a minuit en cavale dans le cadran des yeux, des supplices dans les phalanges.

Danse avec moi. C'est toute la vie qu'il me reste, avant l'aurore.

*

Les ampoules sont algides, énuclées, en éclats parsemés aux pieds du grand fauteuil en bouteille qui projette son ombre vaste dans la chambre déjà sombre, et le silence tout autour est sourd, enragé. Silène est soûle, ivre d'absinthe — et d'empyreumes, branlante dans l'étreinte éperdue d'Aster qui la saisit, la hisse jusqu'au bord de ses lèvres. Il est toujours minuit, et elles dansent, elles valsent comme elles palpitent, depuis des heures sans doute, les corps emboîtés, calcinés par la pudeur des mouvements qu'ils bousculent, sur la cadence de l'orage lascif que Prague ne dévore plus. Silène titube, le front qui roule du menton à l'épaule, le souffle dans la clavicule d'Aster qui la cherche.
Ne t'endors pas,

murmure-t-elle, guettant son lobe, le contralto rendu rauque d'une indécente douceur. Silène s'enfonce encore dans ces bras nus qui la protègent, dans la spiritueuse chaleur d'Aster et son regard débordant, avec le désir viscéral de se laisser sombrer, les membres déjà pris dans le marasme du sommeil. Sa gorge frisonne, elle tente de se souvenir comment former des mots, ses paupières, elles, ont déjà tout oubliés et ne clignotent même plus.

Mais je veux dormir,

se plaint-elle, froissant sa poigne sur les cheveux sa chimère, les nœuds qui roulent entre ses omoplates ; après la violence, les écorchures, les irrésolus de l'existence. Aster baisse la tête, écoute leurs souffles qui se balancent pour ne pas les priver d'équilibre, puis rit sous cape, sans un sursaut.

Pourquoi ?

Il est minuit, elle devrait pourtant savoir que les questions sont sans réponses.
Elle imagine que dans ses bras, Silène se meurt, se fane, délicate comme un secret oublié au creux d'un vase, comme la lumière qui fut jadis prisonnière des rideaux céladons. Elle s'abandonne à ces souvenirs là, qu'elle imagine, sensible, lucide pour un instant de plus, et s'embourbe lentement dans les murmures de Silène, si bas, qu'elle doit tomber contre elle pour les saisir avant qu'ils ne se perdent.
Dans mes rêves il n'y a que nous,

répond-elle, évanescente, hissée sur la pointe de ses pieds blancs. Aster n'ajoute rien, ferme les yeux, pense à Prague qui s'est tue sous l'empire de ce corps minuscule qu'elle garde tout enlacé entre ses membres, aux rêves de Silène où tout doit être si simple, si évident, aux engelures qui courent sa peau quand ses lèvres s'éloignent, à son galbe marbré par des courant d'absinthes, qu'elle lui a déversé sous l'épiderme en y plantant ses iris.

La valse ralentit, Prague s'émeut derrière les fenêtres grasses de pluie, et tout ce qui circulait dans leur microcosme somnolent s'est figé, pellicule à peine perceptible, suspendu dans l'air. Silène s'est endormie.
Aster songe à minuit qui ne reviendra pas.

*

L'aube famélique approche ; fureur érubescente du deuil, puisque l'orage est mort, Prague noyée, minuit évaporé. Ses rayons hâves salissent la chambre en transperçant les rideaux céladons, feuillettent, frivoles, le cuir élimé du fauteuil en bouteille, vident ce qui était tout un monde de son onguent de ténèbres. Silène ne dort plus. Elle promène la pulpe de ses doigts tordus sur le lainage gonflé de son manteau, qui a séché longtemps, pendu à un cintre, sur la porte de la salle de bain.
Elle redécouvre, spectatrice, le poids des tissus et leur garrot tout autour de ses membres, l'étroitesse de ses chaussures, le laçage d'une écharpe glauque qui lui gratte la nuque, et sous ces couches qu'elle additionne, elle a froid à n'en plus savoir rêver.

Quelque chose dans l'air s'est raréfié, qui l'étourdie comme du plomb sur la langue. Elle cherche des mots qu'elle aurait connus autrefois et perdus, des images, des sensations névrotiques et franches qui gercent les lèvres, chagrinent. Une détresse la gagne, une incompréhension. Où est-elle ? Qui ? Comment ? Que cherche-t-elle sur le lit, qui lui rappelle le crime et des transes intraduisibles ?
Ça y est, elle sait. C'est la muse, elle cherche la muse ; où est-elle ?

Et soudain, cécité, lumière : on a tiré les rideaux, elle ne songe qu'à l'existence et à la littérature, qui ne mènent à rien — à l'art qui déchire. La vue lui est revenue déjà, l'éclair n'aura duré qu'un instant, comme minuit, comme Prague qui lui paraît déjà loin alors qu'elle la foule encore. Le bref la tétanise, elle devrait ramasser sa valise, mais elle est enlisée ; comment l'infini peut-il s'immiscer entre deux secondes et parvenir, pourtant, à toutes les bousculer ?

Sur la scène de crime, où des transes sont animées, on ne voit plus ni les victimes ni les criminelles, il n'y a que des empreintes ; un fauteuil, une fenêtre, des rideaux, une salle de bain ouverte, deux tasses vides, un tabouret, des miettes de pain, une lampe, des draps défaits, un cheveux perdu sur la taie d'oreiller. Et qu'en est-il des empreintes que l'on ne voit pas ? Prague, sous l'orage, à minuit, dans une chambre d'hôtel : la colère de l'âme et d'une jeunesse qui rêve de l'art, de la muse, et souffre des angoisses et des questionnements sans fin ; à minuit le temps, la littérature, la philosophie, la beauté, le silence ; une ivresse dans les yeux, l'absinthe, le contralto et sous la foudre le crime, la morale, un froid indescriptible glissé entre les corps. La suite est tout à fait simple : un regard moite, son ressac, son vertige qui dit que, peut-être, les souvenirs ne sont que des rêves, et dans ce qui dévore, déchire, écorche, se meurt une innocence. Autrement formulé, c'est l'ultime défaite.

Peut-être aussi une condition de la mémoire insculpée dans les murs écaillés, gondolés, pâlissants ; que la matière retiendra.
Silène ne voit rien d'autre et elle voudrait se soûler, se déshabiller, s'allonger et mourir ; elle ne voit rien d'autre à part, dans l'œil d'Aster, une femme vulturine et grave, qui la regarde, mais qu'elle ne reconnaît pas.

L'Artiste évoque le danger des regards — ce regard — que les esprits s'échangent lorsqu'ils exultent, concupiscents, en proie à l'imagination. L'innocence n'est-elle pas plus mesquine, lorsqu'elle revêt la forme d'une possibilité ? Auraient-elles commis la faute ou bien tout inventé ?

Peut-être n'a jamais été la bonne réponse, le rêve non plus, d'ailleurs.

Il est minuit, sans doute ; un orage gronde dans le ciel de Prague.

Νάουσα

  • Invité
Re : Minuit et Prague enragée
« Réponse #1 le: 23 Décembre 2020 à 12:49:13 »
Salutations Merveil,

Je vois que ton texte est là depuis déjà quelques jours et reste sans retour. Et je dois bien t'avouer qu'il m'a fait régulièrement de l’œil mais que je me dégonflais passées quelques lignes. Ce n'est pas lui rendre justice. Je suis bien embarrassée pour en dire quelque chose, je suis impressionnée par tes qualités littéraires et en même temps je suis restée plutôt distante avec le texte, presque à le déchiffrer par endroits. Et puis, je vais jeter un coup d’œil à ta présentation, je lis que tu as 17 piges comme tu le dis et j'en suis d'autant plus estomaquée.

Alors que dire ? C'est très beau, très recherché, peut-être un peu trop pour moi, mais finalement le sujet que tu abordes se prête à cette recherche artistique et stylistique. Avec toi, en tout cas, je retrouve mon Robert. Je suis impressionnée par la justesse de certaines de tes tournures qui laisseraient à penser que tu as bien le double de ton âge. Une vision très fine aussi des lumières, des tonalités, je m'imagine que tu peins. Je trouve ton sujet original, j'ai rarement lu autour de cette relation et je pense, mais je me trompe peut-être, que c'était évocation plus courante autrefois. Il y a un côté un peu baroque là-dedans et en même temps qui m'a rappelé des nouvelles fantastiques dans cette façon que tu as de dépeindre l'état d'âme par l'état des lieux.

Je me réjouis de te lire davantage.
« Modifié: 23 Décembre 2020 à 12:55:40 par Νάουσα »

Hors ligne Ombelline

  • Troubadour
  • Messages: 381
  • The most cordialest
Re : Minuit et Prague enragée
« Réponse #2 le: 23 Décembre 2020 à 17:52:59 »
B'jour Merveil. Le titre seul m'a attiré ici, et puis j'ai lu ta présentation, tes références, et j'me suis dit "pourquoi pas tiens". J'ai passé ma période lire Baudelaire à la cafet du lycée et écrire le soir fiévreusement en citant Eluard, mais ça m'a fait plaisir de le revisiter en te lisant.

Avant de commencer à parler de ton texte :
Citer
Avant de commencer, un avertissement concernant l'évocation plus ou moins explicite d'amours saphiques, n'en déplaisent à certains...
De toute évidence tu fais c'que tu veux, mais je n'aurais pas mis d'avertissement comme ça. J'veux dire, si ça dérange quelqu'un à la lecture, il vaudrait mieux qu'il parte du forum, parle à des vrais gens et découvre la vie variée, la vraie. V'là mes trois sous sur le sujet.
Maintenant le texte.

C'est beau. C'est très recherché (trop ?  j'vais m'expliquer), c'est flou, admirablement flou, peut-être un poil long pour un ton si riche, vaporeux, entêtant. J'ai bien retrouvé mes marottes de lycée et de début de fac en te lisant, forcément si je l'avais lu à l'époque, ça m'aurait fait un autre effet (mais à ce moment-là tu étais en maternelle ;) ), et si maintenant j'ai apprécié la recherche, admiré la précision des mots, ça faisait un peu trop pour moi.
Je parlais de la longueur plus haut. J'trouve qu'un style comme ça, qu'on trouverait pas étonnant de lire dans un recueil de Théophile Gauthier, ou Villiers de l'Isle-Adam, etc. (oh tu as lu Carmilla de Le Fanu ? Si non, ça te plairait, je pense) ça marche bien sur du court, voir du très court, qu'après ensuite, ça fatigue vite, parce qu'il faut déchiffrer, se fatiguer à essayer de trouver un sens, voir qu'il n'y en a pas, pas vraiment, mais si quand même. Tu vois ? Et en lisant ton texte j'ai ressenti ça, le dernier quart a été beaucoup plus laborieux à lire. Je ne saurais te dire à présent si c'est à cause d'un truc précis de ce quart, ou s'il s'agissait simplement d'un trop plein à cause du reste. Remarque il n'est pas dit qu'il failli lire des textes d'une traite, mais avec le tien, il me semblerait qu'on perdrait un truc en ne le prenant pas d'un coup.
Je voulais relever quelques phrases après que j'ai trouvé si belles, souvent des très courtes d'ailleurs. Parce que tu as le sens de la mélodie, du motif, et c'était très satisfaisant et doux de te voir poser tes touches, et de découvrir leurs échos ensuite. J'espère que tu publieras encore ici.

Citer
Prague est ancrée dans la terre, l'hôtel ancré dans son goudron, elle-même, ancrée dans le molleton du fauteuil en bouteille.
J'aime le mouvement.

Citer
roide
Ca faisait longtemps qu'je n'avais pas vu ce mot, merci.

Citer
Ça lui donne mal à la tête ; il est minuit – minuit – depuis cinq heures, et elle ne trouve plus la logique qui devrait la contredire.

Il est cinq heures et demi, la buée a gangrené le verre devenu opaque, on ne voit plus rien dehors.

Une caresse polaire atténue par ses frôlements volatiles le tapage confus et bistre terré sous un front plissé qui l'écueille.

Elles parlent enfin.

C'est l'heure où la bêtise devient belle.

Inutile, bien sûr, de demander l'heure qu'il est.

 elle a froid à n'en plus savoir rêver.
:coeur: :coeur:
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Nouvelles :
Out of the blue
Sirène

Hors ligne Merveil

  • Buvard
  • Messages: 5
Re : Minuit et Prague enragée
« Réponse #3 le: 26 Décembre 2020 à 20:22:00 »
Merci infiniment à vous d’eux pour vos retours !
J’étais un peu dépitée de voir que mon texte traînait sans attirer personne, mais je connais mon côté hermétique, je sais qu’en général, comme vous l’avez souligné, c’est un peu too much ahah
Je prends note de vos critiques avec un grand plaisir, notamment sur la longueur et la complexité excessive. J’avoue avoir accouché de ce texte un peu brusquement, par petit bouts à chaque fois, et avoir eu beaucoup de mal à y toucher ensuite... c’est un mystère ahah
Je ne peins pas (faute de place et de moyens... mais l’année prochaine peut-être, dans ma chambre d’internat !), mais j’adore la peinture, je suis une impressionniste dans l’âme...
Je n’ai pas lu Carmilla mais je connais, j’avais prévu de me pencher dessus un de ces quatre !

Je regrette de lire si peu de textes qui tournent autour de la relation entre l’artiste et la muse, j’ai aussi l’impression que c’est quelque chose qui s’est perdu...
je suis, dans tous les cas, soulagée (oui carrément ahah) d’avoir pu inspirer quelque chose ! Merci encore !

Je n’ai pas grand chose d’autre à poster ici pour le moment... enfin, j’ai un recueil de poèmes, mais il y en a une quarantaine, ça fait un peu beaucoup, non ?
Je vais étudier la question !

Au passage, bonne année ;)



 


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