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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » preste le temps

Auteur Sujet: preste le temps  (Lu 1105 fois)

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preste le temps
« le: 13 Octobre 2020 à 21:07:27 »
Comme souvent, une capsule mouche que je chope au vol et que je dévale comme un steak ; sans plus de paratexte car j'ai fait une sieste entre temps et que ma conscience s'est échappée à son propos, comme une mouche sort d'un poing par l'entre-doigts en se faufilant vers la lumière...


preste le temps
#litterature-photographique #montre-temps #surréaliste #entre-deux-gares


Le temps presse et je suis las.
Une flamme s'éteint au bout d'une allumette ; il y a du givre sur les vitres du train et je suis en retard. Le sifflet pourrait sonner et encore, que de toutes façons, je suis en retard. Alors de siffler il siffle, toujours, retentissant du coin d'un oeil, au képi ombragé, à la veste reluisante, et au bout d'une chaîne, ce crieur de temps, celui qui presse, celui qui dit que tout doit être rangé dans son cahier à minutes.
Il me faudrait peut-être une montre, me dis-je alors que j'erre entre deux gares. Il y aurait ce tic-tac qui résonnerait dans mon poignet gauche, et ma menotte serait libre. J'en avais rencontré une, une fois. Une belle montre, avec des aiguilles trotteuses, et des cadrans à chiffres. On y a tourné d'une danse organique, désarticulée, car fluide et courbe, sans angle aucun, à la cadence d'un quartz quantique qui nous faisait vibrer. De là à dire que je fus las, à cet instant non. Je ne crois pas. Lorsque la danse se meut d'elle-même et que, sans ressembler aux ritournelles de claqueurs à clapets, elle figure religieusement dans le secteur inaperçu de la passion, là je me disais donc, que cette montre rencontrée, un jour de purée de velours, en compote ou en velouté, il ne lui était nul détour par l'immersion du renouvellement spirographique que commettait le temps. A l'époque il était frais, encore lent, et rien ne pressait, rien n'était important.
Et puis je l'ai fait, l'impensable débranchement ; d'un déhanchement du poignet donc, je me suis ôté, cette montre rencontrée, et le bracelet et son crochet se sont retrouvés cloches, tous les deux qui n'avaient alors, comme plus proche envergure, que le bout l'un de l'autre, et alors que la roulette se détachait d'un cran, stoppant le mécanisme, la montre rencontrée fit ce qu'on lui avait demandé et, le temps, alors, s'est arrêté.
Le temps presse, je suis las, car je ne le vois pas.
Dans d'autres yeux, j'aurais volé, un pour l'adieu, l'autre afin de, peut-être, immoler, ce que je me fais d'eux, ces billets de train à sifflet, ces imprimés numérotés, ces prix du voyage, que jamais mon courage n'ira me voir parcourir à pieds. Et pourtant je suis là, j'essaye d'être sage, et le papier je le grille, avec une cigarette à la vanille, qui se consume comme la grille de mes si, j'arrête, si jamais. Je ne leur permets à ces bouffées, délirant quelque courroux, de progresser, et pourtant je suis à genoux, et sur mes épaules, un fossé, celui que je ne peux qu'oublier, depuis la cime, d'un trou, c'est ainsi que je suis crucifié. Par le temps lui-même je suis maudit, et une montre à mon poignet, ce fut déjà prédit. Mais.
Mais hélas le temps me manque, et lorsqu'arrive le printemps, optimiste saison, des gais sur piste, des brillants du son, qui se trémoussent en gloussant, à l'aube des moissons, ce matin de l'an, ils sont, et moi... Et moi. Non. Le temps me manque et lorsqu'arrive le printemps, je m'éveille tout jute de l'hiver. Aussi car on y dort et moi, si jamais j'arrête, cette cigarette par exemple, cette respiration incessante. Eh bien ce sera pour reprendre le lendemain, entre deux trains, car le rail de mes veines est ainsi fait. Ainsi. Je ne suis, en retard, juste le temps presse. Et le temps qui presse c'est creusant les galeries, c'est fouissant l'ameublement sous-terrain, d'une taupe je me sens, un peu dans l'intestin, car dans cet animal de jardin, je crois que je n'y verrais pas grand chose. Mes doigts grattent, mon poignet démange. Et lorsque le printemps arrive, c'est à peine si la neige de mes pensées se cristallise, sur la rosée, sur des figures anarchiques, des parts de ce reste de pizza qui ne figurera jamais chez moi comme étagère, puisque c'est de ciment à estomac que relève ce reliquat, d'une richesse à l'âme prospère, d'une tristesse pourtant, d'être éphémère...
Je lâche un silence.
Le sifflet reprend.
Un père noël déguisé en fou se trimballe son entonnoir sous le bonnet, et le pompon, c'est que ses lunettes en demi-lune ne sont pas celles d'un magicien, alors que sa barbe semble hantée de milles poudres de lutin. J'attends, sur mon banc, et le train démarre lorsque le père noël a grimpé dedans.
Le temps presse, moi je suis las. Une montre, j'en avais dessiné une. Elle sonnait à minuit et se rendormait quand je lui avais dit oui, que tout ceci est une page immaculée que je lui ai donné. Mais non. La page c'était la montre, et lorsqu'elle sonnait pour m'endormir, je coulais un brillant devenir, au grain de ce papier qu'un crayon aurait eu à noircir, un délire, du temps. Celui-ci presse et je me distors, mais ce n'est rien, tout survit l'ai-je ainsi compris, de ces efforts à l'autrui, que le temps presse. Il n'y a rien de plus avide que la survie elle-même, et pour autant, c'est tout autrement que demain nait, sans hier, juste d'un trait, de lumière.

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Re : preste le temps
« Réponse #1 le: 14 Octobre 2020 à 09:19:00 »
Merci pour ton texte
C'est une réflexion sur le temps, je dirais et aussi sur cette gare. Tes textes sont assez obscurs pour mon petit esprit et je ne serais pas trop quoi te dire.
Je vois que tu as mis "littérature photographique", je n'ai pas compris le sens de la photographie.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

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Re : preste le temps
« Réponse #2 le: 14 Octobre 2020 à 09:59:05 »
Je vois que tu as mis "littérature photographique", je n'ai pas compris le sens de la photographie.

Bonjour Cendres, ca fait plaisir de te lire de bon matin, tes réactions sont d'un esprit que je ne resumerait pas a des ordres lineaires de taille ou d'efficacité litteraire. Je veux dire que ça me fait mal de te voir te dévaloriser sous prétextes que tu galeres avec les mots. En vrai c'est un moyen de com assez vaste pour être aussi important que complexe, et nombreux sont je pense, ceux qui comme toi nourrissent une volonté de s'exercer dans le domaine... Tu as donc cet incroyable avantage d'un truc utile a l'esprit que n'est pas petit chez toi, mais que je me dois de ne pas passer a côté, ce qui fait que ta barque navigue en ces eaux et que telle un navire, elle affronte les vagues de l'eau ; bref, toussa pour répondre à ta question qui, merci, touche un point fort de mes choix artistique : Je cherche un meilleur terme pour définir ce que je fais mais l'idée est que ceci comme bcp de trucs que je fais, sont à ce que j'appelle la narration scénarisée, ce que la photographie est au cinéma ; je capture ce que j'appelle des capsules hors du temps, ou plutôt, dans l'instant et non le moment ; un ponctuel contre l'étendu ; non la durée, mais l'instantaneite...

Au plaisir de recroiser ton étendard  :)
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