Bonjour à tous,
Voici une ébauche de chapitre pour lequel je souhaiterais vos commentaires diverses et variés mais surtout pertinents comme d'habitude.

Bonne lecture !
Caltagirone, Catane, Sicile.
Dans la province de Catane, l’Etna, le volcan le plus actif d’Europe se caractérisait par la présence de châtaigniers et de pins sur ses flancs. En ce mois d’août, la vague de chaleur estivale y était à son apogée, contribuant ainsi au climat semi-aride des zones de la plaine.
Proche de la ville de Caltagirone, célèbre pour ses poteries artisanales, dominait une exceptionnelle propriété viticole prospère. Surplombant ce paysage de collines plantées d’oliviers et de vignes cultivées en terrasse, le domaine s’étendait sur plusieurs dizaines d’hectares. Les terres y étaient travaillées depuis plus de deux mille ans. Il s’agissait en effet de l’une des terres à l’origine du vin. Là, où les Phéniciens, avec les Grecs, y avaient inventé la vinification entre le Xe et le VIIIe siècles avant notre ère.
Le domaine en pierres de taille se distinguait par son esthétique. Dans cette région peu touristique, quelques chemins de traverse étaient nécessaires pour y accéder. Vu de l’extérieur, rien ne pouvait faire penser que la bâtisse historique disposait désormais de tout le confort moderne, hormis le 4x4 blanc dernier cri stationné à l’ombre d’un carport envahi par la végétation.
C’est dans ce paysage déjà gorgé de soleil ce matin-là, dans la fraîcheur d’un des salons, que la chaîne satellite d’information « RAI News 24 » diffusa un flash spécial, une nouvelle alarmante pour Nereo Fiorentini. Le générique habituel terminé, la journaliste apparut sur l’écran LEDs surdimensionné. La speakerine trônait fièrement, encastrée dans cette impressionnante bibliothèque débordant d’ouvrages en tout genre.
«Un séisme, d’une magnitude de 6,4 sur l’échelle de Richter, a secoué le sud-ouest de l’île de Madère ce samedi matin. Son épicentre se situe dans l’océan Atlantique à environ 200 km au sud-ouest de la ville de Funchal, la capitale de l’archipel portugais. Selon les premières informations, il n’y aurait pas de victimes. La secousse a été fortement ressentie sur les îles Canaries ainsi que dans la ville d’Agadir sur les côtes marocaines… »Nereo serra machinalement son pendentif au travers de sa chemise en cachemire.
« …Elle a aussi été ressentie au sud de la péninsule ibérique, notamment autour de Gibraltar. Les tremblements de terre sont fréquents en cette période, le dernier en janvier dernier a touché l’île d’El Hierro, la plus petite des îles Canaries. Selon Actualidad Volcánica de Canarias, la grande majorité des tremblements a été enregistrée dans le nord-ouest de l’île de 278,5 kilomètres carré à El Golfo, à l’emplacement exact d’un glissement de terrain massif qui créa un tsunami de 100 mètres il y a près de 50 000 ans… ».Desserrant son étreinte, Nereo savait désormais par où commencer. Il ne lui en fallut pas d’avantage pour mettre le reste des reportages en sourdine. Du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, il traversa calmement l’immense pièce en quelques enjambées. Seul le claquement de ses sandales minimalistes en cuir rompit le silence ; une légère pression sur le bouton de l’interphone ; sa voix résonna dans la propriété.
― Dimitri, peux-tu me rassembler le dossier des candidats, mis à jour, et me les amener dans mon bureau ? exigea-il d’une voix assurée malgré son jeune âge apparent.
***
Ancien militaire, Dimitri s’était reconverti. Sélectionné par Nereo Fiorentini lui-même, il avait été engagé comme garde du corps. Même si sa mission jusqu’à présent n’avait été que la garde des dossiers et l’exécution de quelques tâches administratives. Rien de bien excitant !
L’odeur de la peinture fraîche était encore forte, Dimitri admirait son œuvre. Il réajusta son pantalon au niveau de sa taille. Il venait de terminer la dernière pièce. Ils allaient accueillir du monde, tout devait être prêt avant l’arrivée du matériel.
Le doux courant d’air dans la pénombre du couloir contribuait grandement au séchage naturel de son t-shirt. Les murs en blocs de pierres maçonnés à l’ancienne amplifièrent l’échos de ses pas lourds tandis que sa carrure imposante emplissait l’espace tout entier ne permettant à quiconque de passer en sens inverse. Heureusement qu’il n’était pas claustrophobe. La scène pouvait faire penser à Alice au pays des merveilles essayant de passer par le trou de la serrure, mais avec une barbe bien taillée.
Au détour d’un angle, il l’aperçut enfin, cette ouverture vers la lumière. Il déboucha dans cette imposante salle à manger sur le côté de laquelle la cuisine super équipée pouvait accueillir au minimum un chef accompagné de deux commis. L’imposante baie vitrée astucieusement placée au nord laissait pénétrer toute la lumière disponible, tout en évitant l’accumulation de chaleur désagréable. Un majestueux citronnier s’épanouissait à l’extérieur, ses branches essayant d’atteindre la façade du bout des feuilles. Dimitri aperçut les fruits juteux qui ne demandaient qu’à être pressé. L’évocation d’une citronnade bien fraîche l’invita à continuer. Il avait soif.
Il prenait la direction du réfrigérateur bien rempli comme à l’habitude lorsque la voix métallique de Nereo se fit entendre. Ce n’était pas dans ses habitudes de faire attendre son employeur mais, là, il avait vraiment soif !
Quelques minutes plus tard, Dimitri marchait en direction du bureau. Pièce dans laquelle son employeur passait la majorité de son temps depuis quelques semaines. Il fêtait d’ailleurs aujourd’hui ses six mois au service de Monsieur Fiorentini. Aucun cadeau ne valait plus, à ses yeux, que la mission qui débutait à ce moment.
Ça commence enfin ! pensa-t-il en franchissant le seuil de la porte muni des dossiers. Il n’allait pas être déçu Il déposa devant Nereo une farde à rabats intitulée « Opération Titan » ainsi qu’une clé USB donnant accès à l’ensemble des données.
Les préparatifs prirent plusieurs jours, mais ils furent vite prêts pour ce voyage autour du globe. Il fallait faire vite, le temps jouait contre eux.