Le jour se lève, il fait noir, tout s'inscrit comme une forme opaque dans mon crâne en ébullition. Les amas de synapses ne répondent plus aux émetteurs, les connections sont amoindries par un trop plein de stimuli.Tout s'amplifie à tel point que les sons, les couleurs deviennent des objets informes.
Les émotions contrarient mon état en déliquescence, m'entraînant vers un délire sans appel. Les mots portés par les sensations m'envahissent jusqu'à l'insomnie. Sous le joug de ma volonté, mes sens se démultiplient par une force inopinée. Je jongle avec les éléments qui m'extirpent de l'orgie imaginaire, ils valsent sous mes yeux comme une danse chamanique. La lumière intense fait virevolter les spectres des mouvements comme une fantastique illusion.Tous mes sens s'éveillent sans répit. Le glissement vers la folie jubilatoire orne mon esprit d'intrépides envies.
Baignée dans l'algorithme des sensations, tout se démultiplie. Je souhaiterais me soustraire à cette effervescence délictuelle, mais accepter le retournement jouissif me contraindrait à aimer ma petite mort.
Le cérébral se délite, le corporel se dessine sur des routes fécondes où tout est permis. Et je fuis. Je fuis cette réalité que l'on m'offre sans effort. Je suis mon ombre dans un monde de fantaisie et de lubie. Ma volonté n'y peut rien. Basculée dans l'errance, je perds pied. Et pourtant, le plaisir est intensément proscrit dans cette aire fantaisiste de ma délivrance.
Déchaîner les arceaux, dénouer les rameaux, vaste programme qui soulagerait une demande charitable quand l'Autre devient sous le charme du délire une arme cruelle et belle à la fois.
Accepter cet écart, détecter le sérum de la vie pour qu'enfin règne l'accomplissement d'une existence réussie.
Pardonner ou se pardonner la violence des paroles incomprises, aimer à n'en plus demander pour que la paix s'épanche facilement sur des étreintes aimantes.
Bannir l'offensé et accueillir l'admirable dans l'attente tranquille que l'âme ne saurait rejeter.
Faire de son existence un parcours jauni sans méfiance et sans alibi.
Gratuité d'un reflet au travers d'un miroir teinté d'une beauté infinie. Accepter les roulis d'un vague à l'âme en frénésie. Telle est ma trajectoire sur le chemin d'une noirceur qui par son écho affaiblit les rancœurs et embellit ma peur de ses songes vernis. Le symbolique par sa force despotique laisse des traînées dans une ressemblance désincarnée où frasques et inconscience tentent d'échouer.
C'est ainsi que l'alchimie se transforme en oubli et la mémoire en parfaite calomnie.
En sortir viendrait torturer une énergie capable de bannir la folle déraison qui plane au dessus d'un désir moribon.
Alors le réveil se voudra salvateur et la pensée heureuse d'avoir réussi à calmer les furies.