Hello !
J'ai écrit ce texte il y a déjà cinq ans, pendant un voyage long-cours en Australie et Nouvelle-Zélande, en mode "introspection" plus que dans l'objectif de le partager avec qui que ce soit.
Je l'ai retrouvé récement, et je pense le partager avec ma famille : certains de mes proches ont du mal à comprendre que, encore une fois, et malgré ma demande de papier Canadiens, malgré le fait que j'ai trouvé ma place dans mon bout du monde, j'ai envie de repartir pour un long voyage.
J'aimerais donc surtout des retours sur le fonds, sur votre ressenti, plus que sur la forme.
N'hésitez pas, même si c'est un texte très personnel, je ne crains pas les critiques !
Au pire, si vraiment votre critique me froisse, je vous dirais juste zut. 
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J'ai posé mon sac contre le mur, et je me suis assise sur mon lit.
Dans un soupir, j'ai passé ma main dans mes cheveux, puis j'ai dénoué le foulard que je porte autour du cou. D'un pied, j'ai repoussé la basket qui chausse le second, puis je me me suis baissée pour enlever mes chaussettes.
Je suis arrivée.
Demain matin, je nouerais mon foulard autour de mon cou, avant de repartir.
Mes chaussures ne sont pas usées. Elles sont neuves, puisque j'ai jeté les anciennes. Pour le reste, je n'échappe à aucun cliché : vêtements vieillis, cheveux trop longs, sac énorme, routarde je suis, routarde j'ai l'air.
Depuis longtemps, je marche le long des routes, le pouce tendu. Parfois je prends le bus, ou un train. Je ne remplis plus la case « adresse » des formulaires de contact.
Mais le soir, dans l'intimité de ma tente ou dans le cocon d'une auberge de jeunesse, que reste-il de tout ça ?
Que restera-t-il de tout cela quand je rangerais mes fringues dans une armoire, quand j'abandonnerais mon sac de bouffe au profit d'un frigo tout à moi ?
Qu'il est aisé de se perdre, lorsqu'on voyage !
Aucune carte au monde ne dépeint notre âme, et l'horizon est vaste, attirant. Les possibilités infinies.
Suis-je réellement cette bourlingueuse ? Du plus profonds de moi-même, oui. Changez le visage, changez la voix, si je croise cette personne dans la rue, je répondrais : c'est moi.
Je suis bourlingueuse, et le down-under est mon terrain de jeu. Mais la carte de mon âme s'étend au-delà des océans.
J'ai quitté ma maison pour un voyage à l'autre bout du monde. J'ai choisi le pays, choisi la saison, fait les démarches. Consciemment, délibérément. Mais le départ était double ; je délaissais également mes si familiers « Monde de l'écrit », « Village Virtuel», « Pays du bricolage » pour le « Continent du voyage ».
Lorsque j'aurais retrouvé mon lit gigantesque, ma chambre pour-moi-toute-seule en attendant un appartement personnel, où sera la bourlingueuse ?Je me sens souvent frustrée, privée par l'absence de mes autres mondes. Je le serais aussi en quittant le Continent du Voyage...
Je suis comme une funambule. Avancer sur le plancher des vaches, j'ai essayé : ça m'a donné le vertige. J'en ai été malade, pendant des années. Alors j'ai tendu mon fil, et me voici en équilibre entre le normal et l'aberrant, entre rêve et réalisme. Mais j'ai les mains pleines, et me voici en train de jongler : écriture, lecture, voyage, internet, bricolage... C'est trop. Je laisse s'échapper une balle, j'en prends une autre dans ma main gauche, et de la main droite je rattrape tour à tour les deux restantes.
Ce n'est pas assez : j'aimerais garder toutes mes balles. Mais j'atteins mes limites, et tente de ne pas chuter.
Les deux pieds sur terre, il était si facile de tout rattraper ! Trop facile, même.
J'aimerais garder certaines choses de mon moi bourlingueuse, lorsque je serais revenue les deux pieds sur terre.
Le partage, si facile. Le fait de trouver aussi naturel le fait de recevoir que le fait de donner. La confiance, la facilité à se confier à cet autre voyageur, la lucidité de mes choix et cette franchise nouvelle envers moi-même. La sociabilité, chose nouvelle pour moi.
Et puis surtout, de manière plus générale, cette sensation que tout est possible, qu'un pas après l'autre, le bout du monde n'est pas si loin. L'envie de faire ce prochain pas, cette envie qui m'empêche, tous les après-midi, de faire la sieste que mon corps réclame, et qui m'a tant manqué pendant des années. Il y a tant à faire, tant à voir !
L'épuisement devient douillet à présent, quand il est une preuve tangible de mon bonheur.
Mais de tout ça, que restera-t-il à la fin du voyage ?