La saison n'a pas d'importance, c'est uniquement cette minute qui compte. Il pourrait y en avoir des milliers, que tu préfèrerais toujours celle ci. Oui, particulierement celle ci, car c'est celle que tu as remarquée, et que tu viens prélever, échantillon, cobaye tampon de ce que tu considères comme la perfection. Tu adores ça n'est ce pas ?
Tu t'inventes herboriste du souvenir, entre les pages des gros livres tu fais sécher bien à plat pour que chaque nervure reste intacte et traverse avec toi
Evidemment, il y en a des laids, de ceux aux origines incertaines, mais que tu as pris quand même parce que,
voilà.
Mais celui-ci belle, celui-ci tu le chéris
Parce qu'il n'est pas qu'à toi justement
Tu aurais cru que l'intime suprême, n'aurait de sens qu'en ton unique possession, comme c'est faux, regarde
Cette main qui court le long de ta jambe est bien celle d'une autre
Le mouchoir blanc dans lequel tu glisses ce fragment sent l'iode, quand la marée monte, avec les mouettes qui volent comme si tu n'existais pas, tu le plis en morceaux irréguliers, tant que son contenu ne s'échappe pas, qu'il ne file pas par la fenêtre de la voiture qui roule vite
Le bitume éclairé à cette heure est le décor, tu acceptes, même si les plus tendres manières ont été exclues
C'est d'ailleurs sûrement pour ça que tu le prends, parce que ce n'était ni attendu, ni délicat, que la motte de terre est arrachée avec des gants en caoutchouc et que les racines pendent dans le vide, asticots