TRANSGRESSIONS DOMINICALES
L'ecclésiaste m'a bien fait chier de bon matin. Soit disant il y aurait sacrilège à boire son café dans un calice. Je vais pas me taper la vaisselle au réveil, pas ma faute si leur monastère est un refuge à gorets et puis le vieux pif de messe sans gadget à 7:30, ça pique un peu trop les yeux... Ah ça pour prier, pour méditer, pour se recueillir ça se bouscule au goupillon mais quand il faut vénérer la sainte tâche ménagère y'a plus l'ombre d'une soutane !!
Nouveau litige quand j'ai rincé mes mains pleines de petit déjeuner dans le bénitier. Ils sont devenus tout rouges de colère comme des culs bénits grattés. Oh les mecs, on se détend, c'est pas vrai tout ça !!! Vous allez quand même pas me dire que vous y croyez vraiment ?? J'ai vu un récipient avec de l'eau, mes paluches étaient huileuses de croissants... Sans son contexte religieux, l'ablution n'est finalement qu'une séance de SPA dans un jaccuzzi sans bulle. Mais rassurez-vous j'ai quand même fredonné un avé Maria en me frottant les phalanges. Par contre ça serait une assez bonne idée de poser à proximité une bouteille de pousse-mousse, l'eau bénite, ça a beau enlever le pêché du monde, guérir la paraplégie ou la cécité, ça sent vraiment pas la rose !!
Ils n'ont pas apprécié non plus l'apéro et surtout les petits canapés que j'avais amoureusement confectionné. Normalement je tartine d'un millimètre d'épaisseur le tzatziki et le tarama sur des fines tranches de blinis. En ouvrant le placard, à part de la mouche morte, une bouteille vide de Figoline, des vierges effarouchées et phosphorescentes achetées à Lourdes mais made in Koréa,il n'y avait qu'une grosse boîte d'hosties à peine entamée. Du pain béni pour mes amuses gueules.
Père François est entré dans la cuisine au moment des œufs de lompe. Soigneusement étalés de façon à ne jamais déborder, ils respectaient parfaitement la circonférence des galettes médicinales. Le curé s'est mis à tanguer comme un encensoir. Il a bêlé un mélange de latin et de jurons bien contemporains. J'ai pas pigé grand chose mais je sentais qu'une fois de plus j'avais mis les deux pieds dans le blasphème !!
- " Calmez-vous père François. Mes intentions sont louables, que me vaut une telle démonstration d'hystérie ? "
- " Que je me calme ?? Mais Sainte mère de dieu, vous êtes en train de souiller le corps du Christ avec vos délires apéritifs !! "
- " Mais pas du tout. Je suis descendu au village acheter de quoi trinquer et j'ai oublié les toasts, j'ai trouvé ça dans le placard, pas de quoi en faire toute une montagne sacrée. Okay vous avez fait vœu de pauvreté, de chasteté, pas de silence apparemment, mais vous avez quand même pas fait vœu de non-apéro ? "
Le curé a levé la tête en direction du saint père comme pour le supplier de me désintégrer. Étant invulnérable aux foudres divines, rien ne s'est produit...
Du coup je me suis enfilé les trois assiettes de canapés sur un banc du troisième rang en regardant Jésus droit dans les yeux. Pas par provocation, je le trouvais juste beau avec sa barbe bien taillée, sa taille de guêpe et ses bras en épouvantail. Dommage qu'il n'ait pas traversé en dehors des clous. Une vie un peu moins rangée, loin des pénibles obligations prophétiques, à donner la vue à veux qui ne verront jamais rien, à rendre les jambes à ceux qui ne les utiliseront que pour partir en guerre.
Je suis retourné dans la cuisine. J'y ai trouvé ma ribambelle de moines ronds comme des patachons. Le Jack Daniel's qui m'avait coûté une petite fortune à la seule épicerie de ce bled paumé avait prit une sacrée claque ( ou une claque sacrée, s'agissant sûrement dans ce contexte monacal d'une version améliorée du sang du Christ ).
Père François à péniblement posé son regard au plus profond du mien avec l'espoir d'y trouver, je pense, une quelconque diablerie. Ses yeux n'étaient pas mauvais mais je les sentais puissamment inquisiteurs. J'étais pour lui une force maléfique envoyée par le tout puissant pour tester l'adhérence de leur foi aux préceptes du Vatican et la résistance de leur foie aux alcools forts. Les flammes de l'enfer avaient commencé à grignoter la belle bâtisse. La volonté et la discipline prenaient des airs d'insubordination. Sous le vêtement religieux semblait se cacher un homme en position fœtale, simplement terrifié à l'idée de vivre.
Père Luc, le chef de tribu, apparemment tout aussi schlass que ses congénères à tonsure à frappé un grand coup sur la table. On aurait subitement pu entendre les mouches voler mais elles étaient toutes mortes dans le placard. Le silence était religieux. L'homme d'église s'est levé de tout son mètre 80, m'a indexé comme on pointe un crucifix sur une âme damnée et à hurlé d'une voix d'outre tombe absolument effrayante :
- " Si de Satan vous êtes le suppo, sachez monsieur que nos orifices ont fait vœu de chasteté !! "
L'intensité sonore de l'hilarité générale dans la cuisine aurait pu réveiller les morts. J'étais donc bien une forme assez aboutie de perversion. Au fond, ça me faisait assez plaisir de les voir se lâcher un peu. Aucune faute ne devrait chercher sa contrition dans un insoutenable sentiment de manque. Celui de parcourir le corps d'une femme, de se laisser aller au hasard d'une erreur, d'un faux pas. Si Dieu est le créateur de toute chose il est donc le laborantin inconscient qui transforme la Colombie en cocaïne et je renifle nerveusement de le/la savoir si puissant(e).
Malheureusement je n'avais pas sur moi de came à proposer à mes joyeux lurons. Le spectacle aurait été trop superbement grotesque et rien que d'imaginer père François glisser sa paille le long du rai, dans ses habits de repentance, j'en ai le cerveau qui bug. Je me demande qu'elle est la sanction prévue le jour du grand jugement pour détention et usage de stupéfiant. Bon moi je risque pas grand chose, mon casier est inversement proportionnel à la virginité de Marie mais un moine...
Je suis sorti de mes pensées à la con pour me servir un verre. Et si je leur ramenais des putes ? Ou au moins quelques effeuilleuses à déguster du regard la salive au coin des babines ? Dieu m'en voudrait il à mort ? J'avais l'impression d'être Jack Nicholson dans son asile psychiatrique, tentant par tous les moyens de sauver à leur insu des cerveaux devenus mélasse, des esprits devenus carcasse à force de pensées mono maniques, tournées comme une girouette en direction du divin sur une planète sans vent.
Ils se sont tous mis à ronfler copieusement autour de la table. La salle de spectacle commençait à se remplir en ce dimanche de Pâques. Une centaine d'ovins égarés venus absoudre un monticule de péchés et tremper leur pénitence dans mon jus de croissant en forme de bénitier.
Il n'y aura pas de messe aujourd'hui...