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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Des martiens et des vaches

Auteur Sujet: Des martiens et des vaches  (Lu 1258 fois)

Hors ligne Murex

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Des martiens et des vaches
« le: 27 Août 2020 à 10:22:30 »
     Quand le martien sortit de sa soucoupe, il prit aussitôt l’apparence d’une vache, c’était en effet l’unique forme vivante que lui-même et ses compagnons avaient aperçue en survolant les champs, et donc, le plus sûr moyen de se mêler incognito à la population. Dans le même souci, il se mit à imiter celles-ci en broutant l’herbe des alentours, fleurettes comprises, fleurettes que Dieu après bien des efforts avait définitivement  renoncé à faire pousser sur leur planète.« Meuh, meuh », proférèrent les vaches qui regardaient la nouvelle venue avec un intérêt très relatif. « Meuh, meuh », répondit pareillement l’extraterrestre qui s’était attendu toutefois de la part de créatures aussi évoluées qu’elles possèdent un langage un peu plus complexe, mais peut-être, se dit-il, ne saisissait-il pas toutes les nuances, toutes les subtilités d’intonation de ce « Meuh ».
     Pour l’heure, son attention se portait sur l’examen minutieux de leur comportement, c’était son job, et il devrait en faire un rapport circonstancié à ses supérieurs, mais ce travail se trouva vite empêché par le plaisir qu’il prit très vite, à mâchouiller, à mastiquer, à ruminer. 
     Il s’était si bien fondu dans le troupeau que ses camarades restés dans la soucoupe furent dans l’impossibilité de le distinguer des autres ruminants, et lui était si absorbé par la découverte de cette charmante occupation qu’il ne songea plus à réintégrer la soucoupe. Lassés d’attendre, contraints par des impératifs d’ordre cosmique, ils durent l’abandonner, se promettant de revenir quelque temps plus tard pour le récupérer.
     En bonne logique on pourrait penser qu’il se mit alors à sombrer dans les affres de l’angoisse, dans un désespoir absolu, or, il n’en fut rien. La lumière, les couleurs vives si rares sur sa planète, la variété et la richesse des odeurs, lui qui venait d’un monde qui en était quasiment dépourvu, la sérénité que dégageaient ses compagnes agissait sur lui comme une drogue, le plongeait dans un état hypnotique et voluptueux. De fait, il se sentait mieux à sa place ici, dans cet modeste pâturage, qu’en aucun des lieux qu’il avait explorés. Le seul désagrément était la présence, tous les matins d’un parasite à deux pattes, qui s’accroupissait sous son ventre, et qui, sans la moindre vergogne venait soutirer un liquide blanchâtre de ses parties intimes. « Parasite » n’était d’ailleurs pas le terme qui convenait pour le qualifier, car très astucieusement, ses compagnes et lui-même s’installaient dans son antre durant les périodes froides, et y trouvaient même à s’y alimenter, et cela, avec l’assentiment de celui-ci, qui loin de les repousser, encourageait même ce comportement. Divine planète où tout s’agençait de la meilleure des façons !
     Quant à ses camarades, ils revinrent effectivement quelques lunes plus tard et le reconnurent après de patientes recherches, à une coquetterie dans l’œil qui s’était reproduite dans son enveloppe bovine. Après l’avoir exhorté en vain à revenir sur sa planète, ils décidèrent de le pousser contre son gré dans la soucoupe, opération qui malgré leurs méritoires efforts se solda par un échec. Comment en effet faire entrer une vache récalcitrante par l’étroite ouverture d’une soucoupe volante ? La tête et les cornes engagées, le reste de sa personne s’y opposait avec obstination. Ainsi coincé, ils durent le tirer avec acharnement dans le sens opposé, deux pour les pattes arrières, un troisième pour la queue. Ceci fait, ils le saluèrent courtoisement, l’envoyant paître au sens propre comme au figuré.
     Les longues heures de rumination l’avaient amené à la conclusion que tout en ce bas monde n’était que vanité, à haïr l’esprit de conquête qui avait depuis des siècles motivé ses semblables et l’avait contraint, lui, dérisoire acteur de cette comédie, à d’interminables voyages d’une planète à l’autre. Comme il était loin de tout cela à présent, comme il admirait ses compagnes qui dans leur grande sagesse se satisfaisaient des trois fonctions que leur avait assigné la nature : brouter, ruminer, déféquer… Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.
     Et si quelquefois lui venait un brin de nostalgie, il s’attardait à humer la bonne odeur ammoniacale des bouses, si conforme à celle de sa mère patrie, la seule d’ailleurs qu’exhalait celle-ci. Il se revoyait alors bébé martien, cajolé par les huit bras et les quatre tentacules de sa chère nourrice, une espèce apprivoisée et uniquement dévolue à ce rôle ; dilatant ses narines il revivait les joyeuses batailles de boules puantes avec ses petits camarades, leurs baignades dans les eaux putrides d’un petit lac souterrain, les bonnes parties de pêche avec papa martien dans les cratères fumants de sa planète, bref, remontait alors en lui toute la richesse de souvenirs que chacun garde de son enfance quelle que soit sa planète d’origine. Mais que pouvait peser tout cela au regard du plaisir gourmand qu’éveillait en lui la vue d’un carré d’herbe bien grasse ou d’une touffe de fleurs  sauvages !
     Ainsi, sachez donc, que quelque part, en un lieu secret, sous la modeste apparence d’une vache se dissimule un être auprès duquel notre vénéré Einstein ferait figure de parfait crétin et dont il n’est pas exclu que provienne le bon lait que vous avez bu, ce matin même, à votre petit-déjeuner.
« Modifié: 30 Août 2020 à 09:59:17 par Murex »

Hors ligne Cendres

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #1 le: 27 Août 2020 à 10:45:16 »
Merci pour ton texte original.
Je ne te donnerais pas de conseil en français vu mon niveau médiocre.

Il est vrai qu'un extraterrestre pourrait penser que la première forme de vie qu'il rencontre, soit celle qui est dominante.
De façon comique, ton texte dénonce la pollution et la destruction de l'habitat.
Bien que plus avancés technologiquement, ils ont détruit leur planète et elle devenue une décharge géante.

J'ai bien aimé ton texte et sa conclusion.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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  • Championne de fautes de frappe
Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #2 le: 27 Août 2020 à 11:20:46 »
Citer
il prit aussitôt l’apparence d’une vache, c’était en effet l’unique forme vivante
Vu que tu changes de proposition principale, il faudrait peut-être une ponctuation plus forte qu'une virgule, ici (et rythmiquement, vu que la phrase est longue, ça ne serait pas un problème non plus)

Citer
mais peut-être, se dit-il, ne saisissait-il pas toutes les nuances, toutes les subtilités d’intonation de ce « Meuh ».
:D

Citer
« Parasite » n’était d’ailleurs pas le terme qui convenait pour le qualifier, car, très astucieusement ses compagnes et lui-même s’installaient dans son antre durant les périodes froides, et y trouvaient même à s’y alimenter, et cela, avec l’assentiment de ce dernier qui loin de les repousser, encourageait même ce comportement.
Je trouve la phrase un peu laborieuse. Il faudrait une virgule après "astucieusement" pour refermer l'apposition et l'antécédent de "dans son antre" n'est pas clair (techniquement, ça devrait être l'extra-terrestre, qui est le "il" de cette phrase, sauf qu'en toute logique ça se réfère au parasite, du coup c'est pas très net) ; la deuxième moitié de la phrase n'a pas de bug de syntaxe mais l'ensemble est un peu tarabiscoté et m'a gênée à la lecture.

Citer
Après l’avoir exhorté en vain de revenir
Exhorté à, plutôt (exhorter de existe mais ne s'emploie plus : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/exhorter/32123 Vu que ton texte n'a pas un ton de narration spécialement suranné, ça fait un peu bizarre)

Citer
La tête et les cornes engagées le reste de sa personne s’y opposait avec obstination
Il faut une virgule après "engagées" (c'est une subordonnée).

Citer
S’étant coincé, ils durent le tirer avec acharnement dans le sens opposé,
Normalement, dans une structure comme celle-ci, la subordonnée du début doit porter sur le même sujet que la principale ; or, "ils" n'est pas le sujet qui s'est coincé dans la porte de la soucoupe, du coup y a un petit souci de syntaxe

Citer
Ceci fait, ils le saluèrent courtoisement, l’envoyant paître au sens propre comme au figuré.
:D

Citer
     Ainsi, sachez donc, que quelque part, en un lieu secret, sous la modeste apparence d’une vache se dissimule un être auprès duquel notre vénéré Einstein ferait figure de parfait crétin et dont il n’est pas exclu que provienne le bon lait que vous avez bu, ce matin même, à votre petit-déjeuner.
Je suis déçue : je pensais qu'à la fin, il allait finir en steak haché  :mrgreen:



J'ai bien aimé ce petit texte humoristique sans prétention ! Je m'attendais à une chute plus marquante et je crois que j'aurais apprécié que ça pousse un peu plus loin l'humour tout au long du texte, mais c'est sans doute question de goût.

Merci pour cette lecture :mafio:
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne GeGinger

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #3 le: 27 Août 2020 à 15:05:26 »
Bonjour Murex,

Merci pour cette lecture fort sympathique. Y a pas à dire : ton style coule tout seul et c'est toujours un plaisir de découvrir tes textes pleins d'humour.

Qq petites remarques (qui sont des points de détails) :

Citer
... un peu plus complexe, mais peut-être, se dit-il, ne saisissait-il pas toutes les nuances, toutes les subtilités d’intonation de ce « Meuh ».
Je mettrai un point après complexe, comme tu passes au style indirect, non ?

Citer
odeurs, lui qui venait d’un monde qui en était quasiment dépourvu,
Je trouve cette phrase un peu longue et alambiquée... perso,je mettrai un "pour" avant le "lui" mais je suis pas convaincue... surtout qu'il y a une répétition de "qui"

Citer
Divine planète où tout s’agençait de la meilleure des façons !
  :D :D :D j'adore ! Divine planète !!!

Citer
ils durent le tirer avec acharnement dans le sens opposé, deux pour les pattes arrières, un troisième pour la queue.
Je visualise bien la scène  :D

Citer
Ceci fait, ils le saluèrent courtoisement, l’envoyant paître au sens propre comme au figuré.
J'adore aussi.

J'ai bcp aimé la chute aussi.
Au plaisir de te relire prochainement.
J'ai besoin de vos avis !       
 Une souris aux épices

Hors ligne Murex

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #4 le: 29 Août 2020 à 10:47:47 »
    Merci Cendres pour avoir une fois de plus commenté mon texte. À dire vrai, mon intention n'était pas de dénoncer la pollution d'un habitat, mais libre à toi de voir les choses  ainsi.
    Merci à nouveau à Milora pour ses remarques très pointues sur mon texte, (moi qui naïvement le croyais parfait! ) J'ai donc apporté les modifications  qui m'ont semblé nécessaires.
    Merci à GeGinger, très heureux qu'il est pris plaisir à la lecture de ce texte. 

 
« Modifié: 29 Août 2020 à 18:09:59 par Murex »

Hors ligne Claudius

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #5 le: 29 Août 2020 à 11:00:01 »
 ;D ;D

J'aime beaucoup ce texte, il est frais et plein de bon sens... un retour à la nature en somme que pourrait s'approprier n'importe quel citadin revenant à la campagne.

Nul besoin de revenir sur la forme, d'autres ont disséqué bien avant moi et sûrement mieux que moi.

Il y a juste un petit détail que j'aimerais éclaircir. Dans cette phrase

Citer
Dans le même souci, il se mit à imiter celles-ci en broutant l’herbe des alentours, fleurettes comprises, fleurettes qui, il est bon de le noter, n’avaient pas d’équivalent en beauté et en senteurs à ce qui poussait sur sa planète.

Ici je comprends que les fleurs de la Terre sont moins belles que sur sa planète (c'est ce qui m'est venu à l'esprit en première lecture). Hors dans le reste du texte ce n'est pas du tout le cas, il semble que des fleurs il n'y en a plus guère.

Sympa en tout cas !

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

Ma page perso si vous êtes curieux

Hors ligne flag

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #6 le: 29 Août 2020 à 11:14:24 »
Un petit texte marrant et original, vivement le prochain... ;)
Dieu et la nature vont bien ensemble, ça va de paire, c'est Dieu le père.

Hors ligne Murex

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #7 le: 29 Août 2020 à 18:24:37 »
  Merci Claudius pour avoir relevé cette incohérence, tu as curieusement été le seul à le faire. Bien sûr, le sens est contraire à celui que je voulais donner. J'ai ainsi modifié en mettant ( en attendant de trouver peut-être mieux)  :
"N'avaient pas d'équivalent sur leur planète." Que l'écriture est une tâche difficile ! 
  Merci également à Flag, content qu'il est aimé mon texte.

Hors ligne Mathieu

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #8 le: 31 Août 2020 à 17:13:04 »


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Hors ligne Murex

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Re : Des martiens et des vaches
« Réponse #9 le: 01 Septembre 2020 à 10:11:50 »
  Un grand merci, Mathieu, pour m'avoir signalé le goût étrange de tes corn flakes. On a peut-être enfin retrouvé  la trace de l'extraterrestre... affaire à suivre.
  Murex.

 


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