Comment j’en ai pris pour perpète
Nous étions âgés d’un peu plus de vingt ans et très amoureux. Nous passions le mois d’août en Sicile et en Sardaigne, voyageant dans sa deux-chevaux. Nous campions n’importe où, dans un bois, près d’un ruisseau, le plus souvent à la belle étoile. Je devais partir en septembre pour les Etats-Unis afin de parfaire mes études et nous étions attentifs à profiter de chaque instant.
Je ne me souviens plus dans quel site archéologique cela arriva. J’observais une mosaïque lorsqu’elle m’avertit qu’elle s’absentait quelques instants. À peine une minute plus tard, elle est revenue en maugréant : ces salauds la faisaient payer pour aller pisser ! Je lui ai donné la pièce demandée, et l’ai regardée s’éloigner, légère et aérienne, avant de continuer à m’intéresser à cette mosaïque.
Quand elle est réapparue, elle m’a tout de suite rendu la pièce : elle avait réussi à se faufiler sans que la gardienne la voie. Et puis, me dit elle en me tendant un rouleau de papier hygiénique, j’ai pris ça aussi, ça peut servir.
C’est à ce moment précis que je sus que s’en était fini de moi. J’avais devant moi la femme avec qui je partagerai toute mon existence, la mère de mes enfants, la compagne de mes vieux jours, celle qui me fermerait les yeux.