Variation 1
Il n'y avait plus une lumière mais je commençais déjà à maitriser, à conceptualiser la langue barbare par les effluves des prophètes et de l'alcool, là où les landes sont muettes et la terre en boue de rose
barbare parce que désarticulée, une langue où le soleil parait éponge et où les visages s’annexent, une langue qui colle au ventre et à la salive cadencée, nos bouches tendues vers les effleurements de corps sans épines
et je t'ai vue presque timide dans mon silence, comme une inconnue dans l'équation de l'entropie de la nuit, la voix perdues sur le corps des étoiles sans pointes, prête à te défaire de tes membres comme d'autant de mots
et dis moi, la lucidité à tes yeux, quel goût ça a ? deux petites toupies dansant un ballet sans musique, deux toupies sur l'étang de ton corps, près de tes abondants silences-soleils, tes doigts de lilas et mes lèvres en nénuphar
tu avais à revendre de ces pétales biscornus, ces sourires vermoulus sur une bouche en vieux plâtre, ces manières de dire le mépris avec des yeux d'agate, milles miroirs de bille dansant sur les jets d'eau, milles rasoirs-baisers pour couper la peau du jour
et je voudrais te barder de paroles, d'injonctions, de mots à en goûter la saturation, te déconstruire mots par mots comme une parabole, te modeler en vinyle tournant absurdement sur lui-même, avec la blondeur relative de tes cheveux en eau-forte
je voudrais te faire dire la désarticulation, t'abandonner sur la joue d'un soleil et ta bouche, tendue vers le corps des amours aux peaux fines
car il est des théâtres célestes qui montent de moi, des clameurs cosmiques, des cirques mentaux et des rayons de musique, des regards délétères posés sur les bras, dont la raison m'échappe jusqu'au bout de mes ongles
et je te propose des paroles humides et des griffures à embrasser, des contacts à commenter et des spéculations sur la tendresse, des illusions acceptées et des métaphores pour emplir le vide, des proses de petit prince qui ne sait plus compter les planètes, des bontés a calquer sur le corps des musiques, des lettres sans cachet adressées a l'oubli, des injonctions a faire fleurir les visages, des liturgies pour des soleils oubliés, des robes de prêtresses pour taire les aveux, des pluies d’étés dans mes jour pour ne plus s’en soucier, des fruits symboliques pour regretter la jeunesse
mais je ne suis pas sur que tu saisisses ce dont je te parle.