La caissière m’a fait un sourire, ce sera le dernier. Demain, m’a-t-elle dit, il faudra que je paye à l’une des caisses automatiques.
Elle ne connaît pas mon nom, ni moi le sien, mais il y a comme un échange quand nos regards se croisent.
Un jour, je n’avais pas assez d’argent pour payer, j’étais embêté, elle m’a adressé une moue indulgente, pas un reproche, une petite moue, elle a enlevé un article et l’a posé à côté d’elle…
Moi, quand je paye, je sors toute ma monnaie, je la lui tends en lui disant : « Tenez, Mademoiselle, prenez ce qui vous arrange. » Alors, elle farfouille dans le creux de ma main, elle prend une pièce par-ci, une pièce par-là, elle peut prendre ce qu’elle veut, je ne compte pas, la confiance, c’est une belle chose.
Je ne suis pas plus bête qu’un autre, je saurai bien m’en servir de la caisse automatique, s’il le faut, je demanderai à quelqu’un de m’aider. Ce n’est pas cela qui me chagrine, non, c’est quelque chose de peu d’importance, de dérisoire, si on y regarde bien, le sourire de quelqu’un que je connais à peine.