Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire  (Lu 1532 fois)

Hors ligne Ellemme

  • Plumelette
  • Messages: 12
Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire
« le: 25 Février 2020 à 11:11:24 »
        Le désir d’écrire est pour moi comme une mue de celui de dessiner. Ils sont également mus l’un comme l’autre par un désir inextinguible, une quête viscérale et vitale de créer.
   Enfant, comme beaucoup d’autres de mon âge, je m’adonnais au plaisir de couvrir de signes et de touches de couleurs toutes sortes de feuilles et de cahiers destinés à cet effet. J’ai plus tard retrouvé, avec une joie et un orgueil mêlés, cette propension à créer chez mon fils, qu’il a lui aussi pris plaisir à suivre. Pourtant chez moi, le dessin a peu à peu cédé sa place à l’écriture. A partir du moment où j’ai su m’exprimer de façon plus organisée, ordonner correctement un paragraphe et construire logiquement un texte, l’écriture a progressivement remplacé le dessin. Mais plus qu’une substitution, j’ai vécu ce changement d’expression comme une évolution. En effet, à quoi servaient les exercices de calligraphie des petites classes, si ce n’est à ordonner des signes, écrire sur des lignes, évoquer des impressions, et suggérer - à qui voudrait bien me lire - surprise, émotion et sensations ? A l’échelle du monde - d’Altamira, en passant par l’Egypte ancienne, jusqu’à l’Allemagne de la Renaissance, l’art pariétal a ainsi trouvé son prolongement dans la gravure des hiéroglyphes, puis dans l’écriture des papyrus, mais aussi bien plus tard sous la presse de Gutenberg… En ce qui me concerne, j’ai trouvé dans l’écriture une forme d’expression plus directive, moins sujette peut-être à l’interprétation débridée de celles et ceux à qui elle est livrée. Quoiqu’il s’agisse surtout de degré, car quel que soit le mode d’expression choisi, tout est finalement soumis à interprétation et déformation…
   Le désir d’écrire est également né du plaisir de lire. Après avoir appris à lire et à écrire, j’ai repris les bandes dessinées de Hergé. Le déchiffrage des bulles a remplacé le décodage des vignettes, qui se sont mises alors à me raconter d’autres histoires. Puis j’ai rapidement sauté le pas de la Bibliothèque rose, pour très vite m’adonner aux récits à suspense de la Bibliothèque verte. Ces nouveaux plaisirs que me procuraient mes lectures m’ont paru être comme l’émanation d’un prodigieux pouvoir : le pouvoir euphorisant de créer, celui que seul détient un véritable écrivain. Un pouvoir fabuleux, précieux, capable d’extirper le simple mortel de son quotidien. Celui d’un démiurge avant tout, habité par le génie créateur, celui d’un inspiré comme d’un inspirateur, d’un illusionniste, d’un magicien, d’un conteur... J’ai voulu posséder ce pouvoir, comme un apprenti sorcier souhaite devenir un jour un grand alchimiste. Et comme Harry Potter se rend chez le marchand Ollivander, accompagné par Hagrid, pour y acheter sa baguette emblématique, j’ai demandé à mes parents de m’offrir une machine à écrire pour le Noël de mes 8 ou 9 ans. Il m’était alors absolument nécessaire de posséder un tel emblème. Je m’en suis servi longtemps, même si ses touches se grippaient, s’entremêlaient et se bloquaient. Ses cliquetis sourds, son tintement récurrent, chaque fois que le cylindre arrivait en bout de course, suffisaient cependant à m’enchanter. Pour autant, je n’ai pas conservé tout ce que j’ai pu dactylographier, à l’instar de ces œuvres et de ces gribouillis d’enfants, dont on se sépare au fil des ans, des déménagements, et lors des grands nettoyages de printemps. J’ai oublié ces œuvres éphémères et ces moments solitaires. Il ne me revient que de brèves impressions de fugace contentement, parfois mêlé d’agacement, quand ma machine se montrait retorse et rétive, pas assez collaborative…  D’autres fois aussi, je me trouvais inévitablement et douloureusement confronté à une certaine forme de stérilité. La pire, celle qui paralyse le désir d’écrire. Le souvenir de la séquence du Shining de Kubrick, où le personnage de Torrance recopie à l’infini une phrase, qu’on peut traduire par cet adage : « A trop travailler, on perd joie et santé », se remet maintenant à me hanter. Puis il arrive que le désir d’écrire, comme d’autres désirs, s’émousse naturellement. Et ce, de manière plus ou moins durable. Nous le remplaçons alors par d’autres envies et par d’autres aspirations. Dans le brasier des tourments de l’adolescence, j’ai ainsi cédé à d’autres désirs, même si de temps à autre, je lisais toujours avec plaisir mes travaux d’écriture les plus réussis à mes camarades de classe. Des années plus tard d’ailleurs, l’un d’eux avait conservé ce souvenir de moi, et cela a pour ainsi dire légitimement ravivé mon désir d’écrire.
        Il est alors revenu, tout en restant très intime. Je me livre peu. Mais je ne tiens pas à le réfréner, même si je crains de m’exposer, d’échouer, d’abandonner. C’est pourquoi je rejoins aujourd’hui ce forum pour y retrouver une communauté qui soit animée par la même flamme : écrire et être lu, pour continuer à écrire,  tout comme à vivre.

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 497
Re : Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire
« Réponse #1 le: 25 Février 2020 à 14:46:47 »
Bienvenue ici Ellemme !
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Ellemme

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire
« Réponse #2 le: 25 Février 2020 à 18:53:10 »
Merci beaucoup Ambriel !

J.

  • Invité
Re : Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire
« Réponse #3 le: 25 Février 2020 à 19:42:03 »
Bonjour et bienvenue. Pour une présentation, c'est une présentation. Limite à figurer dans la section "Textes courts" mais elle a le mérite d'être complète.

Hors ligne Ellemme

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : Présentation intrinsèque de mon désir d'écrire
« Réponse #4 le: 26 Février 2020 à 19:09:31 »
Merci Jonathan. Il me fallait bien venir à ce nouveau monde, celui de l'écriture. Alors, je suis remonté aussi loin que je pouvais !

 


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