Que de couloirs n’ai-je pas parcourus dans mes nuits ! Couloirs qui donnent sur des pièces dont je n’ose franchir le seuil, silencieuses parfois, mais d’où le plus souvent me parvient le bruit assourdi de conversations dont je ne peux saisir le sens. S’y dispute-t-on ? Y échange-t-on de doux propos d’alcôve ? Y trame-t-on de sombres desseins ? Sans savoir je poursuis mon errance. Étrange impression que d’être seul, exclu, entouré par tout un monde de mystère.
Parfois le couloir se rétrécit dangereusement au point que je crains d’y être enserré comme dans un étau, parfois le sol s’incline me faisant redouter d’y perdre l’équilibre et de chuter sans fin… Mais toujours alignées de droite et de gauche ces successions de portes que je n’ai pas le courage d’ouvrir, bien que je sente confusément que derrière l’une d’elle se tient un être qui m’attend afin de me révéler un ineffable secret.
Ainsi mes nuits se passent dans cet échec, dans cette fuite, et je m’éveille avec le sentiment étrange d’un immense soulagement auquel se mêle le regret d’avoir manqué un rendez-vous qui aurait pu changer ma vie.