La cigale et la fourmi
Taisant l’ennui des garçons de mon âge,
Puisque onirique est notre propre avenir,
Étant au nombre des exclus du partage,
Aujourd’hui, j’ouvre ma boite à souvenir.
Comme tortueux est notre fichu chemin,
J’ai décidé de prendre mon destin en main.
Si la confiance en soi a quelque chose d’exaltant,
C’est parce qu’à faire bien il est toujours temps…
En avance de deux métros et en retard d’une gare,
Du nec, à l’instar du renard je n’en ai que le regard.
Songeant souvent à deux insectes forts connus,
M’est-il interdit de savoir ce qu’ils sont devenus ?
Si à mes yeux cigale et fourmi n’ont jamais parus,
Cela ne veut pas dire qu’elles ont à jamais disparues
Pour leur parler, fussent-elles hautement perchées,
L’été, en mon mas, point n’est besoin de les chercher.
On n’a pas oublié que la désinvolte cigale,
Qui, dans l’art de festoyer était sans égale.
Ayant noctambuler tout l’été, elle se trouva dépourvue,
Quand la rudesse de l’hiver arriva plus tôt que prévue.
Rappelons que la feignasse avait pour voisin une voisine,
Et quand la cigale bullait, la fourmi, elle, bossait à l’usine.
Sans tortore, entendu que son ventre criait famine,
Il va sans dire que son corps manquait de vitamine.
Négligeant le 17, elle se dirigea vers le nid le plus proche,
En se disant que, de toutes, elle n’était pas la plus moche.
Après avoir cadenassé sa trottinette et mis ses escarpins,
Elle pria l’ouvrière de lui prêter quelques croûtes de pain.
Hélas, informé que la mendigote avait stridulé tout l’été,
Folle de rage, la prolétaire décida de ne rien lui prêter.
Sans tunes vaillantes, non admise chez Po-Pol emploi,
Dépitée, la cigale dut se plier aux rigueurs de la loi.
On connaît la suite, point n’est besoin de s’étendre,
Puisque nous avons mille autres choses à apprendre.
Aussi, pour ne pas me montrer trop intrusif,
Je ne dénoncerai que ce qui me semble abusif.
Résultat, pour ne pas paraître artificieux,
Mon devoir est de dresser un état des lieux.
On devine que pour raconter ce qui s’est passé,
J’ai dû mettre mon nez dans les affaires classées.
Je ne peux pas soutenir en parlant de défaillance,
Et taire que la parjure cigale est une chaude lance.
Cet adultérin qui fuit la couche de son épouse,
À force d’esbigne à cesser de la rendre jalouse.
Eu égard au respect et à mes louables intentions,
En ma qualité de militant au droit à l’anonymat,
Comme indigne serait de porter de fausses accusations,
Je pense raisonnable d’appeler ladite cigale François.
Si j’avais oublié de le faire, je n’aurais pas appris,
Que celui-ci était un mari dissolu sans foi ni esprit.
Qui, menant grande vie et cocufie à ne pas copier,
Par maris trompés a failli passer par le fil de l’épée.
Si l’on se souvient que prêteuse la fourmi ne l’était pas,
On ignorait que François était plus de mille fois papa.
En bordée toute l’année. À bosser n’étant pas censé,
Pour ne pas s’épuiser, des corvées il s’en dispensait.
Plus tard, dûment viré du domicile conjugal,
Le François connut encore disette et fringale.
N’ayant que l’espoir à se mettre sous la dent,
Privé de nouba, chaque jour, était ramadan.
Fini les restos avec profusion de fruits de mer,
Fini les soirées télés suivi du câlin de mémère.
Affecté par les problèmes de démographie,
Bien que n’étant pas expert en géographie,
Décidé de remontrer son pouvoir de séduction,
Rappelant valeur et qualité de ses productions.
Fait que, sous édredon, en pratiquant le jeu du ballon,
Chaque été, ses conquêtes attendaient un petit cigalon.
La fourmi lasse de voir la cigale circuler en limousine,
Ne comprenait pas qu’elle fasse la une des magazines.
Puisque, observa-t-elle, ce François ravit les médias,
Pourquoi ne plairais-je pas si je m’appelais Léticia…
Hélas, vu que son charme n’avait rien d’abyssal,
Son funeste sans gêne ne lui apporta que du mal.
À sa grande déconvenue largement répandue,
S’ajouta un événement aucunement attendu.
Un mois plus tard, arrivé en bout de chaîne,
Papa fourmi, sentant venir sa fin prochaine,
Faisant preuve d’un courage surhumain,
Convaincu que s’arrête là son chemin,
Après volontés rédigées, ne cachant point son déclin,
Sachant que d’amour des siens, il avait fait le plein.
« Enfants, leur dit-il, pour enluminer notre image,
Et oublier corbeau renard et portion de fromage.
Offrez l’indicible, donnez tout ce que vous n’avez pas,
Cédez ce que ne vous laissera pas votre défunt papa.
Fini l’épargne qui génère peau de balle et soumission,
Au démon du moins offrant, donnez votre démission ».
Il s’avère que François, connu pour sa veine de cocu,
Ne sait rien des vertus, du fameux pan-pan au cul-cul.
Comme l’histoire risquait de se répéter,
Et que la bonté ne peut pas se décréter,
Puisque Léticia refusait de lui donner à croûter,
François se promit de ne là plus jamais écouter.
Comme amicales ces deux bestioles ne le sont toujours pas,
Fait, qu’une nouvelle fois, Léticia priva François de repas.