Je vous soumets ce début d'histoire, que j'essaie d'essayer d'écrire... Pour vos bons conseils et vos critiques éclairées...
Un soir d'Automne 1019
Un vent humide et doux pour la saison avait battu la lande de la péninsule de Plougrescant depuis l'aube jusqu'à cette fin de journée, qui s'annonçait maussade. Le temps allait tourner à l'orage. De lourds nuages anthracites couvraient déjà le paysage vallonné, couvert de bruyères, d'ajoncs et de rocs de granit gris, encore éclairé par les derniers rayons du soleil. Enivré par l'air marin et par cette ambiance féerique, Harn trottait gaiement en direction des forêts familiales, tournant le dos au fracas des vagues et au raclement des galets. Quelle merveille que cette baie de Pors Scarff, ses rochers, sa grève où il avait fait la course avec la marée montante, goûté un chou de mer en grimaçant, et s'était trémoussé aux chatouilles des puces de mer! Grimpant au milieu de la généreuse végétation, il savourait les caresses qu'il volait aux fougères sur son passage, tout en salivant à la perspective de la ventrée de glands qui l'attendait aux pieds de ses chênes préférés. Harn était le cadet d'une longue et fière lignée de sangliers, dont les ancêtres avaient vu arriver les Romains dans cette belle région d'Armorique, des centaines de printemps plus tôt. Une telle longévité était due à un terroir généreux, à une belle vigueur reproductive et à des règles strictes, interdisant notamment les explorations à découvert de jour. Règles que le jeune Harn avait ignoré, cédant à son esprit aventureux, et il avait donc passé l’après midi à fouiller la grève de son groin curieux.
Soudain il entendit un brouhaha de voix humaines et de pas précipités. La magie de cette fin de journée bucolique s'évapora instantanément, laissant place à la peur, et aux regrets d'avoir négligé les règles du clan. Un groupe bruyant, trop bruyants pour des chasseurs... Une trentaine… une véritable armée se dirigeait vers lui... L'un, monté sur un cheval, haranguait sans cesse ses congénères en briton : "Allez, en avant!... Culs-terreux!... Au Gouffre !... Sus à la Bête !... Hâtez, gredins, ou je vous raccourcis !... Dieu avec moi !... ". Le reste du groupe, à pieds, avançait avec force mauvaise grâce, en protestant et geignant.
Blotti dans un talus herbeux, Harn tremblait et se vidait abondamment. Il avait le groin saturé des odeurs de sueur, de crasse fangeuse et de contrecoeur de la horde d'humains. Il s'imagina attrapé, dépecé, tournant sur une broche au dessus d'un brasier, comme dans les terrifiantes histoires de sa tante Izold. Après de longues minutes de cauchemar, il prit conscience que la troupe l'avait dédaigné, manifestement en chasse d'un gibier plus appétissant. Peut-être une biche, ou un cerf... Sans poursuivre plus loin ses suppositions, Harn détala, plus vif qu’un lièvre, rejoignant, ventre à terre et le coeur battant à en rompre sa gorge, la sécurité et le réconfort des siens.
Le Chevalier Arzael, droit, fier et preux sur son robuste et court cheval breton, en armure et tabard blanc orné d'une croix noire cousue, cheveux châtains attachés balayant le haut de son dos au pas de sa monture, menait avec l'autorité due à son rang et à la pureté de sa foi, distribuant justes ordres et coups secs du plat de son épée. Sa troupe était constituée des quatre moines de Tréguier les plus enclins à la battue, en bure marron et armés de gourdins, et d'une vingtaine de gueux des campagnes alentours, paysans et marins, en braies et cagoules grossières, usées, et reprisées, armés de piques, de bâtons et de fourches. Ces derniers, désignés volontaires par Dieu en la main du Chevalier, manquaient pour la plupart de Sainte ferveur, ce qui leur valaient les nécessaires mais brutales stimulations du Guerrier.