Salut Marcel,
Ici j'ai plus de facilités à commenter car le sujet m'est familier.
Je te fais une remarque en miroir des tiennes

: c'est osé d'écrire ce genre de texte du point de vue du sexe opposé (mais du coup, je serais mal placée pour critiquer

). Pour moi c'est un effort d'empathie et cette intention-là est toujours bienvenue. Malheureusement je suis pas trop convaincue par le résultat.
Oui, je me souviens de la première fois quand un homme m'a aimée. J'avais huit ans.
Pourquoi commencer par "Oui" ?
Un sale con.
Un éventreur.
Un éventreur de cons.
La formule "un éventreur de con" me semble vraiment étrange si on se place comme j'ai cru le comprendre dans la peau d'une jeune fille de 22 ans. J'ai plutôt l'impression de retrouver une formule à toi, un jugement à toi.
Par ailleurs ça tranche avec "aimer", c'est peut-être volontaire, et je pense que le truc le plus subtil à exprimer pour ce type de texte, à mes yeux, c'est le clivage que l'on ressent, amour/haine pour l'agresseur. Mais ici, l'alternance ne me convainc pas réellement.
Je crois que le "J'avais 8 ans" me donne l'impression que l'on déclenche les souvenirs / reviviscences, du coup j'aurais enchaîné tout de suite avec "Il m'a fait mal. Mal à la tête. Mal à mon ventre."
Je me suis souvenue un jour que je faisais la morte. Je me suis souvenue du jour où je me suis souvenu. Et j’ai pensé, qu’il ne m’arriverait rien.
Là je ne comprends pas du tout ce que tu expliques.

On commence par commencer.
On recommence par finir,
Puis on finit par recommencer.
Ce qu’on commence toujours et qu’on ne finit jamais.
A l’infini, on recommence.
Tout ce qui est fini n’est pas à commencer.
Finir et commencer,
Il y a infinir, ce verbe qui ne finit ni ne commence jamais.
Ici pour moi tu te laisses absorber par tes propres pensées, te connaissant j'imagine que tu mets beaucoup de significations derrière les mots commencer et finir, que ça te laisse songeur et que chaque nuance exprimée ici dans chaque morceau de phrase revêt une signification particulière. Mais pour moi, c'est trop hermétique, quand je lis ça avec mon regard extérieur, je vois juste des jeux de tournures entre commencer et finir et infini etc. Si jamais tu voulais exprimer davantage que ces jeux de tourner les mots dans tous les sens, si tu voulais exprimer des idées, jouer vraiment sur différentes significations précises et nuancer, tu ne m'en donnes pas assez ici pour que j'entre dans ton monde.
Vingt deux, voilà la pucelle d'Orléans !
Idem que plus haut : j'ai du mal à imaginer une fille de 22 ans songer à cette référence en premier lieu lorsqu'elle pense à son âge.
Papa, c’est un état incompréhensible… papa. Viens là près, tout près de moi. Je veux mettre ma tête sur ton ventre pour oublier que la terre existe.
Ici, j'aime bien les images / émotions / idées retranscrites, et pour moi ici tu touches juste dans ce que le clivage peut nous faire ressentir d'absurde et d'incohérent, aller se réfugier dans les bras de son agresseur par exemple.
Aujourd’hui encore, je me demande pourquoi tu m’as fait si mal au ventre…Papa….
Quelque chose dans cette chute me semble un peu trop spectaculaire, trop attendu. Mais j'ai sûrement un biais dans ma non-surprise (les histoires glauques ont souvent été mon quotidien).
Au total, je n'ai pas "senti" ta narratrice comme un personnage réel, je n'ai pas ressenti la complexité des émotions qu'elle pourrait ressentir. Par contre j'ai ressenti à quel point elle peut être déboussolée, perdue, et son côté désespérée. Il me manque pourtant quelque chose pour nourrir le propos du texte. Je le ressens trop comme une volonté de choquer, je vois bien l'intérêt que ça peut avoir de dénoncer l'existence des violences, mais ici je ressens (peut-être à tort) une volonté de choquer (et peut-être de se confronter soi-même au choc, s'imaginer soi-même en situation insupportable) davantage qu'un témoignage ou une volonté d'aider à comprendre, partager un vécu.
Ce qui m'a le plus convaincue, c'est cette amorce de clivage, l'amour qui vient poindre au milieu des souvenirs terribles et qui les rend plus douloureux encore.