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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Since I've Been Loving You (Contenu explicite) - La suite...

Auteur Sujet: Since I've Been Loving You (Contenu explicite) - La suite...  (Lu 2246 fois)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Since I've Been Loving You (Contenu explicite) - La suite...
« le: 24 Juillet 2019 à 09:04:35 »
Since I've Been Loving You



      Était-ce mon premier amour ?
      N'était-ce qu'un mauvais rêve ?
      Elle était ravissante, ingénue, mais d'une intelligence lente et sans doute tardive.
      Aveuglé par son soleil d'artifice, je n'avais pas vu que la mort rôdait autour d'elle.
      Sur la plage, sa main par hasard avait touché ma main.
      Et, pour cette main frôlée, je faillis bien mourir au sommet d'une grue qui tanguait au matin. Vie tremblante et pendante dont Zéphyr tenait le fil !
      Quarante ans ont passé. Je ne sais plus son nom. La couleur de ses yeux. Ce dont je me souviens, c'est qu'en ce temps-là…

      L'homme que je n'étais pas encore cherchait à étrangler l'enfant que je n'étais déjà plus. Mon lit pour horizon, mes rêves pour récifs, je subsistais dans un perpétuel tourbillon d'écume. Seize ans, le bel âge pour se croire un dieu invincible, mais un dieu perché sur un nuage noir !             
      L'immoralité ne m'avait pas encore atteint, sans réel effort je me préservais des turpitudes. Pourtant, la duplicité de ma nature était extrême. Aux inconnus, j'affichais le plus souvent une mine de doux charmeur. Je donnais l'impression de croquer la vie à pleine dents, alors que dans mon ventre se glissaient nombre de terreurs diffuses. Invariablement, ces individus agissaient sur ma psyché tels de repoussants miroirs et me laissaient navré de ne voir en eux que de pâles brouillons d'humanité. Après cela, en qui croire ? Pour qui vivre ? À part dans les recueils indicibles, où se trouvaient  encore la poésie céleste, les grands cœurs qui font d'une parole tout un jardin de fleurs ? Le malheur après tout n'était-il pas la plus splendide des portes de sortie ?
      Ne portant en moi aucun dehors, vide d'ipséité mais plein d'imitation, je me maquillais au jour le jour, et j'allais, déguisé ainsi, renifler mes semblables à pas de loup, à fleur de peau, ne me reconnaissant absolument en quiconque. La Terre n'était pas mon utopie, elle me demeurait étrangère, et ses habitants de sournoises particules. Sous mon cheveu en bataille, mes dualités se chevauchaient sans cesse. Dépouillé de tout désir, mes frêles ambitions me poussaient insidieusement à l'indifférence, à ce tolérant mépris du monde qui fortifie l'observance de l'ascète.
      Bien que me jugeant au-dessus de la masse, je n'étais cependant pas en reste de contradictions. Certains jours je me croyais l’axe de la Vérité, Napoléon contemplant les siècles depuis sa pyramide, ou Alexandre le Grand conquérant la Perse pour y insuffler ses idées neuves, spirituelles et alchimiques. Toutefois, qu’une contrariété m’épingla au détour d'un caprice et je ne me considérais plus que comme un vaurien, un anonyme ectoplasme dans la ténèbre asphyxiante de ma chambre.
      Robert Plant dans les veines, Kafka en bandoulière, musique et littérature étaient mes amies les plus sûres. Ayant tôt déserté le lycée, sans autre diplôme que ma honte et les foudres de mon père, c’était l’époque où je me goinfrais de livres passionnels – volés la plupart du temps dans les rayons poussiéreux d'une vieille libraire à moitié aveugle - où je lisais aussi bien « Les souffrances du jeune Werther », « L'écume des jours », « Le docteur Jivago », « Belle du seigneur » que « Sensuella », ce genre de roman-photo pour adultes à haute teneur excitante. Plus platoniquement parlant, je rêvais en secret d’amour pur, de caresses de papillon, de pouvoir serrer dans ma main une jolie main blanche, d’être auprès d’une fille comme un saule qui tremble, tel Aragon auprès d’Elsa. Mais ce temps tardant à venir, je n’avais pas d’autre choix que de me laisser séduire par les serpents qui s’entortillaient soudain le long de mes cuisses, m’invitaient au vertige dans les parkings, les taillis, les plus sombres recoins. Séraphique de cœur, dans ces moments-là je me sentais sale et la chair pouvait me lanciner à toute heure du jour ou de la nuit, me pousser toujours plus loin sur le pente du vice.


La suite ci-dessous...


Juste pour ceux qui ne connaîtraient pas :

https://www.youtube.com/watch?v=EP-jH3p36rw
   
« Modifié: 26 Juillet 2019 à 10:25:20 par kokox »

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  • Calame Supersonique
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Re : Since I've Been Loving You
« Réponse #1 le: 24 Juillet 2019 à 23:11:23 »
Merci bien Champdefaye pour ta délicate lecture. :)
Sept ans de Mioche, il est vrai, passés au scriptorium de ma prime jeunesse ! Il était temps que j'ôte la tétine, le bavoir, les culottes courtes. Me voici donc à un âge nettement plus avancé, au sens quasi biblique du terme, lequel fera peut-être l'objet d'une suite à ma genèse, à l'instar pourquoi pas de la trilogie de Jules Vallès.

Bien à toi !

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  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Since I've Been Loving You (Contenu explicite) - La suite...
« Réponse #2 le: 26 Juillet 2019 à 10:33:48 »
À ma décharge, il faut dire que j’appartenais à une lignée de grands cochons. Nos repas de famille prenaient vite des allures de bouffonneries égrillardes où les hommes fanfaronnaient, parlaient librement des demoiselles avec des regards gluants, des pets de volupté et des rires de bagatelles soi-disant accomplies au plus profond des foins. Mes oncles principalement semblaient les plus libertins apôtres de la raie en plein soleil, du becquetage de frifri sous la pluie dans la solitude touffue des bois. À les entendre, ils étaient capables de défoncer n'importe quelle porte à coups d'épaule pour entrer dans une alcôve, de subtiliser une culotte, voire la plus collante gaine, d'escamoter un soutien-gorge, à la manière de ces magiciens de proximité qui pratiquent le close-up et laissent l'éberlué béat d'admiration. Insatiables butineurs, ils se vantaient de pouvoir faire durer leur tumescence le temps que se consume un cierge pascal, et de pouvoir faire monter au ciel la plus pudibonde des bigotes, sans que leur culpabilité païenne n'en soit altérée. Mes tantes les laissaient dire, ponctuaient leurs exploits, vrais ou inventés, de gloussements de complaisance ou de sourires pincés, prises qu'elles étaient dans l'étau du saisissement, entre les mâchoires de la gêne et l'excitation nébuleuse de ces femmes virilement cocufiées. Bref, j'étais le digne descendants d'ogres affamés de tétons et de clitoris, et je n'avais pas encore fait la chose, au grand dam de ma dynastie vertement décomplexée.
      - Et alors, c'est pour quand l'attaque de Pearl Harbor ? me titillait parfois tel oncle goguenard, avide que je lui narre en retour les croustillants détails de mes prouesses de sommier.
      - Je ne sais pas, lui balbutiais-je, au comble de l'embarras, me noyant aux abysses comme l'eut fait un plancton face au cachalot de la luxure.
      En attendant de recevoir mon prix d'excellence des mains de mes libidineux précepteurs, je rongeais donc mon frein. Sans doute corrompu par leurs salaces impatiences, mon coeur tendre qui rêvait toujours de faire catleya à une jeune bergère sous les pommes d'or du jardin des Hespérides, mon coeur de poète inapaisé se mit peu à peu à perdre le nord pour se laisser glisser vers mes racines latines. C'est ainsi que les flammes commencèrent à embraser la sécheresse de mon étouffante pinède, sans que mes chastes mœurs ne puissent circonscrire leur avancée.
      Le samedi soir, sur ma chaise de menteur, je disais à mes parents que j’allais voir mon ami Hassani, Hassani le fort en maths et l’hypocondriaque qui se rêvait cardiologue mais pensait que l’on pouvait attraper le cancer en touchant un vinyle. Mes parents me mettaient en garde : pas de fumette, hein ! D’une expression légèrement rieuse d’ours en peluche, je les rassérénais : Hassani ne fume pas, ça le fait tousser, et il a horreur de tousser. En vérité, j’enfourchais ma mobylette et je fonçais, plein pot pétaradant, sur ma chère Sodome et Gomorrhe : Strasbourg Saint-Denis et ses déesses déglinguées.
      Boulevard Sébastopol, j’attachais fissa ma bécane et m’enfournais comme une ombre dans le premier cinéma porno venu. L'énorme X sur sa façade me donnait illico la mesure de ce que je venais y chercher : cette brûlante envie de ruer sur le château fort de ma timidité, de défoncer à coup de bélier la herse de mes ultimes réticences. Les affiches étaient dénuées de tout portrait. Dans un ovale ou un cercle parfait, seul se tenait un titre gras racoleur sur fond pourpre violet – du reste, le sexe des femmes est resté longtemps dans mon imaginaire teinté de cette gouache tiède. Dernière couleur de l’arc-en-ciel, elle agissait sur mon bas-ventre telle une puissante énigme, une porte ultime, gardant cruellement son seuil mystérieux. À la vieille caissière, je jouais aussitôt les briscards dessalés, ayant travaillé mon rôle en chemin. Pour paraître plus balèze, j’avais sur les épaules une doudoune qui me faisait un torse de bibendum. Rendant rauque ma voix de fausset, je lui baratinais à chaque fois dix-huit piges quand je n’en avais que seize. La caissière ne semblait pas dupe derrière ses lunettes d’antiquaille, mais me laissait tout de même entrer pour reprendre au plus vite son tricot.
      Sésame en main, je mettais une poignée de secondes avant de pousser la porte battante, histoire de me mettre dans la peau de l'odieux dévergondé, captif des sirènes.
      Dans la salle, hiver comme été, le taux d'humidité semblait celle d'une jungle équatorienne. La moiteur me submergeait tout de go les narines jusqu’à l’hypophyse. D'abord l'odeur, cette vieille odeur de cave renfermant l'oubli, le tas de choux abandonnés depuis des lustres. Cela  sentait la roubignole, la triste jute des esseulés aux aguets, cette sueur visqueuse, envieuse, des Conquistadors qui n’ont jamais rien colonisé.
      Passé mon inévitable haut-le-cœur, mon regard était happé inévitablement par l’écran d’où scintillaient, sans préambule, d’énormes braquemarts, d’énormes culs poudrés, ou autres babines peinturlurées à l’œuvre. Inutile d'être cinéphile, esthète des beaux décors et des cadrages, les scénaristes ne s’embarrassaient pas de salamalecs, de politesses académiques. Ils entraient directement dans le vif du sujet : séquence une, ils baisent, séquence deux, ils baisent, séquence trois, ils baisent en groupe, et générique de fin. Quelle que soit l’heure de mes visites dépravées, les acteurs étaient toujours à poil, s'apprêtant ou non loin d’arroser de la chair dans une température de lumière proche des ténèbres. Je me prenais pleine poire un méli-mélo de poils pubiens, de plis et de replis de foufoune béante, tout ça sur une bande-son de brames, de gémissements plus ou moins étouffés et confus. Le doublage laissant à désirer, les femmes semblaient baragouiner leur extase dans une langue étrangère, une sorte d’idiome liturgique de civilisation éteinte, slavon ou peut-être bien gothique.
      J’étais tout de suite dans le bain, aussi alléché que médusé. Ce faisant, je cherchais une place. Dans la pénombre, je piétinais un rubis de moquette qui n’étincelait plus depuis un bail, avec cette impression de traverser un bourbier de chewing-gums. Évitant le voisinage, je rejoignais un fauteuil avachi, le plus souvent maculé de rustines douteuses, lesquelles s’adhéraient au fessier telles des tiques en mal d’amour. Les anglophones appellent  FOMO, "Fear Of Missing Out", cette peur de manquer des événements majeurs pendant lesquels la Terre entière semble s'éclater, sauf vous. Malgré ce mélange d'épouvante et d'enivrement qui accaparait alors de tous mes sens, j'aurais donné ma mobylette pour n'être pas ailleurs. Je me lovais dans mon X tout en lui tirant la langue et, comme l'apprenti goret, j'étonnais ma vertu en me roulant dans les premières ondes de ma fange.

À suivre...
« Modifié: 26 Juillet 2019 à 11:10:35 par kokox »

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Since I've Been Loving You (Contenu explicite) - La suite...
« Réponse #3 le: 26 Juillet 2019 à 11:14:15 »
Un grand merci pour ton prompt suivi, Champdefaye !  :)

Et aussi pour le relevé des deux balourdes coquilles.

Et sinon, aurais-tu toi aussi connu les rustines douteuses de ces chères salles "d'art et d'essai" ?  ;)

 


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