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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La malle aux secrets

Auteur Sujet: La malle aux secrets  (Lu 1067 fois)

Hors ligne FVarga

  • Tabellion
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    • Les mots tartares
La malle aux secrets
« le: 25 Juillet 2019 à 10:25:35 »
J’ouvrais cette malle tel un explorateur qui après avoir tant espéré se trouve sur le point de révéler un secret oublié.
Chargé d’inventorier certains biens de la famille, j’étais à présent l’ultime rescapé de ma branche maternelle. Je n'escomptais pas  dans ce grenier découvrir un trésor dissimulé qui aurait échappé à l'avidité de mes prédécesseurs. Les membres de ma famille m'étaient  inconnus. J’en savais suffisamment sur leur compte pour ne pas attendre mieux que de la poussière, une sale odeur de moisi et de pisse de chat.

Je suis l’héritier d’une lignée millénaire de simples ouvriers, artisans ou tâcherons sans histoire. Presque aucun n’avait  appris à lire ou écrire. Leur pensée se limitait à ce qu’enseignaient l’église et la morale dominante. Ils avaient été patriotes, anti-dreyfusards, pétainistes, collabo, résistants de la libération, communistes; toujours dans le sens du pouvoir, de la légalité, de ce qu’on leur autorisait d’être. Ils méprisaient ceux qui avaient l’ambition de sortir de leur rang. Ici, on est ouvrier, couturière, et tout le reste n’était pas pour eux.
   Les cataclysmes de l’histoire, l’invasion des Anglais ainsi que les grands conflits qui, plus que partout ailleurs se sont acharnés à martyriser cette terre de Flandre et du Boulonnais avaient dictées les rares aventures familiales.
Cet inventaire m’ennuyait. Recenser les biens misérables de mes ancêtres et aïeux disparus dans le silence de leurs secrets m’était aussi fastidieux que dérangeant.

La plupart de ces objets m’étaient familiers. Ils avaient pourtant depuis longtemps déserté ma mémoire.
Cette malle était celle de ma mère qui avait conservé sans esprit de méthode les souvenirs de mon enfance. Je relisais des poèmes tracés à l’encre verte et resurgissait en moi l’odeur de la colle blanche et des pots de gouache qui coloriaient nos mains et marquaient de leur parfum les séances d’activité d’éveil que parcimonieusement nous offrait notre maître d’école. Je me rappelle de ces après-midi de classe que je dégustais avec gourmandise comme une douceur sucrée. Je revivais l’émotion du jeune écrivain que j’étais, qui n’envisageait les mots que par leur sonorité et leurs associations improbables.

Depuis bien longtemps, personne n’avait plus posé les yeux sur ces chants d’enfants, encore moins celle qui si souvent m’admonestait pour mon manque de rigueur et ma pauvre maîtrise de la grammaire française.
Elle avait tout conservé, sans avoir pu toutefois s’empêcher de parsemer ces feuilles à grands carreaux de remarques, de corrections et autres soulignements didactiques.
J’exhumais les lettres d’amour que j’avais écrites dans le silence de ma chambre d’adolescent, puis de jeune étudiant. Aucune des destinataires de ces courriers n’a jamais ouvert une enveloppe qui de ma part lui était  adressée. Ces  filles m’étaient  inaccessibles et le courage n’a jamais été mon fort. J’aurais voulu pouvoir être encore   inspiré comme je l’étais alors pour de nouveau tenter de séduire toutes celles qui ont fini par fuir mon silence.

Je poursuivais l’inventaire des traces de ma jeunesse défunte. Je me replongeais dans un univers d’émotions et de sensations que je n'imaginais pas  ressentir avec une telle force après tant d'années.
J’étais bouleversé de découvrir que ma mère, cette femme au jugement ferme et définitif s’était attachée à conserver et relire ces pages que je pensais disparues, mais qui pour elle, étaient le plus précieux des trésors.
Aujourd’hui, elle aussi est partie, emportant dans son silence les mots de tendresse et d’encouragement ou tout simplement d’amour qu’elle n’a jamais su prononcer.

C’est comme ça depuis toujours dans les familles du Nord. On s’aime sans se le dire et quand on souffre, on se tait d’autant plus.
[/font]
Désolé pour les accents - Mon clavier fatigué et mon système ne reconnaissent pas le français accentué...

Miléna

  • Invité
Re : La malle aux secrets
« Réponse #1 le: 25 Juillet 2019 à 14:47:36 »
Salut ^^

Je passe faire un tour sur ton texte, j'en profite pour te donner mes impressions à la lecture.

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J’ouvrais cette malle tel un explorateur qui après avoir tant espéré se trouve sur le point de révéler un secret oublié.
Chargé d’inventorier certains biens de la famille, j’étais à présent l’ultime rescapé de ma branche maternelle.Je n'escomptais pas  dans ce grenier découvrir un trésor dissimulé qui aurait échappé à l'avidité de mes prédécesseurs. Les membres de ma famille m'étaient  inconnus.
Je trouve que dans ce passage le son "é" revient trop souvent, ça donne un coté très répétitif au texte (pour une première entrée en matière c'est un peu dommage).

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une sale odeur de moisi et de pisse de chat.
Je trouve ce passage au langage familier très dommage. Ton locuteur ne semble pas l'utiliser (ça ne semble pas faire partie de sa façon de s'exprimer), trouver du langage familier tout d'un coup donne une impression de maladresse dans l'emplois de la langue.

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Je suis l’héritier d’une lignée millénaire de simples ouvriers, artisans ou tâcherons sans histoire.
Toujours cette récurrence du son "é".
Si c'est volontaire je trouve que sans ne rend pas un bel effet.

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Ils avaient été patriotes, anti-dreyfusards, pétainistes, collabo, résistants de la libération, communistes
Je dois avoué que je suis très étonné de trouver "communiste" dans la liste  :???:

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Ici, on est ouvrier, couturière, et tout le reste n’était pas pour eux.
Je trouve que cette phrase est en décalage avec ce que tu affirmes plus haut.
Tu dis que cette famille était "collabo" et "résistant à la libération" cela me semble à l'opposé d'une posture telle que "tout le reste n'était pas pour eux". De ce que tu décrivais au début ("Leur pensée se limitait à ce qu’enseignaient l’église et la morale dominante") j'imaginais plutôt de personnes très passives (qui suivent le courant sans prendre position) avec la mention de "collabo" et "résistant à la libération" j'imagine de fervent nazi. J'ai du mal à savoir si tes personnages sont du genre à suivre le courant sans prendre position ou à devenir de fervent partisan du personnage politique en vogue.

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Cet inventaire m’ennuyait.

Là pour moi il y a un point important à éclaircir dans ton texte.
Avec cette phrase on ne sait pas si ton personnage se fait cette réflexion dans le passé ou dans le présent.
Au début de ton texte, ton personnage ouvre une malle, il est donc à se moment là en train de faire son inventaire. Mais ensuite il explique comment il en est arrivé là, c'est donc un flash back. Dans cette réplique : on ne sait pas si ton personnage est un train de faire un inventaire qui l'ennui ou si l'idée de devoir faire cet inventaire prochainement l'ennuis. Et c'est très dommage pour la compréhension général du texte.

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Recenser les biens misérables de mes ancêtres et aïeux disparus dans le silence de leurs secrets m’était aussi fastidieux que dérangeant.
J'aime cette phrase  :) je la trouve mélodieuse et poétique.

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La plupart de ces objets m’étaient familiers.
Comme précédemment je trouve que cette phrase manque de précision pour donner un contexte : en lisant je me suis demandé si tu parlais juste des objets contenus dans la malle ou de tout le grenier.

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des pots de gouache qui coloriaient nos mains
-> coloraient (de mémoire colorier c'est ce que fait un animé lorsqu'il met de la couleur quelque part ; colorer c'est ce que fait une teinture ou de la peinture).

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Ces  filles m’étaient  inaccessibles et le courage n’a jamais été mon fort.
"n'a jamais été mon fort" est aussi une expression familière, elle me fait la même impression que les premières que j'ai souligné.

En arrivant à la fin, je me rend compte qu'il y peut-être une plus grande part d'autobiographie que ce que j'avais pus penser en commençant ma lecture. Je tiens à préciser que je donne mon avis sur le texte et uniquement sur le texte, j'espère que tu ne sera pas blessé par mes remarques, ce n'est pas mon intention, je seulement essayé de relevé les points qui selon moi pourraient être améliorer dans le texte. Je m'excuse par avance si en faisant cela je touche des points sensibles.

Pour un avis général, je trouve la fin très intéressante mais je pense qu'elle pourrait être mieux amené.
Je trouve qu'il manque à ton texte un progression plus nette et une structure mieux marqué.
Par exemple, dans ton début, tu décrit l'ouverture de la malle avec ce regard d'explorateur devant l'héritage familial, pourtant assez vite cet aspect "explorateur" se perd avec la description de pourquoi ton personnage n'a pas envie de s'intéresser à ce vieillerie. Puis on comprend ce qui l'intéresse mais pour moi ce cheminement est un peu confus.

Je pense qu'il faudrait que tu sois plus carré dans ta méthode et que le cheminement de ton personnage sois plus claire, depuis l'ennuis devant la tâche jusqu'à l'émerveillement dans la redécouverte des vieux pour en arrivé à une sorte de pardon.

Il y aurait beaucoup de chose intéressantes à faire de ce texte je pense :) si jamais tu fais une deuxième version je viendrais y jeter un oeil avec plaisir.

N'hésite pas à me dire si tu es en désaccord avec certaines de mes remarques !

Au plaisir :)

 


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