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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » un samedi à Clichy, oppressant [Explicite]

Auteur Sujet: un samedi à Clichy, oppressant [Explicite]  (Lu 925 fois)

Hors ligne Clémence

  • Plumelette
  • Messages: 6
un samedi à Clichy, oppressant [Explicite]
« le: 05 Juillet 2019 à 11:19:39 »
Avertissement : le texte contient une légère scène de sexe
________
sous l’arrêt Batignolles – l’autre côté du périphérique –, j’ai vu une fleur-fuite-de-trottoir. je l’ai cueillie. dans le bus, un homme me rappelait Nijinski, inerte, vacillant sous les cahotements – un fou lointain – ; et je le fixais, comme j’aurai fixé une fleur, ou les cheveux de sylvia.

pour aller chez sylvia, il faut prendre le 66 sur trois arrêts puis longer le MLK1. avec ses voisins, nous avons descendu son piano ;  les cordes jouaient, involontaires : si-ré-si - … - oh-la-la !, et sylvia tapotait des doigts sur la rambarde. elle m’a embrassé ; mes yeux roulaient sur le piano & le trottoir nus – sans fleur. sa langue tournait ronde sur la mienne alanguie ; dans ma poche la fleur s’était fanée. je l’ai mise sur son oreille arrondie et elle a ri, si fort, j’ai cru qu’elle allait en mourir. elle n’est pas morte. nous avons mangé une glace vanille, dans le MLK, à l’ombre d’un chêne. je respirais fort.

ses cheveux parfumés shampoing framboise-chimique où
la fleur s’émiettait.
    ____le piano éparpillé,
    ____    ____touche par touche,
démantelé par
    ____les gamins
    ____    ____du MLK.

j’ai demandé pourquoi elle avait jeté le piano. il appartenait à son ex ou l’ex de son ex, quelque chose dans ce genre, en fait elle n’en jouait pas ou peu. on a essayé de baiser violemment elle sur moi ses cuisses qui claquaient mes doigts dans ses hanches son souffle de lézard-Mojave un ciel blanc horizontal où tombaient les tourbillons de poussière & son cul. j’ai dit tiens tes cheveux, que je voie ton visage. on a dit : fesse-moi !, tais-toi !, parle-moi mal !, le lit me paraissait sec, très sec. les cloisons fines. un voisin gloussait sur une redif’ de MASH2, la série, pas le film. ça me rendait mal à l’aise. elle est partie en criant, j’ai crié putain il fait chier ce con et je ne suis pas parti. j'ai quand même vérifié que la capote n’avait pas crevée. je l’ai jetée par terre. j'ai pensé au sida.

je suis sorti de l’immeuble tranquille. il faisait nuit. c’était calme. il ne restait qu’un pied du piano, dans le caniveau, le bois trempé. j'ai fumé trois blondes et j’ai couru jusqu’à une supérette qui abaissait ses stores pour acheter un Coca Light. je buvais ; l'épicier & son frère entonnaient des chants, dialecte éthiopien, en spirales, tribales, lentes : des chants d’enterrement. j'ai tapé dans le Coca Light, des allers-retours cliquesonnants, et j’ai encore fumé. clic-clac. le Coca Light gisait sur le bitume, éclaté. une voiture lui a roulé dessus. cling. une autre & une autre. canette / lame de rasoir.

dans le lit une place, toujours sec, j’ai eu une érection. sylvia dormait déjà ; j’ai caressé ses cheveux blonds.

pied de piano.
Nijinski.
lame de rasoir rouge.
litanies africaines.
le VIH.

j’ai trop pensé et j’ai mal dormi.
________



1. MLK : parc Marthin Luther King
2. MASH : film de Robert Altman (1970), palme d’or, puis série (1972-1983) sur des médecins militaires pendant la guerre de Corée.
« Modifié: 05 Juillet 2019 à 11:35:01 par Clémence »

Hors ligne Opercule

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Re : un samedi à Clichy, oppressant [Explicite]
« Réponse #1 le: 05 Juillet 2019 à 21:40:59 »
Salut Clémence !

Je connais le parti pris de ne pas utiliser de majuscule du tout, ou bien de ne pas capitaliser les noms, mais ta politique est peu compréhensible. Batignolles, sylvia mais Nijinski et MLK, Coca Light, sida mais VIH ? x) outre ça, ça donne une ambiance un peu plus froide, un peu comme un mode mineur.
Le motif de la fleur que tu répètes est vraiment intéressant, ça rajoute un genre de tendresse dans la relation mais sans vraiment de mots.

Le thème du piano est un peu la fausse note selon moi ; peut-être qu'un autre objet aurait fonctionné pour moi, mais j'ai du mal avec cette histoire de vieux piano désaccordé abandonné dans un parc. Le jeu avec l'indentation était une touche délicate.

J'ai eu un doute sur "piano & le trottoir nus -- sans fleur". Déjà le & est déroutant, puis selon le point de vue on peut accepter le s ou pas à nus. Le tiret sans fleurs complète le tableau d'une phrase un peu bancale.

La fin, le Coca, les cheveux, le retour sur les moments clés, est une bonne fin (trois cigarettes tho ?).

Par contre, le titre absolument à revoir.

 


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