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03 Septembre 2026 à 19:14:07
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Pʀɪsᴏɴ. 

Auteur Sujet: Pʀɪsᴏɴ.   (Lu 1719 fois)

Hors ligne Arlequin

  • Plumelette
  • Messages: 6
Pʀɪsᴏɴ. 
« le: 09 Juin 2019 à 23:53:44 »
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Il était seul, assis sur un banc, et observait, la mâchoire crispée, la jeune fille à quelques mètres de lui, qui se pavanait en piaillant de joie, au milieu de ses amies toutes plus stupides les unes que les autres.

Johanna était une ravissante adolescente de son âge, de sa classe. Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.

Il serrait les poings à cette vue frustrante, et elle ne semblait même pas l'avoir remarqué.

Pourtant, il était sûr qu'elle faisait exprès. Elle ne pouvait pas avoir cessé de le craindre, du jour au lendemain. Que lui arrivait-il donc ? Johanna était à lui, pas aux autres putes de la classe.

Tout ce qu'il avait accompli jusque-là, c'était pour la garder entre ses griffes. Elle ne devait pas partir. Pas maintenant. Il avait besoin d'elle. Il fallait qu'il lise la peur dans ses yeux, qu'elle répète encore et encore la question ≪ Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? ≫ et qu'elle l'implore, de son éternelle voix délicieuse.

Il avait envie de l'adosser au mur et de la toucher comme il l'avait toujours fait. De la gifler, de la griffer, de la frapper.

Que lui arrivait-il donc ? Johanna en était venue à l'ignorer délibérément. Comment osait-elle seulement envisager de commettre un tel outrage ?

Plus il entendait son rire mélodieux, plus ses ongles s'enfonçaient dans la paume de sa propre main, et son esprit tentait désespérément de se convaincre que c'était la sienne.

Il l'avait prise sous son aile, lui avait juré qu'il serait le seul à la faire pleurer ainsi, à jamais. Et que faisait-elle, après toutes ces semaines ?

Elle l'oubliait.

Était-elle donc fiévreuse ? Avait-elle fini par perdre la tête ?

≪ Johanna. ≫

Il aurait voulu hurler ce prénom encore une fois, mais sa voix s'étrangla dans sa gorge, et il crut qu'il allait exploser en sanglots.

Il détourna le regard, enfouissant sa tête entre ses mains. Lorsqu'il releva son visage vers sa proie, son unique victime, ses yeux rougis par les larmes brûlaient de haine.

À cet instant, Johanna se tourna vers lui et parut l'apercevoir. Mais l'expression de son visage était indescriptible. Elle n'exprimait aucune peur, aucune colère, aucune tristesse, aucune haine. Aucun amour.

Elle se détourna de lui, et ce geste voulait tout dire.

C'était terminé. L'oiseau prisonnier avait fini par s'envoler.

Il resta longtemps là, à l'observer plaisanter et rire, alors que tout ce qu'il voulait était l'entendre sangloter.

Il était perdu, sans elle.

C'était incompréhensible. Elle était à lui. Elle était tout à lui.

Et si elle avait définitivement oublié tout ce qu'il lui avait fait vivre, eh bien...

Elle allait devoir le payer. Elle allait le payer plus cher que jamais, et si elle n'en était pas capable, alors il devrait la tuer.

Ses sombres pensées se déchaînaient dans son cerveau triste, et il n'en avait que davantage envie de hurler. Il ne pouvait rien faire en présence d'autant de monde. Il ne pouvait rien faire tant qu'elle était dans un tel état de folie.

Sans la fille de ses rêves démesurés, il ne ressentait rien, n'était rien.

Et sans lui, Johanna n'était rien. Rien de plus qu'un cadavre.

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🖤🤡🖤

Hors ligne Marcel Dorcel

  • Prophète
  • Messages: 692
Re : Pʀɪsᴏɴ. 
« Réponse #1 le: 10 Juin 2019 à 07:54:35 »
Ma première impression est plutôt favorable. En peu de mots, tu as su créer une atmosphère un peu trouble, mélange d'étrangeté et de malaise, dirais-je plus le côté déplacé.
De plus, l'écriture n'en fait pas des tonnes et ça aussi j'apprécie.

Citer
Johanna était une ravissante adolescente de son âge, de sa classe. Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.
Dommage que tu enlèves là par cette phrase une part de mystère car je considère ( mais c'est personnel) que cela fait retomber le texte au niveau factuel. Le contexte est-il là dans un but précis ?A toi de le dire. Cependant, je pense qu'il casse le rêve du lecteur que je suis, il me renvoie à quelque chose que je n'ai pas envie de savoir forcément.

Est-ce que ce que tu as dit sur ces deux personnages énigmatiques  se suffit à lui-même ou faut-il développer ? La réponse t'appartient mais je me verrais bien en lire un peu plus, certains lecteurs peuvent se sentir rebutés, pris au piège du non-dit, d'un manque.

Voilà quelques notes de mon passage. A+ de te lire. 

Edit: je n'ai pas voulu commenter le titre mais il me semble qu'il induit un sens qui ouvre des pistes multiples.
« Modifié: 10 Juin 2019 à 07:57:31 par Marcel Dorcel »
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

J'écris pour me taire
Philippe Léotard

Aime-moi, ou pas, mais je t'interdis de me juger.
Marcel Dorcel

Hors ligne Arlequin

  • Plumelette
  • Messages: 6
Re : Re : Pʀɪsᴏɴ. 
« Réponse #2 le: 10 Juin 2019 à 21:53:48 »
Ma première impression est plutôt favorable. En peu de mots, tu as su créer une atmosphère un peu trouble, mélange d'étrangeté et de malaise, dirais-je plus le côté déplacé.
De plus, l'écriture n'en fait pas des tonnes et ça aussi j'apprécie.

Citer
Johanna était une ravissante adolescente de son âge, de sa classe. Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.
Dommage que tu enlèves là par cette phrase une part de mystère car je considère ( mais c'est personnel) que cela fait retomber le texte au niveau factuel. Le contexte est-il là dans un but précis ?A toi de le dire. Cependant, je pense qu'il casse le rêve du lecteur que je suis, il me renvoie à quelque chose que je n'ai pas envie de savoir forcément.

Est-ce que ce que tu as dit sur ces deux personnages énigmatiques  se suffit à lui-même ou faut-il développer ? La réponse t'appartient mais je me verrais bien en lire un peu plus, certains lecteurs peuvent se sentir rebutés, pris au piège du non-dit, d'un manque.

Voilà quelques notes de mon passage. A+ de te lire. 

Edit: je n'ai pas voulu commenter le titre mais il me semble qu'il induit un sens qui ouvre des pistes multiples.

Merci pour ton avis. Je préfère ne pas toucher au texte maintenant parce que je l'ai écrit en certaines circonstances, mais je tiens compte de ce que tu dis il est vrai que certains détails sont peut-être inutiles.
🖤🤡🖤

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
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  • Prout
Re : Pʀɪsᴏɴ. 
« Réponse #3 le: 13 Juin 2019 à 20:49:21 »
Salut salut

Citer

Il était seul, assis sur un banc, et observait, la mâchoire crispée, la jeune fille à quelques mètres de lui, qui se pavanait en piaillant de joie, au milieu de ses amies toutes plus stupides les unes que les autres.

Cette entrée en matière, très hachée, est un peu rude je trouve. Ca vaut peut-être le coup de couper par un point à "lui" et de reprendre avec "elle" comme sujet.

Citer
. Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.

Pour pas avoir la même forme que la phrase d'avant, un "et" à la place de la virgule ne ferait pas de mal.

Citer
Il serrait les poings à cette vue frustrante, et elle ne semblait même pas l'avoir remarqué.

Je suis pas sûr de trop savoir c'est quoi, la vue frustrante. Si c'est Johanna qui se pavane, l'action est déjà trop loin dans le texte, j'en ai peur. Si c'est Johanna tout court, ce n'est pas vraiment une vue. Je pense qu''il faut complexifier un peu ta phrase.

Citer
s. Elle ne pouvait pas avoir cessé de le craindre, du jour au lendemain.

Virgule en trop
(Sur le fond, j'attends de voir ce qui vient après)

Citer
Comment osait-elle seulement envisager de commettre un tel outrage ?

C'est un peu trop, du coup j'y crois plus. Surtout que c'est censé être un adolescent, c'est ps assez courant comme vocabulaire.

Citer
de se convaincre que c'était la sienne.

la sienne = celle de Johanna ? C'est pas clair

Citer
son unique victime, ses yeux rougis par les larmes brûlaient de haine.

je comprends pas trop le "son unique victime"

Citer
Mais l'expression de son visage était indescriptible. Elle n'exprimait aucune peur, aucune colère, aucune tristesse, aucune haine. Aucun amour.

l'anaphore me semble superflue, une fois que tu as dit que c'était indescriptible.

Citer
Elle allait le payer plus cher que jamais, et si elle n'en était pas capable, alors il devrait la tuer.

C'est si explicite que ça en perd de sa force je trouve.

Citer
Sans la fille de ses rêves démesurés, il ne ressentait rien, n'était rien.

Tu as déjà dit ça il me semble.

De nouveau pas hyper convaincu. Je trouve que le texte manque d'épaisseur, au-delà de ce que tu racontes ; que les persos sont un peu des coquilles vides, et comme il n'y a pas non plus grand-chose autour, ça se ressent dans le texte je crois.
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Hors ligne Ocubrea

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Re : Pʀɪsᴏɴ. 
« Réponse #4 le: 16 Juin 2019 à 16:48:17 »
Hello !

J'ai plutôt bien aimé au premier abord.
Je rejoins cependant Loïc sur le côté une peu "forcé", un peu trop explicite de ton texte. Tu nous plonges dans un univers glauque, sombre, avec l'idée j'imagine de provoquer un ou deux frissons de peur ou de dégoût… Pour ça, il vaut généralement mieux laisser planer une part de mystère, garder une porte ouverte dans laquelle l'imagination de ton lecteur peut s'engouffrer et mettre ses propres angoisses… Je ne sais pas si c'est très clair :???:

Plus concrètement :
Citer
Il était seul, assis sur un banc, et observait, la mâchoire crispée, la jeune fille à quelques mètres de lui, qui se pavanait en piaillant de joie, au milieu de ses amies toutes plus stupides les unes que les autres.
Un point quelque part dans cette phrase permettrait peut-être de mettre plus de rythme ?

Citer
Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.
Je plussoie pour le "et" à la place de la virgule.

Citer
Il serrait les poings à cette vue frustrante, et elle ne semblait même pas l'avoir remarqué.
Il y a quelque chose qui me gène dans cette phrase mais je ne parviens pas à mettre le doigt dessus…

Citer
Il avait envie de l'adosser au mur et de la toucher comme il l'avait toujours fait. De la gifler, de la griffer, de la frapper.
Ces phrases-ci donnent plutôt bien par contre :)

Citer
Il l'avait prise sous son aile, lui avait juré qu'il serait le seul à la faire pleurer ainsi, à jamais. Et que faisait-elle, après toutes ces semaines ?
De manière générale, je trouve qu'il manque du contexte, on ne parvient pas à comprendre l'histoire de fond. Par exemple dans ce passage-ci : comment peut-il prendre sous son aile quelqu'un en promettant de faire pleurer cette personne ?

Citer
Elle se détourna de lui, et ce geste voulait tout dire.
Cette phrase est un peu maladroite. Est-elle nécessaire ? J'ai l'impression que ça pourrait avoir plus d'impact de dire simplement : "Elle n'exprimait aucune peur, aucune colère, aucune tristesse, aucune haine. Aucun amour.
C'était terminé. L'oiseau prisonnier avait fini par s'envoler." Enfin, c'est juste une suggestion ;)

Citer
Elle allait devoir le payer. Elle allait le payer plus cher que jamais, et si elle n'en était pas capable, alors il devrait la tuer.
De nouveau, je plussoie Loïc.

Bref, je crois que tu as compris l'idée, je n'ai pas tout relevé.

Pour ce qui est des points positifs, on sent qu'il y a une histoire qui pourrait bien voir le jour là-dessous, et qui pourrait être intéressante. La psychologie bourreau-victime est toujours extrêmement complexe, et très intéressante à développer, mais c'est aussi du coup assez difficile, pour ne pas dire casse-gueule. L'un dans l'autre, tu t'en tires bien, mais ça mériterait d'être étoffé. Si tu publies une deuxième version ou une suite dans ce sens, je serais intéressée de la lire.

Merci pour ton partage, à plus ! :)
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

 


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