Les images défilaient. Je somnolai avachi, la langue asséchée devant mes deux Whisky-Ricard, tous feux éteints sauf ceux de brouillard.
Je louchai sur les formes rebondies du video-clip dans lequel se tordait une métis à moitié nue, rejouant la Vénus Hottentote XX eme, dodelinant de la fesse, du croupion, de la hanche-Do you love me?- sur l'écran géant de ce bar-pmu ; dans ce lieu regorgeait une faune blafarde, viande à l'acmé de la putréfaction.
Un crayon, une gomme, un bloc Rhodia me servaient de prétexte à jouer l'écrivain.Le poète en déroute. Joues rouges, sexe gonflé à l'adrénaline, plus proche d'un éléphant rose que d'une comptine du soir.
Ma virtuosité s'exerçait à tracer sur le bloc des lignes courbes,obliques suivant la saison, suivant le nombre de verres. Le délirium tremens m'avait refilé sa gangrène. Les mots n'avaient plus la même saveur qu'autrefois.
Je n'écrivai plus, je ne bandai plus.
Néanmoins, quand une porte se ferme, une fenêtre s'ouvre.
Les images de la rappeuse avaient fini de frapper ma rétine.
Un écran géant.
Un cul de femme à n’en plus finir.
Comme une hostie.
Un cul de femme.
Pas ses mains. Pas ses yeux. Pas son ventre.
Son cul.
Une peinture du Titien.
Une allégorie de carnaval.
Par le trop plein de cette bruissante journée qui n’en finissait plus, le serveur m’a reconduit à la porte. Le tremblement de ses yeux roulants me faisaient reluire mon impuissance.
- Bon, tu dégages, connard ! ?
Je suis sorti du bar et dans la rue, je me suis endormi, facteur cheval, debout. Près d'un mur. Cent cinquante degrés de solitude et pas un cul à l’horizon. Rien.
La semaine suivante, j'ai plongé la tête la première dans un grand container, une poubelle.J'avais confondu. Ma belle-soeur a appelé les pompiers ou le samu sociable, je m'en souviens plus.
A leur arrivée, Les hommes en rouge sont partis d'une franche rigolade.
- Alors bonhomme, qu'est-ce qui se passe ?
- Le Whisky c'est comme les bananes, c'est mieux au soleil, j'ai répondu.
...