Et si cela avait été différent ?
En entendant le grincement du volet de notre voisine, j’ai ouvert les yeux et j’ai pu voir ces agréables rayons de soleil traverser les interstices du volet de notre chambre à coucher.
Cette journée de juillet semblait commencer si agréablement. Dans le baby phone, j’entendais la voix de mon fils de 3 ans qui jouait calmement dans sa chambre en attendant que je vienne le chercher pour prendre le petit-déjeuner.
Mon compagnon, comme tous les jours, était déjà parti au travail, il occupe le poste d’employé administratif au sein d’une commune et pour nous rejoindre le plus tôt possible à la maison, il commence ses journées à 7h du matin.
En ce qui me concerne, je suis en arrêt de travail depuis 6 mois maintenant, suite à une opération de l’épaule. Je vous rassure, je me porte beaucoup mieux aujourd’hui, en tous cas d’un point de vue physique oui, en ce qui concerne mon moral, c’est une toute autre histoire.
Ces 6 derniers mois m’ont permis de beaucoup réfléchir, de me poser, de remettre en question la plupart de mes choix de vie, de me dire : « Et si cela avait été différent ? »
J’ai toujours vécu dans une routine de vie des plus banales, j’allais à l’école pour apprendre un métier, j’ai cherché un travail dans mes cordes, j’ai emménagé avec mon compagnon, on a acheté une maison et on a fait un enfant.
Jamais avant ce matin je ne m’étais réellement posé cette question : « et si cela avait été différent ? »
Vous savez, quand on est un adolescent ou une adolescente, on a des idées bien arrêtées de ce que sera notre avenir, et très tôt on nous demande de choisir ce que l’on fera le reste de notre vie.
Pour ma part, j’ai très vite décidé que je travaillerais avec des enfants. La question ne c’était même pas posée réellement, c’est ce que je voulais, quand j’avais dix-sept ans.
On m’avait donc inscrite dans une des meilleures écoles de puériculture pour un cursus de 3 ans afin de devenir puéricultrice. Ces 3 années ont été merveilleuses, j’étais persuadée d’être faite pour cela !
J’ai d’ailleurs très vite trouvé un emploi dans ce domaine, j’ai enchainé quelques remplacements avant de trouver ma place actuelle au sein d’une crèche.
Cela fait maintenant dix ans que j’y travaille, j’ai toujours été à temps plein jusqu’à ma grossesse. En y réfléchissant, c’est à ce moment précis que j’ai dû ouvrir les yeux sur mes choix de vie mais je n’en avais pas encore tout à fait conscience.
Avoir un enfant, ça vous change une vie, c’est sûre. Mais dans mon cas, cela m’a ouvert les yeux sur le fait qu’une vie est si courte, qu’aucun être humain n’en profite comme il se doit.
Ne pas voir son enfant grandir parce qu’on était au travail, courir après l’argent pour payer une garderie à notre enfant parce qu’on travaille, ne pas exploiter ses passions, ses dons, ses envies, parce qu’on a besoin d’argent et que donc on travaille trop, avoir envie de voyager, de découvrir le monde et ne pas pouvoir le faire parce que pour cela il faut de l’argent, et pour avoir de l’argent il faut travailler, et lorsqu’on travaille on ne sait pas voyager.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, depuis 6 mois, toutes ces injustices de la vie me torturent l’esprit à un point que je me rends malade à l’idée de retourner travailler dans ma routine, de laisser mon fils grandir seul, de lui fournir matériellement ce qu’il a besoin mais être absente émotionnellement.
Je me suis découvert des passions si agréables, j’ai eu le temps de les exploiter, j’aime la couture, le coloriage, le jardinage, la lecture, la création. Et bientôt, tout cela finira au fond de ma mémoire, dans un petit coin poussiéreux car je n’aurai plus le temps d’exploiter ces passions. Bien sûre, je ne les oublierai pas, de temps en temps elles referont surface pour me rappeler à quel point je travaille trop, pour me dire que je ne profite en aucun cas de la vie, pour me rappeler que je sais être heureuse mais que mes choix de vie actuels ne m’en donnent pas les moyens.
Cette journée devait être si agréable pour un mois de juillet ensoleillé, mais encore une fois la réalité m’a rattrapée et je continue à me demander : « et si cela avait été différent ? »