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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L’affaire des livres volés Chapitre 1 2 3

Auteur Sujet: L’affaire des livres volés Chapitre 1 2 3  (Lu 7621 fois)

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

  • Tabellion
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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a
« Réponse #15 le: 24 mars 2018 à 15:16:18 »
Merci Dieter,

Bon je n'énumérais pas les nombreuses corrections et suggestions que tu m'as faites... Il y en a trop!  :D (bon les italiques, j'ai simplement oublié dans le copié-collé!)

Et je dois dire qu'elles sont toutes presque excellentes. Je dois aussi avouer que je ne suis pas mal ouvert aux changements, faut apprendre a être ouvert pour ces choses là, alors faire des modifications a mon texte, ça me fait rien si ça ne dénature pas le sens et que le style reste le même.

Il m’apparaît aussi que la différence entre le français de France et celui du Québec ressort à quelques reprises (prendre pour son rhume, aqueduc, dans mon livre a moi...etc.), va falloir que je trouve une balance entre les deux, ça ne devrait pas être trop difficile.

Merci encore une fois pour tes commentaires et j’espère que tu va toujours être de la partie pour le chapitre deux.  Le chapitre un était l’intro, dans le second on entre dans le vif du sujet.

Hors ligne Dieter

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    • Dieter
Re : Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a
« Réponse #16 le: 24 mars 2018 à 17:20:47 »
Je dois aussi avouer que je ne suis pas mal ouvert aux changements, faut apprendre a être ouvert pour ces choses là, alors faire des modifications a mon texte, ça me fait rien si ça ne dénature pas le sens et que le style reste le même.
Si j'ai le temps, je referai le chapitre à la façon dont je l'aurai tourné, et je te l'enverrai par MP. Juste pour que tu "sentes" un peu mieux les différences entre le vocable franco-français et le vocable québécois.

Citer
va falloir que je trouve une balance entre les deux, ça ne devrait pas être trop difficile.
Tout dépend de ce que tu comptes en faire par la suite. Le faire éditer ou pas. S'il s'agit juste du plaisir d'écrire, continue à jouer avec tes mots; si tu comptes le faire éditer, tout dépend du marché que tu vises, et à la rigueur, il ne devrait pas être difficile d'en faire deux versions.

Citer
Merci encore une fois pour tes commentaires et j’espère que tu va toujours être de la partie pour le chapitre deux.  Le chapitre un était l’intro, dans le second on entre dans le vif du sujet.
Je suis impatient.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

  • Tabellion
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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a et 1b
« Réponse #17 le: 25 mars 2018 à 05:26:05 »
J'ai apporté les corrections.. sauf deux.

Les meilleurs vendeurs semblent être utilisé par les libraires.. du moins c'est ce que j'ai vu sur les sites internets.

Pour la couleur safranée.. J'ai bien compris que c'était un synonyme à jaune (il y en a des tonnes dans cette phrase).. mais est-ce que mon personnage l'utiliserait vraiment? (En fait même moi je ne l'utiliserais probablement pas  ;D ).

Hors ligne Rémi

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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a et 1b
« Réponse #18 le: 04 mai 2018 à 22:21:57 »
Salut Chris,

D'abord, je suis surpris par le passé composé choisi comme tant de narration. Surpris et par particulièrement séduit :

Citer
Un coup d’œil rapide à la fenêtre de mon bureau m’a confirmé ce que je craignais.
Au passé simple :Un coup d’œil rapide à la fenêtre de mon bureau me confirma ce que je craignais.
(me semble plus vivant)

Citer
La pluie tombait ce matin et le ciel noir que j’entrevoyais entre les édifices gris de béton
je virerais "gris" ou "de béton", ça me semble redondant et lourd du coup

Citer
Tout ce qui me restait à me mettre sous la dent était des lettres de mes créanciers que j’avais lues à multiple reprise.
du coup au pluriel multiples reprises

Citer
Tout ce qui me restait à me mettre sous la dent était des lettres de mes créanciers que j’avais lues à multiple reprise. J’ai pris les lettres dans un paquet
pas top la répétition de "lettres"

Citer
La pluie ne s’est pas éclaircie pendant ma balade vers l’édifice triste et gris
raison de plus pour virer le "gris" au-dessus
et la pluie qui s'éclaircit... pas convaincu

Citer
vers la section des romans. Je passais mon temps à lire les journaux (et les lettres de mes créanciers) où l’écriture était d’une médiocrité aberrante, il me ferait du bien d’avoir quelques lignes bien écrites pour une fois sous les yeux. J’ai erré quelques minutes dans la section des romans
répét pas top

Citer
mais il est vite venu apparent que la discussion ne se passait pas bien.
venu ? devenu, non ?

Citer
  Personne n’a osé lui faire de remontrance ou porter quelque commentaire que ce soit
tu as deux espaces avant "Personne"
et "porter un commentaire", je connais pas l'expression

Citer
Les quatre autres personnes ont levé leurs yeux dans sa direction et l’on suivit
lever les yeux
l'ont suivie

Citer
je l’ai suivi en ne disant pas un mot
suivie

Citer
ça ressemblait à un entrepôt de livres à s’y méprendre.
bizarre le "à s'y méprendre"

Citer
J’ai un ami qui angoissé.
manque un verbe ?

Citer
Elle a poussé le soupir exaspéré d'une femme observant un homme face à une machine à coudre qui ignore son foutu fonctionnement alors qu'il doit réparer son pantalon.
j'aime pas, personnellement, ce genre de remarque

Voilà pour le détail.
Dans l'ensemble, c'est original cette histoire de bibliothécaire ^^

Merci pour la lecture,

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a et 1b
« Réponse #19 le: 10 mai 2018 à 04:18:58 »
Merci pour les commentaires Remi!

Bon effectivement, il reste un peu de travail et il semble y avoir de la répétition et des fautes. Faut que je m'y remette et que je corrige ça!

Tu peux aussi voir que ça fait un bail que le texte n'avance pas...sur le site...En fait je dois avoir écrit genre cinq chapitres, mais j'ai du replonger dans deux de mes anciens textes... corrections... réécritures... et autres choses connexes!

Un jour quand je vais me sentir assez brave, je vais oser mettre le chapitre deux, ou les choses avancent beaucoup plus... malheureusement, il se coupe difficilement en morceaux.

À la prochaine!!! Et merci encore pour les commentaires!

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1 et 2
« Réponse #20 le: 07 juillet 2018 à 06:11:33 »
Bon bon bon... je sais que c'est plein de fautes... ma correctrice n'est pas passée sur mon texte.

(Pour l'espace avant les ? et les !, le français du Québec et celui de la France diffère... au Québec, pas d'espace!)

Je voudrais avoir votre avis sur le rythme du chapitre et des incohérences si vous en trouvez. Vous pouvez bien me noter les fautes... mais vous allez vous détruire les mains à force d’indiquer les corrections! =P

texte corrigé:

Chapitre 2

L’affaire des livres volés
Les mauvaises nouvelles.

Le matin est arrivé en même temps que mon mal de crâne. J’ai légèrement secoué la tête afin de m’assurer que je n’allais pas en mourir, la réaction de mon corps ne m’a aucunement réconforté. J’ai ensuite osé faire le travail titanesque de cligner des yeux à plusieurs reprises puis je me suis levé avec difficulté. Dès que j’ai mis les pieds sur le sol, je suis entré en collision avec ma table de chevet sur lequel il y avait un verre vide et une bouteille de whisky mal fermée. Les deux sont tombés sur le sol et ont volé en éclats dans un bruit de verre brisé et d’alcool perdu. J’ai poussé un juron et je me suis dirigé vers la cuisine pour trouver un torchon pour ramasser mes dégâts. J’ai rapidement oublié le whisky sur le sol et les bouts de verres quand je suis arrivé dans la cuisine et je me suis servi un verre d’eau avec un cachet d’aspirine. J’avais un putain de mal de tête, tout le reste était secondaire et pouvait bien attendre quelques instants, si ce n’était pas l’éternité.

Je me suis assis quelques minutes sur le fauteuil du salon me disant que c’était la dernière fois que je touchais à une bouteille. La joute mentale n’a duré qu’un temps et je n’ai pas réussi à me convaincre avec mes mensonges. J’ai suis finalement allé ramasser mes dégâts et j’ai pris une douche.

L’eau chaude a légèrement amélioré mon état et après m’être mis une serviette autour de la taille je me suis rasé en écoutant la radio. L’annonceur parlait sans cesse d’un crime crapuleux et j’ai rapidement décroché. Depuis mon arrivée dans la ville, j’avais compris que les meurtres et les vols étaient monnaie courante et ils étaient devenus avec le temps que de la statique sur les ondes. Je n’y faisais plus attention, tout comme les mendiants sur le trottoir avec leurs tasses qui quémandaient. Il n’y avait rien de méchant, c’était simplement la vie dans la ville, au début vous les voyez et puis un jour ils semblent simplement disparaître, malgré qu’ils soient toujours aussi présents.

J’ai mis mon après-rasage et j’ai regardé avec satisfaction mon travail dans le miroir. Je suis allé au salon et j’ai fermé la radio pour ensuite jeter un œil à la fenêtre. J’ai grimacé devant le spectacle affreux, pour une journée de juin, le temps était vraiment horrible. Ça ne serait pas encore aujourd’hui que je sortirais sans mon imper. Je me suis habillé en vitesse et j’ai quitté l’appartement.

J’ai laissé la pluie me caresser le visage un instant et j’ai pris une grande respiration d’air froid. J’ai remonté mon collet et je me suis dirigé vers le Double D. J’ai rapidement été interpellé par le garçon qui s’époumonait sur le coin de la rue en annonçant la une du journal. Il espérait éveiller la curiosité des lecteurs avec ses grandes phrases coup de poing pour qu’ils achètent sa vulgaire feuille de chou. Je pouvais l’entendre hurler « Meurtre crapuleux, trois personnes assassinées, dont une mère et son enfant! ». Ça ressemblait à ce que j’avais entendu à la radio ce matin. La voix de crécelle du vendeur de journaux m’a séduit comme le chant d’une sirène qui tentait d’attirer les marins d’un bateau et j’ai fait un détour pour acheter le journal que j’ai mis sous mon bras sans le lire.

Ce n’est que lorsque je me suis installé sur la banquette craquelée de simili cuir rouge du restaurant que j’ai finalement pris le temps de regarder l’article. La première ligne de la page frontispice disait presque tout: « Hier dans la soirée, la famille Colbert a été froidement assassinée à leur retour à leur appartement. »

L’article mentionnait que la famille était revenue chez eux plus tôt parce que l’enfant avait été malade et que selon toute vraisemblance ils avaient surpris le cambrioleur. Celui-ci les avait tués de sang-froid et avait pris la fuite sans rien voler.

Ce n’était pas un événement à proprement dire si exceptionnel que ce soit dans cette ville, mais quand j’ai examiné la photo des victimes, j’ai immédiatement reconnu Mme Colbert et son fils. C’était eux que j’avais vus hier à la librairie. C’était la femme qui avait tenté de se faire rembourser par Golberger, qui lui s’était fait voler la veille. Sacrée coïncidence.

Toute cette histoire commençait à m’intriguer et j’ai commandé à Marlène un déjeuner et un café. Puis j’ai lu l’article pendant que je mangeais. Je suis resté sur ma faim, l’article était mince sur les détails et je l’ai terminé avec plus de questions que de réponses. J’ai pris une dernière gorgée de café, j’ai payé en laissant un maigre pourboire (mes finances ne me permettaient pas mieux) et j’ai pris la direction du commissariat. Ma curiosité avait pris le dessus encore une fois.

X – X -X

Sur le chemin du commissariat, je me suis arrêté dans un boui-boui sans nom et j’ai commandé un café. Ce n’était pas pour moi, je venais de terminer le mien, c’était pour Kelly qui gardait l’entrée du poste de police. Elle m’a accueilli avec son sourire habituel et je lui ai donné son cadeau tout aussi habituel. Elle a pris le breuvage avec un sourire charmant. Notre rituel terminé, je me suis accoudé au comptoir et j’ai plongé mon regard dans ses yeux marron: « Patrick est là? »

Elle m’a regardé un instant et elle m’a fait un signe de tête que oui en tenant avec ses deux mains le gobelet de carton. Puis après avoir pris une autre gorgée, elle s’est levée pour me montrer le chemin du bureau de l’inspecteur McCallum. Elle n’avait pas vraiment à le faire, j’avais déjà fait le trajet des centaines de fois, mais ce n’est pas moi qui allais me plaindre de pouvoir contempler ses formes pendant qu’elle m’ouvrait le chemin. Les femmes dans ma vie étaient une rareté déconcertante et je n’allais pas me priver des maigres contemplations qui  pouvaient égayer mes jours. Elle a cogné trois fois à la porte et la voix bourrue de Patrick s’est fait entendre: « Oui? »

Kelly a répliqué immédiatement avec une voix douce: « C’est M. Colhe, il voudrait vous parler. »

Patrick a pris bien son temps avant de répondre, juste assez pour que Kelly ait le temps de me faire un sourire un peu embarrassé.

-Tu peux entrer Colhe.

Je suis entré après avoir salué Kelly avec mon chapeau et un sourire flamboyant. Le bureau n’avait pas changé depuis ma dernière visite. C’était une pièce étroite, encombrée de dossiers et d’autres papiers que je considérais être parfaitement sans intérêt. Un peu comme si la direction avait envoyé Patrick dans un placard réservé pour les produits ménagers du concierge. Ce n’était pas tout à fait faux. Originalement, le bureau avait appartenu à Landry et presque immédiatement après que son ancien propriétaire ait disparu, ou plutôt, dès qu’il a été incinéré dans l’incendie de l’ancien entrepôt d’Ultaco, l’endroit a été utilisé par tous ceux qui avaient des trucs qu’ils considéraient inutiles ou de trop. Si les gens ne s’étaient pas gênés pour y mettre leurs machins inutiles, les choses ont été bien différentes quand McCallum y a emménagé, personne n’a reconnu la paternité d’aucun de ces objets. Il a hérité de tous ces trucs et menaçait tous les jours de les foutre aux ordures ou de les faire brûler. Deux actions qu’il n’oserait jamais faire, chacun de ces détritus pouvait potentiellement faire débloquer une affaire. Je l’ai nargué encore une fois en faisant mon entrée: « Et bien pour ta promotion, on voit bien que les hautes instances policières ont vraiment mis le paquet. »

Il m’a fait un sourire: « C’est mieux que de faire la circulation ou de travailler dans le département des chiens écrasés. »

-Tu peux remercier la mort de Dupont et disparition de Landry pour ça, le seul bon coup qu’ils aient jamais fait en étant dans les flics.

J’ai semblé l’irriter en parlant de ses anciens collègues décédés: « Ce n’est pas de cette façon que j’aurais préféré avoir ma promotion. »

-Arrête-moi ça Patrick, c’est deux gars lé étaient des pourris et je suis prêt à gager que personne ici ne s’ennuie d’eux. En fait, il est possible qu’après tout ce qu’on a appris sur eux, la moitié des gars du poste ait voulu faire la file pour leur mettre une balle dans la tête.

McCallum a pris une pause et n’a pas daigné continuer dans la direction où allait la conversation et a changé de sujet: « Qu’est-ce que tu me veux Colhe? »

J’ai posé la pile de papiers qui était sur la chaise des visiteurs sur le plancher et je me suis installé mollement: « Je voudrais aller voir la scène de crime de l’assassinat des Colbert. »

Il a relevé un sourcil « Rien que ça? Je peux savoir pourquoi ce soudain intérêt pour ces crimes? »

-Je me suis levé ce matin et j’ai eu la flagrante envie d’aider les flics.

McCallum m’a regardé avec incrédulité: « Tu peux faire mieux que ça! »

Je me suis gratté la tête avec un air un peu embarrassé: « Bien Patrick pour tout te dire. Je trouve la chose suspecte. »

-Eh ben voyons, faudrait m’en dire plus. Trois morts dans un cambriolage qui a mal tourné, dont un gosse ce n’est pas exactement monnaie courante, même pour cette ville.

Je me suis allumé une cigarette sous l’œil contrarié de McCallum qui devait avoir peur que je foute le feu dans ses papiers et après un essai infructueux pour mettre mes pieds sur son bureau, je lui ai dit ce qui me chicotait: « Patrick, pour être franc, je suis allé voir un type qui s’est fait voler et imagine toi que Mme Colbert était une de ses clientes. Puis, le lendemain, c’est à son tour de se faire voler, mais cette fois pas de bol, la petite famille tombe sur le cambrioleur et ils se font descendre. Moi quand je vois des vols en série du genre je me pose des questions. »

Patrick a pris un air un peu songeur: « Ouais, c’est une sacrée coïncidence. Pour les meurtres mes gars on fait le tour du logement, mais ils n’ont rien vu de spécial. Le type a tué le chien puis il a flingué la petite famille qui arrivait à l’improviste, mais il ne semble pas avoir fait plus que ça. Il ne semble pas avoir vraiment fouillé l’appartement non plus. »

Je me suis reculé dans la chaise: « Il a pris peur après qu’il ait tué la famille. Pas étonnant après tous ces coups de feu, ça du ameuter tout le voisinage. »

Patrick s’est approché de son bureau et puis a posé ses mains dessus: « Bon, je dois t’avouer qu’on n’a pas tout dit aux journalistes. » Il m’a pointé de son index: « Ce que je vais te dire est confidentiel et je m’attends que tu gardes cette information pour toi. »

J’ai cherché de l’œil le cendrier et j’ai fait tomber un peu de cendre dedans en lui répondant: « Évidemment, tu sais bien que je ne suis pas du genre à parler aux journalistes. »

Ma réponse ne l’a pas vraiment réconforté, mais il a tout de même enchaîné: « Et bien, faut que tu saches que le père de famille n’est pas mort sans se défendre, il a eu le temps de tirer sur l’assassin avant de se faire tuer. Il a peut-être même réussi à blesser le voleur. M. Colbert était un ancien soldat et il portait sur lui un flingue en tout temps.

J’ai haussé un sourcil interrogativement: « Quel calibre? »

-Un 1911 qu’il avait ramené de la guerre.

J’ai sifflé pour montrer ce que j’en pensais: « Du .45, ça ne fait pas dans la dentelle, les hôpitaux n’ont pas encore reporté de personne blessée par balle? »

-Non. Quelques incidents, mais rien qui pourrait correspondre à notre suspect. Ce qui veut dire qu’il doit toujours courir. Tu sembles avoir plus de succès que moi avec tes informateurs, alors si tu entends ou vois quelque chose tu sais où me trouver. »

Je lui ai fait un clin d’œil: « Ça veut dire que je l’ai ma visite? »

Patrick a soupiré et m’a fait signe de le suivre. Nous sommes allés dans la grande pièce où il y avait des policiers assis à leurs bureaux qui rédigeaient des dossiers. Il a pris la parole après s’être raclé la gorge: « Les gars, il y en a un qui voudrait accompagner M. Colhe sur la scène de crime des Colbert? Je ne lui fais pas assez confiance pour le laisser tout seul. Dans ces endroits, il est un peu comme un gosse dans un magasin de confiserie.»

Je lui ai fait un regard qui disait tout de ce que j’en pensais de sa blague, il n’en a pas fait de cas. Finalement, un des policiers a levé sa main « Je peux bien. » Je l’avais déjà vu à plusieurs reprises, mais je ne le connaissais pas vraiment, c’était un flic dans la trentaine avancé, cheveux bruns et un peu de surpoids.

Un autre policier, plus jeune cette fois s’est levé à son tour et a regardé celui qui s’était levé en premier: « LaChaise tu ne devais pas enquêter sur le mort qu’on a trouvé dans la St-Marc ce matin?»

L’autre s’est rassis en  soupirant: « Et merde… je l’avais complètement oublié celui-là. »

McCallum a fait un signe de la main pour que le jeune policier vienne nous rejoindre, quand il a été assez près de nous il m’a présenté: «Carl Maddox, Voici Chris Colhe. Carl, tu lui fais visiter l’appartement où le crime a eu lieu et tu ne le laisses pas hors de ta vue, il est du genre à partir avec l’argenterie. » Puis il s’est retourné vers moi: « Et pour cette faveur Colhe, je veux savoir tout ce que tu trouves, pas de cachotteries. »

Je lui ai fait une gestuelle théâtrale d’un homme qui venait d’être dévasté par une remarque assassine envers lui. Il a roulé les yeux vers le plafond avant de grogner : « Allez dehors! Faites vite avant que je change d’idée! » puis il nous a fait signe de partir. Je l’ai salué en souriant et j’ai accompagné Maddox jusqu’à une voiture de patrouille.

J’ai profité de cette occasion pour examiner un peu plus mon chaperon. Maddox était un type dans le début de la vingtaine, assez grand et avec des cheveux brun foncé et des yeux bruns perçant. Sa démarche était sûre et jusqu’à présent, il ne semblait pas être du genre bavard. Il m’a ouvert la portière de la voiture en silence puis nous avons quitté le commissariat pour prendre la route vers l’endroit où les meurtres avaient eu lieu.

Nous avons traversé quelques rues encombrées et puis nous nous sommes engagés sur le pont qui unissait les deux rives. J’ai jeté un regard ennuyé par la fenêtre de la portière et j’ai rapidement vu apparaître à l’horizon les trois gros immeubles de béton qui se dressaient près du fleuve, semblable à un  rempart de la classe moyenne se dressant bravement contre un océan de richesse.

Car les Colbert avaient vécu dans un des rares édifices à logement abordable à êtres construit sur la rive sud, ce qui n’arriverait plus dans le futur. Le projet initial était de faire dix de ces édifices pour que les gens un peu moins nantis puissent eux aussi rester sur ce côté de la rive. Du projet original seulement trois ont été construits. Rapidement, il a été trouvé que les plans n’étaient pas conformes aux normes, que la planification urbaine avait été bâclée ou simplement que l’afflux massif des gens habitant là causerait une congestion des routes à la suite de ces constructions. Des pressions populaires envers la mairie avaient fait que le projet tombe à l’eau. Mais il ne fallait pas se leurrer, tout le monde dans la ville savait la vraie raison de l’échec. Ce n’était pas le manque de planification ou la congestion des routes, c’était simplement la grogne des richards qui ne voulaient pas avoir des gens moins fortunés près d’eux. Ils estimaient déjà que le fleuve n’était pas assez large pour les séparer, imaginez les avoir comme voisins. Malgré tous les grands discours d’égalité et de fraternité, les castes étaient loin d’êtres disparues. Et comme pour me confirmer ce que je venais de penser, la pluie s’est arrêtée au moment ou nous avons eu fini de traverser le pont.

Maddox s’est garé près de l’édifice de béton gris. Il est sorti de la voiture et cette fois il n’a pas pris la peine de m’ouvrir la portière. Puis il est allé voir le flic qui surveillait la porte qui menait à l’intérieur de l’édifice. Après quelques mots, il a ramassé les clefs et m’a fait signe de le rejoindre. Nous avons traversé la porte sous l’œil du policer pour aller dans le hall d’entrée.

Bien que l’édifice ait été construit pour des gens moins fortunés, l’endroit était bien tenu et propre. Je ne pouvais malheureusement pas donner le même constat pour la plupart des blocs d’appartements à prix modiques sur la rive nord. Nous avons monté les marches qui menaient au second étage où était le logement des Colbert sous le regard des voisins qui maintenant semblaient épier toutes les personnes inconnues qui entraient dans cet endroit. S’ils avaient eu cette même vigilance précédemment, les flics auraient déjà en garde à vue un suspect.

Maddox s’est arrêté devant une porte qui avait le numéro 24. Elle était barrée et un scellé nous bloquait l’accès. C’est à ce moment qu’il m’a adressé la parole pour la première fois: « C’est ici. » Il avait une voix douce, profonde et puissante. Il a ôté les scellés avec délicatesse, puis il a déverrouillé la porte grâce à la clef que le policier de garde lui avait remise. Il s’est ensuite tourné vers moi pour  m’avertir: « Préparez-vous, c’est horrible. »

J’ai mis mes mains dans les poches de mon imper pour lui répondre, question d’avoir l’air d’un dur: « Inquiète-toi pas fiston, je suis immunisé à ce genre de spectacle. » C’était un mensonge, contrairement à ce qu’on peut raconter, on est rarement prêt à tout, comme j’avais vu dans un entrepôt un soir au vieux port il y a quelques mois.

Le policier qui n’était pas beaucoup plus jeune que moi, n’a pas répondu à ma tentative d’alléger l’ambiance de plomb et a doucement ouvert la porte. La première chose que nous avons vue de l’intérieur de l’appartement était une flaque de sang séchée sur le tapis d’entrée.

Maddox a bien remarqué que je me questionnais et il a répondu avant que je n’aie le temps de dire un mot: « C’est le chien, un Corgi, il s’appelait Alex. ». Nous sommes entrés en évitant la tache sur le tapis et j’ai aperçu un peu plus loin une autre tache de sang sur le sol. Maddox a continué ses explications macabres: « C’est ici que nous avons retrouvé le mari, Tyrone Colbert. Il a été atteint de quatre balles. Malgré tout, il a réussi à riposter avant de mourir. » Il a continué à me faire la visite et m’a conduit à la chambre à coucher des Colbert où nous avons vu une autre tache de sang séché sur le sol: « C’est ici que nous avons retrouvé les corps de Mme Colbert et de son fils. »

J’ai regardé le policier « Ils se sont fait tuer loin du mari.» Maddox a répondu à ma question: « On pense que lorsque M. Colbert s’est fait tirer dessus, la première réaction de sa femme et de son fils a été de prendre la fuite dans la chambre des maîtres, juste à gauche de l’entrée. »  Il a pointé de sa main l’endroit où M. Colbert avait été abattu: « S’ils avaient tenté de sortir par la porte, ils seraient probablement encore en vie. »

Les remarques du jeune policier étaient concises, dénuées d’émotions et expliquaient parfaitement ce qui semblait s’être passé. Un robot n’aurait pas fait mieux et je pouvais le comprendre. Être capable de se dissocier de ses émotions dans ces situations permet de garder la tête froide et d’avoir des idées claires. J’ai hoché la tête pour indiquer que j’avais absorbé ses explications et j’ai mis mes gants, c’était à mon tour de me faire une idée de ce qui s’était passé.

Je me suis approché de la porte et je l’ai examinée. Pas de trace d’effraction, elle avait été forcée par un professionnel. La porte s’ouvrait vers l’intérieur dans un étroit corridor. Si la petite famille était entrée avant de se faire tirer dessus, ils s’étaient retrouvés dans un goulot d’étranglement, qui les avait menés à leur mort.  Avec le mari qui était devant la porte et qui se faisait tirer dessus, j’imaginais mal la femme reculer et tenter d’ouvrir la porte avec son gosse pour ressortir par là. Elle avait agi par réflexe et s’était réfugiée, en emmenant son fils dans la première pièce accessible. Une action tout à fait normale, quand on se fait tirer dessus, on ne reste pas dans la ligne de feu, on se planque. Malheureusement pour eux, dans ce cas-ci, ça n’a que délayé l’inévitable. J’ai regardé le jeune policier en faisant le signe que je voulais aller plus loin dans l’appartement: « Je peux? » Il m'a indiqué que oui.

J’ai commencé à avancer lentement dans le corridor en prenant soin de ne pas détruire de preuves et je me suis placé près de l’endroit où le corps du mari avait été retrouvé. D’où j’étais, je pouvais voir le salon, la cuisine et l’entrée de la salle de bain. J’ai remarqué aussi qu’il y avait des trous de balles dans le mûr salon.

J’ai pris une position de tir en mettant mes mains devant moi comme si j’avais une arme, l’angle de tir correspondait parfaitement. Pas de doute, M. Colbert avait tiré d’ici en direction du salon et je pouvais voir facilement les trois trous d’impacts, dont une qui avait atteint le piano.

Je me suis approché des trous et j’ai regardé les dommages. Ça ressemblait vraiment a du gros calibre, probablement du .45. J’ai laissé derrière les trous et j’ai commencé à me promener dans le salon, pendant que Maddox me surveillait comme lui avait indiqué de faire McCallum. J’ai examiné sommairement le sofa, le radio et le téléviseur et c’est a ce moment que j’ai vu dans un reflet sur l’écran cathodique. Maddox regardait quelque chose dans le coin du piano. Quand il s’est aperçu que je l’avais remarqué, il a semblé un peu embarrassé.

Je me suis retourné et je suis allé le rejoindre: « Vous avez trouvé quelque chose Maddox? »

Il m’a répondu un peu gêné: « Pas vraiment. »

Je me suis approché un peu plus et j’ai remarqué qu’il y avait une pile de livrets de musique contenant des partitions sur une petite table, Ravel, Litz, Prokofiev, Mozart, Chopin, putain, on était loin de frère Jacques. Je me suis penché un peu plus près des livrets et j’ai remarqué qu’il semblait y avoir des traces de sang sur certains de ceux-ci. Pas des gouttelettes faites par des projections de sang, mais bien comme si quelqu’un avait tenté d’examiner les livrets avec une main ensanglantée. Pas d’empreinte, l’homme devait porter des gants. J’ai regardé  Maddox avec suspicion: « Et bien pour moi, du sang de l’agresseur sur des livrets ce n’est pas rien. C’est même un sacré indice. Ça veut dire que Colbert l’a vraiment blessé et que même après, il est resté encore un peu pour fouiller. Est ce que c’est dans le rapport de police? »

Il a secoué la tête avant de me répondre: « Non, on pensait qu’il avait fui immédiatement l’appartement après avoir tué les Colbert. »

Je me suis redressé et j’ai confronté le jeune policier: « Et pourquoi vous ne me l’avez pas dit, quand vous avez trouvé ça? »

Il a baissé un peu la tête en me répondant: « Je ne pensais pas que c’était important. »

-Putain, Maddox! Trois personnes sont mortes, tous les indices sont importants dans ce genre d’histoire vous devriez le savoir. Si vous voulez un jour devenir détective, ce sont des trucs du genre qu’il ne faut pas prendre à la légère et surtout les mentionner à vos supérieurs. »

Le jeune homme avait l’air un peu blessé par mes remontrances et je me suis aperçu que j’avais peut-être été trop loin: « Bon Maddox ne vous en faites pas, je ne suis vraiment pas la meilleure personne qui peut vous faire la morale. Je suis loin d’être un modèle de vertu et de perfection. Vous manquez simplement d’un peu de pratique et d’expérience c’est tout. Alors, ne vous en faites pas, on a récupéré la situation. »

Il s’est redressé: « Oui, je pense que vous avez raison. »

J’ai donné une tape amicale sur l’épaule du jeune policier: « Bien sûr que c’est le cas, regardez McCallum, il a commencé comme un simple policer et maintenant il est capitaine. Avec un peu de chance, il montera peut-être encore en grade. »

Il m’a fait un léger sourire et j’ai continué à inspecter l’appartement avec lui. J’ai remarqué quelques gouttes de sang près d’une des fenêtres arrière. Je l’ai mentionné à Maddox qui a inscrit le tout dans un calepin. Selon toute vraisemblance, le tueur était entré par la porte avant et était ressorti par l’escalier de secours qui se trouvait derrière celle-ci. Malgré tous nos efforts, les seules traces de sang étaient celles sur les livrets et sur le cadre de la fenêtre. Selon toute apparence, l’assassin n’avait pas fouillé les autres pièces de l’appartement. J’ai fait signe à Maddox que j’avais terminé et nous avons quitté les lieux pour retourner au commissariat. J’avais dit à McCallum que je lui ferais un rapport sur ce que je trouverais sur la scène de crime et je n’allais pas la laisser tomber, du moins pas cette fois.
 
Le chemin du retour s’est passé beaucoup mieux et Maddox s’est montré beaucoup plus amical envers moi. Nous avons discuté de tout et de rien et il m’a même dit qu’il lui arrivait souvent d’aller prendre une bière au « Bleu Acier » et que s’il m’y voyait il me paierait une pinte. Il m’a laissé aux portes du commissariat et je suis entré seul pendant qu’il allait garer la voiture de patrouille. J’ai croisé Kelly à son poste pour une seconde fois de la journée et elle m’a fait un signe de la tête m’indiquant que McCallum était là. Je lui ai signalé de rester assise et je suis ensuite allé cogner à la porte du bureau de mon capitaine préféré. Je n’ai pas attendu sa réponse, je suis entré et j’ai refermé la porte derrière moi.

-Capitaine, je viens de faire ma tournée de la scène de crime. La bonne nouvelle c’est que notre assassin est blessé. Maddox a trouvé du sang sur un des livrets de musique près du piano, mais rien d’autre de vraiment intéressant.

Il a redressé sa tête dans ma direction, j’avais attiré son attention: « Beaucoup de sang? »

J’ai secoué la tête: «Non, des traces, comme s’il avait mis sa main sur le paquet de livrets. »

-Alors, il s’est sûrement appuyé là après avoir été blessé.

J’ai accepté son explication sans enthousiasme: «C’est possible, mais je trouve tout de même ça étrange, ce n’était pas exactement où les trous des balles étaient. »

-Chris quand on s’est fait tirer dessus, il arrive qu’on ne fasse pas toujours des choses qui ont du sens, tu le sais bien. Vous avez trouvé d’autres choses qui pourraient faire avancer l’enquête?

J’ai secoué encore une fois la tête et sortant une cigarette et en l’allumant avec mon briquet: « Non, j’ai parlé à Maddox et je pense comme toi. Le tueur est entré par la porte avant, il a tué le chien pour ne pas que les voisins posent trop de questions à cause du boucan. Il a commencé à fouiller et puis c’est à ce moment qu’il a été surpris par la petite famille qui revenait à l’improviste.

McCallum s’est reculé dans sa chaise: «Et tu en penses quoi de toute cette histoire? »

J’ai aspiré une grande bouffée de fumée que j’ai rejetée juste avant de lui répondre: « Je pense qu’ils ont manqué tout simplement de bol. Notre type, il était sûrement à la recherche d’argent ou de bijoux. C’était peut-être aussi un récidiviste avec un casier long comme le bras et quand il s’est fait surprendre par les Colbert, il a bien compris qu’il allait retourner en taule pour un bon bout de temps. Alors il a pris les grands moyens et il a décidé d’éliminer tous les témoins. Malheureusement pour lui, M. Colbert était un coriace et il l’a blessé avec son flingue. Après ça il a oublié l’argent et les bijoux et il s’est cassé vite fait. Ça ne sera pas facile de trouver d’autres indices à moins d’avoir un témoin ou un délateur qui nous crache le morceau. » »

McCallum s’est massé un instant le front avec sa main gauche en réfléchissant sur tout ce que je venais de lui dire: «  Ta théorie tient la route et ça correspond à ce qu’on a comme informations en ce moment. Tu penses que tu peux causer avec tes contacts sur cette histoire? Ils sont pas mal plus bavards quand c’est toi qui leur parles. »

Je suis allé écraser ma cigarette dans le cendrier sur le bureau de McCallum tout en expulsant les restes de la fumée que j’avais dans mes poumons: « Il faut les comprendre Patrick, ce n’est pas de leur faute, ils souffrent d’amnésie chronique quand ils voient les flics. » 

McCallum a regardé un instant la cigarette qui rendait l’âme et a soudainement relevé la tête dans ma direction: « J’y pense, ton lien avec le libraire? »

J’ai haussé les épaules: « En ce moment je n’ai rien, il est possible que ce soit vraiment le fruit du hasard, il doit passer des dizaines de clients par jour dans cette boutique et Mme Colbert en faisait simplement partie. »

-Et merde! On n’a donc rien, l’opinion publique risque de se déchaîner sur ce coup-là, si on ne trouve pas un coupable rapidement.

Je lui ai fait un sourire: « Je vais voir ce que je peux faire. » Je l’ai salué avec mon chapeau et je me suis arrêté juste avant de quitter son bureau et je me suis retourné dans sa direction: « Une dernière chose avant de partir, est-ce que je pourrais lire le rapport et parler au légiste?»

Il a plissé son front et puis il a haussé les épaules: « Je ne pense pas que ça t’apportera quelque chose de plus, mais si tu veux vraiment je ne vois pas de problème. »

-On ne sait jamais, je vais peut-être remarquer quelque chose.

-Les rapports devraient être prêts demain,  rien ne doit sortir d’ici, on se comprend?

« Évidemment. » Je l’ai salué de ma main et j’ai fermé la porte derrière moi.



Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
« Modifié: 12 juillet 2018 à 00:04:02 par Le_vrai_chris_cool »

Hors ligne Berceuse Violente

  • Aède
  • Messages: 184
Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a et 1b
« Réponse #21 le: 07 juillet 2018 à 13:16:34 »
Bonjour,

Je ne vais pas faire de correction détaillée, juste quelques remarques qui ont traversées mon esprit à la lecture de ce premier chapitre.

Le préambule : sans aller jusqu'au syndrome du politicien, je ne vois pas le mal de présenter son texte avec fierté, l'humilité ce n'est pas se descendre inutilement... Le préambule m'a surtout donner l'impression d'être une sorte de "je ne vous dirai pas que..." et donc en fait, je le dis...

J'ai entendu des éditeurs, à la radio, dirent que 80% des manuscrits qu'ils recevaient commençaient par une phrase sur la météo. Ou bien par "Il se réveillait".

Citer
Tant qu’à lire des menaces, je pouvais bien emprunter quelques polars à la bibliothèque pour me changer les idées.
Je ne vois pas bien le rapport...
Citer
Elle qui me demandait ma carte toutes les fois, ou moi qui ne reviendrais plus ici.
Je n’ai pas compris cette phrase.
Citer
Je passais mon temps à lire les journaux (et les lettres de mes créanciers) où l’écriture était d’une médiocrité aberrante,
Cette remarque m’a fait sourire. Par contre, la parenthèse est inutile je pense.
Citer
Vous allez me donner la fessée ?
Facile, déplacé et macho… Ça, ça me fait beaucoup moins rire. Si tu veux rendre ton personnage antipathique et agressif, c’est réussi, si tu voulais qu’on le trouve drôle et sympathique, pour moi, ça ne prendra pas.
Citer
Vous me raccompagnez chez moi pour un café ? Et encore mieux, c’est gratuit
Vous me raccompagnez chez moi pour un café ?" et encore mieux, "C'est gratuit". Il faut bien placer les guillemets, sinon on ne comprend pas.

Citer
le reste laissait plus à désirer,
Oui, ton personnage est vaguement macho...
 
Citer
ses lunettes à monture noires et son chignon m’ont fait immédiatement penser à une institutrice pas très commode ou pire une féministe hargneuse.
Alors, le parallèle institutrice pas très commode, je vois, mais féministe hargneuse, on n'a pas dû avoir à faire aux mêmes.

Citer
Pour un homme qui venait d’être cambriolé, il avait peu d’égard pour les sentiments des autres.
Je ne vois pas le rapport.

Citer
on ne peut pas se payer un verre avec un livre.
Plutôt si... pourquoi pas ?

Sur ce premier chapitre, je ne sais pas vraiment où va l'histoire. J'ai l'impression qu'elle se déroule dans un vieux film de genre, dans l’Amérique de la prohibition. L'ambiance, les situations et les personnages, selon moi et ce n'est que mon avis, manque d’originalité : Il pleut, ton détective est un individu masculin, un poil grincheux et asocial, qui porte un "imperméable" (noir ou beige ? je l'ai imaginé beige) et un chapeau, qui boit et qui écrit sur un "calepin", la bibliothécaire est grincheuse et désagréable, la cliente porte une robe rouge cintrée. L'univers des bibliothèques renforce mon impression d'évoluer dans un univers d'une autre époque.

Je suppose que l'histoire n'a pas encore démarrée, et qu'on est encore dans une situation initiale, qu'on n'a pas eu l'élément perturbateur. Je ne peux pas trop juger du scénario et du suspens.

Je voudrais te demander en quelle année à lieu ton histoire ?

J'espère ne pas avoir été trop brutale dans mes remarques, j'ai l'impression de ne pas avoir assez de positif à relever :-\, mais s'il y a une suite, j'essaierai d'aller la lire, pour voir comment ça évolue.

A bientôt, bonne continuation


"Pour devenir un meilleur artiste, il te faut prendre les bonnes critiques positivement et les mauvaises critiques positivement aussi. J'espère que tu seras un artiste qui prête davantage l'oreille à des paroles qui le défient plutôt qu'à des paroles qui le flattent." BYG

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

  • Tabellion
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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1a et 1b
« Réponse #22 le: 07 juillet 2018 à 16:00:06 »
Merci pour tes commentaires Berceuse Violente!

Je ne le prends pas mal, c'est important de laisser aller un peu son œuvre, quand on publie faut s'attendre à du bien et du mal... quand on a plus de commentaires positifs c'est parfait... sinon c'est le temps de boire! =P

Bon, effectivement, l'histoire se positionne dans les années 50 (c'est indiqué presque a la première ligne du chapitre 1), alors il est un peu normal que le personnage soit un peu "macho" faut aussi remarquer que je me suis fait aussi dire qu'il ne l'était pas assez... les critiques ne sont pas facile!

Pour la première ligne du texte et la météo, ce n'était pas une statistique que je connaissais... va falloir que je regarde ça!

Merci encore pour les commentaires!


Hors ligne Dieter

  • Palimpseste Astral
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    • Dieter
Re : Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1 et 2
« Réponse #23 le: 07 juillet 2018 à 18:07:28 »
Hello Chris  :)

Alors concernant le personnage, le genre "macho" du personnage ne me dérange pas. Je retrouve au contraire avec plaisir l'ambiance Mike Hammer. Le rythme de ce nouveau chapitre est régulier et on a plaisir à le lire.

Bon bon bon... je sais que c'est plein de fautes... ma correctrice n'est pas passée sur mon texte.
(Pour l'espace avant les ? et les !, le français du Québec et celui de la France diffère... au Québec, pas d'espace!)
Alors concernant les fautes, il n'y en a pas tant que ça. Je vais donc essayer de faire un relevé exhaustif. Je n'ai relevé qu'une seule incohérence.

Voilà donc mes remarques :

Citer
Les deux sont tombés sur le sol et ont volé en éclat
-> en éclats (il y a forcément plusieurs morceaux de verre)

Citer
J’ai finalement été ramasser
-> Je suis finalement allé ramasser

Citer
qui lui s’était fait voler le soir auparavant.
-> "auparavant" s'emploie sans autre précision de temps. Ici, il faudrait écrire "la veille au soir"/"la veille"/"le soir précédent".

Citer
Toute une coïncidence.
-> Pour éviter la répétition de "Toute", et accentuer l'image du détective qui est vraiment troublé, j'aurais simplement écrit : "Coïncidence ?"

Citer
encombrée de dossiers et d’autres papier que je considérais êtres parfaitement sans intérêts.
-> papiers + être + sans intérêt.

Citer
menaçait tous les jours de les foutres aux ordures ou de les faire brûler.
-> foutre

Citer
département des   chiens écrasés.
-> un espace en trop avant "chiens"

Citer
c’est deux gars la c’était des pourris
-> ces deux gars là étaient des pourris

Citer
la moitié des gars du poste aient voulu faire
-> ait voulu faire

Citer
J’ai posé la pile de papier
-> papiers

Citer
Je me suis un peu gratté la tête avec un air un peu embarrassé
-> répétition de "un peu" :  je supprimerais le second

Citer
Sa démarche était sure
-> sûre

Citer
Rapidement, il a été trouvé que les plans n’étaient pas conforme aux normes
-> conformes

Citer
l’afflux massif des gens habitants là causeraient une congestion des routes
-> habitant + causerait

Citer
Malgré tous les grands discours d’égalité et de fraternités
-> fraternité

Citer
les castes étaient loin d’êtres disparues.
-> d'avoir disparu

Citer
des blocs d’appartement à prix modique
-> appartements + modiques

Citer
Préparez-vous, de ce que j’ai entendu c’est horrible.
-> C'est l'incohérence dont je parlais plus haut : dans la suite du texte, on apprend que Maddox est déjà venu. Il sait donc que c'est horrible, il ne l'a pas "entendu". Il faudrait donc écrire : "Préparez-vous, c'est horrible".

Citer
La première chose que nous avons vu
-> vue

Citer
il a répondu avant que je n’ai le temps de dire un mot
-> que je n'aie

Citer
Je me suis approché de la porte et je l’ai examiné.
-> examinée

Citer
Elle avait agi par réflexe et s’était réfugiée, elle et son fils
-> si tu écrits "elle et son fils", il faut mettre "se réfugier" au pluriel (s'étaient réfugiés), sauf que ça ne colle plus avec le début de la phrase. Je suggère donc d'écrire : "Elle avait agi par réflexe et s’était réfugiée, en emmenant son fils..."

Citer
dans la première pièce qu’elle avait accès.
-> "à laquelle elle avait accès" ou tout simplement "accessible"

Citer
en prenant soin de ne pas détruire de preuve
->preuves

Citer
J’ai remarqué aussi qu’il y avait des trous de balle dans le mûr salon.
-> balles + mur

Citer
les trois trous de balle
-> balles + ici, j'aurais écrit "impacts", pour éviter la répétition de "trous de balles"
 
Citer
des choses qui on du sens
-> qui ont du sens

Citer
ce n’est pas de leurs fautes
-> leur faute

Citer
qui émettait ses derniers soubresauts de fumée
-> j'ai fumé pendant 30 ans, je n'ai jamais vu la fumer "soubresauter"... J'aurais écrit "ses dernières volutes"

Citer
Je ne pense pas que ça t’apporter quelque chose
-> apportera

Certaines tournures de phrases me gênent, mais je ne les ai pas relevées, car je pense que comme pour la ponctuation, il s'agit d'expressions typiquement québecoises.

Voilà pour moi. @ +  ;)
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1 et 2
« Réponse #24 le: 08 juillet 2018 à 17:43:40 »
@Dieter,  merci encore une fois  pour tes commentaires, ils sont bien appréciés! J'imaginais bien pire pour ce long chapitre, c’est ce qui a causé un délai important avant que je n'ose le publier.

Je devrais reprendre une vitesse de croisière et mettre en ligne le chapitre trois rapidement... du moins plus rapidement que celui-ci!  ;)

Merci encore! 

Hors ligne Le_vrai_chris_cool

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  • Je ne connais pas l'angoisse de la page blanche!
Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1 et 2
« Réponse #25 le: 20 juillet 2018 à 06:23:52 »
Bon cher lecteurs, le chapitre trois!

Chapitre 3
L’affaire du voleur de livre
Les rapports

Je me suis levé de mon lit en grognant pour aller me faire un café. Pas de surprise, il était particulièrement mauvais. Mais il m’a permis d’avaler un cachet d’aspirine. Tout était évidemment de ma faute. Hier, après ma visite au poste de police, j’ai terminé ma journée à l’Écueil. Une mauvaise idée. Je n’y étais pas allé pour boire, mais bien pour avoir des informations. J’avais espoir que quelques personnes auraient langue plus déliée après quelques verres. Mais à part trouver la recette pour un sacré mal de tête et faire monter mon ardoise auprès du barman, j’ai fait chou blanc. J’ai vidé mon café dans l’évier après deux horribles gorgées et j’ai quitté mon appartement. 

Une forte pluie tombait et forçait tous ceux qui avaient eu l’idée de sortir de chez eux sans parapluie à chercher des abris. J’ai pris une courte pause pour admirer le mauvais temps ainsi qu’une jolie femme dans une robe blanche qui courait d’auvent en auvent en espérant éviter d’être trempée. Elle tentait d’épargner sa tenue et sa coiffure, mais jusqu’à présent ses efforts avaient eu un succès mitigé. Ma pause s’est terminée à l’instant où la femme en blanc a disparu de mon champ de vision.  

J’ai ramassé un journal dans un kiosque, j’ai relevé mon col et j’ai pris la direction du Double D. Le café que j’y ai pris était meilleur que le mien, mais La voix de la ville ne m’a rien appris de plus sur le meurtre des Colbert. J’ai regardé ma montre et j’ai terminé mon café d’un trait. Il était temps que je me présente au commissariat. 

À ma grande satisfaction, la pluie s’était légèrement calmée. J’ai regardé le ciel distraitement, pas vraiment d’amélioration en vue. J’ai calé mon chapeau et j’ai fait le chemin vers le commissariat en tentant d’éviter les flaques d’eau qui se formaient sur les trottoirs et qui ne séchaient jamais vraiment réellement. 

J’ai fait irruption chez les flics par la porte d’entrée principale et après avoir fait dix pieds, je me suis secoué un peu comme un chien sous le regard de Kelly qui m’avait immédiatement remarqué, comme la plupart de ses collègues. Je lui ai souri en la saluant bien bas avec mon chapeau dans un simulacre de révérence. Elle a secoué la tête et de l’index m’a fait signe de la rejoindre.

Je me suis accoudé à son comptoir en la regardant dans les yeux : « Alors ma belle, tu as quelque chose pour moi? »

Elle a hoché la tête affirmativement et a sorti d’un casier fermé à clef une chemise contenant des documents. J’ai tendu la main pour la lui prendre, mais elle l’a mise hors de portée en me disant : « Le Capitaine McCallum m’a donné des consignes précises pour ce dossier, alors il faut me suivre si tu veux le lire. »

Je lui ai souri : « Tu sais bien que je te suivrais à l’autre bout du monde si tu me le demandais. » 

Elle a répondu à mon sourire en me faisant signe une fois de plus. Nous avons traversé la grande salle et nous avons pris le corridor qui passait devant la cafétéria. Une armoire vitrée de chêne verni a attiré mon attention et je me suis arrêté devant elle. Ses tablettes étaient remplies des nombreux trophées gagnés par le département. La plupart provenaient de divers championnats de quilles ou de baseball. Le plus récent datait de 1949, visiblement, le département n’avait rien gagné depuis longtemps. Cependant, ils rappelaient à tous que les jours glorieux avaient déjà existé et qu’avec un peu d’efforts, ils pouvaient revenir. Mais surtout, ça rappelait à tous les flics qu’ils faisaient partie d’une grande famille et qu’ils en faisaient partie même en dehors du boulot. 

Ce qui contrastait avec l’autre centre d’intérêt dans ce corridor achalandé. Sur le mur presque à côté de toutes ces victoires passées, il y avait une plaque en chêne verni avec des photos. En haut de celle-ci, était gravé  « Hall des honneurs ». 

Les photos étaient toutes de policiers tués en service. L’ultime sacrifice comme on disait dans le métier. Je me suis  approché d’un peu plus près. J’ai commencé à lire les noms un par un, et puis je me suis arrêté aux deux dernières photos. Il y avait une différence marquante avec les autres : elles avaient été vandalisées. Il était impossible de dire à quoi ils ressemblaient. Un manque flagrant de respect pour ces deux policiers qui étaient morts eux aussi au travail. Si leurs visages n’étaient pas reconnaissables, leurs noms l’étaient L. Landry et D. Dupont. Ces noms, je les connaissais. Ils étaient gravés au fer rouge dans ma mémoire : c’est moi qui les avais tués. Le manque de respect pour leurs photos de la part de leurs collègues ne faisait que confirmer que j’avais fait le bon choix pour eux. 

Kelly est restée près de moi sans dire un mot ni faire preuve d’impatience pendant ma contemplation. J’ai tourné la tête vers elle en souriant, indiquant que j’avais terminé et nous avons continué notre chemin vers une des salles d’interrogatoire. Elle a déverrouillé la porte, puis m’a fait signe d’entrer avec un geste de la main : « Je te laisse ici pour ta lecture, tout ce que tu as à faire est d’utiliser l’interphone quand tu auras terminé et je viendrai te chercher. »

Je lui ai fait signe que j’avais compris et je l’ai entendu verrouiller la porte. Précaution inutile : si je voulais vraiment sortir, j’aurais quitté les lieux dans les secondes qui suivaient. J’ai oublié rapidement cette idée. Ma fuite aurait causé des problèmes à Kelly et McCallum ne me l’aurait jamais pardonné et surtout je lui avais dit que je ne partirais pas avec son dossier. En fait, ce qui me chicotait n’était pas la porte verrouillée, mais les quatre murs de ciment peints en gris et le miroir sans tain. 

Est-ce que je serais de retour ici bientôt, mais cette fois menotté?

Les dossiers sur la mort de Dupont, Landry et Lecompte étaient classés, mais je connaissais McCallum et il n’aurait probablement pas de répit tant que le coupable ne serait pas sous les verrous. Je pouvais le comprendre, un flic pourri abattu, l’ancien maire de la ville retrouvé lui aussi tué et l'autre policier soupçonné d’avoir fait ces crimes, suspecté mort et au mieux disparu. 

J’imagine qu’à ses yeux j’étais un sacré beau suspect. J’avais eu une rencontre plutôt explosive avec Landry au beau milieu du poste de police et tout le monde savait que je ne le portais pas dans mon cœur.

Est-ce que qu’ils avaient laissé derrière eux des informations sur moi?

Ça ne devait pas être le cas, sinon McCallum serait déjà venu cogner à ma porte flanqué de plusieurs flics. S’il ne l’avait pas encore fait, c’est qu’il n’avait rien. Des soupçons, mais pas de preuve concrète, du moins pas pour l’instant… J’ai chassé mes idées noires et me suis plongé dans le dossier. Je n’avais pas de temps à perdre, il fallait résoudre trois meurtres.

McCallum n’aimait pas vraiment que j’examine ses dossiers, mais il savait aussi que quand j’avais un bon tuyau pour le dépanner je n’hésitais pas à l’appeler. À force de lui rendre service, il se sentait un peu obligé de me renvoyer l’ascenseur de temps en temps, non sans me dire à chaque fois que c’était la dernière. Mais je devais avouer que c’était bien la première fois qu’il me faisait lire un dossier dans une salle d’interrogatoire. Habituellement, il m’asseyait au bureau d’un flic parti en patrouille sous le regard d’une secrétaire. Ce changement était en soi bien mauvais, ça indiquait que c’était un dossier chaud et que les informations ne devaient pas couler. Je pouvais comprendre la situation : une petite famille tranquille, tuée en périphérie d’une banlieue chic, ça choque. Ces meurtres avaient dû faire craindre le pire à des gens riches craintifs et ils avaient fait pression sur le supérieur de McCallum pour que ça se règle rapidement. Le meurtre de pauvres gens dans un taudis de la Rive-Nord on s’en balance, mais quand ça arrive à des gens importants, c’est la fin du monde. Du moins de leur monde. 

J’ai ouvert la chemise cartonnée et je me suis plongé dans les documents. J’avais l’habitude de lire ces dossiers et il m’est apparu presque immédiatement que celui-ci avait été monté à la va-vite. Je n’étais pas surpris, McCallum avait dû avoir la pression de ses supérieurs et il avait à son tour mis la pression à ses hommes pour qu’ils le fassent rapidement. Une action potentiellement lourde de conséquences. Bien sûr tout le monde se retrouvait avec les renseignements presque immédiatement entre les mains, mais ces comptes-rendus bâclés contenaient souvent des erreurs ou des oublis, qui pouvaient faire dérailler une enquête. Rien de pire que de chasser une fausse piste causée par un nom mal inscrit ou des informations erronées. 

Je suis resté une fois de plus sur ma faim. Si j’avais été impatient de lire ces papiers, j’ai été fortement déçu de leur contenu. Ça semblait incomplet et surtout je n’ai pas appris grand-chose de plus que ce que Maddox m’avait dit ou que j’avais vu dans l’appartement des Colbert.

Pour résumer, des riverains avaient entendu des coups de feu à 8h30 et suite à ce boucan une des voisines avait envoyé son mari voir si tout allait bien chez les Colbert. Il a fait la macabre découverte à 8h40. Dix minutes. Tous ces crimes n’avaient pris que dix minutes. La déposition du voisin n’était nulle part, les traces de sang sur les livrets n’y étaient pas mentionnées, pas plus que ceux sur la fenêtre extérieure. On ne mentionnait pas non plus que la porte n’avait pas été forcée. J’en savais plus que ce qui était inscrit dans le dossier. Je n’avais aucun intérêt à rester ici plus longtemps. J’ai utilisé l’interphone et Kelly est arrivée presque immédiatement.

Je lui ai remis le dossier. Elle a vérifié s’il ne manquait rien pendant que je la regardais avec un air niais les bras croisés dans le dos. Quand elle a été satisfaite de sa vérification, elle m’a permis de quitter la pièce et je l’ai suivie jusqu’à son bureau afin qu’elle dépose la pochette en lieu sûr. Ensuite, elle m’a montré le chemin jusqu’à l’ascenseur. La dernière image que j’ai vue d’elle avant que les portes ne se referment était son sourire et un petit salut de sa main.

Le corridor menant à la morgue était d’un vert pâle et l’air de cet étage était légèrement plus frais que celui du reste du commissariat, sans oublier que c’était presque toujours désert. Les seuls bruits étaient ceux du tic-tac d’une horloge sur le mur et le son de mes pas sur le terrazzo beige. 

J’ai cogné à la porte de la morgue et j’ai vu par la petite vitre un type portant un sarrau vert me faire signe d’entrer. Sur sa veste était brodé « Q. West ». C’était bien le légiste. Il portait toujours un putain de sarrau. Les rares fois où il quittait sa morgue, il mettait un sarrau blanc immaculé, sur lequel il y avait encore une fois son nom.

Le docteur West était un homme d’un âge incertain avec des cheveux blancs. Il portait des lunettes, jouait avec sa langue dans son palais quand il travaillait sur un cadavre et insistait pour qu’on l’appelle Docteur West. Si quelqu’un osait l’appeler West, il lui répondait immanquablement « Docteur West ! » inutile non plus de l’appeler par son prénom, c’était Docteur West. Il ne cessait de rabâcher que le département ne le traitait pas avec tous les égards qu’il méritait et qu’un jour il quitterait cette ville maudite. Personne n’en faisait vraiment de cas et tout monde était heureux qu’il reste presque toujours dans la crypte (une épithète qu’il détestait sur sa morgue d’ailleurs). Mais sa personnalité étrange était acceptée, car malgré son sale caractère il faisait bien son travail.

J’ai ouvert la porte, le Dr West ne s’est pas retourné pour m’accueillir : « M. Colhe, qu’est ce que je peux faire pour vous ce matin. Faites vite, je suis occupé. »

J’ai pris une légère inspiration et l’odeur de la mort m’a envahi. Rien de trop lourd, seulement un léger écœurement causé par le formol et les produits nettoyants. J’étais loin du parfum de Kelly : « Je désirerais voir le dossier d’autopsie sur les meurtres des Colbert. » 

Il ne s’est pas retourné : « Le capitaine McCallum m’avait averti que vous viendriez peut-être. »

– Comme vous voyez Dr West, il ne s’est pas trompé.

 Il m’a répondu sèchement : « Et je suspecte que vous voulez avoir cela immédiatement. »

– De préférence oui. 

Il a abandonné son cadavre en murmurant des jurons incompréhensibles après avoir jeté ses instruments sur un plateau dans un bruit métallique. Puis avec un air mauvais, il a jeté ses gants dans une poubelle en maugréant : « Je ne peux jamais travailler tranquille dans cet endroit. Il faut toujours que quelqu’un me dérange avec des questions stupides. Toujours… Toujours… Toujours... »

Il m’a bousculé en passant près de moi et s’est dirigé d’un pas sec vers un classeur d’où il a sorti une chemise qu’il a jetée avec hargne sur son bureau. Il s’est installé dans sa chaise rembourrée puis après s’être aperçu que je n’étais pas encore assis, il m’a fait signe avec ses yeux de le faire. Ce n’est que lorsque je fus en place qu’il a ouvert le dossier, sa colère semblant s’être légèrement dissipée.


Il a jeté un coup d’œil aux feuilles, il m’a regardé un instant puis il est retourné à son dossier en le lisant et en marmonnant : « Les Colbert… Oui… Oui… pas mal macabres comme meurtres. » Et il m’a regardé dans les yeux : « Que voulez-vous savoir exactement? »

– Pour faire court, tout.

Il a replongé dans le dossier comme pour se remémorer des choses qu’il venait de lire quelques secondes auparavant. Il m’a fait un sourire étrange avec les yeux fermés et il a commencé : «  Bon d’accord, je vais y aller en ordre, le chien, M. Colbert, son fils et sa femme. Ça vous va? »

Je lui ai fait signe que oui. Il a pris une courte pause : « Un chien de race Corgi, nommé Alex. Âgé approximativement de trois ans. Le chien a été tué en premier. Il a été tué à coups de couteau. » 

Il s’est arrêté un instant quand il s’est aperçu que je n’écrivais rien : « Vous notez? »

– Je ne pense pas que la mort du chien soit vraiment importante pour ces meurtres. 

Il a haussé les épaules : « C’est vous qui voyez. »

–  Le second qui est mort est Tyrone Colbert. Un homme de race blanche, 6 pieds, âgé de 37 ans. J’ai remarqué plusieurs blessures antérieures et des fractures qui s’étaient soudées. Ce n’était pas la première fois qu’il se faisait tirer dessus, mais cette fois, notre tueur a réussi son coup. Il a été touché par quatre balles. Malgré ses blessures mortelles, il a réussi à riposter avec son arme.

Le docteur a pris une légère pause : « Son assassin a dû être surpris d’être confronté à un adversaire aussi coriace. Un homme normal aurait dû s’effondrer à la première balle. Il y a des gens qui sont comme ça M. Colhe, ils devraient mourir et semblent ne jamais le faire. » 

J’ai froncé les sourcils, je ne comprenais pas le fond de sa pensée, il n’a pas tenté d’expliquer et a continué : « Si ça peut vous réconforter un peu M. Colhe, M. Colbert n’était pas du genre à faire de quartier non plus. J’ai examiné le chargeur de son pistolet et il était rempli de balles dum-dum. Son assassin doit souffrir atrocement en ce moment, s’il n’est pas déjà mort de sa blessure. »

Je me suis massé le menton : « Ça explique le peu de sang sur la scène du crime. La balle ne l’a pas traversé. »

Il a tangué légèrement de la tête de gauche à droite en réfléchissant à voix haute sur ce que je venais de lui dire : « S’il portait un manteau épais, il est possible qu’il ait pu en le cintrant, éviter de faire un gâchis sur les lieux du crime. »

– Et de se faire remarquer quand il est sorti dans la rue. Un homme avec une chemise pleine de sang, ça ne passe pas inaperçu. 

Ma théorie a semblé le satisfaire et il a continué : « Claudette Colbert, née Claudette Sorel, femme de race blanche, 5 pieds 3 pouces, 33 ans. Cause du décès, blessures par balles, elle aussi. Une mort rapide, mais pas sans horreurs.

Je l’ai regardé intrigué : « Que voulez-vous dire par là? »

– Au moins M. Colbert n’a pas vraiment compris ce qui allait arriver.

Le Dr West a sorti une photo qu’il a prise dans le dossier : « Eh bien, vous voyez ici, il y a trou dans la main de Mme Colbert, c’est une blessure défensive. De toute évidence, elle a mis sa main devant son fils pour le protéger, de cette façon. » Il a imité le geste pour que je comprenne bien l’action de la mère : « J’imagine qu’elle a sûrement dû le faire en demandant pitié à l’assassin. Visiblement, notre tueur n’a pas été ému par son plaidoyer et leur a tiré dessus de sang-froid. La balle a traversé la main de la mère pour ensuite se loger dans la tête de son fils. Il est mort sur le coup. Il l’a ensuite tiré sur Mme Colbert et a terminé le travail par une balle dans la tête. Un travail de professionnel, si vous voulez mon avis, ça ne ressemble pas à celui d’un cambrioleur pris sur le fait. Mais qu’est-ce que j’en sais, je suis un légiste, pas un enquêteur. »

– Et pour le fils.

– Martin Colbert, 4 pieds 5 pouces, 11 ans. Cause du décès, blessure par balle à la tête. Une mort instantanée. Je n’ai rien de plus significatif pour lui. À part qu’il s’était vomi dessus avant de se faire tuer. 

West parlait des victimes comme s’il parlait des choses inscrites sur sa liste d’épicerie. Aucune émotion dans sa voix. Rien ne semblait le tourmenter dans tous ces crimes. Que la mère ait demandé pitié et qu’elle se soit jetée devant les balles pour protéger son fils ne semblait pas l’émouvoir non plus. Quant à moi, c’était différent, j’étais retourné et je ne pouvais pas comprendre comment un homme avait pu commettre des crimes du genre. Le tueur venait d’entrer dans le club select des gens qui ne méritent pas de vivre. 

– Vous avez trouvé d’autres choses intéressantes? 

Il a levé son index en l’air et a sorti une douille : « La chose intéressante que j’ai trouvée est ceci. »  

Je l’ai regardé un instant surpris, il a vite compris ce qui me passait à l’esprit.

– Ne vous inquiétez pas M. Colhe, nous en avons sept et aucune d’elle n’a d’empreintes. Nous pouvons bien en manipuler une.  C’est un calibre plutôt rare dans le coin.

J’ai examiné un instant la douille, il y avait d’inscrit 9x18 suivi de quelques caractères indéchiffrables, je les ai reconnus après quelques instants : «Une douille de Makarov?  M. Colbert a été tué par un pistolet russe? »

Il a ouvert les mains tout en souriant. Il semblait heureux que j’aie déchiffré sa petite énigme et a hoché de la tête affirmativement : « Eh bien, je le savais que vous n’étiez pas si idiot que ça! Oui. Nous avons retrouvé ces douilles sur le lieu du crime. J’ai retiré les balles des victimes et c’est bien ce qui a causé la mort des Colbert. »

– Mais qu’est-ce qu’un putain de russe peut bien vouloir à un homme comme Tyrone Colbert.

Il regardé une fois de plus dans les yeux en me pointant du doigt : « Ça, c’est une bonne question et comme je vous ai dit plus tôt, ce n’est pas mon boulot de trouver la réponse, moi ce que je fais c'est des autopsies. »

Il m’a repris la douille des mains et l’a mise sur le dossier qu’il venait de refermer devant moi : « Maintenant vous devez m’excuser, mais j’ai un corps qui m’attend. »

Je l’ai regardé se lever pour se diriger vers l’évier : « Je peux regarder le dossier Dr West? »

Il m’a répondu sans se retourner : « Vous pouvez le lire, mais il ne quitte pas cette pièce. »

– Merci.

Il m’a fait signe : « Vous pouvez prendre ma chaise. Moi je vais continuer mon travail comme si vous n’étiez pas là. » 

Je l’ai regardé distraitement préparer son rituel. Il s’est lavé les mains, il a enfilé des gants de latex puis il a récupéré les instruments qu’il avait abandonnés plus tôt. Il s’est ensuite mis à disséquer le corps en écrivant ses notes de temps en temps dans un calepin tout en faisant du bruit avec sa langue contre son palais. Je n’allais pas lui casser les pieds, sa bonne humeur semblait avoir repris le dessus et moi j’avais de la lecture. 

Mon attention est retournée rapidement vers le rapport d’autopsie de la famille Colbert. J’ai été enchanté par le travail du Dr West. Il avait monté son dossier avec un professionnalisme hors pair qui contrastait avec l’autre que je venais de lire. Il y avait une fiche pour chaque cadavre, incluant le chien. Sur chacune de celle-ci, je pouvais voir des notes et aussi les endroits des blessures. Tout ce que le Dr West m’avait dit précédemment était exact, si ce n’est qu’abrégé quand il m’avait fait la lecture. Il avait cependant passé outre le contenu de leurs estomacs, le poids de leurs organes et autres informations. Quoiqu’importantes pour un légiste, tout à fait inutile pour mon enquête. Il semblait avoir vu juste, comme lui je considérais que la petite famille semblait avoir été tuée de sang-froid. Mais plus je lisais le rapport, plus j’étais certain que cette boucherie n’avait pas été prévue et qu’avec un peu de chance la famille aurait pu s’en sortir. Pour le cas du chien, c’était différent. Il avait été tué avec un couteau pour le faire taire afin de ne pas alerter les voisins.

Le fait qu’il n’y ait pas eu d’empreinte inconnue sur les lieux du crime m’indiquait que le tueur portait des gants. La porte d’entrée avait probablement été crochetée, un autre signe de préméditation. Mais quand on arrivait pour le meurtre des Colbert, les choses devenaient différentes. Les Colbert avaient été tués avec un pistolet, un acte très bruyant et l’assassin n’avait même pas pris le temps de récupérer ses douilles, rendant l’identification de son arme beaucoup plus facile. Une action étrange pour un assassin qui avait pris tant de précautions pour tuer un chien sans bruit. Ce qui m’indiquait qu’après les meurtres, la seule chose qu’il avait en tête était de quitter les lieux du crime, sans même faire le ménage. Signifiant un manque de planification évident.  

J’ai aussi remarqué que le Dr West avait inscrit tout ce qui avait été trouvé sur les corps des victimes ainsi que leurs vêtements. Une autre chose qui manquait dans le rapport que Kelly m’avait remis précédemment. J’espère que McCallum allait savonner le type qui avait fait un travail de cochon quand il s’apercevrait du travail bâclé par ses hommes. 

Si les Colbert allaient à un concert de leurs fils, il semblerait que le couple n’ait pas eu la même idée pour leurs tenues. La mère portait une robe superbe et son fils un petit costard, quant à M. Colbert, il portait un habit de moyenne qualité. Il ne devait pas avoir les mêmes sentiments que sa douce moitié pour cet événement.

Les notes du Dr West, m’ont aussi appris que le jeune Colbert s’était vomi dessus bien avant son assassinat. Ce qui expliquait le retour inopiné de la famille dans leur appartement. Un retour qui avait causé leurs morts. Le contenu de leurs poches était presque normal. Presque… À première vue, rien d’exceptionnel, des clefs, un peu d’argent liquide et autre bric-à-brac que l’on retrouve sur les gens. L’étui de pistolet et le chargeur supplémentaire de M. Colbert ne m'ont pas fait sourciller, je faisais pareil. Non, ce qui m’a légèrement intéressé était le lot de photographies d’une petite boite qui avait été retrouvée sur M. Colbert. Une boite qui contenait un bracelet en or, de toute évidence féminin. Un cadeau pour sa femme? J’en doutais.

J’ai noté dans mon calepin tout ce que je considérais comme important pour mon enquête et j’ai quitté la pièce en informant le Dr West de mon départ. Il m’a salué de la main sans se retourner une fois de plus.


X -X -X

Je suis remonté au rez-de-chaussée pour passer voir Kelly. Elle était au téléphone et a secoué la tête pour m’indiquer que McCallum n’était pas là. Je lui ai fait une petite moue pour lui montrer ma déception et je suis allé voir Maddox.

Il a relevé la tête, ma présence ne semblait pas lui faire plaisir :« Oui, M. Colhe qu’est-ce que je peux faire pour vous aujourd’hui? »

– Maddox, est-ce que tu sais si les hôpitaux ont eu la visite d’un type blessé par balle qui pourrait correspondre à notre assassin?

– De ce que je sais, non. 

– Et est-ce qu’il y a des gens qui pourraient être au courant dans ce magnifique établissement?

Il soupiré et s’est levé : « Je vais aller faire le tour et demander si quelqu’un sait quelque chose. Et seulement parce que je commence à te connaître et que si je n’y vais pas tu vas me casser les pieds. »

Je lui ai souri pour toute réponse en mettant les mains dans mes poches. À l’instant même où il m’a abandonné, j’ai pris sa place sur sa chaise et j’ai mis mes pieds sur son bureau pour griller une cigarette. Maddox est revenu quelques minutes plus tard avec l’information et un regard réprobateur envers ma personne et surtout mes pieds. Il m’a rapidement fait décamper de son bureau.

– J’ai fait le tour et bien que plusieurs blessures par balles aient été signalées par les hôpitaux, aucune ne correspond au profil recherché. Désolé, on n’a rien. 

J’ai fait une moue montrant ma déception une fois de plus : « Ça valait la peine d’essayer. »

J’ai éteint ma cigarette dans son cendrier vide puis je me suis dirigé vers la guérite pour aller voir Kelly. Maddox m’a suivi comme un chien de poche.

– Kelly, tu demanderas au charmant capitaine McCallum de me rappeler quand il aura le temps. 

Elle a noté mon message sur un bout de papier. J’ai salué Maddox et Kelly puis j’ai quitté le commissariat. Il fallait que j’aille voir un vieil ami. 

X – X - X

Il pleuvait des cordes à ma sortie du commissariat. J’aisongé quelques instants à faire le trajet à pied, mais l’endroit était à l’autre bout de la ville, et avec ce temps il était vraiment préférable que je prenne ma voiture. J’ai fait comme la femme en blanc de ce matin et j’ai couru d’auvent en auvent vers mon appartement. Comme elle, j’ai eu un succès mitigé. En partant de chez moi, je ne suis pas allé directement vers ma destination. Je suis passé par un des quartiers les plus mal famés de la ville : ce n’était pas un gros détour, c’était juste à trois pâtés de maisons de mon bureau. Malgré un billet de dix dollars investi, les habitués de la rue St-Judas n’ont pu me donner d’informations sur une personne blessée par balles qui aurait pu ressembler à mon suspect. Ils m’ont cependant certifié que s’ils en voyaient un, ils me contacteraient, sous promesse de quelques dos verts supplémentaires, évidemment.  

Suite à cet échec, j’ai repris la direction de ma destination originale. L’endroit était une maison en décrépitude à l’autre bout de la ville. Je me suis garé et ce n’est que lorsque j’ai ouvert la portière que j’ai entendu des aboiements de chien qui en provenaient. 

L’endroit était de toute évidence une clinique vétérinaire. Un rendez-vous incontournable pour les blessés qui ne voulait pas aller à l’hôpital pour diverses raisons, la principale étant que la police les avait à l’œil. L’officine ne faisait pas bonne mine, mais le docteur de garde malgré son apparence douteuse était doué. J’avais par le passé utilisé ses services et je m’en étais toujours remis, un bon signe. Je suis entré par la porte principale et une clochette a indiqué l'arrivée d’un client, c’était nouveau. 

Une voix rauque s’est fait entendre presque immédiatement suite au tintement : « Je suis là ! » 

J’ai traversé la petite salle d’attente vide et je suis passé à l’arrière. Il y avait des cages de métal où plusieurs chiens aboyaient de plaisir de me voir ou encore de haine, je n’étais pas un ami des chiens, c’était difficile pour moi de faire la distinction. Un vieil homme examinait un labrador qui n’en menait pas large. Il s’est tourné dans ma direction, m’a regardé un instant puis a reporté son attention sur le chien : «Et bien si ce n’est pas le privé qui est venu me voir ! Ça fait un bail… Et cette fois pas de sang sur ta chemise. Tu dois certainement vouloir me poser des questions et pas que je te rafistole. »

Je lui ai souri : « Tu fais des progrès Rex. Tu deviens fin psychologue avec le temps. »

Il s’est retourné vers moi : « Où je deviens moins con. » Puis il m’a fait signe de m’approcher « Aide-moi à le mettre en cage. Ce stupide clébard a bouffé du chocolat. Il va s’en remettre, mais il n’est pas en forme. »

À deux, nous avons placé doucement le chien dans une cage et celui-ci s’est couché en ne faisant pas un bruit. Rex l’a caressé avec gentillesse un instant puis il a fermé la porte grillagée et m’a fait signe de le suivre à l’avant : « Qu’est-ce que je peux faire pour toi Colhe? »

– Est-ce qu’un type blessé par balle est venu te voir récemment?

Il m’a fait un clin d’œil : « Tu sais bien que la confidentialité entre docteur et patient est sacrée. »

– Rex, je ne rigole pas. Il a tué à coups de couteau le Corgi de la famille et il a descendu avec son flingue le mari, la femme et l’enfant.

– C’est le meurtrier des Colbert? C’est un putain de malade!!! Mais je ne savais pas qu’il était blessé. 

– Presque personne ne le sait, mais le type a pris une balle de 45, alors je te fais confiance pour tendre l’oreille. Si tu entends quelque chose, tu me fais passer le message rapidement. Et puis, s’il a tué toute la belle petite famille, je ne suis pas certain qu’il soit du genre à vouloir payer tes honoraires, si tu comprends ce que je veux dire. 

– Inquiète-toi pas Colhe. Si ce type se pointe ici, je le retourne à coup de chevrotine.

– Je te fais confiance là-dessus Rex, mais n’oublie pas : si tu entends quelque chose, tu me donnes un coup de fil. Voilà pour payer l’interurbain. 

J’ai déposé un 5 dollars sur le comptoir, qu’il a rapidement empoché : « C’est un putain de tueur d’enfant et de chien. Je l’aurais fait pour rien. Mais tu m’offres si gentiment cet argent que je ne peux décemment pas refuser (il m’a souri). Si j’entends quelque chose je t’appelle tu peux en être certain. »

Je lui ai serré la main et j’ai quitté la clinique vétérinaire pour retourner à mon bureau. Je me suis installé à la machine à écrire et j’ai commencé à monter le dossier sur les meurtres avec tout ce que j’avais appris. Je n’avais pas beaucoup de pistes et cette histoire me chamboulait. 

Que quelqu’un puisse agir de la sorte me dépassait.

Je pouvais comprendre qu’il ait tué le chien, le cambrioleur s’en était débarrassé pour qu’il arrête d’aboyer. Quant à M. Colbert, il avait été surpris et ça s’est terminé en duel. Mais pour la femme et l’enfant qui s’étaient réfugiés dans la chambre? Ils n’auraient probablement pas pu l’identifier. Tout ce qu’il avait à faire était de prendre la fuite, la femme et le gosse n’auraient certainement pas eu l’idée de lui courir après. 

Je me suis versé un verre de whisky et j’ai avalé une gorgée du liquide doré en réfléchissant à ce que j’allais faire. Si j’allais à sa poursuite, il faudrait que je sois prudent. L’homme était dangereux, blessé et ne laissait pas de témoins potentiels. Il n’hésiterait pas à tuer de nouveau si l’occasion se présentait ou s’il se sentait coincé. Quand je le trouverais, et j’allais le retrouver, il serait préférable que j’aie une bonne équipe avec moi.


[spoiler]
Chapitre 3
L’affaire du voleur de livre
Les rapports

Je me suis levé difficilement de mon lit en grognant. La deuxième chose que j’ai faite avec difficulté a été un café. Pas de surprise, il était particulièrement mauvais, mais il m’a permis d’avaler mon cachet d’aspirine. Tout ce malheur était évidemment de ma faute. Hier, après ma visite au poste de police, j’ai terminé ma journée à l’écueil, une autre mauvaise idée. Je n’y étais pas allé pour boire, mais bien pour avoir des informations, j’avais espoir que quelques personnes auraient eu langue plus déliée après quelques verres. Mais à part trouver la recette pour un sacré mal de tête et faire monter mon compte avec le barman, j’ai fait chou blanc. J’ai vidé mon café dans l’évier après deux horribles gorgées puis j’ai quitté mon appartement.

Une forte pluie tombait et forçait tous ceux qui avaient eu l’ idée de partir de chez eux sans leurs parapluies à chercher les abris. J’ai pris une courte pause pour admirer le mauvais temps ainsi qu’une jolie femme dans une robe blanche qui courait d’auvent en auvent en espérant éviter d’être trempée. Elle tentait d’épargner sa tenue et sa coiffure, mais jusqu’à présent ses efforts avaient eu un succès mitigé. Ma pause s’est terminée à l’instant ou la dame en blanc a disparu de mon champ de vision. 

J’ai monté mon collet et j’ai pris la direction du Double D en ramassant un journal sur mon chemin. Le café que j’y ai pris était meilleur que le mien, mais la voix de la ville ne m’a rien appris de plus sur le meurtre des Colbert. J’ai regardé ma montre et j’ai terminé mon café d’un trait, il était temps que je me présente au commissariat.

À ma grande satisfaction, la pluie s’était légèrement calmée. J’ai regardé le ciel distraitement, pas vraiment d’amélioration en vue. J’ai calé mon chapeau et j’ai fait le chemin vers le commissariat en tentant d’éviter les flaques d’eau qui se formaient sur les trottoirs et qui ne séchaient jamais vraiment réellement.

J’ai fait irruption chez les flics par la porte d’entrée principale et après avoir fait dix pieds, je me suis secoué un peu comme un chien sous le regard de Kelly qui m’avait immédiatement remarqué, comme la plupart de ses collègues. Je lui ai souri en la saluant bien bas avec mon chapeau tout en lui faisant une courbette. Elle a secoué la tête et m’a signalé avec son index d’aller la rejoindre.

Je me suis accoudé à son comptoir en la regardant dans les yeux : « Alors la belle Kelly, tu as quelque chose pour moi? »

Elle a hoché la tête affirmativement et a sorti d’un casier fermé à clef une chemise contenant des documents. J’ai tendu la main pour lui prendre, mais elle l’a mise hors de portée en me disant : « Le Capitaine McCallum m’a donné des consignes précises pour ce dossier, alors il faut me suivre si tu veux le lire. »

Je lui ai souri : « Tu sais bien que je te suivrais à l’autre bout du monde si tu me le demandais. »

Elle a fait de même en me faisant signe une fois de plus. Nous avons traversé la grande salle et puis nous avons pris le corridor qui passait devant la cafétéria. L’armoire vitrée de chêne verni a attiré mon attention et je me suis arrêté devant elle. Ses tablettes étaient remplies des nombreux trophées gagnés par le département. La plupart provenaient de divers championnats de quilles ou de baseball. Le plus récent datait de 1949, visiblement, le département n’avait rien gagné depuis longtemps. Cependant, ils rappelaient à tous que les jours glorieux avaient déjà existé et qu’avec un peu d’efforts, ils pouvaient revenir. Mais surtout, ça rappelait à tous les flics qu’ils faisaient partie d’une grande famille et qu’ils en faisaient partie même en dehors du travail.

Ce qui contrastait avec l’autre item d’intérêt dans ce corridor achalandé. Sur le mur presque à côté de toutes ces victoires passées, il y avait une plaque en chêne verni où il y avait des photos, juste en haut de celle-ci, il y avait gravé  « Hall des honneurs ».

Les photos étaient toutes de policiers qui avaient été tués pendant leurs services. L’ultime sacrifice comme on disait dans les forces. Je me suis  approché d’un peu plus près et j’ai commencé à lire un à un les noms et puis je me suis arrêté aux deux dernières photos. Il y avait une différence marquante avec les autres, elles avaient été vandalisées. Il était impossible de dire à quoi ils ressemblaient. Un manque flagrant de respect pour ces deux policiers qui étaient morts eux aussi au travail. Si leurs visages n’étaient pas reconnaissables, leurs noms l’étaient L. Landry et D. Dupont. Ces noms je les connaissais, ils étaient gravés dans ma mémoire au fer rouge, c’est moi qui les avais tués. Le manque de respect pour leurs photos par leurs collègues n’a fait que confirmer que j’avais fait le bon choix pour eux.

Kelly est restée près de moi sans dire un mot ni faire preuve d’impatience pendant mes contemplations. J’ai tourné la tête vers elle en souriant, indiquant que j’avais terminé et nous avons continué notre chemin vers une des salles d’interrogation. Elle a déverrouillé la porte, puis m’a fait signe d’entrer avec un geste de la main : « Je te laisse ici pour ta lecture, tout ce que tu as à faire est d’utiliser l’interphone quand tu auras terminé et je vais venir te chercher. »

Je lui ai fait signe que j’avais compris et je l’ai entendu verrouiller la porte. C’était une précaution inutile, si je voulais vraiment sortir, j’aurais quitté les lieux dans les secondes qui suivaient. J’ai oublié rapidement cette idée, ma fuite aurait causé des problèmes à Kelly et McCallum ne me l’aurait jamais pardonné et surtout je lui avais dit que je ne partirais pas avec son dossier. En fait, ce qui me chicotait n’était pas la porte verrouillée. Mais bien les quatre murs de bloc de ciment peinturé gris et le miroir à deux sens.

Est-ce que je serais de retour ici bientôt, mais cette fois menotté?

Les dossiers sur la mort de Dupont, Landry et Lecompte étaient classés, mais je connaissais McCallum et il n’aurait probablement pas de répit tant que le coupable ne serait pas sous les verrous. Je pouvais le comprendre, un flic pourri abattu, l’ancien maire de la ville retrouvé lui aussi tué et l'autre policier soupçonné d’avoir fait ces crimes, suspecté mort et au mieux disparu.

J’imagine qu’a ses yeux j’étais un sacré beau suspect. J’avais eu une rencontre plutôt explosive avec Landry au beau milieu du poste de police et tout le monde savait que je ne le voyais pas dans ma soupe.

Est-ce que qu’ils avaient laissé derrière eux des informations sur moi?

Ça ne devait pas être le cas, sinon McCallum serait déjà venu cogner à ma porte flanqué de plusieurs flics. S’il ne l’avait pas encore fait, c’est qu’il n’avait rien, des soupçons, mais pas de preuve concrète, du moins pas pour l’instant. J’ai chassé les idées noires et j’ai plongé dans le dossier pour me changer les idées. Je n’avais pas de temps à perdre, il fallait résoudre trois meurtres.

McCallum n’aimait pas vraiment que j’examine ses dossiers, mais il savait aussi que quand j’avais un bon tuyau pour le dépanner je n’hésitais pas à l’appeler. À force de lui rendre service, il se sentait un peu obligé de me renvoyer l’ascenseur de temps en temps, non sans me dire que c’était la dernière fois. Mais je devais avouer que c’était bien la première fois qu’il me faisait lire un dossier dans une salle d’interrogation. Habituellement, il m’asseyait à un bureau de flic parti en patrouille sous le regard d’une secrétaire. Ce changement était en soi bien mauvais, ça indiquait que c’était un dossier chaud et que les informations ne devaient pas couler. Je pouvais comprendre la situation, une petite famille tranquille, tuée en périphérie d’une banlieue chic, ça choque. Ces meurtres avaient dû faire craindre le pire à des gens riches craintifs et ils avaient fait de la pression au supérieur de McCallum pour que ça se règle rapidement. Le meurtre de pauvres gens dans un taudis de la Rive-Nord on s’en balance, quand ça arrive à des gens importants, c’est la fin du monde, du moins de leur monde.

J’ai ouvert la chemise cartonnée et je me suis plongé dans les documents. J’avais l’habitude de lire ces dossiers et il m’est apparu presque immédiatement qu’il avait été monté à la va-vite. Je n’étais pas surpris, McCallum avait dû avoir de la pression de ses supérieurs et il avait à son tour appliqué de la pression à ses hommes pour qu’ils le fassent rapidement. Une action potentiellement lourde de conséquences. Bien sûr tout le monde se retrouvait avec le dossier presque immédiatement entre les mains, mais ces dossiers bâclés contenaient souvent des erreurs ou des oublis, qui pouvaient faire dérailler une enquête. Rien de pire que de chasser une fausse piste causée par un nom mal inscrit ou des informations erronées.

Je suis resté une fois de plus sur ma faim. Si j’avais été impatient de lire le dossier, j’ai été fortement déçu de son contenu. Il semblait incomplet et surtout je n’ai pas appris grand-chose de plus que Maddox m’avait dit ou que j’avais vu dans l’appartement des Colbert.

Pour résumer, des voisins avaient entendu des coups de feu à 8h30 et suite à ce boucan une des voisines avait envoyé son mari voir si tout allait bien chez les Colbert. Il a fait la macabre découverte à 8h40. Dix minutes, tous ces crimes n’avaient duré que dix minutes. La déposition de l’homme qui avait fait la découverte n’était nulle part, les traces de sang sur les livrets n’y étaient pas mentionnées, pas plus que ceux sur la fenêtre extérieure. On ne mentionnait pas non plus que la porte n’avait pas été forcée. J’en savais plus que ce qui était inscrit dans le dossier. Je n’avais aucun intérêt à rester ici plus longtemps. J’ai utilisé l’interphone et Kelly est arrivée presque immédiatement.

Je lui ai remis le dossier Kelly, puis elle a vérifié s’il ne manquait rien pendant que je la regardais avec un air niais les bras croisés dans le dos. Quand elle a été satisfaite de sa vérification, elle m’a permis de quitter la pièce et je l’ai suivi jusqu’à son bureau afin qu’elle dépose le dossier en lieu sûr. Ensuite, elle m’a montré le chemin jusqu’à l’ascenseur. La dernière image que j’ai vue d’elle avant que les portes ne se referment était son sourire et un petit salut de sa main.

Le corridor menant à la morgue était d’un vert pale et l’air de cet étage était légèrement plus froid que celui du reste du commissariat, sans oublier que c’était presque toujours désert. Les seuls bruits étaient ceux du tic-tac d’une horloge sur le mur et le son de mes pas sur le terrazzo beige.

J’ai cogné à la porte de la morgue et j’ai vu par la petite vitre, un type portant un sarrau vert me faire signe d’entrer. Sur sa veste il y avait brodé Q. West, c’était bien le légiste. Il portait toujours un putain de sarrau. Les rares fois où il quittait sa morgue, il mettait un sarrau blanc immaculé, sur lequel il y avait encore une fois son nom.

Le docteur West était un homme d’un âge incertain avec des cheveux blancs. Il portait des lunettes, jouait avec sa langue dans son palais quand il travaillait sur un cadavre et insistait pour qu’on l’appelle Dr West. Si quelqu’un osait l’appeler West, il lui répondait immanquablement « Dr West ! » inutile non plus de l’adresser par son prénom, c’était Dr West. Il ne cessait de répéter aussi que le département ne le traitait pas avec tous les égards qu’il méritait et qu’un jour il quitterait cette ville maudite. Personne n’en faisait vraiment de cas et tout monde était heureux qui reste presque toujours dans la crypte (une épithète qu’il détestait sur sa morgue d’ailleurs). Mais sa personnalité étrange était acceptée, car il faisait bien son travail malgré son sale caractère.

J’ai ouvert la porte, le Dr West ne s’est pas retourné pour m’accueillir : « M. Colhe, qu’est ce que je peux faire pour vous ce matin. Parlez vite, je suis occupé. »

J’ai pris une légère inspiration et l’odeur de la mort m’a envahi. Rien de trop lourd, seulement un léger écœurement causé par l’odeur du formol et des produits nettoyants, j’étais loin du parfum de Kelly : « Je désirerais voir le dossier d’autopsie sur les meurtres des Colbert. »

Il ne s’est pas retourné : « Le capitaine McCallum m’avait averti que vous viendriez peut-être. »

– Comme vous voyez Dr West, il ne s’est pas trompé.

 Il m’a répondu sèchement : « Et je suspecte que vous voulez avoir cela immédiatement aussi. »

– De préférence oui.

Il a abandonné son cadavre en murmurant des jurons incompréhensibles après avoir jeté ses instruments sur un plateau dans un bruit métallique. Puis avec un air mauvais, il a jeté ses gants dans une poubelle en maugréant : « Je ne peux jamais travailler tranquille dans cet endroit. Il faut toujours qu’il ait quelqu’un qui me dérange dans mon travail avec des questions stupides. Toujours… Toujours… Toujours... »

Il m’a bousculé en passant près de moi et s’est dirigé d’un pas sec vers un classeur où il en a sorti une chemise qu’il a jetée avec hargne sur son bureau. Il s’est installé dans sa chaise rembourrée puis après s’être aperçu que je n’étais pas encore assied, il m’a fait signe avec ses yeux de le faire. Ce n’est que lorsque j’étais en place qu’il a ouvert le dossier, sa colère semblait s’être légèrement dissipée.


Il a jeté un coup d’œil aux feuilles, il m’a regardé un instant puis il est retourné à son dossier en le lisant en marmonnant : « Les Colbert… Oui… Oui… pas mal macabre comme meurtres. » Et il m’a regardé dans les yeux : « Que voulez-vous savoir exactement? »

– Pour faire court. Tout.

Il a replongé dans le dossier comme pour se remémorer des choses qu’il venait de lire quelques secondes auparavant. Il m’a fait un sourire étrange avec les yeux fermés et il a commencé : «  Bon d’accord, je vais y aller en ordre, le chien, M. Colbert, sa femme et son fils. Ça vous va? »

Je lui ai fait signe que oui. Il a pris une courte pause : « Un chien de race Corgi, nommé Alex. Âgé approximativement de trois ans. Le chien a été tué en premier. Il a été tué à coups de couteau. »

Il s’est arrêté un instant quand il s’est aperçu que je n’écrivais rien : « Vous notez? »

– Je ne pense pas que la mort du chien soit vraiment importante pour ces meurtres.

Il a haussé les épaules : « C’est vous qui voyez. »

–  Le second qui est mort est Tyrone Colbert. Un homme de race blanche, 6 pieds, âgés de 37 ans. J’ai remarqué plusieurs blessures antérieures et des os qui s’étaient soudés. Ce n’était pas la première fois qu’il se faisait tirer dessus, mais cette fois, notre tueur a réussi son coup. Il a été touché par quatre balles. Malgré ses blessures mortelles, il a réussi à riposter avec son arme.

Le docteur a pris une légère pause : « Son assassin a dû être surpris d’être confronté à un adversaire aussi coriace. Un homme normal aurait dû s’effondrer au sol à la première balle. Il y a des gens qui sont comme ça M. Colhe, ils devraient mourir et semblent ne jamais le faire. »

J’ai froncé les sourcils, je ne comprenais pas le fond de sa pensée, il n’a pas tenté d’expliquer et a continué : « Si ça peut vous réconforter un peu M. Colhe, M. Colbert n’était pas du genre à faire de quartier non plus. J’ai examiné le chargeur de son pistolet et il était rempli de balles dum-dum. Son assassin doit souffrir atrocement en ce moment, s’il n’est pas déjà mort de sa blessure. »

Je me suis massé le menton : « Ça explique le peu de sang sur la scène du crime. La balle ne l’a pas traversé. »

Il a tangué légèrement de la tête de gauche à droite en réfléchissant à voix haute sur ce que je venais de lui dire : « S’il portait un manteau épais, il est possible qu’il ait pu en le cintrant, éviter de faire un gâchis sur les lieux du crime. »

– Et de se faire remarquer quand il est sorti dans la rue. Un homme avec une chemise pleine de sang, ça ne passe pas inaperçu.

Ma théorie a semblé le satisfaire et il a continué : « Claudette Colbert, née Claudette Sorel, femme de race blanche, 5 pieds 3 pouces, 33 ans. Cause du décès, blessures par balles, elle aussi. Une mort rapide, mais pas sans horreurs.

Je l’ai regardé intrigué : « Que voulez-vous dire par là? »

– Au moins M. Colbert n’a pas vraiment compris ce qui allait arriver.

Le Dr West a sorti une photo qu’il a prise dans le dossier : « Et bien, vous voyez ici, il y a trou dans la main de Mme Colbert, c’est une blessure défensive. De toute évidence, elle a mis sa main devant son fils pour le protéger, de cette façon. » Il a imité le geste pour que je comprenne bien l’action de la mère : « J’ imagine qu’elle a sûrement dû le faire en demandant pitié à l’assassin. Visiblement, notre tueur n’a pas été ému par son plaidoyer et leur a tiré dessus de sang-froid. La balle a traversé la main de la mère pour ensuite se loger dans la tête de son fils. Il est mort sur le coup. Il l’a ensuite tiré sur Mme Colbert et a terminé le travail par une balle dans sa tête. Un travail de professionnel, si vous voulez mon avis, ça ne ressemble pas à celui d’un cambrioleur pris sur le fait. Mais qu’est-ce que j’en sais, je suis un légiste, pas un enquêteur. »

– Et pour le fils.

– Martin Colbert, 4 pieds 5 pouces, 11 ans. Cause du décès, blessure par balle à la tête. Une mort instantanée. Je n’ai rien de plus significatif pour lui. À part qu’il s’était vomi dessus avant de se faire tuer.

West parlait des victimes comme s’il parlait des choses inscrites sur sa liste d’épicerie. Aucune émotion dans sa voix. Rien ne semblait le tourmenter dans tous ces crimes. Que la mère ait demandé pitié et qu’elle se soit jetée devant les balles pour protéger son fils ne semblait pas l’émouvoir non plus. Quant à moi, c’était différent, j’étais retourné et je ne pouvais pas comprendre comment un homme avait pu commettre des crimes du genre. Le tueur venait de faire partie du club select des gens qui ne méritent pas de vivre.

– Vous avez trouvé d’autres choses intéressantes?

Il a levé son index en l’air et a sorti une douille : « La chose intéressante que j’ai trouvée est ceci. » 

Je l’ai regardé un instant surpris, il a vite compris ce qui me passait à l’esprit.

– Ne vous inquiétez pas M. Colhe, nous en avons sept et aucune d’elle n’a d’empreintes. Nous pouvons bien en manipuler une. 

J’ai examiné un instant la douille, il y avait d’inscrit 9x18 suivi de quelques caractères indéchiffrables : « Qu’est-ce que ce calibre? »

– Pas étonnant que vous ne soyez pas habitué, c’est un calibre plutôt rare dans le coin.

C’est à ce moment que j’ai reconnu les caractères... du cyrillique, je l’ai regardé confondu : «Une douille de Makarov?  M. Colbert a été tué par un pistolet russe? »

Il a ouvert les mains tout en souriant, il semblait heureux que j’aie déchiffré sa petite énigme et a hoché de la tête affirmativement : « Et bien, je le savais que vous étiez pas si idiot que ça! Oui. Nous avons retrouvé ces douilles sur le lieu du crime. J’ai retiré les balles des victimes et c’est bien ce qui a causé la mort des Colbert. »

– Mais qu’est ce qu’un putain de russe peut bien vouloir à un homme comme Tyrone Colbert.

Il regardé une fois de plus dans les yeux en me pointant du doigt : « Ça, c’est une bonne question et comme je vous ai dit plus tôt, ce n’est pas mon boulot de trouver la réponse, moi ce que je fais c'est des autopsies. »

Il a repris la douille de mes mains et l’a mise sur le dossier qu’il venait de refermer devant moi : « Maintenant vous devrez m’excuser, mais j’ai un corps qui m’attend. »

Je l’ai regardé se lever pour se diriger vers l’évier : « Je peux regarder le dossier Dr West? »

Il m’a répondu sans se retourner : « Vous pouvez le lire, mais il ne quitte pas cette pièce. »

– Merci.

Il m’a fait signe : « Vous pouvez prendre ma chaise. Moi je vais continuer mon travail comme si vous n’étiez pas là. »

Je l’ai regardé distraitement préparer son rituel. Il s’est lavé les mains, il a enfilé des gants de latex puis il a récupéré les instruments qu’il avait abandonnés plus tôt. Il s’est ensuite mis à disséquer le corps en écrivant ses notes de temps en temps dans un calepin tout en faisant du bruit avec sa langue contre son palais. Je n’allais pas lui casser les pieds, sa bonne humeur semblait avoir repris le dessus et moi j’avais de la lecture à faire.

Mon attention est retournée rapidement vers le rapport d’autopsie de la famille Colbert. J’ai été enchanté par le travail du Dr West. Il avait monté son dossier avec professionnalisme hors pair qui contrastait avec l’autre que je venais de lire. Il y avait une fiche pour chaque mort, incluant le chien. Sur chacune de celle-ci, je pouvais voir des notes et aussi les endroits où les victimes avaient eu des blessures. Tout ce que le Dr West m’avait dit précédemment était exact, si ce n’est qu’abrégé quand il m’avait fait la lecture. Il avait cependant passé outre le contenu de leurs estomacs, le poids de leurs organes et autres informations, quoiqu’importantes pour un légiste, tout à fait inutile pour mon enquête. Il semblait avoir vu juste, comme lui je considérais que la petite famille semblait avoir été tuée de sang-froid. Mais plus je lisais le rapport, plus j’étais certain que cette boucherie n’avait pas été prévue et qu’avec un peu de chance la famille aurait pu s’en sortir. Pour le cas du chien, c’était différent. Il avait été tué avec un couteau pour le faire taire afin de ne pas alerter les voisins.

Le fait qu’il n’y ait pas eu d’empreinte inconnue sur les lieux du crime m’indiquait que le tueur portait des gants et la porte d’entrée avait probablement été crochetée, un autre signe de préméditation. Mais quand on arrivait pour le meurtre des Colbert, les choses devenaient différentes. Les Colbert avaient été tués avec un pistolet, un acte très bruyant et l’assassin n’avait même pas pris le temps de récupérer ses douilles, rendant l’identification de son arme beaucoup plus facile. Une action étrange pour un assassin qui avait pris tant de précautions pour tuer un chien sans bruit. Ce qui m’indiquait qu’après avoir fait les meurtres la seule chose qu’il avait en tête était de quitter les lieux du crime, sans même faire le ménage. Signifiant un manque de planification évident. 

J’ai aussi remarqué que le Dr West avait inscrit tout ce qui avait été trouvé sur le corps des victimes ainsi que leurs habillements. Une autre chose qui manquait dans le rapport que Kelly m’avait remis précédemment. J’espère que McCallum allait savonner le type qui avait fait un travail de cochon quand il s’apercevrait du travail bâclé par ses hommes.

Si les Colbert allaient à un concert de leurs fils, il semblerait que le couple n’ait pas eu la même idée pour leurs habillements. La mère portait une robe superbe et son fils un petit costard, quant à M. Colbert, il portait un habit de moyenne qualité. Il ne devait pas avoir les mêmes sentiments que sa douce moitié pour cet événement.

Les notes du Dr West, m’ont aussi appris que le jeune Colbert s’était vomi dessus bien avant son assassinat. Ce qui expliquait le retour inopiné de la famille dans leur appartement. Un retour qui avait causé leurs morts. Le contenu de leurs poches était presque normal, presque. À première vue, rien d’exceptionnel, des clefs, un peu d’argent liquide et autre bric-à-brac que l’on retrouve sur les gens. L’étui de pistolet et le chargeur supplémentaire de M. Colbert ne m'ont pas fait sourciller, je faisais pareil. Non, ce qui m’a légèrement intéressé était les photographies d’une petite boite qui avait été retrouvée sur M. Colbert, une boite qui contenait un bracelet en or, un bracelet de toute évidence féminin, un cadeau pour sa femme? J’en doutais.

J’ai noté dans mon calepin tout ce que je considérais comme important pour mon enquête et j’ai quitté la pièce en informant le Dr West de mon départ. Il m’a salué de la main sans se retourner une fois de plus.


X -X -X

Je suis remonté au rez-de-chaussée pour passer voir Kelly. Elle était au téléphone et a secoué la tête pour m’indiquer que McCallum n’était pas là. Je lui ai fait une petite moue pour lui montrant ma déception et je suis allé voir Maddox.

Il a relevé la tête, ma présence ne semblait pas lui faire plaisir :« Oui, M. Colhe qu’est ce que je peux faire pour vous aujourd’hui? »

– Maddox, est-ce que tu sais si les hôpitaux ont eu la visite d’un type blessé par balle qui pourrait correspondre à notre assassin?

– De ce que je sais, non.

– Et est-ce qu’il y a des gens qui pourraient être au fait dans ce magnifique établissement?

Il soupiré et s’est levé : « Je vais aller faire le tour et demander si quelqu’un sait quelque chose. Et seulement parce que je commence à te connaître et que si je n’y vais pas tu vas me casser les pieds. »

Je lui ai souri pour toute réponse en mettant les mains dans mes poches. À l’instant même où il m’a abandonné, j’ai pris sa place sur sa chaise et j’ai mis mes pieds sur son bureau pour griller une cigarette. Maddox est revenu quelques minutes plus tard avec l’information et un regard réprobateur envers ma personne et surtout mes pieds. Il m’a rapidement fait décamper de son bureau.

– J’ai fait le tour et bien que plusieurs blessures par balles aient été signalées par les hôpitaux, aucune ne correspondait au profil recherché. Désolé on n’a rien.

J’ai fait une moue montrant ma déception une fois de plus : « Ça valait la peine d’essayer. »

J’ai éteint ma cigarette dans son cendrier vide puis je me suis dirigé vers la guérite pour aller voir Kelly. Maddox m’a suivi comme un chien de poche.

– Kelly, tu diras au charmant capitaine McCallum de me rappeler quand il aura le temps.

Elle a noté mon message sur un bout de papier. J’ai salué Maddox et Kelly puis j’ai quitté le commissariat. Il fallait que j’aille voir un vieil ami.

X – X - X

Il pleuvait des cordes à ma sortie du commissariat. J’ai pensé quelques instants à faire le trajet à pied, mais l’endroit était à l’autre bout de la ville, avec ce temps il était vraiment préférable que je prenne ma voiture. J’ai fait comme la dame en blanc de ce matin et j’ai couru d’auvent en auvent vers mon appartement, comme elle, j’ai eu un succès mitigé. En partant de mon appartement, je ne suis pas allé directement vers ma destination et j’ai passé par un des quartiers les plus mal famés de la ville, ce n’était pas un gros détour, c’était juste à trois pâtés de maisons de mon bureau. Malgré un dix dollars bien investi, les habitués de la rue St-Judas n’ont pu me donner d’informations sur une personne blessée par balles qui aurait pu ressembler à mon suspect. Ils m’ont cependant certifié que s’ils en voyaient un, ils me contacteraient, sous promesse de paiement supplémentaire, évidemment. 

Suite à cet échec, j’ai repris la direction de ma destination originale. L’endroit était une maison presque en décrépitude à l’autre bout de la ville. Je me suis garé et ce n’est que lorsque j’ai ouvert la portière que j’ai entendu des aboiements de chien qui en provenaient.

L’endroit était de toute évidence une clinique vétérinaire. Un rendez-vous incontournable pour les blessés qui ne voulait pas aller à l’hôpital pour diverses raisons, la principale étant que la police les avait à l’œil. L’officine ne faisait pas bonne mine, mais le docteur de garde malgré son apparence douteuse était doué. J’avais par le passé utilisé ses services et je m’en étais toujours remis, un bon signe. Je suis entré par la porte principale et une clochette a indiqué l'arrivée d’un client, c’était nouveau.

Une voix rauque s’est fait entendre presque immédiatement suite au tintement : « Je suis à l’arrière. »

J’ai traversé la petite salle d’attente vide et je suis passé à l’arrière. Il y avait des cages de métal où plusieurs chiens aboyaient de plaisir de me voir ou encore de haine, je n’étais pas un ami des chiens, c’était difficile pour moi de faire la distinction. Un vieil homme examinait un labrador qui n’en menait pas large. Il s’est tourné dans ma direction, m’a regardé un instant puis a reporté son attention à son chien : «Et bien si ce n’est pas le privé qui est venu me voir. Ça fait un bail et cette fois pas de sang sur ta chemise. Tu dois certainement vouloir me poser des questions et pas que je te rafistole. »

Je lui ai souri : « Tu fais du progrès Rex. Tu deviens avec le temps un fin psychologue. »

Il s’est retourné vers moi : « Où je deviens moins con. » Puis il m’a fait signe de m’approcher « Aide-moi à le mettre en cage. Ce stupide clébard a bouffé du chocolat, il va s’
« Modifié: 24 juillet 2018 à 05:22:44 par Le_vrai_chris_cool »

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Re : L’affaire des livres volés Chapitre 1 2 3
« Réponse #26 le: 20 juillet 2018 à 09:22:00 »
Pfiouuu... Cette fois, le travail de correction va être plus long. Lors de cette première lecture, j'ai relevé des problèmes en trop grand nombre pour effectuer un relevé rapide. Le plus gros problème vient du fait qu'on sent clairement deux choses :
- les expressions typiquement québecoises (c'était déjà le cas dans les chapitres précédents, mais ce n'était pas dérangeant ; ici, le soucis, c'est l'utilisation du langage familier québecois à certains endroits, que des lecteurs non-habitués auront du mal à comprendre et assimileront à des erreurs de syntaxe);
- le mélange du style polar pour adulte, et du style roman pour la jeunesse (par moment, on devine que tes lectures des romans d'espionnage dont tu as repris le pseudo ressortent : certaines paroles du détective donnent l'impression qu'il s'agit d'un adolescent et pas un vrai dur).

Je repasserai donc ce week-end, lorsque j'aurai plus de temps pour faire un relevé complet de ces points.
@ bientôt  ;)
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

 


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