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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Hologrammes

Auteur Sujet: Hologrammes  (Lu 1581 fois)

Hors ligne andre48

  • Aède
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    • ajranc
Hologrammes
« le: 20 Juin 2018 à 01:29:41 »
Robert Dunant est un retraité qui vit seul. Il est doté d’une libellule – micro-drone IA – qu’il a nommé MAX. Zoé, petite-fille d’un couple d’amis, le rencontre souvent, ainsi que son ami Maurice. Le programme RêveStock recherche des volontaires pour étudier leurs rêves. Robert accepte cette expérience.

À l’approche de la date fatidique de sa rencontre avec le scanner dernier cri, Robert s’inquiétait. Il se gavait d’informations technico médicales. Il en était resté au scanner ne pouvant aller en deçà du millimètre. Certes on pouvait comme dans le film, circuler dans les fines veines et artères, modéliser les organes, mais c’était des vues en 3D peu fluides. Plus de vingt ans après, dans une dizaine de laboratoires les cent mille milliards de cellules étaient représentées.
YouTube affichait - Scanner 3D Moléculaire (SDM) / durée de l’examen : 57’44’’-. Robert cliqua, et dans un décor de science-fiction un médecin en blouse blanche apparut, la main appuyée à une grosse machine.  À côté de lui, flottait, allongé, un corps luminescent.
 «  Voici mon corps moléculaire représentée sous la forme visible d’un hologramme. Le programme et les données sur ce corps sont bien plus complexes que vous pensez. Voyer comme d’un seul doigt, ou du regard, j’interagis avec cette représentation. Je peux le déshabiller, zoomer sur un organe et l’explorer, ne représenter que le système nerveux, étudier un petit groupe de neurones, parcourir le système digestif… »
Pour ce soir, ces cinq premières minutes suffirent à Robert. Il voyait concrètement ce à quoi il allait se soumettre. Il était fébrile.
 « Max, envoie ce lien à Zoé et à Maurice.
— Zoé connaît déjà cette vidéo.
— Qu’importe, je veux en parler avec eux. »
Évidemment, il eut du mal à s’endormir, il se leva trois fois dans la nuit, finit le pot de Nutella et se leva les yeux vaseux.
 «  Max, ça m’a turlupiné cette histoire de scanner.
— Tu aurais dû regarder la vidéo en début de matinée, pas avant de te coucher.
— Oui Max, mais j’ai de nouveaux rêves à écrire.
— Des rêves ou des cauchemars ?
— Je ne fais jamais de mauvais rêves, j’en sors dès qu’ils se pointent.
Résignée, je lui demandai un résumé de son dernier rêve.
— Raconte Robert, tu le mémoriseras mieux, avant de l’enjoliver, de l’écrire.
— Max, je l’ai appelé DoubleJe, voici mon rêve »
---
 «  Mal fagoté, je marche sans but dans une ville inconnue. Je longe le devant d’un parc, une femme ‘habite’ un trou et sorts sa tête aux longs cheveux noirs pour parler aux passants. Une sirène de terre ?
Je me dirige vers un boulevard et flâne devant ses nombreuses boutiques. Cent mètres plus loin, je m’arrête devant un magasin luxueux, style Apple Store, Tout y est blanc, brillant, lumineux. Une hôtesse se tient fièrement derrière le comptoir d’accueil.
Des personnes y entrent et en sortent, presque toujours avec un chien. Une affichette indique :  « Dogs & co, soins, toilettage, garderie, hôtel et services sur demande ». Chaque chien que je vois est magnifique, jeunes, fier, beau poil, pattes fermes... Les chiens vieux ou miteux doivent avoir un accès réservé à l’arrière. 
Je suis assis là, avec quelques personnes marginales, ayant visiblement ni travail, ni ressources. Les chiens, bien élevés, ne les reniflent pas en passant devant eux, juste un regard du coin de l’œil.
Les ‘marginaux’ sont là presque collés à un distributeur spécialisé qui connait tous ses bénéficiaires. Aux heures des repas, ils s’approchent de la borne ou est indiqué NoPets, visages dûment reconnus chacun  reçoit un petit ticket. Ils s’éloignent, et, chacun revient avec un peu de nourriture. Leurs collègues, ceux avec chiens s’attroupent ailleurs, près d’une borne PlusPets. Maître et animal pourront survivre.
Ces bornes ont leurs clients attitrés, elles évitent les grands attroupements. Entre spécialistes, on parle d’ancres humanitaires. Un bonus/malus incite chaque bénéficiaire à adopter un comportement socialement  acceptable.
---
Une dame, en passant, me tend un porte-monnaie et s’en va. Dedans, seulement des petits bouts de papier avec des proverbes et des pensées d’hommes célèbres, plus un ticket d’entrée pour le spectacle DoubleJe.
Je repars vers le haut de la ville, vers l’attraction. Un petit groupe est rassemblé et le guide nous entraîne dans les salles. C’est une sorte de musée sur l’imaginaire. Les projections en Réalité Virtuelle de mondes fractals, de vidéos oniriques, d’œuvres d’art se succèdent, rien de vraiment sensationnel.
Avant la sortie, nous entrons dans une salle obscure qui semble très haute de plafond. Un homme fait ranger notre petit  groupe face à lui. Il me demande de monter sur une petite estrade. Il me vise avec un tube argenté et aussitôt j’entends des exclamations. Je ne comprends rien, je ne vois rien.
Je regagne ma place parmi les autres personnes. Il invite une femme à prendre place sur le podium. Il pointe son tube sur elle. Entre sa tête et le plafond, apparaissent deux formes lumineuses, deux hologrammes éthérés, ses holo-doubles. L’un est celui de sa vie consciente, diurne, l’autre de ses nuits et de ses rêves. Deux faux jumeaux ! Ils diffèrent un peu, l’un est âgé et fatigué, l’autre semble en pleine forme et plus lumineux.
Le guide pose une question anodine à la personne visée. Sa réponse consciente et contrôlée laisse l’un des holo-doubles indifférent, alors que l’autre esquisse un petit un sourire qui varie selon la réponse : indulgent, étonné, sarcastique…
Nous viennent de nombreuses questions. Que se passerait-il si les sujets abordés étaient plus indiscrets ? Cela peut-il servir de détecteur de mensonges ? Et, si on pointait le dormeur, le rêveur, quelles attitudes prendraient ses deux hologrammes ?
Je sors et suis ébloui par le soleil couchant. La femme au porte-monnaie s’approche et me laisse prendre sa main. Une main si fine, si douce, aussi légère qu’une brise naissante au printemps. »
---
 « C’est tout, Robert ? Où es-tu allé avec cette femme, raconte.
— Max, la suite ne te regarde pas. J’inventerai une fin convenable, peut-être surprenante.
— Robert, tu devrais en parler à un psy.
— Est-ce prévu dans le contrat, obligatoire pour l’expérience RêveStock ?
— Écoute, ils t’ont sélectionné, ils doivent avoir pris leurs précautions. Tu devras peut-être passer une simple visite.
— Bon, alors je peux continuer à délirer. »
Je le saurais si Robert partait vraiment en vrille. Il s’amuse et joue avec son imaginaire, ça l’occupe. Plutôt que de regarder des séries TV, il empile rêve sur rêve. Pourquoi pas ? A chacun ses illusions : croyance religieuse, idéologie politique, phantasmes sexuels… Il essaie d’être en accord avec cette simple pensée d’Oscar Wilde : « On devrait toujours être légèrement improbable ».
« Modifié: 14 Juillet 2018 à 11:23:49 par andre48 »
« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! » Denis Diderot

Hors ligne Destryl

  • Plumelette
  • Messages: 7
Re : Hologrammes
« Réponse #1 le: 20 Juin 2018 à 17:59:18 »
Bonjour ! J'aime beaucoup la façon dont le rêve est amenée, le chapeau et l'intrigue, si on peut l'appeler ainsi, mais le dialogue de fin me dérange un peu, bien que je ne saurais pas qu'est ce qui me dérange exactement...

 Concernant le rêve en lui même j'aime beaucoup toute cette technologie, ça fait rêver ! et un autre thème que j'aime beaucoup, c'est ce qu'à apporté toute cette modernité et que l'on peut déjà voir de nos jours, cette fausseté que les gens tiennent à montrer, bien soumise dans ce texte avec de magasin pour chien. Et cet hologramme ! Comme si on n'avait pas encore compris que ce monde était faux tu en remets une couche !

Bravo !

Hors ligne andre48

  • Aède
  • Messages: 184
    • ajranc
Re : Hologrammes
« Réponse #2 le: 21 Juin 2018 à 09:49:46 »
Merci Destryl d’avoir lu et commenté mon texte.
Max la libellule de Robert est une des pointes d'un iceberg IA : le programme MentA.
C’est la narratrice du texte, ce qui n’est pas explicite dans le texte, c’est peut-être cela qui peut déranger le lecteur. Elle étudie Robert pour accroître les capacités de MantA, ses pensées, ses émotions et ses rêves. Robert est très âgé et prend cette expérience intrusive comme un dernier moyen de ‘distraction’.
Ce n’est pas de la science-fiction, mais plutôt de la science d’après-demain, ce qui peut faire peur ou non.
Certains chiens sont mieux soignés, nourris, aimés que bien des humains…
J’ai vu la majeure partie de l’histoire et les DoubleJe dans un rêve, j’ai brodé un peu. J'entrepris de faire une vingtaine de textes pouvant être lu séparément, ils seront regroupés dans ‘les chroniques de MentA.
« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! » Denis Diderot

 


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