Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 Juillet 2026 à 22:43:37
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une déclaration

Auteur Sujet: Une déclaration  (Lu 689 fois)

Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Une déclaration
« le: 10 Juillet 2026 à 14:07:45 »
Dès que je t’ai vu, je t’ai détesté. J’ai compris tout de suite qu’entre toi et moi, rien ne pouvait se passer. Maintenant quand j’y repense, il y a dix ans déjà, tu étais trop grand, trop imposant, tu prenais trop de place. Et moi, je n’avais pas ce besoin que tu prennes toute ma place, au milieu de ma toute nouvelle pelouse. Toi, le grand cèdre, tu y étais planté, pile au milieu, et tu n’avais aucune intention de bouger.

Au début j’ai essayé de ne pas te remarquer ; c’était peine perdue. Très vite, tu as pris ta place dans ma vie. C'étaient tes aiguilles innombrables qui envahissaient mon allée toute propre. Je balayais, tu recommençais dès le lendemain. Et puis, le mois d’août est venu.

Souviens-toi de tous ces interminables mois d’août, quand ton pollen s'invitait partout dans mes intérieurs propres. Souviens-toi de toutes ces pommes de pin en quantité incalculable, qui se répandaient ensuite sur ma pelouse jusqu’au mois de mars suivant. Souviens-toi de cette pelouse inexistante, car il paraît que tu modifies le pH du sol : l’herbe a refusé de pousser à côté de toi.

Un jour, dans le désespoir, j’ai décidé de demander un devis, pour t’abattre. Tu es resté là comme d'habitude, immobile, mais cette année tu as donné beaucoup moins de pommes de pin : en gros, fin octobre c’était fini. À ce moment-là, j’ai réalisé que tu me comprenais.

C’était bizarre. J’ai essayé de croire que tu avais donné moins de pommes de pin parce que cet été-là avait été trop sec. Et même si c’était vrai, ton intelligence a commencé à me surprendre. Depuis, je t'ai regardé autrement.

Et aujourd’hui je suis rentrée avec mes courses, comme d’habitude. Un mois de canicule ne passe pas inaperçu : j’étais épuisée. En garant la voiture, j’ai juste remarqué que presque toutes mes plantes, que j’arrosais régulièrement en essayant de les protéger, étaient à l’ombre. Ce n’est pas grand-chose en soi, d’être à l’ombre, sauf pendant une canicule.
Et puis j’ai vu que c’était ton ombre. Depuis le temps qu’on se connaît, tu as encore grandi. Tu es très beau d’ailleurs, je n’avais jamais remarqué ça.

Je ne sais pas quoi te dire, et je ne le dirai pas : je suis certaine que tu sais te mettre au courant de mes intentions.

Je me suis juste dit qu’une présence stable, celle qu’on ne remarque pas quand tout va bien, peut être importante. Est-ce déjà une autre histoire ?
« Modifié: 11 Juillet 2026 à 15:42:48 par April »
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 054
Re : Une déclaration
« Réponse #1 le: 10 Juillet 2026 à 17:25:58 »
Merci de nous avoir partagé ton texte.

Le premier paragraphe me faisait croire que c'était une rupture amoureuse, et non, tu parles d'un arbre.
Mais en poursuivant ton histoire, c'est un désamour pour cet arbre, dont ton héroïne (je suppose une femme) ne voit que les défauts et les contraintes.

Mais, lors de la canicule, elle voit que, malgré ses défauts, il a d'innombrables qualités qu'il ne faut pas oublier.

C'est une histoire "d'amour" envers un arbre. Elle prend conscience de toute son importance et de ses bienfaits.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Alex Stan

  • Tabellion
  • Messages: 59
Re : Une déclaration
« Réponse #2 le: 10 Juillet 2026 à 17:59:02 »
Ah le début m'a bien eu  :D, je pensais avoir à faire à une romance clichée et ça m'agaçait un peu, mais le retournement m'a fait adorer le texte. On a tellement besoin de penser l'arbre comme un être vivant, comme une présence dans nos vies, pas juste un décor, mais un organisme. C'est une très jolie évolution de relation, opérée efficacement même si le texte est court, l'arbre est un personnage à part entière et la narratrice apprend à l'aimer. Et puis la réflexion sur l'ombre est très juste par les temps qui courent, heureusement qu'elle ne l'a pas coupé ! Moi c'est dans leur absence que j'ai compris l'importance des arbres (pour la petite anecdote il y avait un très bel arbre entouré de plein de végétation et d'arbustes dans la cour intérieure de mon immeuble, ça grouillait de vie et d'oiseaux, et tout a été rasé ...). Un texte assez touchant finalement.
Sinon quelques remarques, principalement sur le manque de virgule et quelques problèmes de concordance des temps. Et puis des remarques stylistiques, mais ça reste mon avis très subjectif.

Dès que je t’ai vu, je t’ai détesté. J’ai compris tout de suite qu’entre toi et moi, rien ne pouvait se passer j'ai un doute de concordance des temps, pouvait ou pourrait ? intuitivement j'aurai dit futur mais je ne suis pas sûre à 100%. Maintenant quand j’y repense, il y a dix ans déjàvirgule tu étais trop grand, trop imposant, tu prenais trop de place. Et moi, je n’avais pas ce j'enlèverai le ce, pas nécessaire besoin que tu prennes toute ma place, au milieu de ma toute nouvelle pelouse. Toi, le grand cèdre, tu y étais planté, pile au milieu, et tu n’avais aucune intention de bouger.

Au début j’ai essayé de ne pas te remarquer ; c’était de la c'était peine perdu plutôtpeine perdue. Très vite virguletu as pris ta place dans ma vie. C'était tes épines innombrables qui envahissaient mon allée toute propre. Je balayais, tu recommençais dès le lendemain. Et puis, le mois d’août est venu.

Souviens-toi de tous ces interminables mois d’août, quand ton pollen envahissait mes intérieurs propres. Souviens-toi de toutes ces pommes de pin en quantité incalculable, qui envahissaient ensuite ma pelouse jusqu’au mois de mars prochain suivant plutôt que prochain j'aurai dit, étant donné qu'on est dans le passé. Souviens-toi de cette pelouse inexistante, car il paraît que tu modifies le pH du sol : l’herbe a refusé de pousser à côté de toi. l'herbe refuse de pousser à côté de toi ?

Un jour, dans le désespoir, j’ai décidé de demander un devis, pour t’abattre. Tu es resté là comme d'habitude, immobile, mais cette année tu as donné beaucoup moins de pommes de pin : en gros, fin octobre c’était fini. À ce moment-là, j’ai réalisé que tu me comprenais.

C’était bizarre. J’ai essayé de croire que tu as donné moins de pommes de pin parce que cet été-là a été trop sec je pense qu'il y a un problème de concordance des temps dans cette phrase, que tu avais donné, avait été trop sec. Et même si c’était vrai, ton intelligence a commencé à me surprendre. Depuis, je te regardais autrement. je pense que du présent irait mieux, surtout avec le depuis

Et aujourd’hui je suis rentrée avec mes courses, comme d’habitude. Un mois de canicule ne passe pas inaperçu : j’étais épuisée. En garant la voiture, j’ai juste le juste n'est pas nécessaireremarqué que presque toutes mes plantes, que j’arrosais régulièrement en essayant de les protéger, étaient à l’ombre. Ce n’est pas grand-chose en soi, d’être à l’ombre, sauf pendant une canicule.
Et puis j’ai vu que c’était ton ombre. Depuis le temps qu’on se connaît, tu as encore grandi. Tu es très beau d’ailleurs, je n’ai jamais remarqué ça.je n'avais jamais remarqué ça

Je ne sais pas quoi te dire, et je ne le dirai pas : je sais que tu sais te mettre au courant de mes intentions. le je sais que tu sais est un peu lourd, il faudrait sans doute reformuler cette phrase

Je me suis dit juste je me suis juste dit qu’une présence stable, celle qu’on ne remarque pas quand tout va bien, peut être importante. Est-ce déjà une autre histoire ?


Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Re : Une déclaration
« Réponse #3 le: 11 Juillet 2026 à 09:12:15 »
Bonjour Cendres,

Merci beaucoup pour ton passage et pour le temps que tu as pris pour laisser un commentaire.
Pour moi, ce texte s’ouvre à toutes les présences stables et parfois invisibles que l’on remarque seulement lorsqu’elles ne sont plus là.
Il y a à côté des défauts, comme tu le dis, “d’innombrables qualités qu’il ne faut pas oublier”.
C’est mon histoire de gratitude envers le monde qui m’entoure et qui, souvent, m’offre plus que je ne voie  :coeur:


Bonjour Alex  ,

Je te remercie pour ta lecture attentive et pour ton commentaire. Cela me fait plaisir de faire ta connaissance et de te lire, à mon tour.
Oui, c’est une évolution de la relation, où la narratrice apprend à aimer. Elle apprend aussi à être reconnaissante pour ce qu’elle a et pour ces présences discrètes que l’on remarque parfois seulement lorsqu’elles disparaissent.

J’ai repris le texte en tenant compte de tes remarques. Merci d’avoir pris ton temps pour cette relecture  :coeur:



“Dès que je t’ai vu, je t’ai détesté. J’ai compris tout de suite qu’entre toi et moi, rien ne pourrait se passer. Maintenant quand j’y repense, il y a dix ans déjà, tu étais trop grand, trop imposant, tu prenais trop de place. Et moi, je n’avais pas besoin que tu prennes toute ma place, au milieu de ma toute nouvelle pelouse. Toi, le grand cèdre, tu y étais planté, pile au milieu, et tu n’avais aucune intention de bouger.
Au début j’ai essayé de ne pas te remarquer ; c’était peine perdue. Très vite, tu as pris ta place dans ma vie. C'était tes épines innombrables qui envahissaient mon allée toute propre. Je balayais, tu recommençais dès le lendemain. Et puis, le mois d’août est venu.
Souviens-toi de tous ces interminables mois d’août, quand ton pollen envahissait mes intérieurs propres. Souviens-toi de toutes ces pommes de pin en quantité incalculable, qui envahissaient ensuite ma pelouse jusqu’au mois de mars suivant. Souviens-toi de cette pelouse inexistante, car il paraît que tu modifies le pH du sol : l’herbe refuse de pousser à côté de toi.
Un jour, dans le désespoir, j’ai décidé de demander un devis, pour t’abattre. Tu es resté là comme d'habitude, immobile, mais cette année tu avais donné beaucoup moins de pommes de pin : en gros, fin octobre c’était fini. À ce moment-là, j’ai réalisé que tu me comprenais.
C’était bizarre. J’ai essayé de croire que tu as donné moins de pommes de pin parce que cet été-là avait été trop sec. Et même si c’était vrai, ton intelligence a commencé à me surprendre. Depuis, je te regarde autrement.
Et aujourd’hui je suis rentrée avec mes courses, comme d’habitude. Un mois de canicule ne passe pas inaperçu : j’étais épuisée. En garant la voiture, j’ai remarqué que presque toutes mes plantes, que j’arrosais régulièrement en essayant de les protéger, étaient à l’ombre. Ce n’est pas grand-chose en soi, d’être à l’ombre, sauf pendant une canicule.
Et puis j’ai vu que c’était ton ombre. Depuis le temps qu’on se connaît, tu as encore grandi. Tu es très beau d’ailleurs, je n’avais jamais remarqué ça.
Je ne sais pas quoi te dire, et je ne le dirai pas : tu sais te mettre au courant de mes intentions, sans paroles.
Je me suis juste dit qu’une présence stable, celle qu’on ne remarque pas quand tout va bien, peut être importante. Est-ce déjà une autre histoire ?”
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Choumi

  • Prophète
  • Messages: 781
Re : Une déclaration
« Réponse #4 le: 11 Juillet 2026 à 12:12:02 »
Bonjour
Auprès de mon arbre je vivais heureux ( Brassens)
Il est des présences naturelles dont on ne voit pas l’utilité immédiatement
Avant l’arbre faisait de l’ombre aujourd’hui il en donne .
Une broutille, tu parles d’épines sur ton allée ne serait-ce pas plutôt d’aiguilles dont tu parles, puisque c’est un pin
Belle ode à la nature
Amicalement
Michel


« Modifié: 11 Juillet 2026 à 16:56:34 par Choumi »

Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Re : Une déclaration
« Réponse #5 le: 11 Juillet 2026 à 15:58:51 »

Bonjour Michel,
Merci pour ta lecture et pour les aiguilles !
C’est étonnant, le regard qui change, il ne faut pas grand-chose.
J’avais besoin de le dire.
Ton commentaire me touche beaucoup.
Bien amicalement,
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Kerdrel

  • Prophète
  • Messages: 830
Re : Une déclaration
« Réponse #6 le: 13 Juillet 2026 à 09:13:19 »
Bonjour April,

je viens rarement de ce côté par manque de temps
sans doute est-ce dommage, je découvre votre prose
on se laisse prendre au jeu par cette ambiguïté au départ entre
un homme et l'arbre, sujet bien mené et astucieux 
je ne suis pas expert pour juger de sa qualité littéraire
mais cela se lit facilement et c'est agréable
je laisse cet aspect au spécialistes du genre, juste un conseil
ne pas s'amouracher trop d'un arbre car ils ont une langue de bois

 :mafio:
"Être vrai, peu le peuvent !”

F.Nietzsche

Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Re : Une déclaration
« Réponse #7 le: 13 Juillet 2026 à 10:36:24 »
Bonjour Kerdrel,

Je vous remercie pour votre regard porté sur ce texte
Vous dites qu'il se lit facilement et que c'est agréable, c'est un beau compliment qui me touche
Je suis attentive à vos conseils ; je prends celui-ci au second degré

Au plaisir de continuer à vous lire

 ::)
« Modifié: 15 Juillet 2026 à 08:23:38 par April »
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Dian

  • Calligraphe
  • Messages: 123
Re : Une déclaration
« Réponse #8 le: 14 Juillet 2026 à 10:25:34 »
April, tu as tout dit, là : temps, patience, intelligence, amour.
Bien à toi
Dian
« Modifié: 14 Juillet 2026 à 15:29:29 par Dian »
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Re : Une déclaration
« Réponse #9 le: 15 Juillet 2026 à 08:21:40 »
Merci pour ton regard, Dian,
et pour la sensibilité et la bienveillance de ton commentaire.
Bien à toi
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Hars P

  • Scribe
  • Messages: 83
Re : Une déclaration
« Réponse #10 le: 15 Juillet 2026 à 19:50:45 »
Texte ramassé, mais fort  !

Hors ligne April

  • Calliopéen
  • Messages: 596
Re : Une déclaration
« Réponse #11 le: 16 Juillet 2026 à 08:31:02 »

Bonjour Hars P
Je vous remercie pour votre lecture et pour votre appréciation.
Au plaisir de vous lire, à mon tour
Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le. L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. Johann Wolfgang von Goethe

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 050
Re : Une déclaration
« Réponse #12 le: 25 Juillet 2026 à 09:54:12 »
Bonjour,

J'ai constaté une légère fébrilité à partir "d'aujourd'hui ", comme si il était plus difficile de passer d'une description observée à un état affectif plus intimiste.
Cependant, le texte se lit bien et glorifier la nature reste un sujet admirable.
Merci pour le partage.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.014 secondes avec 18 requêtes.