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Auteur Sujet: Le grand magasin  (Lu 1467 fois)

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    • Dieter
Le grand magasin
« le: 31 Mai 2018 à 00:07:03 »
Voici un texte "court" que quelqu'un m'avais demandé de préparer pour le bind-test. Mais comme je le prévoyais, je ne sais vraiment pas faire court, et fatalement, j'en arrive au double de ce qu'il faudrait. Puisqu'il est écrit, je vous le propose donc ici (remarque : tout comme mon roman, c'est du vécu, mais en tout état de cause, n'hésitez pas à faire des commentaires et à amener des correctifs pour m'aider à m'améliorer).



Lundi, sept heures du matin.
Comme tous les jours de la semaine, Laurent gara sa voiture derrière l’hypermarché. Il aimait bien arriver très tôt. Au moins une heure avant l’ouverture. Après la grande bataille nocturne, comme il l’appelait. Dans les grandes surfaces, c’est la nuit que la majeure partie des employés travaillent. Il faut ranger ce que les clients ont dérangé la journée. Recevoir les camions de livraison. Trier les arrivages, réapprovisionner les rayons, ranger les colis en réserve, modifier l’affichage. Le magasin grouille d’activité la nuit. Alors que la journée, à part les clients, on n’y croise que quelques vendeurs et caissières. Mais à l’heure où Laurent arrivait chaque matin depuis trois ans, les employés étaient tous en train de quitter leur poste, laissant la place au calme et à l’équipe de nettoyage. Une heure durant, celle-ci allait évacuer les cartons vides, balayer et nettoyer les sols. Tout serait impeccable pour l’ouverture, comme d’habitude. Mais Laurent ferait le tour des rayons quand même. Pour vérifier que rien n’avait été oublié. Un carton qui traine, une rallonge électrique mal dissimulée, une gondole mal équilibrée : la première personne âgée qui passerait par là trébucherait, se casserait le col du fémur, ou ferait chuter la gondole sur elle en s’appuyant dessus. De fait, le magasin devrait débourser d’énormes indemnités, rognant sur la marge. Et ça, Laurent ne l’acceptait pas. La prévention, c’était son domaine. Hors de question que ce genre d’accident se produise alors qu’il était responsable de la sécurité. Tous les jours, il arrivait donc à sept heures du matin. Même s’il n’était payé qu’à partir de huit heures.
Ou plutôt à six heures cinquante. Parce que le parking des employés se trouvait à deux cents mètres de l’entrée. La direction voulait que les places les plus proches soient laissées aux clients. Cela aurait pu se comprendre, dix ans auparavant. À l’époque où la clientèle affluait encore. Mais la crise était passée par là. Le parking était à peine à moitié rempli le samedi. Le reste du temps, la plupart des véhicules qui s’y garaient appartenaient à des employés de bureau. Plutôt que de se ruiner en horodateurs au centre-ville, ils avaient pris l’habitude de stationner ici et d’en faire un parking-relai. Ils effectuaient ensuite les derniers kilomètres en bus. L’abonnement était bien plus économique. Laurent contourna donc tout le magasin, pénétra par l’entrée réservée au personnel et traversa toute la grande surface. Arrivé à son bureau, il se mit en tenue, avant d’aller chercher deux cafés au distributeur de la salle de pause.
À sept heures, il entra dans le local réservé aux agents de sécurité qui constituaient son équipe.
— Salut Laurent !
— Salut Christophe. Tiens, je t’ai pris un café.
— Sympa. Merci.
—  Alors, rien de spécial cette nuit ?
Christophe faisait partie des veilleurs de nuit. Les membres les plus importants de l’équipe, selon Laurent. Ceux qui doivent surveiller que le personnel ne profite pas de la nuit pour commettre des larcins. Ceux qui doivent assurer la sécurité contre les cambrioleurs. Ceux qui doivent être capables de gérer les premiers secours en cas de problème. Ceux qui doivent aussi être capables d’entretenir les systèmes anti-incendie pour que ceux-ci soient fonctionnels la journée. Ceux à qui on fait confiance pour travailler seuls, sans encadrement. Les places étaient recherchées, parce que le salaire était nettement plus élevé. Mais Laurent n’y affectait que ses éléments les plus sûrs et les plus expérimentés.
Tous les matins, ils devaient lui faire un rapport complet. Mais ce n’est pas eux qui venaient dans son bureau. C’est lui qui se déplaçait, toujours en leur amenant un café. Pour leur montrer le respect qu’il avait pour eux.
Christophe ouvrit son registre de rapports, pour ne rien oublier.
— Alors j’ai attrapé un chat errant qui était entré par les réserves arrière…
— Encore ! C’est le quatrième ce mois-ci !
— Oui, mais on en aura toujours, avec la zone résidentielle qui s’est construite à deux pas d’ici… J’ai appelé la SPA, ils passeront le récupérer à huit heures. J’ai soigné un livreur qui s’est fait une entorse en descendant de son camion, j’ai fait un rappel de règlement à un employé de l’épicerie qui ne portait pas ses chaussures de sécurité, et je me suis pris la tête avec un employé du rayon multimédia, qui était en train d’installer des multiprises électriques pour ses téléviseurs et ses consoles en démonstration.
— Ils commencent à me gonfler ceux-là ! Combien de fois faudra-t-il leur répéter que c’est interdit par la réglementation incendie ?
— Je sais, Laurent… Mais à priori, c’est Philippe qui lui avait donné la consigne.
— Le directeur ?
— Oui. Alors tu risques d’avoir les retombées.
— Pas grave. J’assume. Toi, tu as fait ton boulot. Bon, autre chose ?
— Non. Je suis juste impatient de voir arriver la relève, pour aller me coucher.
— OK. Moi, je vais aller faire ma ronde. Alors si on ne se revoit pas avant ta fin de service, bonne journée à toi.
— À toi aussi. Salut Laurent.

Sept heures trente.
Laurent traverse le rayon fruits et légumes. C’est un endroit auquel il accorde une attention soutenue à cause du risque d’accident. Une feuille de salade ou un peu d’eau au sol, et n’importe qui peut glisser et encore une fois faire un procès au magasin. Hors de question. Soudain, son téléphone sonne. Un coup d’œil à l’écran lui annonce que l’appel vient du bureau de Philippe.
— Salut Philippe, c’est Laurent !
Dans le groupe auquel appartient l’hypermarché, la tradition veut que tout le monde, quel que soit son niveau hiérarchique, se tutoie et s’appelle par son prénom. Parce qu’on est une grande famille. Tu parles ! Bande de faux culs, s’était toujours énervé Laurent. Une grande famille qui n’hésite pas à licencier ses membres pour augmenter les bénéfices !
— Salut Laurent. Tu peux passer me voir à mon bureau, s’il te plait ?
— Pas de problème. Je termine ma ronde d’inspection et j’arrive.
— Non, tout de suite !
— Je ne suis pas encore en service, Philippe. Je ne commence qu’à huit heures, tu refuses de payer les heures sup’, tu te souviens ?
— Écoute, arrête de jouer à ça avec moi. Je t’ai déjà dit ce que j’en pensais… Et passe me voir.
Un déclic. Le directeur lui avait raccroché au nez.

Sept heures quarante. Laurent frappe à la porte du bureau du directeur.
— Entre !
Laurent pousse le battant, et fais un pas dans le bureau, tendant la main au directeur qui la lui serre.
— Salut Philippe.
— Salut Laurent, ferme la porte, et assieds-toi.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— C’est à toi de me le dire…
— Comment ça ?
— C’est quoi ces conneries avec les multiprises au rayon multimédia ?
— Les employés le savent très bien. Et je te l’ai déjà expliqué : la réglementation les interdit, à cause du risque d’incendie.
— Mais j’en ai rien à cirer de la réglementation ! Je veux que les téléviseurs en démonstration fonctionnent ! Comment veux-tu qu’ils fassent pour les brancher ?
— Ils font une demande au service technique pour faire mettre en place une installation électrique supplémentaire conforme. C’est tout.
— Mais les techniciens ne travaillent pas la nuit !
— Bien sûr que si, il suffit de leur en faire la demande quelques jours à l’avance pour que ce soit planifié au niveau comptabilité.
— Mais il faudrait alors les rémunérer au tarif de nuit ! C’est hors de question ! Un magasin, c’est fait pour gagner de l’argent, pas pour en dépenser !
— Et si le feu se déclare à cause d’une surtension, tu crois que tu vas en gagner ?
— Oui, parce que je foutrai à la porte les pompiers qui bossent dans ton service. C’est leur boulot.
— Non, leur boulot, ce n’est pas d’éteindre un incendie, c’est d’empêcher qu’il se déclare, c’est d’éviter les morts, c’est de faire respecter la réglementation !
— Tu me fais chier avec tes grands principes ! Mais on en reparlera…
— C’est tout ?
— Non. Il y a un autre problème avec tes veilleurs de nuit.
— Quoi ?
— Un carton de caviar a disparu la semaine dernière. Il y en a pour vingt mille euros !
— Disparu où ?
— Au quai de livraison. Tu peux me dire ce qu’ils foutent, tes gars, la nuit ? Ils roupillent ou quoi ?
— Je vais voir ça. Je m’en occupe dès ce matin, et je te fais un topo dans la semaine.
— Tu as intérêt à me trouver celui qui a piqué ça ! Je te rappelle que c’est aussi toi et ton équipe qui êtes censés empêcher ce genre de chose !
— Bon, alors laisse-moi te rappeler que lorsque je suis arrivé il y a trois ans, il y avait quatre pourcent de démarque inconnue, ici. Ca représentait deux mille euros par jour. On était la lanterne rouge du groupe. Désormais, il n’y a plus que zéro virgule trois pourcent. On est devenus les meilleurs dans ce domaine. Alors arrête de dire qu’on ne fait pas notre boulot. On a attrapé tous les voleurs à l’étalage qui avaient leurs quartiers ici. La plus grosse partie des disparitions qu’on subit maintenant résulte des détournements de livraison, et ça, on ne peut pas y faire grand-chose tant que tu refuseras de me laisser embaucher plus de personnel la nuit !
— Écoute, moi j’ai pris la direction il y a trois mois, et je ne fais que constater ce qui se passe depuis. Alors embaucher des gars supplémentaires, pour quoi faire ? Même la journée, je ne les vois pas bosser, tes gars ! Ils n’attrapent pas de voleur, pratiquement !
— C’est la preuve qu’ils font bien leur boulot. Des voleurs, il n’y en a presque plus. Et c’est en restant discrets que mes gars sont les plus efficaces.
— Ouais, alors s’il n’y a pas de voleurs, je les paie pour rien.
— Tu te fous de moi ?
— Non. Alors ce que tu vas faire, c’est dire aux veilleurs de nuit que désormais, il faut qu’ils rangent les chariots sur le parking. Au moins, ils seront utiles.
— Mais ce n’est pas leur boulot !
— Bien sûr que si !
— Comment ça ?
— Eh bien si les chariots sont mal rangés, c’est un risque d’accident avec les véhicules qui circulent.
— Bah voyons… Je te rappelle que tu as déjà un gars payé au smic à mi-temps qui fait ça tous les soirs.
— Justement, si tes veilleurs de nuit le font, je pourrai le licencier, ça fera des économies. Allez, on voit ça dans la semaine, et tu me tiens au courant pour le caviar. Maintenant, il faut s’occuper de l’ouverture aux clients. C’est l’heure.
L’entretien était terminé. Laurent était écœuré. À chaque fois qu’un nouveau directeur était nommé, c’était la même chose. Pour assoir leur autorité, ils organisaient une « purge » en sacrifiant du personnel. Mais là, c’était insensé. En deux mois, Philippe s’était débarrassé de dix salariés, en commençant par les plus anciens. Des personnes qui bossaient ici depuis vingt ans, qui avaient consacré la majeure partie de leur vie à faire tourner ce magasin. Ceux qui coutaient le plus cher du fait de leur ancienneté. Une véritable chasse aux sorcières. Les syndicats ne bougeaient pas… Et maintenant, c’était son équipe qui était sur la sellette. Il fallait agir, pour arrêter ça. Et vite.

Neuf heures du matin. Au téléphone depuis dix minutes avec Fred, responsable du rayon poissonnerie, Laurent avait commencé sa petite enquête.
— Dis-moi Fred, quand étais-tu censé recevoir cet arrivage de caviar ?
— Mercredi dernier. J’avais passé la commande lundi.
— Et tu es certain que ça a été livré ?
— Je ne peux pas le certifier, ce n’est pas moi qui m’occupe de réceptionner les livraisons : comme d’habitude, les camions arrivent la nuit, et sont pris en compte par le service de réception. Mais j’ai reçu la copie du bon du transporteur, et on n’a jamais eu de problème avec eux ces cinq dernières années.
— D’accord, et qui se charge du transport en poissonnerie ?
— L’entreprise « Marée Montante ». Tu veux leurs coordonnées ?
— Non, c’est juste pour visionner les enregistrements vidéo du quai de réception de la nuit en question. Je voulais savoir sur quel camion jeter un œil. Par contre, tu sais à quoi ressemble l’emballage ?
— Non justement. D’habitude, on le reçoit en petite quantité, pour éviter ce genre de problème. On a donc quelques boites une fois par semaine pendant les fêtes, qui arrivent dans une boite isotherme identifiable, mais là, je ne peux pas me prononcer. Il faudrait voir avec le chauffeur routier, s’il s’en souvient.
— Mais pourquoi avoir commandé en si grosse quantité cette fois ?
— Consigne de Philippe, le nouveau directeur.
— Ah bon ?
— Oui, pour éviter les frais de transport…
— D’accord, je vois. OK, je m’occupe de ça, et je te tiens au courant pour ta marchandise.
— Ça marche, merci.
Un déclic, et Laurent compose le numéro du poste de vidéo-surveillance.
— Allo ?
— Michel, c’est Laurent. Dis-moi, tu peux m’apporter les enregistrements vidéo de la nuit de mardi à mercredi dernier, s’il te plait ?
— Bien sûr. Quelles caméras ?
— Seulement le quai de livraison s’il te plait.
— OK, je te sors ça, et je te l’amène d’ici dix minutes.
— Merci, à tout de suite.

Dix heures trente.
Laurent venait de se farcir quatre heures d’enregistrement en accéléré. La fatigue visuelle commençait à se faire sentir, et le mal de crâne n’était pas loin. Soudain, le camion recherché apparut. Avec le magnifique sigle de l’entreprise sur le flanc, on ne pouvait pas le louper.
Le chauffeur entre dans la cour, se gare en marche arrière contre le quai, descend du camion, et va faire viser son bon de livraison auprès du service de réception. Jusque-là, toutes les règles sont respectées, rien à dire. Puis, le chauffeur retourne à son camion, ouvre les portes arrière de la cabine frigorifique, et sort deux palettes de marchandise avec un tire-pal. Quelques secondes plus tard, il sort un dernier carton, qu’il pose sur une des deux palettes. L’employé de la réception arrive, vérifie que la cabine frigorifique est vide et rend le bon de livraison signé au transporteur, qui referme les portes, remonte dans son camion, et repart.
Rien à dire, on ne peut rien déduire de concret. Quelques instants plus tard, les deux palettes sont retirées du quai, pour être rangées vraisemblablement en chambre froide. Mais il n’y a pas de caméras à cet endroit. Laurent décide de passer interroger Stéphane la nuit suivante : c’est lui qu’il a reconnu sur les enregistrements. Cet employé du service de réception travaille ici depuis près de quinze ans. Pour l’instant, il ne peut rien faire de plus.

Onze heures.
Petit tour au rayon multimédia. Tous les téléviseurs et toutes les consoles sont en marche. Vérification des branchements par acquit de conscience, et bien évidement, au moins vingt multiprises électriques ont été connectées les unes sur les autres. Ne pas s’énerver.
— Alain, tu peux venir, s’il te plait ?
Alain est le vendeur du rayon.
— Oui Laurent, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Tu veux acheter une nouvelle télé ?
— Pas vraiment, non. Je voulais te voir pour ça, dit-il en désignant les multiprises.
— Ordre de Philippe. Je sais que ce n’est pas très réglo, mais…
— Pas très réglo ? Tu te fous de moi ? Je vous ai déjà expliqué, à toi et à tes collègues du rayon que c’est strictement interdit !
— Écoute Laurent, je n’ai pas le temps de discuter de ça avec toi. J’ai des clients qui attendent, et Philippe m’a dit qu’en cas de problème avec toi, je devais l’appeler. C’est ce que tu veux ?
— Tu ne serais pas en train de me menacer, des fois ?
— Non, bien sûr, tu es mon supérieur. Mais je te dis ce qu’il en est.
— OK. C’est bon, je laisse tomber pour l’instant.

Quatorze heures trente.
— Commandant Lascaux, centre de secours de Tumuli, à qui ai-je l’honneur ?
— José, salut, ici Laurent.
— Laurent qui ?
— Duval, De l’hypermarché Chanau.
— Ah, salut Laurent, désolé, je ne t’avais pas reconnu.
— Pas grave. Dis-moi, est-ce que je peux passer te voir en fin d’après-midi ?
— Oui, bien sûr, mais je peux venir aussi si tu veux, j’ai des courses à faire, justement.
— Non, je préfère qu’on ne me voie pas discuter avec toi, j’ai un service à te demander.
— Qu’est-ce qui se passe ? Un problème ?
— Oui et non, je t’expliquerai ça. Seize heures trente, ça marche ?
— OK, pas de soucis, je t’attends.

Mardi, deux heures du matin.
Comme d’habitude, Laurent se gare sur le parking des employés. Pfff… Bientôt, je passerai mes jours et mes nuits ici, si ça continue…
Passant par l’entrée réservée au personnel, il avait pris soin de prévenir Christophe de son arrivée. Le veilleur de nuit était libre de gérer son emploi du temps. Et s’il était en ronde, ça pouvait durer une bonne heure. Il fallait donc être certain qu’il soit disponible à son arrivée. Celui-ci l’attendait donc au PC surveillance.
— Salut Laurent ! Qu’est-ce qui t’amène en pleine nuit ?
— Salut. Dis-moi, aurais-tu entendu parler d’une disparition de caviar, la semaine dernière.
— Euh… Oui et non.
— Comment ça ?
— Eh bien en passant devant la salle de pause, j’ai entendu deux employés de la poissonnerie en discuter entre eux. Mais personne n’est venu me voir directement. Donc j’ai pensé qu’ils l’avaient retrouvé.
— Bon, bah à priori, ça a bel et bien disparu, et il  y en a pour vingt mille euros de perte.
— Oh merde ! Et tu veux qu’on fasse quoi ?
— Alors pour commencer, je vais aller voir Stéphane, le réceptionnaire. Je vais lui faire croire que je passe pour préparer un exercice d’évacuation incendie. Je ne pense pas qu’il ait quelque-chose à voir là-dedans, mais je ne voudrais pas l’affoler s’il est dans le coup.
— Ouais, mais je ne l’ai pas vu cette nuit. Il me semble que c’est son jour de repos. Il ne sera là que demain.
— Ah bon ? Fait chier ! Va encore falloir que je me pointe ici la nuit prochaine, alors…
— J’en ai bien peur.
— Bon bah tant pis. Je me barre, et je rentre chez moi. Par contre, je ne serai pas là à sept heures comme d’habitude, ne m’attends pas. Pour une fois, je me pointerai à huit heures. De toute manière, je ne suis pas payé avant.
— Ah ah ! Tu commences à comprendre ?
— Quoi ?
— Qu’il ne faut pas confondre conscience professionnelle et zèle, sinon dans le commerce, on se fait vite rouler. Et avec le nouveau directeur…
— Tiens ! D’ailleurs, il faudra que je te parle de ce qu’il veut te faire faire….
— Comment ça ?
— Je t’en parle la nuit prochaine, si tu veux bien. Là, je vais me pieuter ! Allez, salut Christophe !
— Salut Laurent.

Mercredi, deux heures du matin.
— Salut Christophe !
— Salut Laurent ! Ça va ?
— J’suis en vrac ! J’ai plus l’habitude ! Ça me change des horaires de bureau… Je vais me chercher un café avant d’aller voir Stéphane. T’en veux un ?
— Volontiers, je te remercie.
— Pas d’quoi… Je ne serais pas capable de bosser de nuit comme tu le fais.
— C’est juste une habitude à prendre.
— Très peu pour moi….
Quelques minutes plus tard au service de réception des marchandises, Laurent s’approche de Stéphane.
— Salut Laurent ! Qu’est-ce que tu fais là en pleine nuit ?
— Je viens mettre en place un exercice d’évacuation incendie pour bientôt.
— Encore ! On en a déjà eu un il y a à peine deux mois ! C’est pour quand ?
— Je ne peux pas te le dire, sinon ça ne sert à rien… Au fait ! C’est toi qui as réceptionné un camion du transporteur Marées Montantes, la semaine dernière ?
— Pfiou ! Je réceptionne vingt camions par nuit ! Comment veux-tu que je m’en souvienne ? Je peux vérifier les bons de livraison si tu veux. Tu me donnes cinq minutes ? Je range cette palette, et je suis à toi.
— Oui, pas de soucis.
Au bout de quelques instants, le réceptionnaire revient avec une liste de papiers.
— Alors, la semaine dernière… Mardi ou mercredi ?
— Dans la nuit de mardi à mercredi.
— Attends… Oui, voilà, j’ai le bon. Et c’est bien moi qui l’ai signé. Qu’est-ce que tu veux savoir ?
— Tu peux me dire ce qui a été réceptionné ?
— Alors, il y avait deux palettes : une en surgelés, une en poisson frais traditionnel, et un colis pour la boulangerie.
— La boulangerie ?
— Oui. De la cam’ pour leurs tourtes aux fruits de mer.
— D’accord, je te remercie. Les boulangers arrivent à quelle heure ?
— Trois heures du matin, pour la première fournée de huit heures.
— OK. Je vais aller faire un tour dans le magasin pour voir ou je peux déclencher mon alarme la semaine prochaine, et j’irai les voir après.
— Pfff… J’sais bien que c’est ton boulot, mais c’est chiant, tous ces exercices, tu sais ?
— Je sais, je sais… Mais c’est comme ça.
Ne t’inquiète pas mon vieux, va. Ça fait déjà deux nuits que je passe ici, je ne vais pas revenir la semaine prochaine ! Bien, allons faire un tour aux surgelés.

— Salut les gars !
— Salut Laurent ! Qu’est-ce qui t’amène ? Un problème ?
— Non, non, je suis en train de préparer un exercice d’évacuation.
— Encore ?!?
— Et oui…
— Pfff… Tu ne sais vraiment pas quoi faire de tes nuits ! Ta femme ne râle pas ?
— Un peu, mais c’est mon boulot.
— Tu ferais mieux de nous donner un coup de main, tu verrais qu’on n’a pas que ça à faire !
— OK, j’te prends au mot. De toute manière, j’ai un peu d’avance. Qu’est-ce qu’il faut faire ?
— Tu déconnes pas ?
— Non, puisque je te le dit !
— OK. Alors tu vois cette palette ? Il faut prendre tous les cartons un par un, et les mettre dans les congélateurs à leur emplacement. Tu veux des gants, pour le froid ?
— Non, non, ça ira. OK, ce carton, il va où alors ?
— Ah non, il faut les ouvrir, et les vider. On ne met que le contenu dans les congélateurs, sinon, on ne peut pas savoir. Et les clients ne doivent pas avoir à déballer des cartons.
— D’accord… Donc il n’y a pas moyen de mettre de la marchandise par erreur dans les bacs ?
— Euh… Non, bien sûr. Mais pourquoi on mettrait de la marchandise par erreur ? De toute manière, ce n’est que des produits surgelés qui arrivent sur ces palettes. Lorsque c’est autre chose, on rappelle la réception qui vient récupérer le carton pour le ramener dans le bon rayon…
— Je vois. Bon, c’est pas tout, mais maintenant, il faut que j’y aille.
— Déjà ? Mais je croyais que tu voulais nous donner un coup de main ?
— Tu rigoles ? Je déconnais…
— Ça m’aurait étonné !
— Hé, mais attends !
— Quoi ?
— C’est normal que la température des congélateurs soit à moins douze ?
— Oui, pourquoi ?
— Ils sont en période de dégivrage ?
— Non, c’est le directeur qui nous a dit de les régler comme ça.
— Mais normalement, c’est moins dix-huit degrés !
— Oui, mais le patron veut faire des économies d’électricité.
— Mais non, c’est pas bon ! Six degrés de différence, pour des surgelés, c’est énorme ! Tu imagines les risques sanitaires ? S’il fait vingt degrés dans le magasin, pendant les périodes de dégivrage, la marchandise qui se trouve au-dessus va dégeler !
— Écoute, je sais bien, mais faut voir ça avec Philippe, c’est lui qui commande…Je lui ai dit que selon la loi, c’était moins dix-huit, mais il m’a dit qu’il s’en foutait. Alors moi j’ai réglé les vingt-cinq congélateurs à moins douze degrés.

Trois heures quinze, dans les ateliers de la boulangerie.
— Salut Michel !
— Salut Laurent ! Qu’est-ce qui t’amène ?
— Je prépare un exercice d’évacuation…
— Encore ?!?
— Et oui… Dis-moi, un petit renseignement…
— Oui ?
— Vous préparez encore des tourtes aux fruits de mer ?
— Oui, mais uniquement pour la période des fêtes. On commence dans deux jours. Pourquoi, tu veux que je t’en prépare ?
— Non, non. Mais la réception m’a dit que vous aviez reçu de la marchandise depuis la semaine dernière. Comment ça se fait ?
— Ah non, ce n’était pas de la marchandise. C’était un carton de barquettes alu, pour les tourtes justement.
— Ah bon, et tu l’as mis où ?
— J’en sais rien, c’est mon apprenti qui l’a rangé. Attends… Jérémy !
— Oui chef ?
— La semaine dernière, les barquettes alu pour les tourtes qu’on a reçu, t’en as fait quoi ?
— J’ai mis le carton dans la réserve, derrière le fournil.
— Le carton complet, sans le vider ?
— Bah oui, pourquoi ? Fallait le vider ? J’savais pas chef, vous m’avez rien dit…
— Ouais, t’inquiète pas, c’est pas grave, du moment qu’on sait ce qu’il y a dedans et qu’on sait où c’est rangé…
— Ah mais je n’ai pas regardé ce qu’il y a dedans. Je ne l’ai pas ouvert, comme vous m’avez dit que c’était des barquettes. Mais si vous voulez, je vais aller le noter avec un marqueur…
— Non, laisse, de toute manière, il y a une étiquette collée dessus…
— Non, non, y’a rien chef…
— Ah bon ? C’est bizarre !
— Oh putain !
— De quoi Laurent ?
— La réserve derrière le fournil, elle est réfrigérée ?
— Bah non, c’est pas de la marchandise, c’est des emballages, on va pas la réfrigérer. En plus, il fait toujours au moins quarante degrés, là-d’dans, tu parles, c’est juste derrière les fours à pain !
— Oh putain ! Jérémy, montre-moi ce carton !

Jeudi, neuf heures du matin.
— Allo, Philippe ? C’est Laurent !
— Oui, Laurent, qu’est-ce que tu veux ?
— Je peux monter te voir à ton bureau ? J’ai des nouvelles à propos du caviar.
— Ah oui ? OK, monte !
— J’arrive.
Dix minutes après, Laurent expliquait à son directeur que le caviar n’avait pas été volé, et que son équipe n’avait donc pas failli à sa mission. Par contre, la marchandise était foutue et les vingt mille euros perdus. La commande n’ayant pas été passée dans le cadre habituel expliquait le changement de méthode d’emballage et les erreurs successives. La faute lui incombait donc directement.
— J’en ai rien à foutre ! Ce n’est quand même pas moi qui vais prendre. Je vais te virer ces abrutis de boulanger et son apprenti, ça va être vite réglé !
— Tu vas quand même pas faire ça ? Ils n’y sont pour rien !
— Je vais me gêner… Et si t’es pas content, je te rappelle que c’est moi le patron, alors je peux aussi m’occuper de toi par la même occasion, c’est compris ?
— Compris.
— OK, retourne au boulot, j’ai des trucs à régler.

Dix heures trente du matin.
— Allo, Philippe ? C’est Laurent !
— Quoi encore ?
— Je suis à l’accueil du magasin, je crois que tu devrais m’y rejoindre…
— Pourquoi ?
— Il y a ici deux personnes de la Répression des Fraudes.
— D’accord, j’arrive.

— Bonjour, Monsieur Morel, Directeur du magasin.
— Bonjour, Madame Klein, et Monsieur Richard, annoncèrent les visiteurs en montrant une carte tricolore. Direction Départementale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.
— Que puis-je faire pour vous ?
— Pour nous, pas grand-chose. Juste signer cet avis.
— Écoutez, pour les signatures, vous pouvez directement vous adresser à ma secrétaire, ou à Monsieur : c’est le responsable de la sécurité. Ce n’est pas la peine de me déranger pour ce genre de broutilles, j’ai un métier, moi, madame, je ne suis pas fonctionnaire !
— Ne le prenez pas sur ce ton Monsieur, sinon, ça risque de vous entrainer encore plus loin…
— Plus loin que quoi ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
— Nous revenons du rayon surgelés, Monsieur. Les températures de vos congélateurs ne sont pas réglées selon les normes obligatoires. Après enquête auprès du personnel du rayon, il s’avère que c’est vous qui avez donné ces consignes.
— Et alors ? C’est moi le directeur ici, non ?
— Tout à fait. Vous êtes donc le responsable. Voici donc un procès-verbal vous condamnant à vingt-cinq mille euros d’amende, soient mille euros par congélateur mal réglé.
— Quoi ?
— Oui Monsieur. Mais vous pouvez faire appel. Seulement, il faut passer au tribunal, avec toute la publicité que ça suppose. À vous de voir. Mais de toute manière, le tribunal suit notre avis dans la plupart des cas. Au revoir Monsieur.
— Nom de dieu ! À qui avez-vous demandé dans le rayon ? Je vais tous les virer !
— Je ne suis pas tenu de vous révéler ces informations, Monsieur. Il vous faut faire une demande par voie d’avocat pour avoir accès au dossier d’enquête. Au revoir Monsieur.
— C’est ça, c’est ce qu’on verra… Laurent, dans mon bureau ! Tout de suite !
— Attends, Philippe, j’ai encore un truc à te montrer.
— Quoi encore !
— Là, juste derrière, dans le rayon multimédia.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Tu vois ces multiprises dont je te parlais lundi ?
— Oui, et alors ?
— Je vais les retirer.
— Tu ne feras pas ça. Il y a des clients juste à côté : regarde ce couple !
— Si je vais les retirer, c’est illégal !
— Moins fort, bordel, il y a du monde qui nous entend ! Je te préviens, si tu les retires, je te vire sur-le-champ ! C’est moi qui ai donné l’ordre de les installer, et j’en ai rien à foutre de tes conneries de règlementation !
À ce moment, la cliente se tourne vers le directeur.
— Monsieur s’il vous plait, je peux vous voir ?
— Un instant, s’il vous plait madame, je ne suis pas un vendeur, je suis le directeur, je vous l’appelle…
— Inutile. C’est vous que je voulais voir.
— Ah bon, et pourquoi ?
— Je suis madame Aletta, de la Commission Départementale de la Sécurité. Ah, et voici le Commandant Barrière, de la Gendarmerie Nationale, qui siège aussi au sein de la Commission. Nous avons par le plus grand des hasards entendu ce que vous disiez à votre collègue. Et je suis au regret de vous dire que vous allez être poursuivi pour vos manquements volontaires aux normes de sécurité.
— Pour des multiprises ? Vous vous foutez de ma gueule ? Putain, Laurent, ce coup-ci, je te vire dès aujourd’hui !
À ce moment, le gendarme se tourne vers le directeur :
— Je ne crois pas, non.
— Oh que si !
— Non Monsieur. À compter de cet instant, vous êtes en garde-à-vue pour mise en danger volontaire de la vie d’autrui. Je vous arrête Monsieur.
— Hein ? Mais je suis le directeur ! Vous ne pouvez pas !
— Si, bien sûr que je peux. Allons-y. Laurent, tu peux me donner un coup de main, pour l’amener à ma voiture ? Mes menottes sont restées dedans.
— Avec plaisir, Sylvain.

Quelques instants plus tard, devant les vendeurs ébahis du rayon multimédia, Laurent revenait démonter les multiprises, le sourire aux lèvres. À ce moment-là, Alain s’avance :
— C’est bon, tu as gagné, tu as eu ce que tu voulais ?
— Pas tout à fait, non.
— Qu’est-ce qu’il te manque, encore ?
— À moi, rien, mais à toi, il te manque tes chaussures de sécurité.
— Et alors ?
— Alors je te mets en mise à pied conservatoire. Va récupérer tes affaires aux vestiaires, et va-t’en. Tu seras convoqué à un entretien ultérieurement.
« Modifié: 31 Mai 2018 à 21:06:06 par Dieter »
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Amélie Nothomb

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Re : La grand magasin
« Réponse #1 le: 31 Mai 2018 à 04:49:20 »
Salut Dieter,

En plein Cartulaire, tu trouves le temps d’écrire un texte de plus de 5000 mots ? ;)

Quelques petites remarques de forme et sur mon ressenti au fil de la lecture :

- coquille dans le titre (« la » au lieu de le). Le titre serait plus percutant si tu utilisais le slogan d’un grand magasin ou un autre indice permettant de l’identifier.

- « Lundi, sept heures du matin. Comme tous les jours de la semaine, Laurent gara sa voiture derrière l’hypermarché. Il aimait bien arriver très tôt. Au moins une heure avant l’ouverture. Après la grande bataille de la nuit, comme il l’appelait. Dans les grandes surfaces, c’est la nuit que la majeure partie des employés travaillent. Il faut ranger ce que les clients ont dérangé la journée. Recevoir les camions de livraison. Trier les arrivages, réapprovisionner les rayons, ranger les colis en réserve, modifier l’affichage. » - J’aime ce début.  Phrases courtes, efficaces, qui  posent bien la scène et reflètent le caractère répétitif des actions décrites.

- « Alors que la journée, à part les clients, on n’y croise que quelques vendeurs et quelques caissières. » - tu pourrais supprimer le second « quelque » pour alléger un peu la phrase.

- la présentation du travail de Laurent dans le paragraphe suivant est bien menée, et nous donne une idée de son caractère.

- « Mais aujourd’hui, la crise était passée par là. » - la phrase sonnerait mieux sans « aujourd'hui », je trouve.

- « Plutôt que de se ruiner en horodateurs au centre-ville, ils avaient pris l’habitude de stationner ici en d’en faire un parking-relai. » - petite coquille (« en » au lieu de et).

- « Laurent contourna donc tout le magasin, avant de pénétrer par l’entrée réservée au personnel. Puis il traversa toute la grande surface, afin d’accéder à son bureau, et se mettre en tenue, avant d’aller chercher deux cafés au distributeur de la salle de pause. » - ces deux phrases pourraient être allégées un peu. Par exemple : il contourna le magasin, emprunta l’entrée du personnel et traversa la grande surface. Arrivé dans son bureau, il se mit en tenue, puis alla chercher deux cafés…

- le dialogue avec Christophe est bien placé ; il donne vie à la scène.

- « Mais Laurent n’y affectait que ses éléments les plus surs et les plus expérimentés. » - les plus sûrs.

— « Alors j’ai attrapé un chat errant qui était entré par les réserves arrières… » - ça m’a fait sourire; est-il impliqué dans la sombre histoire du caviar disparu ?

— « Ils commencent à me gonfler ceux-là ! Combien de fois faudra-t-il leur répéter que c’est interdit par la réglementation concernant les risques d’incendie ? » - « la réglementation concernant les risques d’incendie » un peu lourd… la réglementation incendie, à la place ?

— « Je te préviens, si tu les retire, je te vire sur le champ ! » - retires.

La grande distribution, son univers impitoyable ! L’histoire est sympa est sent bien le vécu, les dialogues sont vivants et j’aime bien l’aspect « de l’autre côté du rideau ». Le seul point qui m’ait un peu gêné est le personnage du directeur, que j’ai trouvé un peu caricatural, avec son mépris avoué des règles sanitaires et de sécurité, ses menaces de virer des employés à tour de bras. J’imagine que dans la réalité, ils sont un tantinet plus subtils, non ?

À bientôt,
JM
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Re : Re : La grand magasin
« Réponse #2 le: 31 Mai 2018 à 11:26:42 »
Salut JM',

En plein Cartulaire, tu trouves le temps d’écrire un texte de plus de 5000 mots ? ;)
Je n'étais pas parti pour en faire autant. Je cherchais une idée pour participer au blind-text, et quand je l'ai eue, je me suis lancée. Au départ, cela devait se résumer à l'anecdote du caviar, mais au fur et à mesure, les souvenirs me sont revenus et se sont greffés. Et en une demi-journée, voilà où j'en suis arrivé.

Citer
Le titre serait plus percutant si tu utilisais le slogan d’un grand magasin ou un autre indice permettant de l’identifier.
Il y a quelques indices permettant de l'identifier, mais je n'ai pas eu le courage d'en mettre trop : je n'ai pas envie de me retrouver encore au tribunal...

Citer
— « Alors j’ai attrapé un chat errant qui était entré par les réserves arrières… » - ça m’a fait sourire; est-il impliqué dans la sombre histoire du caviar disparu ?
Non, c'est placé là uniquement en anecdote concernant les "conneries" qu'on est amenés à faire dans ce boulot.
En fait, au départ, on a eu des rats. La direction a donc eu l'idée de faire comme dans la marine marchande, en introduisant des chats pour nous en débarrasser. Sauf que les chats ne sont pas plus cons que les humains : au bout de quelques mois, ils ont compris qu'il était bien plus facile d'aller se servir dans les frigos de la boucherie et de la charcuterie que de courir après les rats. Et finalement, on a été envahis par les chats.

Citer
Le seul point qui m’ait un peu gêné est le personnage du directeur, que j’ai trouvé un peu caricatural, avec son mépris avoué des règles sanitaires et de sécurité, ses menaces de virer des employés à tour de bras. J’imagine que dans la réalité, ils sont un tantinet plus subtils, non ?
Franchement ? Ça peut paraitre incroyable, mais non. Ils sont intouchables, et ils le savent. J'ai des preuves de tout ce que j'avance (ainsi que de tas d'autres malversations).
Même l'histoire de la température des frigos trafiquée est réelle, sauf que le directeur n'a été condamné qu'à 20 euros par frigo, soit à peine 500 euros pour avoir risqué la vie de milliers de personnes. Et il a été muté dans le Sud pour étouffer l'affaire; ça a juste fait l'objet d'un encart dans le journal du coin. De mon côté, j'ai été viré sur de fausses allégations. Aux Prud'hommes, je l'ai prouvé, et les avocats du magasin ont donc été obligés de l'avouer au tribunal. J'ai tout de même été débouté. Et comme je n'avais pas les moyens de me payer moi-même les services d'un avocat pour faire appel...
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

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Re : Le grand magasin
« Réponse #3 le: 31 Mai 2018 à 12:53:54 »
Bonjour

C est bien mene et c est palpitant !

bravo !!!  :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Ashka

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Re : Le grand magasin
« Réponse #4 le: 31 Mai 2018 à 19:32:44 »
 :)
Citer
Après la grande bataille de la nuit, comme il l’appelait. Dans les grandes surfaces, c’est la nuit que la majeure partie des employés travaillent. Il faut ranger ce que les clients ont dérangé la journée. Recevoir les camions de livraison. Trier les arrivages, réapprovisionner les rayons, ranger les colis en réserve, modifier l’affichage. Le magasin grouille d’activité la nuit.
Essayer d’enlever le dernier « la nuit » ou pas ? (les autres, je les garderai ;))
Citer
Un carton qui traine, une rallonge électrique mal dissimulée, une gondole mal équilibrée. La première personne âgée qui passerait par là trébucherait, se casserait le col du fémur.
Pour lier la gondole avec le danger qu’elle représente «  : » ? entre les deux phrases ? Mais il y en a qui ne sont pas fan de ça.
Citer
Et le magasin devrait débourser d’énormes indemnités, rognant sur la marge. Et ça, Laurent ne l’acceptait pas.
Enlever l’un des « et » ?
Citer
Alors tous les jours, il arrivait à sept heures du matin. Même s’il n’était payé qu’à partir du huit heures.
Deux « alors » et « de » huit heures du matin (coquillette  ;) )
Citer
Parce que le parking des employés se trouvait à deux cent mètres de l’entrée.

Un chti « s » à cent.
Citer
Plutôt que de se ruiner en horodateurs au centre-ville, ils avaient pris l’habitude de stationner ici et d’en faire un parking-relai. Et ils prenaient le bus pour effectuer les derniers kilomètres.
Ne faire qu’une seule phrase pour éviter le « Et » en début de phrase ?
Citer
—  Alors, rien de spécial cette nuit ?
Christophe faisait partie des veilleurs de nuit. Les membres les plus importants de l’équipe, selon Laurent. Ceux qui doivent d’un côté surveiller que le personnel ne profite pas de la nuit pour commettre des larcins. Ceux qui doivent assurer la sécurité contre les cambrioleurs. Ceux qui doivent être capables de gérer les premiers secours en cas de problème. Ceux qui doivent aussi être capables d’entretenir les systèmes anti-incendie pour que ceux-ci soient fonctionnels la nuit. Ceux à qui on fait confiance pour travailler seuls la nuit, sans encadrement. Les places étaient recherchées, parce que le salaire de nuit était nettement plus élevé que le salaire de jour.
Un peu trop de nuit ? Et il y a d’un côté qui appelle son pendant : de l’autre, qui manque ici ? Du coup il manque quelque chose ?
Citer
Mais ce n’est pas eux qui venaient dans son bureau. C’est lui qui se déplaçait. Et qui leur amenait un café. Pour leur montrer le respect qu’il avait pour eux.
Ah, des phrases courtes ! :coeur: Ça fait effet ! Peut-être enlever le « mais » du début de la 2è phrase ? Peut-être quand même lier : "C’est lui qui se déplaçait et leur amenait un café." ? (ce n'est qu'une suggestion)
Citer
— Alors j’ai attrapé un chat errant qui était entré par les réserves arrières…
arrière ?
Citer
Une feuille de salade ou un peu d’eau au sol, et n’importe qui peut glisser et encore une fois faire un procès au magasin. Hors de question.
"Hors de question" un peu en trop ici ou pas ?
Citer
Dans le groupe auquel appartient l’hypermarché, la tradition veut que tout le monde, quel que soit son niveau hiérarchique, se tutoie et s’appelle par son prénom. Parce qu’on est une grande famille. Tu parles ! Bande de faux culs, s’était toujours énervé Laurent.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Citer
Sept heures quarante. Laurent frappe à la porte du bureau de Philippe.
Enlever "de Philippe" pour éviter les redites, peut-être ici on comprend ?
Citer
Laurent pousse le battant, et fais un pas dans le bureau, tendant la main au directeur qui la lui sert.
serre
Citer
Je te rappelle que c’est aussi toi et ton équipe qui êtes sensés empêcher ce genre de chose !
censés
Citer
Alors embaucher des gars supplémentaire, pourquoi faire ?
suplémentaires, pour quoi faire.
Citer
Et les syndicats ne bougeaient pas… Et maintenant, c’était son équipe qui était sur la sellette. Il fallait agir, pour arrêter ça. Et vite.
Enlever le « Et » avant les syndicats ?
Mon Dieu… ça me rappelle des choses. Et pour faire face à ce genre de direction, il faut des personnes couillues. Le malheur de la lâcheté ordinaire…
Citer
— Dis-moi Fred, quand étais-tu sensé recevoir cet arrivage de caviar ?
censé.
Citer
Mais j’ai reçu la copie du bon du transporteur, et on n’a jamais eu de problème avec eux ces cinq dernières années.
Peut-être enlever le « et » après transporteur ?
Citer
— L’entreprise « Marée Montante ». Tu veux leurs coordonnées ?
Marrant le nom ! :D
Citer
et le mal de crane n’était pas loin.
crâne
Citer
Puis, le chauffeur retourne à son camion, ouvre les portes arrières de la cabine frigorifique, et sors deux palettes de marchandise avec un tire-pale.
Arrière, sort, tire-pal (il me semble sans « e » ?)
Citer
et rend le bon de livraison signé au transporteur, qui referme les portes, remonte dans son camion, et repars.
repart
Citer
Rien à dire, On ne peut rien déduire de concret.
minuscule à on
Citer
Laurent décide de passer cette nuit, interroger Stéphane :
Mm inverser ? « Laurent décide de passer interroger Stéphane cette nuit » ? Ou pas... ;)
Citer
Alain est le vendeur du rayon.
— Oui Laurent, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Tu veux acheter une nouvelle télé ?
— Pas vraiment, non. Je voulais te voir pour ça, dit-il en désignant les multiprises.
— Ordre de Philippe. Je sais que ce n’est pas très réglo, mais…
— Pas très réglo ? Tu te fous de moi ? Je vous ai déjà expliqué, à toi et à tes collègues du rayon que c’est strictement interdit !
— Écoute Laurent, je n’ai pas le temps de discuter de ça avec toi. J’ai des clients qui attendent, et Philippe m’a dit qu’en cas de problème avec toi, je devais l’appeler. C’est ce que tu veux ?
— Tu ne serais pas en train de me menacer, des fois ?
— Non, bien sûr, tu es mon supérieur. Mais je te dis ce qu’il en est.
Ha, oui, ça je connais, ce genre de type…
Citer
— Duval, De l’hypermarché Chanau.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Citer
Comme d’habitude, Laurent se gare sur le parking des employés. Pfff… Bientôt, je passerai mes jours et mes nuits ici, si ça continue…
Passant par l’entrée réservée aux employés, il avait pris soin de prévenir Christophe de son arrivée.
Pas très heureuse la redite d’employés ? (salariés pour l’un, ou autre chose ?)
Citer
Mais je vais lui faire croire que je passe pour préparer un exercice d’évacuation incendie.
Enlever ce « Mais » en début de phrase ?
Citer
— Pfff… J’sais bien que c’est ton boulot, mais c’est chiant, tous ces exercices, tu sais ?
Enlever les virgules, ou pas ? Ça saccade un peu trop ?
Citer
Allez, allons faire un tour aux surgelés.
Ils y vont tous les deux ? Si non, pourquoi «allons » ? Ah ok, je comprends, il se parle à lui-même, pour éviter la confusion, éclaircir un chouilla pour ma petite cervelle d'oiseau ou pas  ?
Citer
— ca m’aurait étonné !
Ça
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— Je prépare un exercice d’évacuation…
— Encore ?!?
;D
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En plus, il fait toujours au moins quarante degrés, là-d’dans, tu parles, c’est juste derrière les fours à pain !
— Oh putain ! Jérémy, montre-moi ce carton !
La vache ! Le caviar !  :D
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Dix minutes après, Laurent expliquais à son directeur que le caviar n’avait pas été volé, et que son équipe n’avait donc pas failli à sa mission.
expliquait
Citer
Après enquête auprès du personnel du rayon, il s’avère que c’est vous qui avez donné les consignes.
Ces consignes ? (ce n’est qu’une suggestion )
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Voici donc un procès-verbal, vous condamnant à vingt-cinq mille euros d’amende, soient mille euros par congélateur mal réglé.
Enlever la virgule après « procès-verbal »
Citer
— Tu ne feras pas ça. Il y a des clients juste à côté. : regarde ce couple !
Un point en trop après « côté »
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— Moins fort, bordel, il y a du monde qui nous entend ! Je te préviens, si tu les retires, je te vire sur le champ !
sur-le-champ (les fameux tirets! :D)
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À ce moment-là, Alain s’avance :
— C’est bon, tu as gagné, tu as eu ce que tu voulais ?
— Pas tout à fait, non.
— Qu’est-ce qu’il te manque, encore ?
— À moi, rien, mais à toi, il te manque tes chaussures de sécurité.
— Et alors ?
— Alors je te mets en mise à pied conservatoire. Va récupérer tes affaires aux vestiaires, et va-t’en. Tu seras convoqué à un entretien ultérieurement.
Ha, si ça pouvait se passer comme ça partout…

Merci beaucoup. Des témoignages comme ça, j’en entends souvent par des copains et copines et ça m'est aussi arrivée d'avoir été menacée d'être virée dans ce même genre de contexte, même si ce n'est pas la grande distribution, alors ça me fait vraiment du bien de te lire Dieter, là-dessus. :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:
En ce qui concerne le texte, le déroulé marche pour moi, les rebondissements sont bien amenés, c’est vivant et il est vrai que les dialogues ont ceci d’avantageux de donner du peps au récit quand on sait les manier. :)

Merci pour le partage ! C'est sympa de te voir en texte court !

La prochaine, fois, tu fais le blind texte, hein ? ;) :calin:
« Modifié: 31 Mai 2018 à 20:46:37 par Ashka »

Hors ligne Dieter

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Re : Re : Le grand magasin
« Réponse #5 le: 31 Mai 2018 à 21:45:05 »
Salut Ashka  :)

Bien vu, j’en ai ras la casquette chez moi aussi qu’on dise qu’on est une grande famille ça me gave ! >:D
Une fois, après que le directeur m'ait une nouvelle fois sorti cette connerie, je lui ai expliqué que je me considérerai de la famille lorsque le PDG milliardaire me mettrait sur son testament. Il n'a pas apprécié...

Citer
Mon Dieu… ça me rappelle des choses. Et pour faire face à ce genre de direction, il faut des personnes couillues. Le malheur de la lâcheté ordinaire…
Il faut surtout des syndicats qui fassent front commun contre les patrons véreux au lieu de passer leur temps à se tirer dans les pattes pour se piquer les financements.

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— L’entreprise « Marée Montante ». Tu veux leurs coordonnées ?
Marrant le nom ! :D
Je crois que le nom exact, c'était "Belle Marée", mais ça remonte à près de vingt ans...

Citer
Ha, oui, ça je connais, ce genre de type…
Je ne peux pas encadrer ce genre de mec, franc comme un âne qui recule, et qui ne te dit jamais les choses en face.

Citer
Citer
— Duval, De l’hypermarché Chanau.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Ah bon ?  ;D

Citer
Ils y vont tous les deux ? Si non, pourquoi «allons » ? Ah ok, je comprends, il se parle à lui-même, pour éviter la confusion, éclaircir un chouilla pour ma petite cervelle d'oiseau ou pas  ?
Je voulais passer les pensées en italique, mais j'ai zappé, c'est de ma faute.

Citer
La vache ! Le caviar !  :D
Tu m'étonnes ! Il était liquide, dans les boites... Et je ne te raconte pas l'odeur...  :-¬?

Citer
Ha, si ça pouvait se passer comme ça partout…
Oui, sauf qu'en fait ils ont fini par avoir ma peau. Mais je ne regrette rien.

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Merci beaucoup. Des témoignages comme ça, j’en entends souvent par des copains et copines et ça m'est aussi arrivée d'avoir été menacée d'être virée dans ce même genre de contexte, même si ce n'est pas la grande distribution, alors ça me fait vraiment du bien de te lire Dieter, là-dessus. :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:
Disons que des mauvais patrons, il y en a dans tous les secteurs. Le soucis, c'est qu'en grande distribution, leur arrogance met la vie de milliers de personnes en danger.

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Merci pour le partage ! C'est sympa de te voir en texte court !
La prochaine, fois, tu fais le blind texte, hein ? ;) :calin:
Écrire une bonne histoire, c'est faisable lorsqu'on a soit de l'expérience, soit de l'imagination. Écrire une bonne histoire courte relève du talent et du travail. Pour l'instant, ça reste donc pour moi du domaine du rêve.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Ashka

  • Invité
Re : Le grand magasin
« Réponse #6 le: 31 Mai 2018 à 21:52:31 »
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Écrire une bonne histoire, c'est faisable lorsqu'on a soit de l'expérience, soit de l'imagination. Écrire une bonne histoire courte relève du talent et du travail. Pour l'instant, ça reste donc pour moi du domaine du rêve.
Après ça dépend du sujet aussi ? Si tu penses à quelque chose qui te tiens à cœur, ça peut être quelque chose de tout simple qui t'a touché ? Que tu as vu ? Un détail ?
Il faut bien commencer un jour ? N'oublie pas que tu as déjà  fait un poème ici  :coeur:  ;)

 


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