Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

17 Mai 2026 à 01:16:52
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » ligne blanche

Auteur Sujet: ligne blanche  (Lu 1684 fois)

Hors ligne moyen chog

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ligne blanche
« le: 29 Avril 2018 à 21:20:12 »
Ce jour là, le jour de mon anniversaire, j'ai su que j'allais tué mon père. Avec le cadeau qu'il m'avait offert pour mes 15 ans.

Mon père faisait partie de ces gens que les voisins adorent. Que les collègues de travail apprécient. Toujours prêt a rendre service, emmener les gosses à l'entrainement de foot, donner un coup de main pour un déménagement, bref, le mec qui s'occupe du barbecue pendant qu'on prend l'apéro.
Coté pile.

Mon père faisait partie de ces gens qui frappent leurs femmes, qui violent leurs fils depuis qu'ils ont 10 ans. Toujours prêt à sortir la boite à gifles. Toujours prêt à distribuer des coups à des endroits où les bleus ne se voient pas. Ne se devinent pas. Toujours prêt à sortir sa queue pour me la fourrer dans la bouche. Ou ailleurs. Jusque dans mon cœur.
Coté face.

Alors, depuis tout petit, j'ai appris à le haïr. A le désaimer. Et pendant ses coups de boutoirs répétés, sentant sur mon cou son haleine avinée, j'ai appris à haïr ma mère. Où était elle? Que faisait elle, pendant tout ce temps? Ce tant! Ce trop plein de brutalités. Je ne sais plus lequel des deux j'ai haïs le plus.
Seul.
Amoché.
A bout de moi.
Blessé.
Violé.
Déjà mort.

Ce jour là, le jour de mes 16 ans, j'ai su que j'allais tué mon père. Et ma mère. Avec le cadeau qu'il m'avait offert pour mes 15 ans.

Ma mère faisait partie de ces femmes battues, humiliées, sans défenses. Pas de travail. Pas d'amies. Toute la journée à la maison. A quémander le moindre euro pour nourrir la famille et payer les factures.
Craintes.
Craintives.
Toujours à attendre l'irréparable. Le trop tard. Le si j'avais su.
Le pourquoi j'ai rien dit.

Alors, ce jour là, le jour de mon anniversaire, de mes 16 ans, j'ai su que ma vie allait prendre une tournure que je n'avais pas imaginé. J'ai su que ma liberté m'enfermerais.
J'ai su que bientôt, je ne retournerais plus dans la maison qui m'a vu grandir.
Cet endroit de malheurs.
De peurs.
De sang.
De muscles froissés.
D'os tuméfiés.
De sperme éjaculé.
Cet endroit de privations.
De cris chuchotés.
De larmes séchées.
Vies glauques, le mal est souffrance.

Ce jour là, le jour de mon anniversaire, de mes 15 ans, ma mère avait invité mes copains et quelques voisins, pour une petite fête organisée l'après midi. Avant que mon père ne rentre. J'étais heureux, aux anges. D'autant qu'elle m'avait offert un smartphone. Et ça, pour un gosse de 15 ans, c'est le plus beau cadeau du monde.
Evidemment, ma mère s'arrangea pour que tout le monde fut partit avant le retour de mon père.
Et evidemment, quant il arriva, il m'arracha le smartphone des mains et le jeta contre le mur de la cuisine. Et le fracassa à coups de talons bien placés. Il gifla violemment ma mère. Qui s'écroula sur le sol carrelé. Et moi, du haut de mes 15 ans, j'étais térrifié. Terrorisé. Et j'attendais les poings qui s'abattraient. Mais, au lieu de ça, il gueulait à mon adresse et à celle de ma mère: JE VAIS VOUS MONTRER CE QU'IL FAUT OFFRIR A UN GOSSE DE 15 ANS. Il retourna à sa voiture et revint quelques instants plus tard avec, entre ses mains, son cadeau.Mon cadeau. Une carabine! Et il regueula: A PARTIR D'AUJOURD'HUI, TOUS LES DIMANCHES, TU VIENDRAS AVEC MOI A LA CHASSE.
Alors, j'ai su.

Et je suis allé à la chasse. Tous les Dimanches. Avec lui. Bon fils. Vise, ne respire plus et tire. Et tue. Et le gibier s'effondre. Et tu jubiles devant lui. Tapes dans le dos. Faux semblants. Fausses complicités. Père et fils ensemble. Mère presque heureuse.

Ce jour là, le jour de mon anniversaire, de mes 16 ans, ma mère avait prévu une sortie ciné et Macdo. A ma grande surprise, mon père avait accepté. Mais, le matin même, il avait reçu, au courrier, le bilan trimestriel de mes notes. Et c'etait pas bon. Voir mauvais. Pluie de coups, insultes, humiliations. Privé de sortie.
Alors, le soir venu, ils partirent tous les deux.
Alors, je suis descendu au sous sol, j'ai pris ma carabine et deux balles. J'ai enfourché mon vélo et je suis parti en ville. En face de l'Eden, c'est le nom du ciné, il y a un abribus. Je me suis assis et j'ai attendu la fin du film. Et la sortie de mes parents. Mon arme planquée dans sa housse, derrière mon dos, prête, chargée. Prête pour la mort. Pour la liberté.
Alors, quand les premiers cinéphiles sortirent de l'Eden, j'ai pris  l'arme dans son étui, je me suis agenouillé et j'ai attendu les deux visages familiers. Bon fils. Vise. Et ne respire plus. Tire. Deux fois. Et deux corps se sont éffondrés. Comme un seul homme.


PARTIE DEUX

Je n'avais pas le temps de sortir avec ma femme, mais le jour de notre anniversaire de mariage, c'était devenu comme un rituel. Et comme d'habitude, ma femme avait réservé dans un petit resto sympa, tout près de l'Eden. J'étais commissaire de police dans cette petite ville où il ne se passait pas grand chose. Quelques vols, des effractions, des femmes battues, des maris trompés, des gens bourrés bousculés par la vie. Alors, quand j'ai entendu deux coups de feu tirés à quelques pas du resto, je suis parti en courant, laissant ma moitié devant son ile flottante.
Arrivé devant le ciné, j'ai vu un gamin agenouillé sur le trottoir, les bras levés, j'ai vu une carabine à ses genoux. J'ai vu un attroupement, j'ai vu deux corps ensanglantés. Et les renforts arrivèrent très vite. Le gamin fut embarqué au poste, le lieu des crimes libéré des curieux. Et l'enquête commença. Le gamin, au poste, écrivit ses aveux. Et écrivit aussi qu'a partir de ce soir, il ne parlerait plus. Nous avons tracé, autour des corps emmêlés, les bandes blanches d'usage pour les besoins de l'enquête. Après les photos, nous avons ôtés les chairs. Ne restait plus que les bandes blanches et le trottoir souillé. Alors, je suis rentré chez moi. Ma femme dormait. Drôle d'anniversaire. Triste. Douloureux. Intense. Le gamin n'avait pas voulu nous expliquer pourquoi. Il n'avait pas menti. Il avait omi.
A 5 heures du matin, le telephone sonna, et le flic de garde me demanda de venir le plus vite possible devant l'Eden. Dix minutes plus tard, j'étais avec lui. Eberlué. Sonné. Les bandes blanches, peintent quelques heures plus tôt, avaient disparues. Envolées. Balayées. White Spiritées.
Vers 7 heures, je suis allé à la maison du couple assassiné, pour les besoins de l'enquête. Pour comprendre. Et les bandes blanches étaient là. Sur la porte d'entrée. Une main sur la poignée. Chaos dans ma tête. Sueurs froides le long de mon dos.



PARTIE TROIS

Cela fait maintenant trois ans que je suis enfermé dans cette unité de soins au coeur de la prison. J'ai été reconnu coupable. Mais pas responsable. Je ne parle plus. Mais je me souviens de ma vie d'avant. Ai je été battu, violé, insulté par un père aimant? Ai je été abandonné par une mère exemplaire? Je ne sais plus.
J'avais une famille, je ne l'ai plus.
Ne plus parler.
Alors, je peints.
Je peints des tableaux que le monde entier s'arrache.
Je peints des bandes blanches sur des portes.
Moi, je ne crois plus en Dieu, depuis que lui ne croit plus en moi.

Hors ligne Claudius

  • Modo
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Re : ligne blanche
« Réponse #1 le: 29 Avril 2018 à 22:05:51 »
waouh ! Scotchée, ce texte est puissant, dirigé avec aisance, il mène là où il veut, c'est bien fait

Bon il y a quelques fautes par ci par là ! Mais je n'ai pas envie ce soir, sur cette première lecture de corriger quoique ce soit, je reviendrai si personne ne corrige avant.

En tout cas, ton écriture est claire et percutante.

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

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Hors ligne Galianis

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Re : ligne blanche
« Réponse #2 le: 29 Avril 2018 à 23:01:51 »
L'écriture est efficace et son côté haché en petites phrases donnent une dimension de tueur au gamin qui est cohérente.
Mais le policier parle pareil. Ca a cassé cette image pour moi.
Enfin, je déplore la surutilisation de connecteurs logique, surtout en début de phrase. C'est très redondant à la fin, et c'est dommage parce que ça fonctionnait bien au début.
Il y a énormément de "Et", de "Alors" ou de "Mais". @moyen Chog je suis persuadé que ton écriture gagnerait beaucoup à se diversifier de ce côté ci.

Dernier bémol... Je n'ai pas bien compris la fin. Comment peint-il les bandes blanches que tout le monde s'arrache ? Sur des tableaux ? Mais le gamin n'a pas vu les bandes sur sa propre maison, non ? Il a été capturé avant qu'elles soient peintes.
Enfin, ses doutes sur ses parents... Ils me laissent perplexes. Le début du texte cite des actes qui clairement n'ont pas pu être inventés. C'est donc pour montrer qu'il se fait laver le cerveau ? On perdrait l'intérêt qu'on portait au personnage, non ?

Hors ligne Christophe Brockmans

  • Tabellion
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  • Et si c'était toi!?
Re : ligne blanche
« Réponse #3 le: 30 Avril 2018 à 08:19:22 »
Dommage pour les fautes d'orthographe, mais je te rassure, je n'ai pas à la ramener sur ce point.  ;D
Sinon, pas mal du tout.  On a toujours prenant, cela donne envie de lire le paragraphe suivant à chaque fois. J'ai bien aimé... 
Si tu aimes lire les textes sombres, rendez-vous dans mon univers...
Christophe Brockmans

Hors ligne avistodenas

  • Prophète
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Re : ligne blanche
« Réponse #4 le: 30 Avril 2018 à 09:26:38 »
Les connecteurs logiques ne gâtent en rien le style, et comme leur nom l'indique, ils sont utiles à donner une cohérence au texte. Si telle est la visée de l'auteur...

Hors ligne Galianis

  • ex Jan Flant
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Re : Re : ligne blanche
« Réponse #5 le: 30 Avril 2018 à 18:44:21 »
Les connecteurs logiques ne gâtent en rien le style, et comme leur nom l'indique, ils sont utiles à donner une cohérence au texte. Si telle est la visée de l'auteur...
Évidemment, un connecteur logique est une chose bien utile, mais il faut les utiliser à bon escient. L'écriture de l'auteur gagnerait à s'enrichir de nouvelles formulations sans que ce soit pompeux pour autant, non ?

Hors ligne Olik

  • Troubadour
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Re : ligne blanche
« Réponse #6 le: 30 Avril 2018 à 23:28:01 »
Le texte est puissant, et on passe facilement d'un paragraphe à l'autre.
J'ai lu ce texte immédiatement, l'appréciant quoique perplexe, quelque chose ne collait pas.
En revenant dessus je vois l'analyse de Galianis.
Bon sang, mais c'est bien sur ! Le policier qui parle pareil et les bandes blanches. Comment sont-elles arrivées là ?
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
Michel Audiard.

“Un artiste, c’est quelqu’un qui se penche par la fenêtre là où on ne le ferait pas, qui doit nous montrer des choses qu’on n’ose pas aller regarder.”
Tania de Montaigne.

Hors ligne moyen chog

  • Scribe
  • Messages: 63
Re : ligne blanche
« Réponse #7 le: 05 Mai 2018 à 07:34:55 »
Alors, bon, bon.
Bien, bien, merci à tous de m'avoir lu.
Merci à Claudius, Galiani, Christophe Brockmans, Avistodenas et L_aï_au_lit d'avoir aimé. Ou pas. Ou moins. Et toutes mes excuses pour avoir tardé a vous répondre. Je fais la course avec le temps. Et je gagne pas. Eternel looser.
J'écris vite. Très vite. Trop vite? Certainement au détriment de l'orthographe. Et peut être que je privilégie la forme au fond. Va savoir.
J'ai appris ce que c'était un connecteur logique. Y'en a t'il trop? Peut être. Ou pas. Moi, j'aime.
Alors, la fin de l'histoire est un peu bizarre. Les bandes blanches posent questions. C'est bien. Le commissaire parle comme l'enfant? Peut être que c'est l'inverse. Ou pas. Et pourquoi pas.
Quoi qu'il en soit, je mets de coté toutes vos remarques et je m'en souviendrais. Plus tard. Dans d'autres écrits.
Tiens, le prochain parlera de César. Pas du chauve avec une couronne, non, du chauve avec un burin.
A bientot.
Moi, je ne crois plus en Dieu, depuis que lui ne croit plus en moi.

 


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