J'avais tant voulu manger la nuit, l'avaler jusqu'à ce qu'elle gonfle et gonfle et qu'elle
se confonde avec une tumeur, comme, les parfums surannés que l'automne, pose de deux doigts sur le contour de tes lèvres. Et sentir à l'aube, les cheveux blonds des parfums qui la traversent.
J'avais tant prié, tant pleuré, tant marché, tant blasphémé tous les saints, tant supplié le reste des
peurs, tant vu, tant dit, que mes yeux usés par les vents devinrent
manteaux de ces vents, et les couvrirent dans un silence que nul ne me
dit.
Alors je suis allé, j'ai éteint, j'ai foulé les corps dont le jour n'attends plus rien, et je me suis attablé entre les candélabres de bois jeune et les couverts de boue de lune. J'ai attendu, que les croissants se montrent, et qu'ils se mangent, et qu'ainsi ils fassent pencher la balance, jusqu'à ce qu'elle comme le roseau se couche, mais ne se brise, pas. Alors j'irais, je ramasserai, je collerais sur ma peau les éclats, comme des mensonges, comme des souvenirs, en attendant un jour qui ne se lève, et dont l'attente est ma brulure.
J'attendrais.
Quoi que le ciel me montre, je le prendrai.
Et j'attends chaque nuit, de pouvoir garnir mes aquarelles de couleurs, d'odeurs, d'impressions et d'incendies, pour un festin sans convives, pour que seule l'attente inerte, parmi les rires, la pourriture et les éboulis, se meuve, et éclate en saveurs quand la tige de la première rose sera fendue du premier bruit.
J'irais alors, si tu le permet, chercher des onguent, des baumes, couvrir ton corps de fumées et de fantômes, et des écailles qui font l'or, pour qu'il ne soit plus que poussière et que cette poussière fasse mon repas.