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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Arracher le pansement

Auteur Sujet: Arracher le pansement  (Lu 2383 fois)

Hors ligne LouisePT

  • Plumelette
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Arracher le pansement
« le: 30 Avril 2018 à 22:33:53 »
Bonjour ! Voilà un début de quelque chose qui cherche correcteur...


Il y avait la couette, lourde et moelleuse. Un origami posé sur la table de nuit. Il y avait une chanson de Bowie qui flottait dans l’air. Il n’était plus là mais il était partout. Son absence était palpable, envahissante. Ça vous serrait le cou et vous crevait les tempes. Il était parti en laissant du vide, du vide dans tous les gestes et dans chaque journée. Il n’y avait pas de palliatif, pas d’issue de secours. Elle avait vidé des bouteilles, mangé à en vomir, elle avait fumé pendant des heures, mais l’absence était toujours là. Un trou béant dans sa poitrine qui ne cessait de suinter une bile grasse et amère. Maya ne pleurait plus. Toutes ses larmes y étaient passées, ça devait être tout desséché à l’intérieur. Non, elle ne pleurait plus à présent. Plus rien ne sortait. Le chagrin était coincé quelque part entre ses poumons et ses yeux. Parfois ça enflait et elle suffoquait, elle pensait qu’elle allait crever de douleur, et puis comme la mer, ça repartait et elle respirait à nouveau. A chaque fois elle se promettait d’en parler, d’appeler à l’aide avant que la prochaine vague ne vienne, et puis elle se rappelait qu’elle n’avait jamais su tenir ses promesses. Alors elle se rongeait chaque jour un peu plus en-dedans. Ils avaient dit qu’il faudrait être courageuse. C’est une épreuve difficile mais tu es forte et tu t’en sortiras. La vie vaut le coup d’être vécue. Tiens bon. Ils lui avaient tenu les mains, caressé les cheveux, en disant qu’ils étaient là pour elle. Mais il n’y avait personne. Personne pour partager le vide et la brûlure lancinante à l’intérieur. C’était une plaie à vif, une longue écorchure en travers du corps. Ils ne ressentaient pas la douleur.
Certains jours, elle arrivait à vivre. Elle lisait, elle sortait, elle riait même parfois. C’était doux, fragile, un soleil de fin d’été. Son visage s’animait et le fond de ses yeux s’éclairait un peu. Ces jours-là, ils se sentaient rassurés. Elle remonte la pente, ça se voit. Remonter la pente ? Elle aurait été bien contente de trouver une pente quelque part. Elle ne voyait que des gravats. Des tas de gravats ternes et cassants, des souvenirs arrachés et beaucoup, beaucoup de regrets. Son monde s’était écroulé et depuis elle s’effritait au beau milieu d’un terrain vague.

Elle ne lui en voulait pas, mais elle aurait aimé comprendre. Qu’il lui laisse autre chose que sa douleur acide et quelques mots sur un écran. Qu’il ne se tue pas sans rien dire. Il avait tant parlé, tant écrit. Il savait inventer les histoires. Quand il racontait, ça fusait d’images et de sons, ça vous embarquait, ça vous prenait aux tripes. Il connaissait les mots, ces mots justes et pleins. Il vous entraînait sans efforts, vous trimballait d’un coin à l’autre, s’arrêtait pour peindre un détail et vous tordre l’esprit, et on était forcément surpris par la chute de l’histoire. Oh oui, il la choyait, sa chute. La fin était toujours une gifle, un bijou. Au plus profond d’elle-même, Maya savait que le jour de sa mort, il n’avait pas été à cours d’inspiration : il avait juste été à cours d’envie. Alors elle lui avait pardonné avant même de penser à lui en vouloir. Elle aurait aimé qu’il ne parte jamais, mais elle l’aimait trop pour le forcer à rester. Il ne lui avait pas demandé son accord de toute façon. Il avait décidé tout seul, comme une grande personne. Il n’était pas une grande personne. Il avait à peine dix-neuf ans.



Merci d'avoir pris le temps de lire ! Je suis pour l'instant au stade de la moue dubitative face à ce texte, alors je lirai avec plaisir (et reconnaissance éternelle) vos critiques et autres précieux conseils.
A tout bientôt,
Louise

Hors ligne Claudius

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Re : Arracher le pansement
« Réponse #1 le: 30 Avril 2018 à 23:06:31 »
Me voici la première à te lire, et à te dire qu'il est difficile d'apporter un commentaire constructif.
Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien à dire, qu'à lire, apprécier, souffrir et presque sentir une larme effleurer ses pupilles.

Ce texte est fort, prenant, puissant. On imagine du vécu, sorti des tripes, il crie, il frappe, il marque.

J'ai aimé, beaucoup aimé. De plus une orthographe qui me semble parfaite, j'avoue que je ne m'y suis pas attardée tant j'ai lu d'une traite.

N'aie plus peur, ta plume est adroite et je te reviendrai lire.

 :mrgreen: :mrgreen:
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Hors ligne Dieter

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    • Dieter
Re : Arracher le pansement
« Réponse #2 le: 30 Avril 2018 à 23:10:38 »
Rien de plus à ajouter. C'est... C'est... Je ne sais pas. C'est beau, et c'est tout.
Un véritable talent !
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne LouisePT

  • Plumelette
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Re : Arracher le pansement
« Réponse #3 le: 30 Avril 2018 à 23:13:22 »
Je trépigne devant mon écran - réaction physiologique à trop de joie d'un coup. Merci pour vos mots !

Hors ligne Claudius

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  • Miss green Mamie grenouille
Re : Arracher le pansement
« Réponse #4 le: 30 Avril 2018 à 23:14:33 »


Ils sont sincères Louise, quand je n'aime pas je le dis aussi, mais là je suis restée scotchée, et si Dieter n'a rien rajouté alors, c'est une belle entrée sur le site ! Bravo !
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Hors ligne Nacas

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  • Dragon d'encre
Re : Arracher le pansement
« Réponse #5 le: 30 Avril 2018 à 23:41:00 »
Bonsoir.
Emilia dirait : je viens pour mon compte ; c'est vrai.

Bon. Pas envie de commenter, jamais envie de commenter, mais bon j'imagine qu'il faut bien une fois, et ça m'abrutit de voir les deux vautours te tourner autour. Qu'ils se détendent tout de même : ils savent que j'ai le parler plus railleur que franc à leur sujet. C'est pas le propos.
Le texte est bon, il honore mon temps et c'est un sacré de quelque chose déjà. Mais si vous voulez mon ptit bout à moi, il n'est pas bon de le porter en pâmoison comme ça.

À part le coup de l'auteur qui présente puis conclut et qui m'agace fort il y a ça :
Citer
Qu’il lui laisse autre chose que sa douleur acide et quelques mots sur un écran.
Ça, c'est assez et c'est une déclaration d'hostilité : à partir de là c'est à toi de jongler entre solennel, sentiments et pudeur. Tu t'en sors.
Citer
Qu’il ne se tue pas sans rien dire.
Danse, en avant.
Citer
Il avait tant parlé, tant écrit. Il savait inventer les histoires. Quand il racontait, ça fusait d’images et de sons, ça vous embarquait, ça vous prenait aux tripes. Il connaissait les mots, ces mots justes et pleins. Il vous entraînait sans efforts, vous trimballait d’un coin à l’autre, s’arrêtait pour peindre un détail et vous tordre l’esprit, et on était forcément surpris par la chute de l’histoire. Oh oui, il la choyait, sa chute. La fin était toujours une gifle, un bijou.
Bref je me suis lassé entre-temps dans l'écriture et ça c'est pas top c'est pas transcendant c'est ça qui te laisse la moue dubitative sur le râpeux de la langue ; ça et la douleur du premier paragraphe, très bien décrite mais trop peu charnelle, trop peu ralliée au corps : aux songes, à l'esprit. Tout ça c'est un tout, tu le sais et comme tu l'as écrit il ne transparaît pas assez et tu le sais aussi ; c'est ça qui donne le goût du moue.
Rien que tu ne saches déjà. Ah, ce passage parle du texte par le texte aussi, la mise en abîme n'est ni pitoyable ni ridicule ni piteuse, et c'est une qualité, mais elle dénote tout de même un peu. Je pense que tu l'as senti aussi.

Citer
Au plus profond d’elle-même, Maya savait que le jour de sa mort, il n’avait pas été à cours d’inspiration : il avait juste été à cours d’envie.
Citer
Alors elle lui avait pardonné avant même de penser à lui en vouloir.
Fantasque.

Citer
Elle aurait aimé qu’il ne parte jamais, mais elle l’aimait trop pour le forcer à rester. Il ne lui avait pas demandé son accord de toute façon.
Je l'aurais faite en deux temps.

"Elle aurait aimé qu’il ne parte jamais, jamais. Il ne lui avait pas demandé son accord de toute façon. Il avait décidé tout seul, comme une grande personne. Mais elle l'aimait trop pour le contraindre à rester. Il n’était pas une grande personne. Il avait à peine dix-neuf ans."
Sublime.



Les compliments... Je ne sais pas, fais-y attention.
Belle prose.


Bonne soirée à toi, cette fois-ci je m'en vais pour de bon,
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Olik

  • Troubadour
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Re : Arracher le pansement
« Réponse #6 le: 30 Avril 2018 à 23:53:41 »
Mon passage préféré :
Citer
Ils lui avaient tenu les mains, caressé les cheveux, en disant qu’ils étaient là pour elle. Mais il n’y avait personne. Personne pour partager le vide et la brûlure lancinante à l’intérieur.
Encore que sur la liste il y en ait d'autres, comme :
Citer
Elle remonte la pente, ça se voit. Remonter la pente ? Elle aurait été bien contente de trouver une pente quelque part.

Sinon :
 à cours d’envie ==> à court.

J'ai aimé le texte, sans ressentir de vibrations pour Maya. Il y a un rythme, comme une pulsation, je ne sais comment le dire, qui ne demande qu'à être dégagé de sa gangue. C'est pas loin. Pour le moment il me berce plutôt, la beauté du texte s'en trouve affaibli. Mais ça, c'est question de goût.
Il y a un sens de la formule, de l'image.
« Modifié: 01 Mai 2018 à 00:03:22 par L_aï_au_lit »
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
Michel Audiard.

“Un artiste, c’est quelqu’un qui se penche par la fenêtre là où on ne le ferait pas, qui doit nous montrer des choses qu’on n’ose pas aller regarder.”
Tania de Montaigne.

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : Arracher le pansement
« Réponse #7 le: 01 Mai 2018 à 00:12:12 »
Bonsoir Louise

J'ai beaucoup aimé ton texte. J'aurais du mal à qualifier précisément ce que j'ai aimé, c'est un ensemble... A mes yeux, il y a quelque chose de naturel dans tes écrits, à la fois de très authentique et de très légèrement détaché, qui me convient bien. La plupart des images ainsi que le rythme me plaisent. Je ne saurais pas mieux décrire mes impressions ce soir  :-[ désolée, ce n'est pas très constructif.

Au plaisir de te lire :) .
~ Ari ~

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
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Re : Arracher le pansement
« Réponse #8 le: 01 Mai 2018 à 12:26:42 »
Des perceptions très justes, et un style qui, à l'avenir, va sûrement devenir encore plus acéré et singulier.

Très prometteur.

Hors ligne avistodenas

  • Prophète
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Re : Arracher le pansement
« Réponse #9 le: 01 Mai 2018 à 13:27:16 »
Une très belle écriture qui, me semble-t-il, serait capable d'écrire sur n'importe quoi.

Je reste désarçonné car je n'ai pas suivi la carrière ni les oeuvres de Bowie, que je redécouvre par tes mots.

N'est-il pas mort d'un cancer ? A te lire, on croit qu'il s'est suicidé.

Avait-il vraiment dix neuf ans à sa mort ? J'en doute.
Bref, c'est moi qui interprète mal, tant pis pour moi.

Mais ce qui est clair, c'est que tu as une plume qui te distingue.. On te relira avec délectation.

C'est comment, déjà ? Ah oui ! Louise PT. On s'en souviendra. ;)
« Modifié: 01 Mai 2018 à 13:30:27 par avistodenas »

Hors ligne Claudius

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  • Miss green Mamie grenouille
Re : Arracher le pansement
« Réponse #10 le: 01 Mai 2018 à 14:37:05 »
Avisto, c'est juste une chanson de Bowie, je ne suis pas sûre que ce texte lui soit destiné.

Nacas ? Certains complimentent tout le temps, d'autre le font quand le texte leur plait, le mérite.

 :relou: :relou:
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Hors ligne Vilmon

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Re : Arracher le pansement
« Réponse #11 le: 02 Mai 2018 à 04:34:16 »
Salut,

Je reviens au titre : arracher le pansement.  Bien doucement, une longue lancinante douleur, ou d'un geste bref, un choc et ce n'est plus qu'un souvenir. 

Je crois que c'est bien exprimé, le texte transmet le désespoir et la détresse de cette personne.  Mais j'ai trouvé que c'était lourd dans la présentation physique du texte.  Je m'explique : sans être un grand connaisseur, j'aurais peut-être ajouter de l'espace au texte, aérer les 3 paragraphes en plusieurs petits avec des séparations bien placées.  Je ne sais pas trop, peut-être entre "...grasse et amère.  (ici) Maya...", "...plus en-dedans. (ici) Ils..." et "...un bijou.  (ici)  Au plus..."  Je crois que cela pourrait alléger la lourdeur du thème, permettre au lecteur une petite pause avant de reprendre.

Il me semble que la progression est bonne, le rythme est bon.  Le lecteur découvre graduellement la situation, avec tout juste d'intrigue et de question pour qu'il poursuive sa lecture pour mieux saisir, mieux cerner.

Vilmon

 


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