Bien longtemps avant lui, nous nous sommes levés, histoire de le surprendre à l'aurore paresseuse tentant tant bien que mal, de rester les yeux clos.
Dans une nuit profonde, comme peuvent être les pensées d’un philosophe dandy, nous partons en voiture.
Comme le temps parait long, je me laisse distraire par l’imagination fuyant le long des routes balisées par l’ennui.
Les phares, au détour des ténèbres et d'une épingle à cheveux noirs comme l’ébène, attrapent le regard d'un lapin rougissant de frayeur nocturnes. À l’abri du danger, sur le bord de la route, le lièvre soulevé nous fait un bras d’honneur en criant : “Mort aux cons”. Tout le monde près de moi semblant trouver tout ça parfaitement banal, je pense que c’est moi qui ne suis pas normal.
La route interminable m’endort pour de bons.
Au sortir d’un virage à quatre-vingts degrés nous avons vraiment chaud quand un cerf couche-tard, aux pattes de sa maîtresse, pas pressé d’affronter les reproches de “Bibiche”, traverse tranquillement et sans le moindre stress la route qui serpente. Le chauffeur ne fait pas même une embardé et continu sa route sans prêter attention à celui qui essaie, sans le moindre succès de courir sur son pied.
Bavant et impatient de rejoindre sa belle, son beau ou peut être lui-même (le principal étant au moins que cela soit une personne qui l’aime), un escargot, averti juste à temps par le bruit d'un peuneu crissant sur le bitume, se jette dans le vide d'un ruisseau ruisselant.
Chanceux, il atterrit, comme dans un fauteuil, sur le ventre d'un crapaud prenant un bain de lune qui attend la bonne heure pour rejoindre ses quartiers.
Le boutonneux surpris fait un rot formidable et crache toute sa bile au vent passant par là.
Le liquide verdâtre qui tombe, que rien n’arrête, va finir sa course bien plus bas, bien plus bas, sur un chiffonnier qui, au fond d’un trou sans fond, s’évertue à trier des chutes d’habits sales.
La voiture ralentit, je sors de mes rêveries et pour me réveiller, j’entrouvre la fenêtre de ma chambre à coucher. J’entends le son parfait d’une nature qui s’éveille.
Un merle malicieux (malicieux et rockeur) se moque sans vergogne du jour qui fainéante en faisant pas de deux, en faisant pas de danse dans les ailes d’un moineau qui chante sans s’arrêter : “ C’est dans le mot rockeur, qu’il y a le moqueur”.
“Aller ! Réveille-toi ! T’as dormi tout le long, on entendait que toi. Tu as fait plus de bruit que toutes les pièces en vrac d’un moteur dramatique.”
Je regarde surpris, la tête dans un endroit que la décence ici m’empêche de nommer, ma femme qui me secoue.
“Pourquoi me réveiller ? Ô souffle du printemps. Pourquoi me réveiller ?”
“Il faut nous dépêcher, car le temps passe vite.”
Armés de nos bâtons nous aidant pour grimper, les autres plein d’entrain et moi la tête toujours endormie dans le noir, nous attaquons la rampe...