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IciUn chant résonne
De marbre en marbre court le temple
Désert, rampe le sol ; deux portes en bois massives.
Un chant résonne, je m'approche des marches
Promontoire
– La clarté de la cour filtre à travers le bois ancêtre –
Ciel poreux
Cour vide ; des oiseaux s'envolent
Coursives, colonnes : cadre de pierre
Les oiseaux s'envolent
Je les suis,
Spirale ailée qui dévoile
Aux contrées des montagnes domptées
Deux flèches érigées qui pointent
Là où l'on ne peut qu'admirer
Le temple, profilé face Homme.
Pierres propres
Ciel dense
Pigeons
Faune grise
Vers pic-bloc gris
Sur fond
Gris
Pourtant,
Nuance
Autre sens présent que l'ébahit :
Notes de chants
Résonnent et résonnent
Claires
Jaillissent au ciel
Couleurs aux oreilles,
Les yeux se ferment
Prière
AilleursTopkapi sans lumière.
Sans sa lumière couchante particulée
Socle millénaire curcuma
Mort avec Constantinople marbre
Pris sous une couche de fin d'hiver rouille,
Humide, Passée ; bleus passés
Privée de ce qui la rend vie ;
Derrière l'épaule
Triangle des Balkans
– Sa poursuite, la mienne –
Son armée de brumes des montagnes rustres
Qui attrape et à jamais perd les errants ;
Devant, l'Asie, ses promesses en détroit
Le port, les milliers de mouettes
Le ballet
Au-dessus de la croisette ; des centaines de flashs
Le mondain et à cent mètres,
Les maisons poutres vides
Les quais bloqués de grilles
Criblées de vieux plomb.
« Kapitan », ô Kapitan
Sur les plaques d'un bateau qui mouille
Et cliquent ses chaînes la nuit, fantomatique
Jamais la mer ; le bras tendu au ciel
L'uni.
Brisé – les larmes terre-ciel,
Un petit miracle cerisier défleuri
Où s'accoudent les faiseurs de rêves à la criée ;
Le rose chu, éclats, mare,
Souligne encore plus haut
Le gris le gris le gris
Qui emmitoufle la ville.
Là-basParc aux odeurs de terre retournée
Parc neuf
Parc cerclé de bâtiments factices
D’hôtels de luxe.
Aux limites, les grillagés veillent
Vigiles sans plomb
– Du rouge en silhouette noire –
Des arbres hauts se prennent les pieds dans
Le tapis de mottes bouillies où
Se parsèment quelques fleurs,
Plantées précoces
Elles ne tiendront pas l'hiver,
Tout comme ces touristes pour lesquels
Des jardiniers larmoyant en ont planté l'affront.
Sans même le savoir
Nous surplombons tout un pan de la ville
Visible seulement depuis là-haut,
Dans les arbres
Une petite mélodie ténue s’agite
Là-haut dans les arbres
Je la cherche
– Et des passants lèvent la tête avec moi –
Des oiseaux au plumage inconnu,
Se cachent là-haut dans les arbres,
Bleu vif je les devine
Les imagine aux becs toucans
Amoncelant des brindilles
Seuls libres avec la vue sur tout
Au-delà de l'enclos, qui pour eux n'est pas.
S'envolent – Retentit
Haut-parleur accroché à côté du nid
Aux palmiers
Une voix
Des voix
Ces voix
Le chant ?
Chantent chantent chantent
Psaumes psalmodies
Les chants Harmonie
Cacophone
Symbiose Chantent voix
Graves, aiguës ; multiples Une.
Unisson Dizaines
Centaines
Milliers de chants de voix s'unissent
Retentissent
Courent la ville les toits les parcs les doigts
Courent courent courent
Déflagration du son
Dans les regards des gens
Retentit s'immisce s'inspire
L'orange des ondes chaleur
D'été d'antan d'aujourd'hui d'instant
Ici
Là-bas
Partout
Les voix
Ces voix
Cette voix
Ce chant.
Nulle part et partoutAu parvis du temple,
À l’angle d’un banc, j’aperçois
L’origine du chant :
Le puits des échos
Deux cages thoraciques qui tonnent
Deux gorges-langues qui font vibrer les pierres,
Deux jeunes gens aux yeux mi-clos
Face-à-face
Ils chantent
Simplement, ils chantent
Et pendant que l’un chante
L’autre l’admire
Avant de reprendre son souffle
De lui répondre en sons
En quantiques fondamentaux
Sentimentaux
S’entrainant mutuellement à
Emmener plus haut encore
L’échange dual
Jusqu’au vertige de se demander
Comment aller plus loin ?
Et répondre encore pourtant,
Sourire parce que, planant,
On y arrive
On trouve à répondre à l’ami
Aussi fort, aussi puissant
Toujours plus haut que les corps-coquilles
Plus haut que le minaret
Jusqu’à déborder, inonder la ville
Ses rues, toquer aux portes
Non,
Toquer aux yeux des gens qui parcourent ces rues
Oui
Elles ne sont que là les couleurs
Ancestrales d’Istanbul,
Logées dans la chaleur des yeux,
Des voix,
Du creux des mains des gens.
Lorsque j’y repenseJe ne suis jamais allé à Istanbul,
Arrêté à ses portes par ce chant
– Quand je ferme les yeux j'y suis encore. –
– Laissez-moi, laissez-moi que j'y retourne ! –
Je ne sais pas ces chants.
Je ne suis pas d'ici.
Je ne devais pas être là.
Je ne suis jamais allé à Istanbul.
Ne me reste que ses chants
Ce chant...