(écrit sur un titre imposé, genre: Horreur)
Les fourmis percent et creusent la terre, édifient des villes souterraines. Dans le jardin à l’angle de ma maison, elles se rassemblent et s’engouffrent dans un trou, un effondrement de terrain à la base de mes fondations. Au printemps elles passent sur le muret du côté sud devant ma fenêtre et leur ombre se détache dans mon salon.
Les abeilles construisent une société complexe dévouée à sa reine. Le nectar des fleurs devient miel et à quoi je pense quand je croque ma tartine qui en est recouverte ?
Je pense à l'inconscience des animaux.
Les oiseaux savent construire des nids et leur fabrication est très élaborée. La base est faite de branches, brindilles de plus en plus fines pour finir par un petit coussin de plume et duvet moelleux. Bandes de petits inconscients.
Les loups aiment vivre en groupes organisés, ils forment une bande. Les soirs de pleine lune, ils chantent en harmonie avec l'astre et le lendemain ils suivent l'Alpha qui les emmène à la chasse. Petits inconscients ! Le berger qui ne supporte plus leurs prélèvements sur son troupeau a chargé son fusil.
Mais moi qui serais plutôt loup solitaire, je pense aux fourmis, elles se font de plus en plus nombreuses.
L’ombre d’une cohorte se profile sur le salon et voilà que ressurgit de ma mémoire cette période honteuse du passé ou je prenais un malin plaisir à écraser les fourmis. C’est fini, plus jamais je ne leur porterai atteinte, elles entrent librement dans la maison, se promènent dans l’évier, explorent les meubles de la cuisine et repartent avec des miettes de pain et grains de sucre. Mon goût pour la cruauté est passé à autre chose.
La maison travaille et craque un peu quand le vent se lève, d’ailleurs elle craque de plus en plus et le trou de fourmis aux fondations me semble bien plus gros.
Il y a trois ans mes voisins qui faisaient construire leur maison ont aussi découvert un trou en faisant leurs fondations. Ils y ont fait déverser du béton, puis une toupie de béton, puis des mètres cubes en quantité. Quand le camion a été vide, le trou n’était toujours pas rempli. Ils se sont aperçu que sous terre il y avait une salle avec une infirmerie qui datait de la première guerre mondiale. Maintenant je sais où vont les fourmis et ce qu’elles font. Près du trou j’ai sondé mon jardin et j’y ai découvert un caveau, il était quasiment vide hormis les fourmis, une moisissure verte et quelques os disséminés au sol.
Pour moi certaines femmes sont comme de petits animaux inconscients, je ne sais ce qui les attire le plus, mes beaux yeux sombres ou cette ombre de mystère qui m’accompagne. Elles ne me révèlent plus rien quand au matin après une nuit d'horreur je les dépose nues et pantelantes au caveau.