Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Marianne

Auteur Sujet: Marianne  (Lu 928 fois)

Hors ligne shaozu

  • Plumelette
  • Messages: 10
Marianne
« le: 09 Novembre 2017 à 22:33:23 »
Marianne


Marianne était partie. Son souvenir glaçait toujours mes entrains. Sans elle, les sons devenaient des murmures incertains où venaient se morfondre une foule d’incertitudes.


Les nuits, mes songes me déposaient délicatement au creux de tes lèvres, d’où sortait ta verve féminine aux éclats si doux.
Les jours, j’arpentais sans cesse nos chemins partagés dans le temps.  Te souviens-tu de ce petit banc, à l’orée du sentier que nous foulions à grand pas ?  Assis, nous humions le parfum des chênes et des feuilles humides, et discourions sans cesse de nos amours tumultueuses. Puis, nos débats apaisés, nous nous embrassions sous les caresses languissantes de la brise d’Automne.
Oui, tu t’en souviens ! Parfois même, j’y retourne et te retrouve en t’imaginant comme tu t’imaginerais, là-haut, avec moi. Rappelle-toi, quand nous étions jeunes et en goguette, essoufflés par les désirs puérils de notre fougue amoureuse, enlacés jusqu’au coeur sous les pluies des pâles orages, nous étions guidés par la pleine insouciance de nos idéaux florissants ; croisant nos âmes dans cette passion commune qu’on partageait secrètement l’un pour l’autre.

Quand reverrai-je de nouveau ton regard caressant, réchauffé par tes yeux d’agate qui disaient déjà tout de toi avant même que tu ne me soulages d’une moindre parole ?

Parfois, je venais sur ta tombe, et y déposait quelques glaïeuls emmitouflés dans une couronne de roses. J’espère que tu arrives encore à les compter. Ce n’était pas toujours chose facile pour moi. Les années défilant et l’ombre de mes pas s’approchant, je n’avais bientôt plus la force et le courage nécessaire pour te rejoindre là bas. J’aurai bientôt moi aussi mon propre caveau me disais-je ! Mais je répétais ce rituel, notre rituel, à l’entrée du jardin où tu agitais avec leste, du temps de notre potager, ton fameux panier.

Sais-tu, que chaque soir, à demi-sommeillant, je t’imagine, encore là, réchauffé par les plis de ta robe de soie qui glissent entre mes deux jambes. Et je souris. Bêtement, comme sourirait un lépreux à qui on dirait que son mal n’est qu’une figure d’esprit.

Un jour, oui, un jour, nous nous retrouverons ! Emporté par le vent et sa trombe tempétueuse, nous irons, suivrons les claires de lune ombrager sur les champs bariolés où jadis, nos lèvres s’échangeaient. Nous voyagerions au dessus des nuées, à l’abri des flammes et des tempêtes et disparaîtrons sous les caresses du soleil levant, dans l’ombre des étoiles.

Oh Marianne ! Pourquoi t’aimais-je autant ? Parce que c’était toi, tout simplement.
Etait-ce si dur de t’imaginer en vie à mesure que ma mémoire me quittait ? Non, j’espérais oublier que tu n’étais plus là, me perdant dans les méandres de mon esprit rongé par le temps, en espérant ainsi confondre ton souvenir à l’âcre réalité des derniers moments. J’avais trouvé dans la vieillesse un refuge apaisant. C’est drôle comme on se sent partir, à petit feu sur une pente si douce, même si je t’avoue ne même plus remarquer mes rides s’étirer dans la glace, tant mes reflets sont flous. Je pouvais enfin vieillir tranquille.


L’autre jour, pourtant, je devais célébrer quelque chose pour toi. Mais j’oubliais.
Au début, les oublis, semblables à des filaments partiels et périssables n’écourtaient que des souvenances passagères.

Mais pareil aux taches d’encre s’accrochant aux haillons, ces derniers s’ajoutent, s’étendent et en rejoignent peu à peu d’autres, plus grands encore.  Et alors, on oublie qu’on oublie et les douleurs ne sont que plus insipides.

La vieillesse, hélas, nous reprend toutes nos dents. Le monde est ainsi. Tout se construit et se déconstruit à mesure que le temps s’essouffle sur les braises où s’éteignent nos derniers tisons.    Pourquoi l’homme se veut-il aussi différent ? Il y avait un certain équilibre là-dedans, et il fallait le comprendre. Je l’avais compris. Crois-moi. Quoi de plus amer, que l’idée du rien. Tout part du néant et revient vers celui-ci. Mais je ne pouvais m’y résigner tant mon cœur avalait ma raison.

A quoi bon donner un sens si épineux à nos vies, pour un jour, disparaître comme l’on est apparu ?


En été, j’osais espérer t’apercevoir à travers la nue, les reflets de ton âme déposés sur une quelconque étoile du clair firmament. Même le bruissement des feuilles chantait ton nom, tandis que l’effluve d’encens des cyprès éloignés rappelait ton parfum d’amande d’autrefois.
Je regardais toujours l’horizon, le regard perdu sur la voûte azurée qui me séparait de toi à jamais.

Marianne était partie, et je ne la reverrai plus. 
« Modifié: 11 Novembre 2017 à 03:35:26 par shaozu »

Hors ligne OnceUponATime

  • Tabellion
  • Messages: 52
Re : Marianne
« Réponse #1 le: 10 Novembre 2017 à 10:18:23 »
Hello!

Alors tout d'abord je voudrais te dire merci parce que j'ai lu ton texte avec plaisir et que celui-ci m'a touché. Alors peut être que je suis bien disposée en ce moment pour ressentir plus facilement ce genre de texte mais quoi qu'il en soit tu as réussi selon moi à faire ressentir à travers tes mots et c'est ça qui est beau dans l'écriture.

Après je trouve qu'il y a parfois quelques pb ds les concordances de temps, quelques petites tournures de phrases moins chantante que les autres et quelques fautes d'orthographes par-ci par-là. Rien de bien méchant et je suis mal placé pour faire la morale sur les fautesmais reli toi encore et encore. Écoute la musique de tes phrases...

En tout cas merci j'ai passé un bon moment...
La vérité est dans l'imaginaire

Hors ligne Quaedam

  • Calliopéen
  • Messages: 462
  • Jean-Michel Palaref
Re : Marianne
« Réponse #2 le: 11 Novembre 2017 à 00:09:15 »
Salut Shaozu:)

C'est probablement ton premier texte ici, alors j'en profite pour te souhaiter la bienvenue:)
Je m'attache beaucoup à la stylistique et à mon ressenti dans mes critiques, mais tu as totalement le droit de remettre en question mes observations^^
Je vois que tu t'attaques à des thèmes aussi tristes et épineux que la perte de la mémoire et l'amour. C'est tout à ton honneur :D

Citer
Son souvenir glaçait toujours mes entrains
Alors, je ne sais c'est bien si c'est une figure de style. Si Marianne empêche le personnage d'être enthousiaste ou si tu veux dire « Son souvenir glaçait toujours mes entrailles ».

A mon avis il y a un premier problème de concordance des temps :

Citer
 Son souvenir glaçait toujours mes entrains.  
Mes songes me déposaient délicatement au creux de tes lèvres
A ce moment du récit, le chagrin d'amour est passé. Le personnage ne souffre plus (autant?) de ce déchirement.
j’y retourne et te retrouve en t’imaginant comme tu t’imaginerais, 
Alors pourquoi il revient là-bas ?

Citer
 quand nous étions jeunes et en goguette
Alors je ne suis pas certaine qu'on puisse dire « nous étions en goguette ». En général, "en goguette" c'est un terme associé à l'alcool ou à une fête. Pourtant, les personnages s'aiment secrètement... un peu paradoxal. Ou alors, ils se rencontraient quand ils étaient ivres morts ?:D

Je trouve qu'il y a aussi un caractère un peu dissonant dans ce premier paragraphe. Pour moi il s'agit du printemps de l'amour, un vision de l'amour idéalisée par contraste avec la mort. Tu utilises beaucoup de tournures précieuses et un lexique très orienté sur la nature et les fleurs. Pour moi, c'est presque une scène d'amour pastorale du genre des XVIIeme siècle. Sauf que cela se passe visiblement en Automne. Donc c'est (peut-être) intentionnel pour évoquer la fin programmée de leur histoire. Et du coup c'est plutôt coule (oui je suis « coule » xD) parce que c'est un passage proleptique. Maiiiis... je dois avouer que tu sois tu ne fonces pas assez dans le tas pour rendre le truc hyper cucul (style parodie) soit que tu n'es pas assez subtile. Je trouve à ce paragraphe un faux air niais renforcé par la profusion d'adjectifs épithètes que alourdissent le rythme.

Citer
ton regard caressant, échauffé par tes yeux d’agate
Réchauffé ?
Echauffé ça a plutôt un sens agressif ou progressif.

Citer
. Ce n’est pas [...] s’approchant, je n’eus […] J’aurai […] disais-je ! 
Alors là, c'est le festival de la concordance des temps xD Il faut vraiment harmoniser tout ça on ne peut plus s’accrocher à la moindre temporalité. Même si c'est peut-être un effet que tu cherches à exprimer c'est très douloureux à lire.

Citer
plis de ta robe de soie bleuie
Bleuie ? Blueie par quoi ? Si c'est de la teinte bleue dont tu parles « bleue » serait plus adaptée. On dirait que la robe a été bleuie par quelconque : des myrtilles, du froid, des trucs...

Citer
Mais je répétais ce rituel, notre rituel, à l’entrée du jardin où tu agitais avec leste, du temps de notre potager, ton fameux panier.
Oula, c'est quoi ce potager ? Ils ne s'aimaient pas en secret alors ? Ils s'aimaient dans un potager ? Ou alors c'est une autre référence ? Je suis perdue >.>

Citer
réchauffé 

réchauffée

Citer
 un lépreux à qui on dirait que son mal n’est qu’une figure d’esprit.
 
C'est un peu... pour moi, cette comparaison sort de nulle part xD Je ne vois pas le rapport entre la lèpre et la figure d'esprit. Peut-être un jeu de mot en « figure » et « lèpre » mais c'est très capillotracté (donc c'est peut-être mon interprétation qui est capillotractée xD) La lèpre c'est quelque chose de très visuelle. Donc on s'attend à trouver une comparaison sur son physique. Un cancéreux peut-être... mais un lépreux ... pourquoi un lépreux ?

Citer
les claires de lune ombrager sur les champs bariolés
Les clairs de lune ombragés ?
Les clairs de lune ombrager les champs bariolés ?
Je ne comprends pas le sens de cette phrase.

Citer
nos lèvres s’échangeaient.
Je trouve cette métaphore assez maladroite. Et un peu trop visuelle xD

Citer
Pourquoi t’aimais-je autant ?
Oh c'est l'impression qu'il l'aime toujours. Au présent.

Citer
Etait-ce si dur de t’imaginer en vie à mesure que ma mémoire me quittait ?
Je n'ai pas non plus compris cette phrase. 

Citer
 l’âcre réalité 
Je crois que la formule toute faite c'est « l'âpre réalité ».

Citer
J’avais trouvé dans la vieillesse un refuge apaisant. 
Ah mais c'est pas du tout ce que le texte dit. Enfin je crois. Il continue à aller sur sa tombe (ou à regretter de ne plus pouvoir y aller), à rêver d'aller, à se torturer. Il n'a pas du tout l'air apaisé.

Maintenant ma vision globale :
Je trouve que ton texte est assez laborieux à lire. Tu as une bonne idée de thème, assez délicate et élégante. Mais si ton narrateur perd la notion du temps, c'est aussi le cas de ton lecteur. Et dans le mauvais sens du terme : tu changes sans arrêt de temps, passant du passé au présent pour raconter indifféremment des anecdotes ou la vie quotidienne de ton personnage. C'est très anarchique. Ajouté à cela des figures de styles et notamment de nombreux images, métaphores, comparaisons et adjectifs qui sont lourds en eux-mêmes. Ils rendent, de façon intersecte, le texte plus difficile à décoder. Certes, certaines images sont réussies et chantantes, mais conjuguées à une construction de texte que j'ai du mal à appréhender, c'est très complexe de s'y retrouver.

Je te conseille, pour ce texte, de te décider sur un temps de récit et de t'y tenir. En avoir un pour les anecdotes, et un autre pour le temps présent.  Il faudrait aussi que tu saches si le narrateur se souvient encore de l'amour qu'il porte à Marianne, de ses anecdotes, ou si elles lui sont devenues étrangères.

Encore une fois, ce n'est que mon opinion, et je ne veux surtout pas te décourager. Ces conseils et ces remarques n'ont pas pour but de te dévaloriser ou d'invalider ton texte. C'est vraiment des pistes pour améliorer sa cohérence et son harmonie. Néanmoins, ils n'engagent que moi. Tu as le droit, comme les autres critiques et lecteurs, d'être en désaccord ou de défendre ton texte par rapport à mon opinion:)

Hors ligne shaozu

  • Plumelette
  • Messages: 10
Re : Marianne
« Réponse #3 le: 11 Novembre 2017 à 03:09:28 »
Bonsoir,

Si j'ai posté ce message, c'est que je considère la critique non seulement instructive mais nécessaire, donc tu n'as pas à te justifier pour tes remarques, auxquelles je vais essayer de répondre :)

Citer
Son souvenir glaçait toujours mes entrains

Je sous-entendais que son souvenir rappelait qu'elle était morte, tout simplement (raison pour laquelle cela "glaçait ses entrains"), mais je me suis surement mal exprimé ou alors je n'ai pas été assez clair.
Je la reformulerai.

Citer
quand nous étions jeunes et en goguette
Oui effectivement, c'était pour rappeler des souvenirs alcoolisés :p
Le texte oppose la mort à des souvenirs d'avant celle-ci, souvent joyeux ou marquants émotionnellement.

Citer
ton regard caressant, échauffé par tes yeux d’agate
Je n'aimais pas le terme "réchauffé", mais à posteriori il me semble que tu aies raison.

Citer
Ce n’est pas [...] s’approchant, je n’eus […] J’aurai […] disais-je !
Oui ! Merci de me l'avoir signalé !

Citer
plis de ta robe de soie bleuie
Je suis d'accord avec toi : j'ai rajouté "bleuie", surement pour combler, afin d'éviter d'être trop banal (je touche surement à un de mes problèmes principaux dans ce texte ici).

Citer
Mais je répétais ce rituel, notre rituel, à l’entrée du jardin où tu agitais avec leste, du temps de notre potager, ton fameux panier.
Non ils ne s'aimaient pas en secret, mais j'admet que j'aurai pu trouver mieux que "potager"  :D

Citer
un lépreux à qui on dirait que son mal n’est qu’une figure d’esprit.
Il l'imagine à côté d'elle, mais il sait qu'elle n'est plus là. Après je t'avoue, que j'ai écrit ce texte il y a longtemps, et la métaphore n'est plus très claire pour moi non plus.

Citer
les claires de lune ombrager sur les champs bariolés
Ombrager, couvrir d'ombre, non ?

Citer
Etait-ce si dur de t’imaginer en vie à mesure que ma mémoire me quittait ?
Ici je ne comprends pas ce que tu ne comprends pas.


Citer
J’avais trouvé dans la vieillesse un refuge apaisant.
Il trouve dans la vieillesse un refuge apaisant, dans la mesure ou il ne se voit plus vieillir mais surtout parce qu'il espère oublier qu'elle n'est plus là.

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me dire ce qui te gênait, je pense que tu as raison sur plusieurs points, par peur de simplicité, j'ai trop alourdi le style et le rendu est parfois nébuleux.
J'ai écrit ce texte il y a quasiment deux ans, donc j'espère ne plus faire les mêmes erreurs actuellement.

Je me pose tout de même une interrogation quand je reçois certaine critiques "subjectives" (c'est à dire pas celle qui concerne des erreurs de vocabulaire, grammaire, cohérence...) : J'ai tendance à être d'accord à posteriori, tout en ne sachant pas si celles-ci sont "justes" ou si ma perception change parce qu'il y a critique, et que cette dernière me désigne quelque chose que je remets en question. Je ne sais pas si je suis assez clair. Mais je ne dis pas cela pour me soustraire à la critique loin de là !

A retravailler donc !

Bonne nuit
« Modifié: 11 Novembre 2017 à 03:42:05 par shaozu »

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : Marianne
« Réponse #4 le: 11 Novembre 2017 à 08:44:28 »
Avec cette envie de faire trop beau, tu en as oublié la sincérité.
C'est sans doute ce qu'il est le plus difficile à atteindre pour commencer à bien écrire, sobrement, lumineusement.
La sincérité est un perpétuel effort pour créer son âme telle qu'elle est.
Un texte honnêtement écrit n'est pas une question de style, mais uniquement de sincérité.
N'aie pas peur d'appeler un chat un chat, une montagne une montagne, la tendresse la tendresse, et tu verras bien vite les progrès dans ton écriture.
Pense aux plus belles chansons écrites avec des mots simples et qui touchent droit au coeur.
En te souhaitant bonne continuation.

Bien à toi !
« Modifié: 11 Novembre 2017 à 08:46:55 par kokox »

 


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