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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Lisa

Auteur Sujet: Lisa  (Lu 1689 fois)

Hors ligne AdelTaamalli

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Lisa
« le: 27 Mai 2018 à 08:24:14 »
Karim se trouvait à Aix-en-Provence pour une vague histoire de formation à l’AFPA. Son désintérêt pour son avenir professionnel, total depuis qu’il avait perdu goût à la vie, lui avait ensuite fait oublier le contenu de celle-ci. Mais sa présence était exigée s’il voulait continuer à prétendre à ses droits aux allocations d’aide au retour à l’emploi. Et comme l’envie d’en découdre avec lui-même n’avait pas éteint l’espièglerie dont il faisait preuve, à l’occasion, sur les murets du quartier, il s’amusait à compter les points qu’il avait glanés contre les employés de Pôle Emploi. Il venait d’en rajouter un dans son escarcelle, en donnant avantageusement le change lors de ce rendez-vous avec la jolie formatrice rousse de l’AFPA, comme il avait réussi, deux ans auparavant, à berner son monde en mentant sur sa domiciliation (La résidence sécurisée où ses parents avaient réalisé le rêve de leur vie en acquérant un grand appartement faisait partie d’une ZUP, lui permettant de remplir un des critères indispensables à l’éligibilité à un CAE promis par une association de quartier. Comble de l’absurdité des lois décidées par les gens d’en haut, le pâté d’immeubles poisseux du centre-ville de Marseille, adjacent à la Porte d’Aix, dans lequel il louait un studio miteux infesté de cafards, était, lui, hors ZUP !!!!).

Pensant à ses matches gagnés contre l’administration, Karim déambulait dans les rues d’Aix-en-Provence. Perdu dans ses pensées, il se confortait dans l’idée, qu’il avait esquissée depuis un certain temps, que mise à part dans leur centre historique (encore que Marseille était particulière à cause de son cœur délabré), les grandes et moyennes villes du Sud telles que Montpellier, Toulon ou la ville aixoise sont composées d’une succession d’emplacements, fermés par des barrières sécurisées ou des enclos entourant une résidence ou un parc, et reliés entre eux par de longs boulevards sans charme. Tout avait été pensé pour rendre ces monstres urbains inaptes aux balades, surtout l’été quand le soleil chauffe littéralement à blanc toutes les têtes, les sols et l’air ambiant. Elles imposaient à tous de se fondre dans une sorte de « way of life » que Karim appelait improprement provençal, par laquelle on sautait de clim en clim, du foyer (si on en avait les moyens) à la voiture en passant par le bureau ou les grandes zones commerciales chantres de la civilisation de l’équipement.

Après la traversée du pont routier jeté au-dessus de la A8, alignement de bolides qui faisaient switch à chaque passage, il remarquait une pancarte indiquant la présence d’une rivière. En tournant son regard vers la gauche, il aperçut un joli coin de verdure, dominé par de grands arbres dont l’agencement sinueux laissait deviner les méandres du cours de l’Arc, le nom de cette rivière. En une fraction de seconde, il décida de s’y engouffrer, abandonnant son projet de prendre le bus qui passait par la Nationale en direction de Marseille (pour changer du trajet effectué sur l’Autoroute a l’aller). Il avait besoin de respirer à plein poumon, d’oublier la morosité de son quotidien, même un court instant. Quoi de mieux pour ce faire que de marcher sur les traces d’une rivière serpentine s’exclamait-il en son for intérieur !

Il y avait un chemin. Sur la gauche, le cours d’eau, plus impétueux que sinueux quand on le voyait de près. Sur la droite, les arbres, qu’on croyait hauts de loin, étaient en réalité d’une taille modeste. La colline sur laquelle ils prenaient racine exagéraient leur démesure. Mais ils remplissaient la besogne qu’on avait imaginée en les plaçant là, car le soleil ne passait plus. Au fil de la marche, et à mesure qu’il s’éloignait du switch de l’autoroute, la fraîcheur de l’ombre instillait en Karim, par légères touches remplaçant petit à petit sa profonde tristesse par une joie retrouvée, une déconcertante envie folle de vivre. Le débit de l’Arc faisait son office en atténuant son humeur ombrageuse quand, seul, il dialoguait avec lui-même, tandis que le son presque imperceptible du feuillage des arbres, dérangé à peine par une douce brise, était harmonieusement capté par son ouïe. Ces rares moments de contentement, Karim les goutait habituellement avec une certaine incrédulité, sûr qu’il était de devoir se méfier de tout enhardissement qui ne l'empêcherait pas, il le savait d'expérience, de retomber dans ses pires tourments.

Mais il la vit ! Et l’effet de cette bombe sur Karim… Quel effroi !!! Elle était belle ! Elle arrivait d’on ne sait où et descendait du haut de la colline. Les mains légèrement écartées et les épaules relevées pour garder l’équilibre, elle flottait avec grâce dans l’horizon bien que dévalant une pente assez raide et parsemée d’obstacles (troncs et branches mortes principalement, mais aussi ça et là, des amas et affleurements rocheux, caractéristiques dans toute élévation laissée à la nature en Provence). Elle était vraiment belle !! Elle n’était pas encore proche de lui qu’il était ébloui par ses yeux noirs, ronds et grands. Il devinait ses tout petits seins, emmitouflés dans un t-shirt rouge mais dont les bouts pointaient dans sa direction. Une courte chevelure, noire, enroulait son cou et s’arrêtait juste en-dessous de la gorge. Elle avait un pantalon blanc immaculé, éclatant en comparaison de la peau presque noirâtre de son visage ovale. Elle le regardait mais ne le fixait pas. Et Karim se demandait si c’était par simple timidité ou par précaution afin de ne pas trébucher. D’autant qu’elle portait des ballerines, ce qui n’était pas sans danger lors d’une telle randonnée. Mais pour rien au monde il aurait préféré, grâce à de solides chaussures de marche qui l’aurait portée, sa sécurité à la douceur de la vue sur ces pieds, petits et délicats, qui lui procurait un plaisir charnel incongru rien qu’en les regardant. Avant qu’elle ne l’abordât pour lui taxer une cigarette, Karim était convaincu que Lisa -c’était son nom-
était LA femme parfaite...
Adel Taamalli

Hors ligne Chapart

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Re : Lisa
« Réponse #1 le: 27 Mai 2018 à 14:51:24 »
Salut salut,

D'abord les détails

Comble de l’absurdité des lois décidées par les gens d’en haut, le pâté d’immeubles poisseux du centre-ville de Marseille, adjacent à la Porte d’Aix, dans lequel il louait un studio miteux infesté de cafards, était, lui, hors ZUP !!!!).

je suis pas convaincu par les quatre points d'exclamation ; le reste du texte est en langage soutenu, ici ça tranche un peu, je suis pas convaincu que ça ait l'effet escompté.

Perdu dans ses pensées, il se confortait dans l’idée, qu’il avait esquissée depuis un certain temps, que mise à part dans leur centre historique (encore que Marseille était particulière à cause de son cœur délabré), les grandes et moyennes villes du Sud telles que Montpellier, Toulon ou la ville aixoise sont composées d’une succession d’emplacements, fermés par des barrières sécurisées ou des enclos entourant une résidence ou un parc, et reliés entre eux par de longs boulevards sans charme.

j'ai trouvé la phrase trop longue, j'ai buté à la lecture ; 'encore que' pourrait être remplacé par 'bien que' je trouve que ça sonnerait mieux ; j'ai eu de la peine à visualiser cette idée d'"emplacements" sécurisés reliés par des boulevards (séparés par des boulevards plutôt ?)

Tout avait été pensé pour rendre ces monstres urbains inaptes aux balades, surtout l’été quand le soleil chauffe littéralement à blanc toutes les têtes, les sols et l’air ambiant. Elles imposaient à tous de se fondre dans une sorte de « way of life » que Karim appelait improprement provençal, par laquelle on sautait de clim en clim, du foyer (si on en avait les moyens) à la voiture en passant par le bureau ou les grandes zones commerciales chantres de la civilisation de l’équipement.

comme dans la phrase que j'ai relevée plus haut, je trouve que la partie entre parenthèses coupe un peu la phrase. Peut-être la mettre entre tirets ? / je crois que j'ajouterais une virgule avant 'chantres'

Après la traversée du pont routier jeté au-dessus de la A8,

l'A8 ?

Quoi de mieux pour ce faire que de marcher sur les traces d’une rivière serpentine s’exclamait-il en son for intérieur !

virgule avant s'exclamait ?

Mais ils remplissaient la besogne qu’on avait imaginée en les plaçant là, car le soleil ne passait plus.

j'ai bien aimé cette phrase

une déconcertante envie folle de vivre.

la façon dont les adjectifs sont placés m'a un peu fait tiquer. Une déconcertante et folle envie de vivre, peut-être ?

Le débit de l’Arc faisait son office en atténuant son humeur ombrageuse quand, seul, il dialoguait avec lui-même, tandis que le son presque imperceptible du feuillage des arbres, dérangé à peine par une douce brise, était harmonieusement capté par son ouïe. Ces rares moments de contentement, Karim les goutait habituellement avec une certaine incrédulité, sûr qu’il était de devoir se méfier de tout enhardissement qui ne l'empêcherait pas, il le savait d'expérience, de retomber dans ses pires tourments.

j'ai bien aimé ce paragraphe

Mais il la vit ! Et l’effet de cette bombe sur Karim… Quel effroi !!!

pareil que ma toute première remarque

elle flottait avec grâce dans l’horizon bien que dévalant une pente assez raide et parsemée d’obstacles (troncs et branches mortes principalement, mais aussi ça et là, des amas et affleurements rocheux, caractéristiques dans toute élévation laissée à la nature en Provence)

je crois que plutôt que des parenthèses, je mettrais un point virgule ou un double point.

Avant qu’elle ne l’abordât pour lui taxer une cigarette, Karim était convaincu que Lisa -c’était son nom-
était LA femme parfaite...

C'est bien écrit je trouve, la fin m'a fait sourire. Certaines phrases sont un peu lourdes et mériteraient peut-être d'être séparées en plusieurs phrases ou un peu raccourcies, je trouve. Il n'y a pas vraiment de lien entre le début et la fin du texte, du coup je me demande si c'est bien nécessaire, au début, d'évoquer tous ces aspects administratifs avec autant de précision (du coup ça m'a donné l'impression d'un récit autobiographique, que tu aurais écrit à la troisième personne du singulier ; il y a beaucoup de petits détails, qui ne nous amènent pas forcément vers le point de chute du texte, la rencontre avec Lisa). Peut-être qu'on pourrait plus insister sur le côté lourd de tout ce qui est administratif, qui le pousse, je suppose, à faire cette balade, ou il aura finalement la surprise de rencontrer cette femme.

Merci pour le partage  :)

Chapart

Hors ligne Galianis

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Re : Lisa
« Réponse #2 le: 27 Mai 2018 à 15:10:14 »
Salut l'auteur,

je rejoins pas mal l'avis de Chapart. Il y  des problèmes de lourdeur dans ce texte. Des phrases à raccourcir ou à remanier pour qu'elles restent longues mais fluides.
Mais globalement c'est bien écrit, on a envie de savoir la suite.

Et le début, effectivement, j'en vois pas trop l'intérêt dans le cadre de ce texte. Il manque quelque chose qui lie les histoires de Karim avec le pôle emploi et le reste du texte.
Parce que c'est pas inintéressant pour camper le personnage.

Hors ligne Loïc

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Re : Lisa
« Réponse #3 le: 29 Mai 2018 à 19:40:46 »
Bien le bonjour !

Citer
histoire de formation à l’AFPA

Quesse ?

Citer
Son désintérêt pour son avenir professionnel, total depuis qu’il avait perdu goût à la vie, lui avait ensuite fait oublier le contenu de celle-ci.

le "total depuis" fonctionne pas très bien, de même que la fin de phrase, surtout avec le passif (lui avait fait oublier). Je pense que tu peux commencer la phrase par ça, dans une logique : il a oublié le contenu de la formation parce qu'il est désintéressé de son avenir pro

Citer
Mais sa présence était exigée s’il voulait continuer à prétendre à ses droits aux allocations d’aide au retour à l’emploi.

Stop commencer des phrases par mais
(ou et)
(ou car)
(par des conjonctions de coordination en général)
ARE => ses allocations chômages : c'est moins lourd et tout le monde comprend.

Citer
Et comme l’envie d’en découdre avec lui-même n’avait pas éteint l’espièglerie dont il faisait preuve, à l’occasion, sur les murets du quartier, il s’amusait à compter les points qu’il avait glanés contre les employés de Pôle Emploi.

Pareil, on n'a pas besoin du "et" ici
("qu'il avait" peut sauter aussi je pense)

Citer
(La résidence sécurisée où ses parents avaient réalisé le rêve de leur vie en acquérant un grand appartement faisait partie d’une ZUP, lui permettant de remplir un des critères indispensables à l’éligibilité à un CAE promis par une association de quartier. Comble de l’absurdité des lois décidées par les gens d’en haut, le pâté d’immeubles poisseux du centre-ville de Marseille, adjacent à la Porte d’Aix, dans lequel il louait un studio miteux infesté de cafards, était, lui, hors ZUP !!!!).

CAE ?
Même moi qui bosse dans l'administration je ne mets pas autant de sigles
Les quatre points d'exclamation, c'est non (ça sert à rien, on comprend très bien avec un. Mais dans cette phrase, le point d'exclamation ne sert à rien tout court)

Citer
que mise à part dans leur centre historique (encore que Marseille était particulière à cause de son cœur délabré), les grandes et moyennes villes du Sud telles que Montpellier, Toulon ou la ville aixoise sont composées d’une succession d’emplacements, fermés par des barrières sécurisées ou des enclos entourant une résidence ou un parc, et reliés entre eux par de longs boulevards sans charme.

mis à part
"telles que + les villes" est à supprimer à mon avis (surtout "la ville aixoise" qui est une double répétition)
Problème de concordance des temps : étaient composées
toute la phrase qui suit est pas très heureuse pour décrire la périurbanisation, d'ailleurs

Citer
Après la traversée du pont routier jeté au-dessus de la A8,

de l'A8

Citer
il remarquait une pancarte indiquant la présence d’une rivière.

remarqua, ici

Citer
du cours de l’Arc, le nom de cette rivière

la partie après la virgule est à supprimer

Citer
(pour changer du trajet effectué sur l’Autoroute a l’aller)

écrit comme ça, c'est pas très intéressant.

Citer
respirer à plein poumon,

pleins poumons

Citer
La colline sur laquelle ils prenaient racine exagéraient leur démesu

exagérait

J'ai lu vite fait sur la fin, mais les remarques plus haut y restent valables.
D'une manière générale, trop d'explication de ce que Karim voit, trop de points d'exclamations doubles ou triples, trop de parenthèses explicatives.
En focus interne, on n'est pas censé savoir qu'elle s'appelle Lisa, sauf si Karim le sait.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

 


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