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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ressouvenance d'Auxerre

Auteur Sujet: Ressouvenance d'Auxerre  (Lu 1337 fois)

Hors ligne Basil

  • Plumelette
  • Messages: 19
Ressouvenance d'Auxerre
« le: 22 Septembre 2018 à 23:36:47 »
Claquant l'eau de sa fine semelle, Maurice Barthélémy, de sa svelte allure et de son accoutrement aristocratique, fit siffler un petit groupe de demoiselles en sortant de sa luxueuse berline allemande. Admiratif de son nouvel environnement, il prit une grande inspiration, souriant sous sa mince moustache. Il observa, tout autour de lui, les boutiques, les maisons, les pubs. Regardant sa montre, il resserra son habit et il se mit en marche sous cette bruine rafraîchissante.

- Bienvenue à Auxerre, se dit-il.

La localité semblait être plutôt accueillante. De petites salutations courtoises se glissaient ici et là, un jeune musicien vivait de sa passion pour la musique, récoltant quelques pièces au rythme de son saxophone. Au coin du quai de Batardeau, Maurice s'accouda le coude droit contre la barrière pour admirer l'Yonne. Les rivières le calmèrent avec un soin attentionné. Le bruit continu de l'eau, les clapotis contre les parois... le jeune bourgeois pouvait passer des heures sur le bord d'une rivière, abandonner ses pensées dans le courant d'eau pour y retrouver une solitude avec son esprit, s'abreuvant au son et à la vue de cette paisible symphonie aquatique.

Loin d'être dépaysé, Maurice aimait visiter les villes et villages de la France, de la Suisse et de la Belgique, simplement pour se cultiver, enrichir ses souvenirs.
Originaire de Lyon, monsieur Barthélémy avait passé le plus clair de sa vie à se cultiver. Issu d'une famille riche, il avait eu accès, durant sa jeunesse, à une éducation complète. Parmi les dizaines de sujets enseignés, les arts & lettres, la cinématographie, l'histoire, et même l'œnologie étaient au centre d'intérêt du jeune homme brillant. Ce dernier point, l'étude des vins, attirait plus particulièrement l'attention de l'instruit qui présentait un sens aiguisé des saveurs et un odorat finement développé. Toujours dans ce même domaine, il s'était construit une petite fortune, notamment dans la publication d'un livre ainsi qu'à la conception de sa propre collection de vins.

Durant sa promenade, un commerce attira tout particulièrement son attention.

- Médasin; caviste, murmura-t-il. Et pourquoi ne pas découvrir ce qu'ils offrent ?

Tournant la poignée, il poussa légèrement la porte de bois qui ne demandait qu'à se faire huiler les charnières, criantes. Pénétrant dans l'antre, il fut ravi de voir toute cette collection de vins de qualité et d'une variété mondiale à sa portée. Et que dire des couleurs : du rouge vif au blanc voluptueux, sans oublier le séduisant rosé, quel théâtre ! Chaque couleur avait sa propre section parsemée de leurs spécialités et Maurice, d'un air folâtre, observa toutes les bouteilles, une à une. Leurs origines, leurs saveurs, avec quelle viande ou poisson se dégustent-ils bien. Subjugué et absorbé, il n'avait pas entendu l'arrivé du caviste à ses côtés. Lorsque l'employé le salua, le jeune homme sursauta de frayeur, manquant peu de renverser la bouteille qu'il tenait dans les mains. Le caviste rit futilement, affichant une mine plutôt accueillante.

- Je m'appelle Gaston, propriétaire de ces lieux, dit-il d'un ton joyeux.

Gaston, un grand bonhomme au sourire contagieux, était d'origine italienne, de Florence pour être plus précis. Suite à des complications familiales, il avait fugué son pays natal pour s'installer à Auxerre où il avait décroché un petit emploi. Le temps avait passé, Gaston avait obtenu sa citoyenneté française, et il avait fondé sa petite boutique de vin.

Le grand homme avait croisé ses bras, souriant de ses doux yeux d'émeraudes, ravi de voir un aussi jeune et bel homme s'intéresser aux vins. Il se pencha légèrement, échappant un coup d'œil sur la bouteille que tenait toujours Maurice.

- Ressouvenance d'Auxerre, un vin rouge corsé et généreux, parfait pour accompagner vos carrés d'agneau à la coriandre, dont je pourrais généreusement vous donner ma recette.

Surpris d'une telle approche, monsieur Barthélémy afficha un air ravi, demandant à l'occasion s'il pouvait goûter à un modeste verre, ce qui ne fut pas de refus. D'une sublime taille au couteau exécuté avec grâce, Gaston ouvrit la bouteille qui dégageait une lourde fumée lactée et versa une modique mais suffisante quantité de vin dans le verre. Humant l'effluve exhalant de la bouteille, Maurice sentit un frisson parcourir l'échine de son corps, telle une aura émergeant de ce vin. Sous le regard avide du caviste, il porta à son palais un filet de ce fluide bourgogne qui prit aussitôt possession de tous ses sens. Il n'entendit plus que ses palpitations cardiaques qui avaient décuplé sous l'euphorie d'une saveur aussi enivrante que rocambolesque. Sa langue fut conquise par mille et une fougue sucrée ardemment croisé d'une acidité exaltante. L'imbroglio de ce schisme entre le sommeil profond de ses papilles gustatives et leur réveil aussi drastique que tragique vint lanciner l'entièreté de Maurice qui se sentit courber vers l'arrière, possédé par cette insécable envie de s'étioler l'esprit dans la béatitude. L'agitation de son épine dorsale s'était propagée en friselis, caressant chaque membre, chaque doigt jusqu'à la moindre et fine partie de son corps qui en quémandait toujours et encore plus, friand de ses propres sensations graciles. Sous tant d'emprise, il ne put s'empêcher d'ingurgiter le fluide, ressentant les parois de son œsophage se faire choyer par une émotion aussi douce que du cachemire.
Lorsqu'il revint finalement sur terre, il jeta un œil à sa coupe, surpris d'une telle emprise dans tout son corps, tout autant que Gaston fut étonné de voir tant de plénitude dans l'appréciation d'un vin.

- Je n'ai jamais goûté quelque chose d'aussi... inouï. C'est une maestria !

Le caviste s'esclaffa à la description étonnante du jeune homme qui, pendant une fraction de seconde, se sentit vaciller vers ailleurs. « Et attendez de jumeler cette perle avec ma recette » dit-il alors qu'il partit dans une autre pièce. Gaston bafoua quelques mots tout en fouillant dans les étagères, priant Maurice de l'excuser de ce temps d'attente inopiné. Quelques secondes s'écoulèrent, et Gaston revint aussitôt de la pièce voisine, portant dans ses mains une bouteille neuve et un petit livret de recettes, dont la page couverture affichait ces succulents morceaux de viande braisés au citron.

Alors que le caviste prépara la transaction, Maurice fixa la bouteille de vin. Son rythme cardiaque haussa une seconde fois tandis que son ouïe se perdit dans la surdité. « Comment une telle bouteille peut-elle procurer une sensation si frénétique ? » Se demanda-t-il, alors que quelques spasmes et frissons parcouraient encore son corps avec légèreté. « Et la viande dans tout ça ? » Se demanda-t-il, incertain de la puissance encore inconnu de la combinaison de la viande avec ce fameux Ressouvenance d'Auxerre. 

Au son du prix annoncé par Gaston, Maurice se secoua, puis paya sa bouteille et remercia de tout son cœur le caviste avant de traverser à nouveau le seuil de la porte.

- Bien... maintenant, il me faut trouver un épicier encore ouvert à cette heure-ci.

------

Ça fait plusieurs mois que j'ai ce texte dans mes documents. Après des dizaines de modifications et de corrections, je me sens enfin prêt à le faire lire ici. Au plaisir de recevoir vos commentaires.  :)
J'apporterai les modifications nécessaires par la suite.
À part cela, j'ai fait un peu de recherche sur Auxerre et le vin. La boutique mentionné n'existe pas tout comme le vin (du moins, je crois). Et puis je ne suis jamais allé en France donc peut-être que ce genre de boutique existe ou pas mais j'ai trouvé cela rêveur d'écrire sur une boutique spécialisée et indépendante dans le vin, chose qu'on ne voit pas par chez nous (un merci sarcastique aux monopoles).
« Modifié: 01 Octobre 2018 à 00:58:45 par Basil »

Hors ligne Lemon

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Ressouvenance d'Auxerre
« Réponse #1 le: 26 Septembre 2018 à 16:16:59 »
Rebonjour Basile et bienvenue au club : comme moi ton texte est passé dans le flot de tous les autres et il t'as fallu de nombreux jours pour avoir un commentaire, des jours de frustration intenses.  C'est la rançon du succès du forum! Et la raison pour laquelle je ne passe moins ici : se retrouver perdu dans la masse n'est guère plaisant.

Donc voilà, j'ai lu ton texte, qui est intéressant mais m'a parfois laissé perplexe.  Voilà ce que j'ai noté à la première lecture :

"un jeune musicien caressait l'ambiance de son doux saxophone. Au coin du quai de Batardeau, Maurice s'accota le coude droit contre la barrière pour admirer l'Yvonne. Les rivières le calmèrent avec un soin attentionné. " : caresser l'ambiance? je comprends la métaphore mais je la trouve étrange. et je doute qu'on s'accote le coude, on parle plutôt de s'accouder, mais peut être est-ce que ce sont des expressions quebequoises?

"Et que dire des couleurs ; rougeâtre, blanchâtre, rosâtre, quel théâtre !" alitération sympa mais "âtre" devant une couleur veut dire qu'elle est vaguement de cette couleur, comme délavée et je ne suis pas sûre que ce soit ce que tu voulais exprimer.

"Le caviste ria futilement, affichant une mine plutôt accueillante.
de Florentin pour être plus précis" : soit florentin, soit de Florence mais je ne pense pas qu'il y ait de ville italienne du nom de Florentin

à partir de la dégustation du vin l'ecriture beaucoup plus fluide que le reste, plus agréable etimagée, comme si ce n’était pas le même auteur, elle semble plus facile et bien plus agréable à lire. peut être est-tu plus à l'aise tout simplement avec les descriptions physiques que dans une description de décor?

En tout cas je lirai la suite!!

Bonne journée

Hors ligne Basil

  • Plumelette
  • Messages: 19
Re : Ressouvenance d'Auxerre
« Réponse #2 le: 26 Septembre 2018 à 17:23:11 »
Bonjour Lemon et d'abord merci beaucoup pour l'attention que tu as accordé à mon texte. J'avoue m'être senti un peu délaissé de n'avoir aucune réponse après plus de 2 jours.

Je vois ce que tu veux dire pour "caresser l'ambiance" et j'y vois moi-même une sensation vague de cette expression. Je la changerai lorsque j'aurai le temps.

Alors s'accoter je ne sais pas exactement pourquoi mais c'est comme ça qu'on dit à l'oral. Ça doit être un québécisme, et donc une faute à corriger.

Par la suite, les mots en "âtre, je n'en avais encore aucune idée. Je croyais seulement qu'ils étaient des synonymes. Je les changerai (dommage, j'ai aimé écrire cette allitération).

Concernant Florentin, je me rappelle avoir fait des recherches mais peut-être ai-je mal regardé les noms. Je regarderai cela.

Et puis merci pour la description du vin. Il est vrai que je me sens plus à l'aise lorsque je décris les sentiments. Mais alors, ça veut dire que je dois m'améliorer sur la description de l'environnement.

Merci pour ce retour, mon cher.  :)

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 8 764
  • Prout
Re : Ressouvenance d'Auxerre
« Réponse #3 le: 29 Septembre 2018 à 21:04:38 »
Salut !
Ça fait une semaine que je vois ton titre et qu'il me donne envie de passer lire ! (étant entendu que tout ce que je connais d'Auxerre, c'est cette villes seule au milieu des champs entre Paris et Lyon)

Citer
de sa svelte allure et de son accoutrement aristocratique,

Je comprends l'idée, mais c'est pas très français, si ?

Deux fois dans ce premier paragraphe que tu as des participes présents un peu bizarres, tant les actions décrites ne me semblent pas pouvoir être faites en simultané.

Citer
La localité sembla être plutôt accueillante.

La phrase se veut courte et simple ; du coup => semblait plutôt accueillante ?

Citer
barrière pour admirer l'Yvonne

le v est volontaire ? Si oui, joli.

Citer
rougeâtre, blanchâtre, rosâtre, quel théâtre !

J'aime aussi

Citer
Le caviste ria futilement,

rit !

Citer
de Florentin pour être plus précis.

florentin ou de Florence, non ? Il existe des villes du nom de Florentin, mais elles sont françaises (ou bulgare)

Citer
, il aurait fugué son pays

pourquoi "aurait" ?

Citer
Le temps passait, Gaston avai
plutôt passant, ici, ou "avait passé

Citer
d'œil sur la bouteille que tint toujours Maurice.

tenait

Citer
Sa langue fut conquise par mille et une sucrée ardemment croisé d'une acidité exaltante.

je ne comprends pas

J'ai trouvé la tentative intéressante, tu as réussi à me faire frissonner à l'occase. Une paire de maladresses scriptives tout de même.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Basil

  • Plumelette
  • Messages: 19
Re : Ressouvenance d'Auxerre
« Réponse #4 le: 01 Octobre 2018 à 00:58:27 »
Bonjour ou bonsoir Loïc.

Voici mes réponses à tes questions et commentaires:

Citer
Je comprends l'idée, mais c'est pas très français, si ?
Si c'est par rapport à la qualité de la langue française, je ne trouve personnellement pas le problème. Si c'est par rapport aux Français et à leur look, ce n'est effectivement pas très français, n'étant de toute façon pas le but recherché. Je voulais que le personnage détourne les têtes sans pour autant être bizarre ou trop spécial.

Citer
Deux fois dans ce premier paragraphe que tu as des participes présents un peu bizarres, tant les actions décrites ne me semblent pas pouvoir être faites en simultané.
Lesquels?

Citer
La phrase se veut courte et simple ; du coup => semblait plutôt accueillante ?
Corrigé.

Citer
le v est volontaire ? Si oui, joli.
Non! Tu viens de me le faire remarquer.  ;D

Citer
rit !
Corrigé.

Citer
florentin ou de Florence, non ? Il existe des villes du nom de Florentin, mais elles sont françaises (ou bulgare)
Florence mais quelqu'un a déjà fait le commentaire et je prévoyais le corriger.

Citer
pourquoi "aurait" ?
Honnêtement je ne sais pas. Ce mot a échappé à ma vigilance.

Citer
plutôt passant, ici, ou "avait passé
Corrigé : «avait passé»

Citer
tenait
Corrigé.

Citer
je ne comprends pas
Mais j'ai oublié un mot???  :o
«fougue» serait le mot approprié devant le mot «sucrée» pour dire qu'on goûte fortement les fruits, sauf si tu as un mot meilleur.

Merci pour tes commentaire qui m'aideront beaucoup pour ma prochaine histoire.

 


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