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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Fou ?

Auteur Sujet: Fou ?  (Lu 1645 fois)

hugolettre

  • Invité
Fou ?
« le: 06 novembre 2009 à 19:41:21 »
Extrait de journal d'un ancien détenu à l'asile psychiatrique de Veina, en ex URSS,
1955




Mardi 15 Juin : Voilà plus de deux semaines que je suis enfermé dans ce maudit asile ! Quelle terrible claustration, quelle affreuse solitude ! Je crois que je suis de ma fin, et que si les choses continuent ainsi je ne donne pas cher de ma misérable vie.
De plus, le comportement des médecins m'exaspère : je vois bien, à leur façon de me parler, qu'ils me croient fou ; et je serais bien content de tous les tuer si je n'étais pas sous l'emprise de calmants, qu'ils m'injectent sans relâche ! Ce matin le toubib est passé : il m'a parlé doucement, comme on parle aux enfants ; cela m'a énervé, et cet idiot a cru bon de reprendre avec encore plus de douceur ; furieux, je lui ai envoyé mon poing dans la figure. A ce moment une demi-douzaine de sauvages en blouses blanches ont surgit de nulle part et, avec une violence animale, m'ont assujetti à l'aide de la camisole de force. J'ai songé à ne pas résister, dans le but de préserver mes forces pour une occasion où la lutte serait plus équitable ; suite à quoi ils m'ont relâché. J'ai passé le reste de la journée à me morfondre dans ma cellule, seul. Quelquefois, le souvenir cuisant de ma liberté passée s'élève brutalement dans mon âme, comme une bouffée d'angoisse ineffable. Il me souvient alors du bonheur qui était le mien lorsque, libre, fort, indépendant, j'exerçais le métier de professeur dans une faculté de droit. Que tout cela me semble lointain ! Il ne me reste de mon passé qu'un sentiment vague et confus, dans lequel j'entrevois pourtant le bonheur, et qui maintenant s'enfonce dans mon crâne comme un poignard de nostalgie ! Mes joues se creusent de larmes et ma poitrine, haletante, se déchire en de noirs sanglots. Voilà pourtant quelle condition est la mienne depuis ce malheureux jour où, sur une dénonciation, l'on est venu m'arrêter dans mon propre domicile et où l'on m'a jeté, pantelant, dans cet univers d'angoisse. Je ne sais si peux espérer en un quelconque salut ; il faut bien pourtant s'accrocher à quelque chose ! Depuis deux jours, les médecins m'autorisent à écrire : c'est là mon exutoire. Noircir du frénétiquement du papier me soulage quelque peu ; mon esprit se délasse par l'écriture et, s'il ne peut se consoler, il trouve néanmoins le moyen de s'apaiser. Sans cela, j'aurais eu l'impression que mes sentiments, comprimés dans ma cage thoracique et dans ma gorge, auraient sans doute entraîné ma mort dans les plus brefs délais. Écrire, c'est un moyen de continuer d'exister, et de se dire qu'il reste un peu d'humanité dans notre esprit, assaillis de mille tourments. J'en fais quotidiennement l'expérience. Je suis encore maitre de mes mots et de ma pensée, si je ne puis l'être de mon corps. Il faut dire que je suis rudement traité, et que s'il me reste un tant soit peu d'esprit raisonnable, je risque de le perdre à tout instant. Il faut voir comme les médecins vous méprisent, comme ils vous réifient, et vous dépouille de votre dignité. Ah ! si un jour je m'en sors ! je promet de me venger. Je constate à l'instant que je viens d'achever ma deuxième feuille de papier ; il faut m'en procurer davantage ;seulement le jour décline et déjà la nuit m'annonce de nouveaux tourments ; les cris déchirants des aliénés m'empêchent en effet de dormir ; il faut dire qu'ils sont effrayants, hirsutes, hystériques et violents. J'ai peur ; je prie. Je vais devoir aller me coucher, misérable, et attendre le lendemain afin de continuer la rédaction de ce précieux journal, qui est maintenant le seul élément qui me raccroche à la réalité.

Mercredi 16 Juin ( 15 h 35 ) : Maudits médecins ! misérables scélérats, bêtes sauvages et sans cœur ! Oh ! j'en suis encore bouleversé. Quelle nature est-ce la leur ? Qu'elle mal leur ai-je donc fait pour qu'ils me traitent de cette manière ? Ce matin, alors que la lumière du soleil filtrait à peine à travers mes persiennes, et que je dormais encore d'une sommeil lourd, j'ai été tiré de ma torpeur par le bruit sourd de la porte métallique cédant à vieux médecin. Surpris, je me suis dressé sur mon séant, puis j'ai reculé de manière ostensible, comme un animal effrayé. Derrière le vieux bonhomme, j'ai aperçu une troupe d'hommes masqués, qui semblaient désireux de me saisir. Sur un signal du médecin, alors que j'ouvrais de grands yeux effrayés en reculant encore davantage, la troupe infernal s'est précipitée sur moi en un grand fracas de bottes et de chaussures, puis, de manière brutale, m'a saisis, lié et traîné jusque dans une salle sombre, humide. Que pouvais-je faire ? Qu'avais-je en ma faveur ? De grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front. Les médecins m'ont écrasé contre une table de bois ; je ne pouvais plus esquisser le moindre geste. Il m'ont ensuite installé d'étranges bouts de coton, que reliaient des fils jaunes et rouges. Un carcan d'acier est également venu emprisonner ma bouche. Tout cela s'est fait si vite que lorsque les médecins se sont retirés dans une pièce voisine, je ne parvenais qu'à grand-peine à réaliser toute l'horreur de ma situation. Je l'ai cependant bien vite expérimenté, de manière cuisante. J'ai entendu le bruit d'un levier que l'on actionnait et, instantanément, j'ai été emporté par un torrent de feu. Une sorte de fleuve invisible et brûlant parcourait mes veines et calcinait ma chair ; les sauvages étaient en train de m'électrocuter. J'ai tenté de hurler, mais le carcan emprisonné ma bouche ; mes pupilles se dilataient et mes membres étaient secoués comme ceux d'une vulgaire marionnette. Puis, quand j'eus la très nette impression que j'allais exploser, la machine infernale s'est arrêté, comme essoufflée. Je n'ai pas remué, je n'ai pas crié ; j'étais trop las pour cela.
Les médecins m'ont reconduis dans ma cellule et, fourbu, étreint par une colère et une angoisse indicible, je me suis mis à pleurer, doucement, comme un enfant qui craint qu'on ne l'entende.J'ai tout perdu, il ne me reste que ma conscience, qui me répète inlassablement que je n'ai pas mérité un tel traitement.

pehache

  • Invité
Re : Fou ?
« Réponse #1 le: 06 novembre 2009 à 21:22:08 »
Emouvant. Même si la traduction(?) semble parfois un peu grandiloquente.

Hors ligne Kathya

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  • Messages: 1 271
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Re : Fou ?
« Réponse #2 le: 11 novembre 2009 à 17:04:48 »
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je suis de ma fin
"Je suis à bout", "je suis sur ma fin" ?

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le toubib est passé
C'est peut-être volontaire, mais vu le style du reste du texte, ça m'a surprise !^^

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une demi-douzaine de sauvages en blouses blanches ont surgit
ont surgi, a surgi ?

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Il me souvient
"Je me souviens", "il me revient que" ?

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Je ne sais si peux espérer en un quelconque salut
"Je ne sais pas si je peux espérer un quelconque salut" ?

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Noircir du frénétiquement du papier
Un "du" en trop...

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dans notre esprit, assaillis de mille tourments.
Si c'est l'esprit qui est assailli, pas de s.

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je promet de me venger.
promets

Citer
d'une sommeil lourd,
d'un

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cédant à vieux médecin.
Il manque quelque chose, je trouve.

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la troupe infernal

infernale

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m'a saisis,
saisi

Citer
Je l'ai cependant bien vite expérimenté
expérimentée

Citer
mais le carcan emprisonné ma bouche
emprisonnait

Il y a beaucoup de fois "angoisse" dans le texte.

Le style du texte étant très précipité, ça aurait pu être sympa d'aérer davantage pour la santé visuelle des lecteurs.
(Je vais finir par croire que je suis la seule à peiner à lire des pavés sur écran... ><)

Le style est sympa, un peu grandiloquent, certes, mais je trouve que ça va bien avec le personnage dont la détresse est bien rendue. Par contre je trouve que le fond pêche un peu. On ne sait au final même pas pourquoi il a atterri à l'asile (peut-être le personnage ne le sait-il pas non plus mais ça me paraît bizarre que ce détail ne le frustre pas alors davantage ou qu'il n'ait pas quelques spéculations à ce sujet).
Je regrette qu'on ait que peu matière pour réfléchir à la question "le narrateur est-il fou?". La seule chose qu'on peut se mettre sous la dent, c'est le fait qu'il menace de tuer les médecins s'il le pouvait... Mais ça peut aussi s'interpréter comme de la colère assez légitime s'il n'est pas fou...

Quant à la fin, je trouve que le style "journal" lui ôte de son intensité. A partir du moment où il a encore assez à une feuille et où il est encore là pour raconter, mon esprit pragmatique déduit qu'il s'en est bien sorti... : roll:
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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