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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Cher Docteur

Auteur Sujet: Cher Docteur  (Lu 955 fois)

Hors ligne Shendo

  • Calligraphe
  • Messages: 134
Cher Docteur
« le: 14 Novembre 2017 à 20:44:18 »
Bonsoir,

Ceci est mon premier post.

Docteur,

Depuis plus de trois ans, je suis sujet à des troubles psychiatriques importants, me rendant la vie particulièrement pénible. J’ai recouru à plusieurs traitements médicamenteux mais rien n’y fait, je me trouve être toujours aussi démuni mentalement.
La dernière fois, en trainant au bord du port que vous devez bien connaître étant donné l’emplacement de votre cabinet, j’ai tué une femme. Elle était blonde et innocente, rêvait depuis sa chevelure incandescente, les jambes jetées dans le vide que projette la mer. Je lui ai proposé de boire un verre au bar d’en face et m’a refusé catégoriquement un moment de discussion intime au cour de laquelle j’aurai très bien pu évacuer mes soucis que vous connaissez fort bien.
Parfois, je me dégoûte… les pulsions se révèlent être aussi familières que l’instinct de survie qui sommeille en nous. Chez certaines personnes, il est simplement prononcé de manière soulignée. Mes pulsions à moi me donnent à la fois envie de vivre et de mourir, tout un paradoxe quand on sait que l’ordre chronologie des choses s’effectue dans un tel sens que la naissance est étroitement liée à la mort. En effet, je suis convaincu que chaque cri poussé dès lors que notre organisme se met à fonctionner, représente le deuil formel d’une vie antérieure.
Qui étais-je avant d’incarner ce bourreau narcissique aux idées paranoïaques ? Peut-être un passager d’un avion écrasé en plein Pacifique, les larmes qui coulaient sur mon visage de nourrisson signifiaient l’eau aspergeant mes poumons.
Vous l’aurez sans doute compris, je me questionne beaucoup ces temps-ci. L’hiver est une période noire pour les gens comme moi, vous ne pensez pas ? Tout est si morne, si terne, si livide… j’en deviendrai fou. Ah non, je le suis déjà grâce à un diagnostic extrêmement pointu qu’ont posé des blouses blanches vivantes. Docteur, si jamais je meurs avant d’avoir pu vous rendre visite pour encore une fois contempler la vue qui sillonne vos grandes fenêtres, je vous serai reconnaissant de transmettre mes pensées au monde entier.
Les tueurs en série ne naissent pas tueur en série. Non, c’est complètement faux. La nature humaine est bien faite et malgré les déformations que peuvent subir certains êtres, j’ai l’intime conviction que le cerveau ne peut contenir de méchanceté autant substantielle qu’accidentelle. Rien n’a d’égal la création d’un bébé… j’en étais un, j’étais un enfant tendre et joyeux. Cela a cessé d’être lorsque ma sœur s’amusait à m’infliger des brimades continuelles face à ses copines tandis que ma mère, cette salope puérile voulant paraître plus jeune qu’elle ne l’était, jouait la sourde d’oreille. En secret, j’étais persuadé qu’elles élaboraient un plan pour me rendre cinglé ! J’ai déjoué leurs machiavéliques stratagèmes à travers des tactiques méthodiques mais je n’ai pas pu œuvrer avant d’avoir atteint l’âge suffisamment mature pour me permettre de sortir en toute liberté et de suinter la férocité physique.
J’ai développé des pensées meurtrières à partir de l’âge de 17 ans. Ces pensées se sont précisées au fil du temps, quand ce dernier était aussi rapide qu’un vieux constipé et empli par l’arthrose. Je prends cet exemple car mon père a fini dans ces conditions ignobles, je lui rendais visite de façon assidue jusqu’à ce que ma sœur remette les pieds pour lui soutirer subtilement l’héritage. A côté, ma mère buvait et fumer autant que son fric lui permettait.
A 30 ans, après une brouille professionnelle dans un milieu hostile qu’est celui du commerce, j’ai viré de bord. Non… j’ai mis le voile. Définitivement et décidément.
La première femme que j’ai tuée s’appelait Laëtitia. Elle n’avait aucune grâce à mes yeux mais gravitait autour de cette pimbêche meurtrie une certaine aura bienfaisante. Du haut de ses talons aiguilles, elle pinçait chaque mâle affamé grâce à son geste révolutionnaire pour l’époque : doigt dans la bouche, elle y laissait volontairement de la salive pour se caresser la poitrine, pas les tétons, juste la poitrine. Ce qui laissait entrevoir une dévergondée sortant du commun ne me déplaisait pas, bien que sa manière de tituber pour je ne sais quelle raison me rendait perplexe quant au projet de lui glisser quelques billets pour assouvir un besoin purement légitime, surtout pour un homme ! La première fois que j’ai esquissé un sourire, elle s’est approchée de moi pour me faire la discussion. J’ignore toujours pourquoi mais elle ne m’a pas abordé comme elle le faisait avec les autres.
Serais-je spécial, Docteur ? Un émancipé de la société ? Serait-ce mon aspect dandy qui lui a donné des envies de confession ? C’est trouble… alors, pour clarifier les éléments, je lui ai foutu une claque aussi monstrueuse que celles dont je subissais la force, lors de mon « enfance » crispée.
Elle a dérivé vers une voiture, s’est agrippée presque mécaniquement au rétroviseur extérieur et a poussé un hurlement suraigu pour sa voix de camionneur. C’est drôle, les gens changent quand ils sont en danger. On aurait dit que cette pauvre femme retombait en enfance, dénudée de tout rationalisme ; je la voyais croupir lentement à l’intérieur d’un marécage mouvant. J’ai dégainé mon arme et lui ai tiré une balle en pleine cervelle. A l’image d’une éruption volcanique, le sang jaillissait sans que le Monde s’arrêtait de tourner : les voitures défilaient toujours aussi vite, le chien aboyait toujours aussi fort, l’odeur de la cigarette s’insinuer toujours aussi bien dans l’air oppressante et cette femme était morte sur un parking où se chevauchaient des animaux en chaleur hivernale.
Si je vous ai raconté cette brève histoire, Docteur, c’est pour que vous preniez conscience de l’orientation de mes choix. Il ne s’agit pas de sadisme ! C’est le goût de l’expérimental qui m’intrigue, comprenez que ma vie était aussi flétrie qu’un chewing gum que l’on mastique pendant des années.
Les gens ne réfléchissent plus avec leur cœur… ils arborent fièrement leurs outils technologiques, ces espèces d’épaules robotiques sur lesquels se reposent des têtes alourdies par des problèmes conformistes et incroyablement lassants. Les gens ont cessé de penser d’un point de vue cardiaque dès lors que chaque doctrine patriarcale a été remplacée par des mouvements capitalistes et publicitaires. Ce sont des gens que je pointe du doigt ! Toute ma vie j’ai dû les supporter, appréhender des clients dont l’égo a craqué quand Mère Nature leur a attribuée des rides, laver les godasses d’une connasse à la maternité difficile… ces gens ne voient plus les problèmes réels. Est-ce de leur faute ? OUI. Ils ont conceptualisé leurs propres ficelles et les dirigeants nationaux ainsi que les multinationales n’avaient plus qu’à les agiter de droite à gauche.
La société est dysfonctionnelle, Docteur. Les tueurs en série naissent d’un problème bien plus grand que ce vous pouvez croire. On ne peut rien faire contre ça : le danger est devenu monnaie courante, il n’y a qu’à regarder les infos.
Mon existence a un but, elle doit permettre de régulariser au mieux les donneurs de leçons alors qu’ils ne l’appliques pas eux-mêmes. Cercle vicieux aux multiples facettes, exposant les failles d’une société dystonique*.

* La dystonie généralisée est une forme de dystonie qui intéresse le corps pratiquement dans son entier. La survenue de contractions musculaires involontaires ne se limite pas à un seul groupe musculaire, ou à une moitié du corps, mais peut toucher les quatre membres, ainsi que la face, le cou et la colonne vertébrale.



Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : Cher Docteur
« Réponse #1 le: 14 Novembre 2017 à 21:16:11 »
Bonsoir Shendo,
Les modérateurs doivent être en plein repas, mais sur ce forum on demande à tous de commencer par se présenter
ici
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/board,14.0.html
je reviendrai relire ce texte fou
à bientôt
francis

 


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