Bonjour à tous,
Voici, ci-dessous, le premier jet d'un texte très court sur lequel je serais heureuse d'avoir votre avis.
Bonne journée,
EL
Ça a commencé par une fissure pas plus grande que son petit doigt.
Dieu sait pourtant qu’à cinq ans on a l’auriculaire limité. La faille permettait tout juste d’y glisser la pointe d’un galet ramassé en contrebas. Le balcon semblait immense, agrandie sans doute par l’odeur des embruns et le bruit des vagues qu’il surplombait. Les quelques mètres carrés de béton, désormais fendillés à leur extrémité, paraissaient un royaume sans limite où l’observation de l’arrivée des bateaux et du vol des mouettes permettaient à l’enfant de s’évader.
Sur la plage, en contrebas, d’autres enfants s’échinaient à ériger un barrage éphémère d’abord effleuré par une écume intimidé puis léché par des moutons plus téméraires que talonnait déjà le ressac. Allongé sur le balcon, l’enfant, suivait des yeux le combat inégale de la butte de sable contre les éléments. Son corps frémissait d’envie à chaque coup de boutoir de la mer. Les yeux écarquillés, l’enfant scrutait la bataille depuis son olympe, dévoré par le désir d’en être. Bientôt le monticule s’effondrerait, laissant l’océan reprendre sa place. Sans lui, encore une fois.
Encore une fois, il devrait se contenter d’observer la mer depuis les hauteurs, épuiser quatre sens en vain pour enfin connaitre cette inconnue, sans pouvoir l’approcher. Plus loin, séparée de son royaume par la frontière d’une baie vitrée qui l’isolait du monde, sa mère se reposait dans la pénombre. Cet enfant trop longtemps désiré ressemblait désormais aux verres de cristal qui prennent la poussière derrière une vitre protectrice. La peur d’être brisés empêche leur usage jusqu’à en oublier leur fonction.
Allongé sur le la balcon, l’enfant, joue. Les plantes en pot se transforment en îles désertes occupées par la jungle entre lesquelles louvoie un galet effilé. Le boutre de fortune trace son sillon, libre. Le regard fixé sur son esquif, l’enfant évite successivement les pièges de la fissure et du cendrier en granit, autant de crevasses, rochers et volcans que l’ennui a fait naître dans un esprit prisonnier. L’odeur des embruns et le bruit des vagues, qui atteignent désormais les rochers en contrebas, témoignent de l’arrivée de l’Autre.
La mer monte, dans son esprit comme sur le sable. Par à-coups imperceptibles elle reconquiert son terrain. Déjà, sa présence recouvre les mirages de l’esprit et l’enfant, bâton reposé, corps tendu et œil fixe, écoute. La voilà qui l’appelle et l’enfant s’efface devant le marin qui guette l’embarquement. Sur son ponton imaginaire, il sourit à la mer. L’échelle est jetée, le marin n’a plus que quelques pas à faire pour embarquer.
Sur le balcon quelques fleurs écrasées et un galet abandonné témoignent du vide.