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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le réveil

Auteur Sujet: Le réveil  (Lu 1355 fois)

Hors ligne Leroca

  • Tabellion
  • Messages: 31
Le réveil
« le: 17 Juin 2017 à 00:16:10 »
Parfois il faut savoir se lancer pour espérer faire avancer les choses, alors la voici, la première fois où je partage l'un de mes écrits et par conséquent où je me ferai lire. C'est un moment terriblement stressant et angoissant, mais je suis en même temps si impatiente de découvrir vos impressions, votre ressenti et vos critiques, qu'elles soient positives ou négatives d'ailleurs. J'appréhende mais j'ai hâte...



   Ma ville est sans doute semblable à beaucoup d’autres, mais elle tient dans mon cœur une place bien plus importante. Je l’évoque toujours avec un sentiment de plénitude car j’ai souvenir d’elle comme j’ai souvenir de passions amoureuses. Elle est intelligente et incroyablement belle, elle est divine et sacrée, mais elle sait aussi se montrer cruelle et son attraction si sensuelle peut parfois rendre fou.
Avez-vous déjà expérimenté le doux réveil de la vôtre ? Sortir quand il fait encore sombre et n’entendre que le silence. Attendre. Observer. Rêver. Puis voir les commerçants ouvrir les portes de leur café et installer leur terrasse alors que les lueurs du petit matin semblent déjà si loin. Si votre réponse se voit être négative, je n’ai qu’un unique conseil à vous donner : vous devriez essayer.
 
 
Quand le ciel est encore chargé de sombres nuances de bleus, les seules lumières sont alors celles des lampadaires fatigués, ainsi que celles des phares. Ma ville est encore perdue dans ses draps de soie beiges. Il est encore bien tôt.
 
Dehors, il y a d’abord le clapotis de l’eau du port. Avant l’aube, cette eau est calme et stagnante, la malheureuse n’est pas encore sollicitée par les allées et retours incessants des bateaux du tourisme. Il n’y a pour l’instant que ce vent glacé, salé et intrépide qui danse derrière moi, il n’y a que le chant rauque et railleur des mouettes qui semblent se foutre de vous, il n’y a que vous et vous-même. Là, tous les problèmes, tous les doutes sont au repos, les seuls signes d’humanité qui subsistent sont les bâtiments, les véhicules, les statues, mais ils sont inertes et endormis.
 
Quelques minutes après les premières nitescences du jour, le silence est soudainement interrompu. C’est un vélo, il surgit de derrière un bar qui dort encore. Il me sort alors de mes songes et de mes rêveries, me ramenant dans ce lieu portuaire. C’est le premier signe de civilisation qui apparaît. Puis s’ensuivent quelques passants. Certains sont pressés, d’autres prennent leur temps, mais les uns comme les autres ne parlent pas, ne se parlent pas.
 
La ville redevient alors muette jusqu’à ce qu’on entende le vrombissement sourds des camions, ceux qui rendent les rues propres et impeccables. Leurs gyrophares scintillent sur tout le quai, à chaque rue son engin. C’est un moment désagréable car sa pollution sonore empêche la dispersion de l’esprit, mais il en demeure indispensable.
 
Cela ne décourage d’ailleurs pas ce papy à moustache de venir pêcher. Il a dans sa main sa canne à pêche, et sur sa tête une casquette. Sa démarche est néanmoins impatiente et il change plusieurs fois d’endroits, en restant pourtant toujours à côté de la Tour.
Cette tour était si sombre à mon arrivée, mais maintenant, avec le lever du soleil elle revêt une couleur ocre qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’or. Elle devient si majestueuse avec cette nouvelle palette que sa jumelle, plus petite, a moins bonne mine. Elle est si fière, si orgueilleuse et en même temps si captivante.
 
Enfin, les tables et les chaises se dressent un peu partout sur les quais. Le soleil commence à être bien haut et le jour est debout depuis un moment déjà. Mais la matinée ne fait que commencer. Les gens viennent prendre leur premier café, celui qui revigore, et mangent un bout. Les premières conversations ont alors lieu, on se dit “ bonjour “ en se regardant dans les yeux, on demande si ça va, puis deux profils se présentent : soit l’on s’assoit seul, on émerge, on se prépare à la journée qui va suivre, soit l’on discute avec d’autres, c’est à ce moment que la taciturnité de l’agglomération est brisée, on entend dès lors les voix qui s’élèvent, les boutades et les rires.
 
 
   C’est pour ça que j’aime ma ville, ce n’est pas seulement pour la beauté qu’elle dégage, non je l’aime surtout pour ses gens. Qu’ils soient cois ou bruyants, tristes ou joyeux, aimants ou aimés, il y a tant de diversités, des vieux et des jeunes, des femmes et des hommes, des marins, des pêcheurs, des étudiants, des commerçants, des lecteurs, des artistes, tant de personnalités qui se mélangent et s’entremêlent que cela repousserait le dictateur le plus chevronné.
 
Finalement, si on arrive à capter l’essence de ce réveil, cela est un peu comme contempler pour la première fois le visage d’une femme au petit matin. C’est beau pour l’œil, c’est reposant pour l’esprit, c’est enivrant pour le cœur. Ce réveil fut le déclic de cette chose que je n’avais jamais ressenti jusqu’à présent en me baladant dans mes rues : je suis tombée amoureuse de ma ville.
« Modifié: 24 Juillet 2017 à 23:41:54 par Leroca »
"Les gens apprécient les autres pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils pourraient être."

Hors ligne Amy M

  • Scribe
  • Messages: 63
Re : Le réveil
« Réponse #1 le: 18 Juin 2017 à 02:16:22 »
D'abord, félicitations à toi pour avoir eu le courage de ce premier partage :)

Mes commentaire, en vrac:

- En te lisant, j'ai l'impression qu'on a en commun cet amour pour la contemplation de notre environnement.

- J'ai l'impression d'un joli tableau aussi (ou plutôt d'une série de tableaux qui évoluent).

- J'ai aimé le mot "nitescence" mais pas "taciturnité" (pas crucial ce commentaire, je sais, haha).

- "Métropole" m'a fait changer de perspective: avant lui, j'avais l'impression d'une ville plus petite.
 
- J'ai relevé quelques coquilles: levé (lever), revête (revêt), fût (fut), s'en suit (s'ensuivent).

- "en me baladant de mes rues" me semble étrange à la fin aussi.

- J'ai apprécié l'ensemble mais j'ai été un peu déçue par la fin (surtout la dernière phrase, au niveau du style, pas du contenu mais peut-être que ça ira mieux si tu corriges ce que je dis juste au-dessus).

Edit: Oups, je remarque que j'ai utilisé 3 fois "impression" mais on n'a qu'à dire que c'est pour souligner le côté impressionniste de ton texte :p

Hors ligne Leroca

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : Le réveil
« Réponse #2 le: 21 Juillet 2017 à 20:19:19 »
Bonsoir Amy ! Tout d'abord pardon pour ma réponse tardive (beaucoup trop d'ailleurs..) et merci tout plein ! Il y a en effet quelques coquilles oops ! Je m'en vais les corriger !
Je vais essayer d'améliorer ce texte, et encore merci pour ta réponse :)
"Les gens apprécient les autres pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils pourraient être."

Hors ligne Sophie131

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 136
  • Libellule et saltimbanque
Re : Le réveil
« Réponse #3 le: 22 Juillet 2017 à 10:24:42 »
Hey !
J'adore ta manière de décrire, on a vraiment l'impression que tu peins un tableau (même si ce tableau est en mouvement). On sent bien ta fascination pour le monde qui t'entoure
J'espère que tu posteras d'autres textes !

Nocte

  • Invité
Re : Le réveil
« Réponse #4 le: 22 Juillet 2017 à 13:40:47 »
Yo.

Je l’évoque toujours avec un sentiment de plénitude car j’ai souvenir d’elle comme j’ai souvenir de passions amoureuses.
Je ne vois pas trop pourquoi le terme plénitude serait employé ici, tu pourrai préciser ?

Elle est intelligente et incroyablement belle,
Qu'est-ce qui rend une ville intelligente ?

elle est divine et sacrée,
Divine et sacrée sont des quasi-synonymes, donc tu n'apporte pas plus d'informations que ça.

Sortir quand il fait encore sombre et n’entendre que le silence. Attendre. Observer. Rêver. Puis voir les commerçants ouvrir les portes de leur café et installer leur terrasse alors que les lueurs du petit matin semblent déjà si loin.
Ce passage est cool.

Quand le ciel est encore chargé de sombres nuances de bleus, les seules lumières sont alors celles des lampadaires fatigués, ainsi que celles des phares.
La musicalité est un peu bancale ici, tu pourrai reformuler.

Dehors, il y a d’abord le bruit du clapotis de l’eau du port.
Le clapotis est un bruit, pas besoin de le mentionner, ça ne fait qu'alourdir ta phrase.

Avant l’aube, cette eau est calme et stagnante, la malheureuse n’est pas encore sollicitée par les allées et retours incessants des bateaux du tourisme.
Simple curiosité, il n'y a pas du tout de vagues ?

il n’y a que le chant rauque et railleur des mouettes qui semblent se foutre de vous
Meh, t'as vraiment besoin de dire foutre ? Cela ne va pas avec le reste du texte.

Il n’y a pour l’instant que ce vent glacé, salé et intrépide qui danse derrière moi, il n’y a que le chant rauque et railleur des mouettes qui semblent se foutre de vous, il n’y a que vous et vous-même. Là, tous vos problèmes, tous vos doutes sont au repos, les seuls signes d’humanité qui subsistent sont les bâtiments, les véhicules, les statues, mais ils sont inertes et endormis.
Tu commence par moi, et tu fini par vous. Je serai d'avis de rester sur le moi.

Quelques minutes après les premières nitescences du jour,
Je pense que lueur aurait suffit.

C’est un vélo, il surgit de derrière un bar qui dort encore. Il vous sort alors de vos songes et de vos rêveries, vous ramenant dans ce lieu portuaire.
Le je marcherait beaucoup mieux. Tu n'a pas besoin de t'adresser directement au lecteur, vu qu'il peut s'identifier à ton propre ressenti.

tant de personnalités qui se mélangent et s’entremêlent que cela repousserait le dictateur le plus chevronné.
C'est à dire ?

Finalement, si on arrive à capter l’essence de ce réveil, cela est un peu comme contempler pour la première fois le visage d’une femme au petit matin. C’est beau pour l’œil, c’est reposant pour l’esprit, c’est enivrant pour le cœur. Ce réveil fut le déclic de cette chose que je n’avais jamais ressenti jusqu’à présent en me baladant dans mes rues : je suis tombée amoureuse de ma ville.
Chouette conclusion.

Au final le texte est sympa, j'aime bien ces petits vagabondages matinaux, pour en avoir fait quelques-un je retrouve bien ce que tu décris. Après il reste des maladresse mais bon, c'est pas mal pour un premier texte ici.

Hors ligne Leroca

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : Le réveil
« Réponse #5 le: 24 Juillet 2017 à 23:35:21 »
Bonsoir Sophie131 ! Merci beaucoup pour ton avis, je suis contente que ce texte t'ait plu ! J'écris très peu de textes car le temps me manque hélas, je compte néanmoins reposter si ma plume se..réveille de nouveau  ;)
Des bises sucrées !




Bonsoir WEG ! Waouh, quel post ! Je vais tâcher d'y répondre comme il se doit !

Si j’ai utilisé le terme “plénitude” c’est parce qu’il est pour moi le mieux adapté quand, justement, je parle de ma ville, surtout à des étrangers. Il y a ce je-ne-sais-quoi de fierté qui envahit mes paroles et mon coeur, il y a cette joie qui prend possession de mon Être tout entier (j’en ai un sourire grand comme celui du Joker …^^).
Je le rapproche à la passion amoureuse car ce sont ces deux mêmes sentiments qui surviennent et quand je suis loin de cette ville qui me prend aux tripes mais que j’y pense, ça me fait mal comme un amour qui a cessé ou qui s’est interrompu. (en bien ou en mal)

Aujourd’hui, ma ville fonctionne surtout grâce au tourisme et aux différentes universités, mais par le passé c’était grâce aux industries portuaires, au commerce, notamment d’esclave, non ce n’est pas joli, joli :)
Elle évolue avec son temps et elle s’adapte, c’est ce qui la rend intelligente, peu importe l’époque ! Aussi, j’aime la personnifier et la voir comme une femme réelle, l’Être humain pense souvent qu’une femme dite “parfaite” est intelligente, belle, au grand coeur et d’autres qualités selon la situation et la personne, alors je crois que j’aime tout simplement lui donner une existence humaine :)

Il est vrai que les deux termes “divine et sacrée” sont d’une extrême similitude, pourtant j’aime la nuance qu’il existe, quand bien même cela peut paraître bête ou insensé. D’un côté il y a ce rapprochement au sublime et à la perfection : un repas divin, une beauté divine etc... Et de l’autre il y a ce caractère inviolable qui interdit le non respect et qui donne du coup une importance primordiale à la chose. Après, ce n’est qu’une préférence personnelle, je peux comprendre que tu l’apprécies peu ^^

Pour les deux phrases suivantes il est vrai que je n’en suis pas très fière...la première est laide tandis que l’autre me semblait bizarre et … ben lourde en fait ^^ je te remercie de penser comme moi à ce sujet !

Là où je me trouvais en écrivant c’était dans le port même et il est fermé, gardé par les deux tours. Il n’y a pas de vague à proprement parlé, seulement quelques ondulations !

Hmm c’est vrai que ça peut casser un peu le texte mais c’est vraiment le ressenti que j’ai avec ces mouettes !

En y réfléchissant, c’est vrai que le JE se suffit de lui-même dans ce texte, le lecteur y est projeté malgré lui, je vais le retravailler un peu.

J’aime beaucoup le mot “nitescence” et je ne voulais pas de la répétition du mot “lueur”, j’ai en horreur cette figure, je l’emploie rarement, du moins seulement comme procédé d’instance.

Pour finir, là où je vis les citadins ont un caractère bien trempé et ce peu importe leur vécu, essayer de leur tenir tête relève de l'inconscience ou de la bêtise (exceptionnellement du génie). Ma ville et ses habitants sont indomptables, personne ne peut les contrôler, pas même un dictateur.

Je te remercie chaleureusement de ta critique et de la finalité de ton commentaire, je vais essayer de m’améliorer et d’embellir cet écrit !
"Les gens apprécient les autres pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils pourraient être."

Hors ligne Icare

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : Le réveil
« Réponse #6 le: 27 Juillet 2017 à 16:38:36 »
Hey Leroca !

Ce qui me plaît dans ton texte, c'est que ce n'est pas une simple description, figée, de la ville.
On a vraiment une sensation de mouvement. De se trouver à côté de la narratrice, tandis qu'elle nous montre du doigt les détails qui apparaissent, évoluent, un vélo, un papy à moustache.

Quelques remarques sur la forme, totalement subjectives :

Citer
Si votre réponse se voit être négative, je n’ai qu’un unique conseil à vous donner : vous devriez essayer.
Un peu lourd. "Vous devriez essayer" suffirait.
Citer
cette eau est calme et stagnante, la malheureuse n’est pas encore sollicitée
Je trouve l'image un peu forte pour désigner du liquide.
Citer
les seuls signes d’humanité qui subsistent sont les bâtiments, les véhicules, les statues, mais ils sont inertes et endormis.
Presque toute la ville est signe d'humanité !  :) En élaguant un chouilla :
"les signes d’humanité qui subsistent sont les bâtiments, les véhicules, les statues, mais ils sont inertes et endormis."
Citer
C’est le premier signe de civilisation qui apparaît.
Plutôt le premier signe de vie, d'activité (oulah mais c'est que je cherche la p'tite bête, moi).
Citer
en restant pourtant toujours à côté de la Tour.
Ça me dérange - peut-être ce n'est que moi - que cette tour ne soit pas introduite avant.
Citer
maintenant, avec le lever du soleil elle revêt
Une p'tite virgule ?
Citer
une couleur ocre qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’or.
Je trouve ça un peu répétitif, l'ocre ressemblant à l'or.
Citer
que sa jumelle, plus petite, a moins bonne mine
Même commentaire que pour la première tour.
Citer
soit l’on discute avec d’autres, c’est à ce moment que la taciturnité de l’agglomération est brisée, on entend dès lors les voix qui s’élèvent, les boutades et les rires.
Ça me dérange la notion de moment alors que tu introduisais des profils. Je ne suis sans doute pas clair du tout : on entend aussi les voix qui s'élèvent si l'on ne choisit pas de discuter avec les autres. Je préférerais : "c'est ainsi que la taciturnité...".
Citer
ce n’est pas seulement pour la beauté qu’elle dégage, non je l’aime surtout pour ses gens.
Une petite virgule à rajouter, ou même un point.
Citer
que cela repousserait le dictateur le plus chevronné.
Je comprends ce que tu as voulu exprimer, mais ça m'a surpris sur le coup.


Bravo pour ton texte !


"Le Monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire."
A. Einstein.

 


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