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16 Juin 2026 à 00:20:23
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Auteur Sujet: Et pendant ce temps-là, The Rock... [co-écrit par Zagreos]  (Lu 1120 fois)

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Préambule : aucun caniche royal n'a été blessé durant la rédaction de ce texte.



Et pendant ce temps-là, The Rock…

— Michel ? Il faut que je te parle, Michel.
« Tiens, c’est bien la première fois que la bouilloire s’adresse à moi. » s’étonna Michel Vaillant. Il reposa son point de croix, un portrait du Pape Jean Paul II pratiquement achevé, et s’approcha de l’engin. Il jeta un coup d'œil à The Rock, au fond de la pièce, préparant la pâte des cookies qui allaient agrémenter leur thé Earl Grey. Dwayne n'avait rien remarqué. Le pilote reporta son attention sur la bouilloire, ne sachant pas quelle attitude adopter. Il hasarda une réponse :
— Qu’y a-t-il, Kevin ?
— Je ne m’appelle pas Kevin, Michel. En réalité, je suis Little Bastard.
— Little Bastard ? Mais c’est impossible.
— Bien sûr que si, que c’est possible.
— Oui, tu as raison. Cela expliquerait que mes soupes aient systématiquement un goût de liquide de frein.
— Non, ça c’est parce tu mets trop de liquide de frein dans la préparation, Michel.
— Sans doute. Que puis-je pour toi, Little Bastard ?
Michel Vaillant se doutait pourtant bien de ce que la bouilloire s'apprêtait à lui demander, affublée d'un nom pareil. Il connaissait parfaitement la légende de Little Bastard, la voiture maudite de James Dean. Après avoir tué l'acteur dans un accident, la Spyder 550 ne s'était pas arrêté là : on ne comptait plus le nombre de remorqueurs morts en la transportant et d'entrepôts carbonisés où elle résidait, avant qu'elle fusse envoyée à la casse et manifestement recyclé en bouilloire électrique. L'engin confirma les doutes du pilote :
— J'imagine que tu sais qui je suis. Je suis revenue d'entre les morts pour une raison bien précise, Michel. Nous devons retourner dans le temps pour empêcher la malédiction. J'en ai marre de passer pour une assassine, merde.
— Et tu sais faire ça, toi ?
— Je n'étais pas la voiture de James Dean pour rien. Allez viens mon coco, on y va !
— J’ai le temps de finir mes cookies ? Ou pas ? s’inquiéta The Rock en contemplant sa plaque de cuisson.

Il n’en était rien. Voyager dans le temps n’était pas chose aisée, Little Bastard avait attendu patiemment que Mercure s’aligne en Capricorne, l’année bissextile suivant le demi-siècle de Christophe Lambert. Elle n’allait pas laisser passer sa chance de sauver sa réputation en même temps que la vie de James Dean.
Se sentant investi d’une mission, Michel Vaillant s’en alla quérir les vingt centilitres de lave-glace qu’il se devait de mélanger à un quart de litre de plutonium, avant de porter le tout à ébullition dans son héroïque, bien que controversée, bouilloire. Inhalant à plein poumons les vapeurs de ce curieux mélange, Michel se cramponna de toute ses forces à la bouilloire – sans toutefois lâcher la main de The Rock– tandis qu’ils étaient tous trois propulsés en Californie, le 29 septembre 1955.

Dwayne Johnson, que la quête de rédemption de Little Bastard semblait assez peu intéresser, partit déambuler dans la Californie des années 1950, tandis que Michel Vaillant et la bouilloire essayèrent de retrouver James Dean. Les deux comparses ne marchèrent qu'un petit kilomètre avant d'arriver à une grande ville, qu'ils supposèrent être Los Angeles. Sans trop savoir où chercher, ils se baladèrent donc au hasard et aussi surprenant que cela puisse paraître, Little Bastard aperçu rapidement James Dean en train de prendre un café de l'autre côté de la rue. Cependant, avant qu'ils aient pu faire un mouvement vers l'objet de leur quête, un fracas tonitruant résonna dans la rue, manquant de faire lâcher la bouilloire à Michel Vaillant. Une DeLorean surgissait dans le carrefour. Enfin pas une DeLorean, LA DeLorean. Et à son volant, le pilote reconnut aussitôt son ennemi juré : le Stig. Celui-ci remonta Venice boulevard sur une dizaine de mètres supplémentaires avant de tendre un câble et ainsi garer la rutilante automobile telle une pâquerette, dans une place qui n’aurait guère pu contenir plus qu’une poussette. Il descendit lentement du véhicule, tendit son ticket de parking à The Rock, puis toisa Michel au travers de sa visière teintée.
— Stig ! Mais que fais-tu là ? tempêta Michel.
—…
— Comment oses-tu me parler sur ce ton ?
—…
— Ça ne se passera pas comme ça, Stig, je ne te laisserai pas nuire.
—…
— On se reverra en Enfer, face de casque !

Courroucé par les odieux propos du Stig, Michel s’empara de Little Bastard et se dirigea en hâte vers James Dean, qui en était à son troisième scone. Il devait à tout prix prévenir le sémillant acteur du funeste destin qui l’attendait. C’était sans compter sur le caractère belliqueux de la DeLorean qui s’interposa aussitôt sur sa trajectoire, battant des portières d’un air menaçant :
— Little Bastard, comme on se retrouve…
— On se connait ? s’étonna l’intéressée.
— Tu es la raison pour laquelle le recyclage devrait être banni ! Qui t’as permis de voyager dans le passé ? Je suis la seule voiture qui puisse traverser l’espace-temps !
— Ok, mais moi je suis une bouilloire, grand.
— Qu’importe ! C’est mon privilège, je ne saurais te laisser agir à ta guise et changer le passé. James Dean doit mourir demain, c’est ainsi !
— Mbroupf ? s’enquit l’acteur à la bouche pleine.
— Ta gueule, James. Je ne te laisserais pas mourir, assura la bouilloire.
L'acteur sembla aussi touché que surpris qu'une bouilloire se soucie de sa survie, même s'il ne voyait pas vraiment pourquoi elle en parlait maintenant. Dans le doute, il commanda un quatrième scone auprès de The Rock lorsque celui-ci lui apporta sa seconde tasse de café. La DeLorean claquait cependant ses portières de façon toujours plus inquiétante. Michel Vaillant hésitait sur la marche à suivre : il avait l'habitude de conduire des voitures, pas de se friter avec ! Ce fut Little Bastard qui bougea en premier. La bouilloire sauta des bras du pilote avec un cri empli de rage, retombant lourdement sur le capot de la DeLorean.
— 1,21 Gigowatts ? Et puis quoi encore ? C'est pas demain la veille qu'on entendra parler d'une DeLorean battant une Spyder 550 !
Le pilote voulut courir à son secours, mais le Stig se planta devant lui, les traits de son casque respirant l'agressivité. Il ne dit rien, cependant Michel sentit bien qu'il était prêt à en découdre.
Little Bastard donnait du fil à retordre à la DeLorean, qui ouvrait frénétiquement son capot pour déséquilibrer la bouilloire. Celle-ci plongea clapet vers l'avant dans le pare-brise de la voiture et rebondit violemment sur le verre renforcé par les voyages spatio-temporels, tombant à la renverse sur le pavé de la rue. La voiture ricana et recula pour mieux lui rouler dessus.
De son côté, Michel Vaillant s'apprêtait à lancer un coup de boule monumental au Stig, connaissant pourtant bien l'issue de ce duel, sans casque. Un nom de famille, c'est souvent un fardeau qui peut coûter cher. Son geste était déjà amplement amorcé lorsque le Stig le stoppa, d’une main gantée de blanc posée sur sa poitrine.
— … ?
— Oui, tu as raison, Stig. Réglons ça comme les pilotes que nous sommes. Rendez-vous à la nuit tombée sur les grands boulevards. Ta DeLorean contre ma Spyder 550. Une course sur huit feux, et que le meilleur gagne.
—…
— J’en ai rien à foutre, que ce soit une bouilloire ! hurla Michel en s’emparant de son ustensile de cuisine et de son amour propre.
Resté stoïque durant toutes ces turpitudes, le prestigieux acteur d’À l'est d'Éden récupéra sa monnaie et regagna sa propre version de Little Bastard, encore munie de son volant, de ses quatre roue et d’un pare-brise, que The Rock nettoyait avec application.

Le calme était étrangement improbable sur les grands boulevards de Los Angeles, cette nuit-là. Subodorant que sa destinée allait se jouer durant cette course, James avait tenu à y assister. Il avait installé sa chaise de camping pliable Ikea à proximité du huitième feu, ligne d’arrivée éphémère de ce challenge automobile hors du commun. À quelques kilomètres en amont, le Stig et Michel Vaillant faisaient déjà vrombir le moteur de leur destrier respectif, attendant le coup d’envoi qui, d’un commun accord, serait donné à la seconde où The Rock – affairé à promener les caniches royaux d’Elizabeth Taylor – atteindrait le trottoir. Malheureusement, l’accord ne stipulait rien au sujet des caniches, et la DeLorean opéra un démarrage canon, dégommant deux des canidés au passage.
Ni une, ni deux, Michel Vaillant enfourcha la bouilloire, levant les jambes pour qu'elles ne touchent pas le sol. Il la mania avec plus de facilité qu'il ne l'aurait cru, et Little Bastard fonça à toute berzingue dans la nuit : elle avait de beaux restes. Ainsi, ils furent à la hauteur de la DeLorean dès le premier feu rouge, et le pilote jeta un coup d'œil au Stig. Il n'y avait pas à dire, il conduisait bien, le bougre. La bouilloire força encore l'allure et ils les dépassèrent, mettant une bonne centaine de mètres entre leurs rivaux et eux, passant le deuxième feu rouge. Le Stig accéléra cependant lui aussi et ils furent bientôt rattrapés, maintenant au coude à coude. Ils manquèrent de renverser une bande de passants qui s'amusaient à traverser, sans doute pour le malin plaisir de se faire écraser et de gêner la course, et passèrent le troisième feu, toujours collés les uns aux autres. C'est alors que la DeLorean fit ce que dans le jargon on appelle « un beau coup de pute » : elle ouvrit brutalement sa portière, déséquilibrant Michel Vaillant, qui fit un violent écart, fonçant dangereusement vers le trottoir. La bouilloire freina des quatre fers, poussant un juron que nous ne pourrons pas décemment retranscrire ici. Grâce à une nouvelle embardée, le pilote regagna la route, constatant avec rage l'avance confortable que s'était constituée la voiture adverse. Leurs rivaux n'avaient plus que trois feux rouges avant de franchir la ligne d'arrivée, ils étaient irrattrapables.

— On n’y arrivera jamais, se lamenta le pilote.
— Ait un peu la foi, Michel ! protesta Little Bastard en larguant son cordon d’alimentation, pour plus d’aérodynamisme.
Elle opéra une accélération fulgurante qui scotcha The Rock sur place, alors qu’il cherchait comment on regonfle les pneumatiques d’une bouilloire électrique. La légèreté était son plus grand atout, couplé à une cylindrée de folie. Arrivé à hauteur du septième feu, Michel recommença à caresser l’espoir de rattraper le Stig et sa DeLorean, alors à quelques dizaine de mètres seulement. Il aurait presque pu nettoyer sa lunette arrière lorsqu’une soudaine explosion de fumée rouge balaya le ruban de bitume devant eux. Le Stig écrasa le frein des deux pieds, évitant de justesse à la DeLorean d’être absorbée par ce nuage vermillon. La bouilloire n’eut pas cette chance et bien vite, Michel n’y vit plus rien dans cet épais brouillard de sang. James Dean avait bondit de sa chaise Ikea, ne souhaitant pas salir son jean. Quant à The Rock, je n’arrive pas à voir ce qu’il fout avec cette purée de pois.
— Arrêtez les frais, bande de gueux !
La voix tonitruante de Mickael Knight s’éleva alors que l’épais brouillard se dissipait, révélant sa présence et celle de son fidèle destrier, K2000.
— Bordel, s’ulcéra la DeLorean, c’est quoi cette foutue mode de voyager dans le temps ? Vous déconnez, les gars !
— Normalement je suis la seule voiture qui parle, rétorqua calmement K2000, est-ce que je viens t’emmerder pour autant ?
Prise en faute, la DeLorean retira modestement ses pleins phares au profit des feux de croisement.
— Est-ce qu’on ne pourrait pas calmement parler de tout ça ? proposa alors Little Bastard. Je ne tiens pas à te voler ton monopole de voiture qui traverse le temps, DeLorean, pas plus que je souhaite demeurer une bouilloire qui parle. Je voulais revenir dans le passé pour sauver James et ainsi, m’ôter cette réputation de voiture maudite.
— C’est super égoïste, en fait, constata Michel.
—…
— Bien dit, le Stig, s’esclaffa Mickael.
— Bon, est-ce que je peux me faire pardonner en vous préparant une bonne tasse de thé ? proposa alors la bouilloire.
— Est-ce qu’il reste des scones ?
— Non, mais je crois que The Rock a fait des cookies.

Ce furent les derniers mots prononcés par James Dean. En effet, il avait ramassé le cordon électrique abandonné plus tôt par Little Bastard, afin de raccorder la bouilloire à l’alimentation du huitième feu, et s’électrocuta connement dans l’opération.

— Fichtre ! s'exclama The Rock.





Octogorneau de Zagréos, grand chambellan de la Société de la Pieuvre & ChoucrouteEstivale, 26/08/2017
« Modifié: 27 Août 2017 à 00:27:24 par ChoucrouteEstivale »
Tel esprit qui croyait se pendre.

Nocte

  • Invité
Re : Et pendant ce temps-là, The Rock... [co-écrit par Zagreos]
« Réponse #1 le: 26 Août 2017 à 22:04:38 »
Fichtre.

Hors ligne Sophie131

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Re : Et pendant ce temps-là, The Rock... [co-écrit par Zagreos]
« Réponse #2 le: 26 Août 2017 à 22:37:43 »
Tout à fait d'accord avec WEG.

Hors ligne Chouc

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Re : Et pendant ce temps-là, The Rock... [co-écrit par Zagreos]
« Réponse #3 le: 26 Août 2017 à 22:48:01 »
Et dire que ça a démarré par une simple conversation autour de la V2 du dernier texte de Zag...
Tel esprit qui croyait se pendre.

 


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