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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Envers et contre tous

Auteur Sujet: Envers et contre tous  (Lu 903 fois)

Hors ligne Leddel

  • Plumelette
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Envers et contre tous
« le: 01 Août 2017 à 21:51:18 »
Bonsoir, voici un petit texte qui mûrit en moi depuis un an déjà, qui relève peut-être plus de l'exercice de style que de la véritable prose... Bref, je vous remercie de votre lecture et attend avec impatience vos commentaires !  :)

 "Une douleur aiguë à la tête le redressera soudain de son volant, et la voiture aux vitres fumées qui tente de le dépasser change de trajectoire en freinant brusquement, se replace derrière lui. Dans la panique, il fit un écart, se reprit, et se reconcentra immédiatement, le cœur battant et affolé. Il avait perdu le contrôle, ne serait-ce qu'un instant qui lui avait semblé pourtant une courte éternité, comme une nuit épanouie paraît une fraction de seconde. Il récupéra doucement la pleine maîtrise de ses facultés, se rassit confortablement dans son siège, avisant là-bas à sa droite le soleil levant sur la mer et l'asphalte d'une perfection lisse dont il était peut-être le premier à fouler le goudron brun en cette heure matinale. Devant lui, plein Sud, là où se rejoignent les parallèles, le néant. Et la solitude, juste cette voiture derrière lui, qui le suivait à bonne vitesse. Ses esprits rassemblés, il se demanda pourquoi le véhicule n'avait pas daigné le doubler, alors que le champ était clairement libre et qu'il avait certainement dû durant son assoupissement ralentir. Mais il semblait toujours là derrière lui ; il l'entendait d'ailleurs avec un grondement étonnamment sourd tandis qu'un courant d'air lui chatouillait la nuque. Intrigué, il allait se retourner pour comprendre quand explosa sa vitre arrière dans un fracassement de glaces cassées assourdissant qui le tétanisa. Machinalement, il accéléra, le souffle coupé. On venait de lui tirer dessus. A son soulagement le plus profond, la voiture ne le poursuivit pas et s'éloigna rapidement derrière l'horizon. Il continua à prendre de la vitesse, mille interrogations fourmillant dans sa tête. Le bruit cristallin résonnait lancinant dans sa tête. Il ne comprenait pas, et ce malaise prit le pas sur la joie d'avoir échappé à la mort. Il se demandait pourquoi et n'avait pas la réponse, il se demandait qui et restait là encore sans aucune piste, lui qui avait toujours vécu droitement, sans faire d'histoires. Et ces questions roulaient dans sa tête, comme les pneus roulaient sur le bitume, encore et encore. Il n'avait pas les idées claires, incapable de faire surgir de sa mémoire un souvenir qui expliquerait qu'on lui en veuille, au point de le tuer. Alors, les questions allant et venant tels des spectres translucides venaient le tourmenter, il n'avait rien pour les contenter, et son obsession n'en devenait que plus terrifiante, il était tenaillé par la peur et l'incompréhension qui lui enfonçaient lourdement le pied sur la pédale. C'est alors qu'en revenant à son rétroviseur dont la voiture assaillante avait heureusement disparu, ses yeux butèrent sur son pare-brise arrière. Il y eut une seconde de vide absolu, les fantômes s'en allèrent en ricanant. La vitre était parfaitement là, parfaitement intacte, indemne. Il lâcha la pédale hébétée, fronçant mécaniquement les sourcils, désemparé.
Il n'avait pas pu rêver le coup de feu, l'éclatement de la vitre. Cela avait eu lieu, il ne l'avait pas inventé.



Peu avant l'entrée de la ville, dans la zone industrielle, il se gara en chevauchant deux places, au hasard non loin d'une devanture rouillée, pour reprendre ses esprits. Il se frotta frénétiquement le visage, et sortit en laissant délibérément les clés sur le contact. D'un coup d’œil, il vit qu'il n'y avait aucun impact sur la carrosserie. Fouetté par l'air frais du matin, il observa les alentours, encore vides de monde, calmes et assoupis. Il marcha un peu, la voiture bien en vue, et une balle fusa, ricocha devant ses pieds. Il sursauta maladroitement pour seule réaction.
« Crève salopard ! »
La voix avait rugi et déraillé depuis le bâtiment vétuste, il se mit à courir et trouva par miracle un pistolet à terre. Il n'eut pas le temps de réfléchir à ce qu'un tel objet faisait là, un autre tir suivit, puis un nouveau. Il se cacha derrière une benne à ordures, tira à son tour machinalement dans la direction opposée, une fois, et l'autre criblait la poubelle de balles.
« Non ! Enflure ! »
Poussé par l'instinct de survie, il pressa à nouveau la détente, entendit un grand gémissement, se dit qu'il avait réussi à se défaire de son assaillant, hésita à relever la tête, puis tira à nouveau. Revigoré par l'adrénaline, une ténacité qu'il ne se connaissait pas avait supplanté son mutisme tétanisé. Mais les coups repartaient de plus belle, la cadence s'accéléra. Il lui sembla désormais qu'au moins deux tireurs étaient désormais contre lui. Sans solution, il tenta désespérément de consulter son téléphone. Plus de batterie. Alors il tenta le tout pour le tout. Il se leva, l'arme bien devant lui, l'air autant déterminé que possible. Et tira dans la porte entrouverte de la boutique derrière laquelle les coups de feu provenaient. Deux individus habillés chiquement surgirent aussitôt de l'intérieur, il vit tout de suite qu'ils n'avaient rien dans leurs mains. Il pointa l'arme sur eux, tira à côté pour leur faire peur. Ils n'eurent pas l'air particulièrement effrayés. Peut-être d'autres hommes étaient-ils dans les parages.
« Je n'hésiterai pas à m'en servir une fois de plus, dit-il d'une voix mal assurée qui se voulait menaçante, en dirigeant bien droit son arme vers eux.
- Je n'en crois pas un mot. Tu n'oserais jamais tirer. »
C'est le plus grisonnant des deux qui avait parlé, d'une voix pesante et plus mature que celle du criard, qui devait révéler l'expérience de ce genre de situation. Désarçonné, il ne répondit pas tout de suite. La logique parla pour lui.
« Bien sûr que si, je l'ai déjà fait. »
Le vieux le regarda en ricanant, et n'éleva même pas la voix.
« Mais tu n'es qu'un bon à rien ! N'espère même pas aboutir à quoi que ce soit dans ta vie, tu es un minable, incapable de dépasser ta condition misérable, incapable d'obéir sagement, incapable de tuer. »
Il reçut cette attaque sans broncher, ne fut pas affecté par les insultes. Cette histoire était incompréhensible. Il mettait en joue deux inconnus qui semblaient le connaître et voulaient sa mort, lui avaient tiré dessus, n'étaient même pas armés. Les paroles n'étaient que du vent, que des artifices, cela n'avait aucun sens. Il raffermit sa prise, bien décidé à s'en sortir, ressentant l'ascendant que ses détracteurs prenaient sur lui malgré leurs mains vides. Il ancra ses jambes dans le sol et dit simplement.
« Si je dois vous anéantir, je n'aurai aucun scrupule à le faire. »
Il n'était pas certain qu'il serait à même de mettre ses menaces à exécution, il était plus simple de canarder un tireur isolé anonyme que deux hommes doués de paroles, malgré leur hostilité évidente. Ils le connaissaient, mais leur visage ne lui disait absolument rien. Mais comment s'était-il retrouvé dans cette situation ahurissante ? L'assoupissement dans la voiture, la balle invisible dans le pare-brise, le pistolet à terre, et avant ? Et avant la portière qui claque, les clés qui tournent, les pieds sur les pédales... Comme tous les jours. Non, pas aujourd'hui. Il venait d'inventer ces souvenirs, à vrai dire, il n'en avait aucune idée, non. Il se sentira embrouillé, dans ces moments-là on ne réfléchit plus, la pression pesait dans son esprit. Ils se tenaient toujours face à face, dans des invectives purement statiques. Il se demanda comment cela devait finir. S'ils voulaient le tuer, pourquoi étaient-ils là, les bras ballants ? Ce duel ne présentait pas d'issues, devait-il en avoir ? Tout ceci ne menait à rien. Pourquoi le pourchasser puis le regarder s'échauffer ? Les autres étaient dans une franche expectative, agressifs seulement dans leurs paroles. Le vieux s’apprêtait-il à lui tendre la main en souriant, pointant du doigt les caméras cachées derrière la poubelle et sous la pancarte rouillée ? Et lui les tenait en joue. Il eut honte puis se ravisa, il avait failli mourir, c'était justifié.



Le silence dura.
Il recula d'un pas, la main toujours ferme sur le canon. Puis d'un autre, les autres se contentaient de le dévisager, droits et fiers. Et encore, vers l'arrière, comme ça, pas de réaction, un pas de plus, c'était aussi simple que ça, il fuyait devant eux sans qu'ils n'émettent la moindre opposition.
Il sortit ainsi de leur champ de vision, comme si de rien n'était. Ils n'avaient rien dit ; étaient-ce des vrais individus ou des robots qu'il avait affrontés ? L'esprit vide, hébété. C'était fini. Il marcha ainsi déambulant entre les bâtiments à moitié désaffectés, ne croisa personne. Et puis, il vit un nuage d'épaisse fumée noire au loin, dont il ne pouvait percevoir l'origine. Il était perdu, sur tous les plans. Il s'y raccrocha, suivit la trace de cette colonne brumeuse, incapable de trouver le véritable but qui le dirigeait. Il n'était mené par rien, rien d'autre que par la réaction ; il ne faisait pas, se laisser porter, parce que cette fumée était là, il se devait de la suivre, c'était tout, il ne pouvait pas reprendre sa voiture, ni rester dans les environs. Il fallait fuir, n'importe où. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait pu leur échapper de cette manière, qu'ils ne l'avaient pas retenu, après des échanges si tendus. Il glissa le pistolet dans la poche arrière de son pantalon et se mit en marche.



Il s'éloigna de la ville sans s'en rendre compte, s'aventurant au travers des champs vides et terreux, n'ayant cure de prendre la route qui au contraire le laissait vulnérable, pour rejoindre ce qui semblait être une petite maison, encore un point à l'horizon. Il remarqua en regardant ses chaussures qu'au bout de quelques pas à peine dans les terres labourées elles étaient déjà dans un état déplorable, n'eut pas le temps de s'en étonner, des gyrophares passant à toute vitesse sur le chemin parallèle à celui qu'il se traçait. Mais la sirène allait à contresens, vers la ville, délaissant simplement la demeure enflammée, comme pour s'enfuir. Sa curiosité fut piquée, quelle raison pouvait pousser des secours à ne pas secourir ? Il ne cessa cependant pas d'aligner un pas devant l'autre. S'étaient-ils sentis menacés par un danger plus grand encore ? Une explosion imminente, ou un forcené ? Il avait envie de savoir, envie d'y aller, parce que rien ne l'y empêchait, rien ne le retenait, il n'y avait que cette fumée, et cette maison. Son téléphone vibra.
Tu es toujours avec Reyer ? Ne fais pas ça, j'étais en colère, j'ai agi sous le coup de la colère. Rappelle-moi.
Le message était signé Anna. Il remit l'appareil dans sa poche, le portable émit un sifflement. Ces noms lui étaient parfaitement inconnus, naturellement, et la prétendue discussion qu'il aurait pu avoir avec cette fille ne lui évoquait rien non plus. Il en avait assez de ne rien comprendre, il voulait du concret, des explications, et cette fumée-là, pas tout à fait solide, était pourtant le plus tangible des éléments qu'il possédait. Alors il poursuivra sa marche boueuse, ignorant les avertissements qui n'ont pas plus de sens que le reste de cette journée. Étrangement, le volume de la colonne semblait diminuer, il pensa qu'il ne restait plus grand chose qui se consumait à l'intérieur, mais plus il s'approchait du but et plus la fumée se dissipait.
Il arriva enfin devant les murs de cette maison sans charme aux murs fissurés et décrépis. Outre cet état de délabrement avancé, la bâtisse était parfaitement intacte. Elle brûlait depuis au moins une bonne demie-heure, mais il n'y en avait aucune trace, pas de flammes, pas d'odeur suspecte, pas de maison brûlée. Il y avait eu fumée sans feu, le taudis s'était érigé de lui-même dans les flammes, un miracle de plus. Seul un mince filet grisâtre s'en échappait, par une petite porte excentrée et déjà ouverte. Il s'y engouffra sans même y réfléchir, il voulait des réponses.
Le sol en béton sale était enflammé, une odeur d'essence empestait la pièce, il ne faisait pour autant pas une chaleur intenable. Ce grand incendie, devenu simple flammèche. Il l'avait vue, oui il l'avait vue cette fumée noire à l'assaut du ciel, cette maison venait de brûler entièrement, sous ses yeux, mais il se trouvait dedans, un unique tapis de flammes léchant le ciment. Ce feu était-il réel ? Était-il sujet à une hallucination de plus ? Il eut l'audace de douter, plongea la main dans le foyer sans même se brûler, et en retira une allumette. Un papier à moitié brûlé virevoltait dans la pièce, il le rattrapa au vol et le laissa dans sa poche après avoir soufflé dessus. Il fera sombre tout à coup, le feu s'éteint aussi sec. Il posa soigneusement l'allumette sur l'établi à sa gauche, et redressa le bidon d'essence qui s'était déversé sur le sol, il était plein. Il jeta un coup d’œil à la pièce, c'était vraisemblablement un atelier, où ses occupants devaient bricoler ; il y avait des sachets en plastique sur le plan de travail, mais pas d'outils, seulement des coutelas, des cartons entassés...
Et un corps inanimé, au fond. Il ne l'avait même pas remarqué. Il s'approcha précipitamment, son visage était tuméfié, il avait été battu, saignant du nez, l'arcade gauche poisseuse. Était-il mort ? Il le traîna à l'extérieur. Il lui sembla qu'il ne respirait plus, il lui tapota vigoureusement le visage, voulant réveiller ce témoin de l'impossible ; sur les pommettes, l'autre ne réagissait pas. Le seul témoin de ces incohérences. Il laissa sa rage prendre le dessus, le frappa, encore et encore, frustré d'être si impuissant, d'avoir vu la mort, lui qui n'y était pour rien, il en était conscient, il le battait. Il resta là agenouillé sur ce corps inerte à cogner, cogner, cogner, sachant que cela ne le rendrait pas à la vie, il était tué, c'était tout, et finalement, qu'en avait-il à faire, de cet inconnu, intact dans une maison brûlée intacte, aussi intacte que sa vitre arrière, moins intacte cependant que son esprit embrumé. Il se releva la tête dans les mains.
Et puis, un borborygme s'échappant de la gorge du cadavre, très organique, très vivant. Le mort revivait ; il eut l'impression de se faire berner à nouveau, s'enragea, frappa encore, et se figea dans un sursaut.
Des yeux horrifiés lui faisaient face, des yeux bien ouverts, des yeux conscients dans lesquels il n'eut pas la force de se plonger.



Il l'empoigna et le releva. Expira, inspira un grand coup.
Un sourire.
Il souriait.
Pas un merci, il déclara d’un coup.
« Ta conduite exemplaire est-elle donc dictée par ta bonne conscience ? ».
Le fracas sanguin dans les oreilles, le souffle lent. Désarçonné par la question, il lâcha prise.
« Laisse-la tranquille, putain.
- Tu crois vraiment que ma sœur aura quelque chose à faire d’un mec comme toi ? C'est l'empire qui l'intéresse. »
Il resta silencieux tandis que son punching-ball au teint éclatant venait lui faire la morale. Encore un dingue. Un dingue assez jeune et longiligne, qui se tenait fier et droit, finie la posture recroquevillée et les joues dévastées. Ou alors c’était lui, le dingue.
« J’ai vu les yeux d’Anna, ça ne me trompe pas tu sais. »
Il eut envie de le frapper, à nouveau, de se défouler sur son visage poupin ahuri, qu’il venait d’extirper des flammes et qui semblait l’avoir déjà oublié. Le nom d’Anna fit résonner quelque chose en lui. Il se rappela le portable éteint qui lui avait quand même délivré un message. Ne fais pas ça, j'étais en colère. Il suivit ce conseil étonnant d’actualité.
« Bon, assez parlé de ça, on doit discuter d’autres choses, toi et moi. »
Il se laissa entraîner à l’intérieur de l’atelier : l’autre s’engouffrait par la petite porte.
Bien entendu plus aucune trace de quelconque feu. Il nota le bidon plein, la boîte d’allumettes.
« Il reste un petit stock, ça peut toujours servir »
Il ricanait, pointant les cartons presque vide. Presque.
« On laissait ça ici… et après ça partait à la distribution. »
Sa curiosité lui dégagea l’esprit. Il n’avait jamais eu l’occasion de voir un endroit tel. Cela restait banal finalement, après tout ce qu’il avait expérimenté déjà. L’hôte déambulait dans la pièce, touchant à tout, passant son doigt sur la poussière finement déposée puis soufflant dessus sans parvenir à la faire partir. Il s’essuyait alors la main sur le pantalon. Il se tint à l’endroit-même où il était mort dix minutes plus tôt, sans s’en soucier, la tête baignant dans les particules ensoleillées qu’il avait agité. A n’en pas douter, il n’avait aucun souvenir de cet événement. Il aurait voulu secouer cet abruti, lui faire cracher le morceau. Comprendre. Ne bougea pas.
« On louait la bâtisse mitoyenne à des péquenauds, ils étaient pas au courant bien sûr. Enfin, c’est arrivé que… on fait le nécessaire, tu sais bien. Les affaires avant tout comme dirait le vieux.»
Il conclut en sortant.
« Et voilà, c’était ici, la planque. »
Discrètement, avant de se retirer à son tour, il laissa l'arme en sa possession sur la paillasse. Qui viendrait la chercher ? Il le suivit derrière la maison, où était garée une grosse berline. Les feux clignotèrent.
« Allez viens, tu as quelque chose à voir. »
Il ne voyait pas d’autre choix que de suivre silencieusement, quelle alternative avait-il ? Il s’assit côté passager, ne dit un mot. La voiture s’ébroua.
Voulant consulter son téléphone, il sentit le papier sortit des flammes, froissé mais dépourvu de toute trace de combustion. Il le déplia soigneusement.
Tue-les.
Deux mots, une violence inouïe. L’autre conduisait sifflotant. Des ordres venus directement du feu. Les yeux écarquillés, relecture exigée, mais les mots d'une rondeur presque enfantine étaient toujours couchés là.
Il n’eut pas le temps de s’en alarmer, le trajet fut court.


Accompagné jusqu'à un bar, il marchera machinalement. « Au Repos d'Esope ». Ambiance bruyante à l'intérieur, du monde, il ne fait pas attention au décor. Dans ce brouhaha, dans cette agitation, un point fixe. Il y avait une jeune femme assise seule, deux simples verres d'eau plate sur la petite table.
« On se voit plus tard, lança l'homme. »
Et il disparut. Elle attendit que la silhouette s'efface derrière la porte battante et l'embrassa subitement.
Ses lèvres avaient un goût de larmes, il ne put s'empêcher de rougir. Elle desserra son étreinte en le fixant droit, le visage empourpré. Oser se dégager ne lui était même pas venu à l'esprit. Le geste semblait dans l'ordre des choses, pas plus incongru que le reste, presque naturel.
« Reyer ne devrait plus tarder... »
Sa voix avait soupiré. Pour seule réponse, il tendit le bout de papier. Elle le prit dans ses mains et le glissa dans sa manche. Sans même l'avoir lu.
« Écoute... c'est trop difficile à dire. Mais on doit s'en débarrasser, pour nous.»
Il ne put s'empêcher de penser qu'elle était belle, c'est ce qui le frappait à ce moment précis. Il avait envie de l'écouter, de se laisser aller. Elle débitait, elle aussi, une parole insensée, mais sa voix était posée et calme, tranchant avec la gravité que son corps manifestait. Il joua le jeu.
« Que dois-je faire Anna, selon toi ?
- Pars, pars avec moi, j'en ai assez, tu comprends, je veux pas te voir mêlé à tout ça. Marre de tremper là-dedans, de m'endormir tous les soirs la putain de boule au ventre, je veux en finir, partir. Mais tu sais bien, ils laisseront pas faire.»
Elle n'avait pas tiqué pas sur le prénom, ce devait être le sien. Il voulut sortir son portable pour lui montrer le message, pour obtenir un éclaircissement désespéré. Disparu, tout bonnement effacé.
Ils restèrent un long moment silencieux, les bulles de limonade affleurant timidement à la surface de leur verre pour seule échappatoire.
« Reyer va passer te chercher tout à l'heure, t'emmener dans la première brique de la fortune de mon père. »
Il avait conclu que Reyer était cet arrogant revenant qui l'avait amené en ce bistrot. Le frère d'Anna. Un Reyer qui ne devait pas tarder, à peine parti. Mais qui n'était toujours pas revenu, ne reviendrait sans doute pas. Qui devait lui montrer quelque chose, mais l'avait déjà fait. L'énigme trouvait tout doucement un sens, le mauvais sens.
Quand le serveur revint chercher les verres de limonade encore plein à ras bord, il salua précipitamment Anna qui ne s'en offusqua pas et sortit sans prendre la peine de s'inquiéter de la note. Au pas de la porte, il était déjà essoufflé.



Dans les rues il courait à s'en terrasser les poumons. Ses jambes et ses méninges bouillonnaient de concert, traçant un itinéraire qui aurait pu sembler aléatoire. Il ne l'était pas, il s'en doutait. Il se laissa mener par lui-même, suivit ses propres pas en retrouvant peu à peu sa respiration.
Il entra en trombe dans le hall d'un hôtel, consulta son téléphone.
« Retrouve-moi au Repos d'Esope, c'est urgent. »
C'était Anna.
Il crut comprendre enfin. Le portable siffla.
Et un coup à la tempe, une douleur aiguë à la tête."

Hors ligne Rémi

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  • Messages: 11 008
Re : Envers et contre tous
« Réponse #1 le: 05 Août 2017 à 21:26:19 »
Salut,

Aucun commentaire depuis 4 jours... je m'y mets !

Citer
Une douleur aiguë à la tête le redressera soudain de son volant, et la voiture aux vitres fumées qui tente de le dépasser change de trajectoire en freinant brusquement, se replace derrière lui. Dans la panique, il fit un écart, se reprit, et se reconcentra immédiatement, le cœur battant et affolé. Il avait perdu le contrôle, ne serait-ce qu'un instant qui lui avait semblé pourtant une courte éternité, comme une nuit épanouie paraît une fraction de seconde. Il récupéra doucement la pleine maîtrise de ses facultés, se rassit confortablement dans son siège, avisant là-bas à sa droite le soleil levant sur la mer et l'asphalte d'une perfection lisse dont il était peut-être le premier à fouler le goudron brun en cette heure matinale.
je ne comprends pas les temps : premier verbe au futur, les trois suivant au présent et ensuite du passé simple ?
"fouler le goudron" => en voiture, j'aurais pas utilisé le verbe fouler.

Citer
Il se sentira embrouillé, dans ces moments-là on ne réfléchit plus, la pression pesait dans son esprit.
idem pour ce futur ici

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Il recula d'un pas, la main toujours ferme sur le canon. Puis d'un autre, les autres se contentaient de le dévisager, droits et fiers.
il tient le flingue par le canon ?
(je ne comprends pas le "puis d'un autre")

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Il fera sombre tout à coup, le feu s'éteint aussi sec. Il posa soigneusement l'allumette sur l'établi à sa gauche,
idem pour ce futur...
c'est mystérieux cette affaire !

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Il n’avait jamais eu l’occasion de voir un endroit tel.
un tel endroit ?

Citer
Deux mots, une violence inouïe. L’autre conduisait sifflotant.
en sifflotant

Citer
Il crut comprendre enfin. Le portable siffla.
Et un coup à la tempe, une douleur aiguë à la tête."
t'as un guillemet qui se balade à la fin.

Bon, ok, je crois comprendre que
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


L'écriture est sympa, mais un peu lourde parfois, je pense que tu peux élaguer un peu certaines phrases. Sur le fond... c'est super chelou !!!  :D
C'est plein d'actions mais on est tellement paumé dans ce délire que j'ai parfois eu du mal à poursuivre la lecture, et c'est dommage parce que tu as un imagination débordante.

Je suis curieux de lire tes explications...

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Leddel

  • Plumelette
  • Messages: 9
Re : Envers et contre tous
« Réponse #2 le: 05 Août 2017 à 23:31:18 »
Bonsoir Rémi,

Je te remercie déjà d'avoir pris la peine de poster un commentaire, ta probité t'honore !

Tu as vu tout à fait juste dans ta compréhension du texte, ce sur quoi repose tout, en fait, et c'est d'ailleurs elle qui justifie cette structure déroutante avec au beau milieu du texte des [Futur] / [Présent] / [Retour au passé]. Parce que c'est dans cet ordre qu'est raconté ici le récit, à savoir le futur arrive avant le présent qui arrive avant le passé.  C'est l'un des très nombreux indices disséminés partout dans le texte (dès la 5ème ligne on peut comprendre !), mais je comprends qu'ils ne soient pas très élégants, voire qu'ils cassent le rythme, je songe à les éradiquer complètement, ou à les manipuler différemment.

Tu as raison, quelques maladresses lexicales, je pourrais remplacer "fouler" par "avaler" par exemple. Concernant le canon, là c'est ma complète ignorance du sujet qui me met en défaut, évidemment on ne tient pas le canon !!!, je modifierai ça.

"[L']endroit tel", ça c'est ma manie d'inverser parfois adjectif et nom à des endroits où ça n'est pas nécessairement le cas. A remplacer également, merci.

"L'autre conduisait sifflotant", je trouvais que ça sonnait assez bien, en évitant la lourdeur du gérondif pour ajouter la douceur du mot "siffler", contraste avec la violence évoquée juste avant ; mais en fait ce n'est peut-être tout bonnement pas très français, je ferai la correction.

Et le guillemet final c'est parce que j'ai ouvert par un guillemet pour trancher avec le petit chapeau.



Je comprends pourquoi tu parles de lourdeur, qui ressort surtout à mon sens sur le premier paragraphe que je dois retravailler. Du reste, les phrases sont globalement courtes et cherchent à être tranchantes, j'ai eu peur qu'elles le soient un peu trop, d'ailleurs, très peu de description ici.

Voici quelques explications supplémentaires : l'essence de ce texte, avant le fond, avant la forme, c'est le concept (c'est pourquoi je parlais en intro d'un "exercice de style") : le personnage vit ses dernières heures à l'envers, ça c'est le second degré, le premier étant "le personnage subit une succession d'événements improbables". Pour que ce soit intéressant, il fallait que des péripéties irréversibles se présentent à lui : la mort, le feu, le portable déchargé, l'eau plate qui est en fait de la limonade ayant perdu ses bulles, l'essoufflement etc. Dans le sens de lecture, ça n'a aucun sens, dans le sens véritable, c'est tout à fait logique. Néanmoins, le personnage, lui, pense dans le sens du récit, c'est la seule chose à l'endroit ici, avec les dialogues ; mais si on y regarde de plus près, les dialogues aussi se lisent dans les deux sens, avec une signification différente selon l'aval et l'amont.

Merci pour ton retour Rémi, en espérant avoir répondu à tes observations et interrogations, à bientôt !



 


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