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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le mythe des abeilles et des fleurs

Auteur Sujet: Le mythe des abeilles et des fleurs  (Lu 1098 fois)

LeCanardNinja

  • Invité
Le mythe des abeilles et des fleurs
« le: 10 Avril 2017 à 17:02:27 »
Hello!

J'ai commencé ce petit texte il y à quelques jours, après une discussion amusante avec un ami. L'ennui faisant, je l'ai quelque peu étoffé, et je serais ravi d'avoir des retours dessus. C'est la première fois que je me lance dans un récit d'humour absurde, donc si ça vous a plus, faites-le savoir, et je prendrai le temps d'écrire une suite (et si au contraire c'est incroyablement mauvais, soyez méchants mais constructifs). Bonne lecture!

(Le début de l'histoire se passe en suisse, mais j'ai pas fait l'effort de changer les noms, car ce n'est que peu important. Un gag requiert de savoir que Boussens et le gros-de-vaud sont des régions de profonde campagne pour être compris.)

Le mythe des abeilles et des fleurs

I - Le grand départ

Certains disent qu’ils viennent des choux. D’autres racontent des histoires ancestrales, à propos d’abeilles et de fleurs. J’ai jamais cru à toutes ces conneries. Je crois que ce que je vois.
C’est cette réflexion en tête que j’ai décidé de lancer cette expédition. On cherchait pas la gloire, ni l’argent. On voulait des réponses. Depuis des années, les plus éminents scientifiques s’étaient penchés sur la question, mais aucun n’a su percer ce mystère, aussi incroyable que cela puisse paraître. À ce jour, personne ne sait d’où viennent les enfants.
Pour ma part, je pense pas que ça soit vraiment étonnant; ces grosses têtes en blouse-blanche, pas foutus de toucher ne serait-ce qu’une crotte de chien sans lunettes de protection, gants en latex et désinfection corporelle complète, étaient pas près de s’approcher de la solution. J’ai une bonne intuition, et elle me disait que quels que soient les secrets qui nous attendaient lors de cette expédition, il allait falloir se salir pour les mériter.

Les subventions ont été assez faciles à décrocher; le vieillissement de la population était un problème de plus en plus inquiétant. Les écoles primaires fermaient les unes après les autres, et je parle même pas des maternelles ou des garderies. Tout un secteur de l’économie s’était effondré. Des milliers d’éducatrices et de babysitters se sont subitement retrouvées à la rue. Partout, on voyait des sans abris, brandissant des cartons “Je garderai vos enfants pour de la nourriture”, mais des enfants, il n’y en avait plus. Pour éviter que le système éducatif en entier ne s’effondre, les gouvernements ont décidé d’investir massivement dans la recherche sur le sujet. Le “How to Make Babies Plan”, où HMP, a été mis en place par les nations unies, et des milliards de dollars ont été jeté dans des pseudos études sur le sujet. C’est donc grâce à quelques connaissances, et quelques magouilles, que j’ai réussi à décrocher un budget confortable pour financer une expédition.

C’est donc à 7 heures tapantes, devant l’aéroport de Genève, que je retrouvais de vieux amis, qui formaient désormais mon équipe de bras cassés. Chacun accompagné d0un ou deux alpagas, nous ne manquions pas de faire se retourner les badauds. Après avoir enregistré nos bagages et nos alpagas, nous passâmes 12 heures en classe économie, sur un vol easyjet.

Malgré les protestations de mes lombaires, nous sommes arrivés sans encombre à l’aéroport de San Juan de Lurigancho. Si on met à part quelques problèmes de douane quant à nos alpagas (qui sont considérés comme une denrée d’importation nécessitant un permis), nous foulions désormais le sol péruvien.

C’est donc à une quinzaine de mètres de l’aéroport, après avoir ignorés quelques joueurs de flûte de pan, affublés de bonnets péruviens, que nous trouvions notre premier lieu historique. Je n’oublierai jamais l’excitation que j’ai ressenti en pénétrant dans ce sanctuaire inexploré, et inviolé par la civilisation moderne. Suivant un panneau “sens de la visite”, je me dirigeais donc vers l’inconnu.

Alors que je passai à côté d’un mur, qui semblait être sans importance, mon vieil ami, tenant plus de l’explorateur anglais stéréotype que d’un personnage réfléchi et développé, John Smith, me fit remarquer que je venais de passer à côté d’un élément majeur de notre aventure; une peinture murale millénaire.

Agitant ses doigts et sa moustache blanche, John se lança dans de longues déblatérations, remplies de mots longs de plus de 3 syllabes, et de termes scientifiques. Déjà ennuyé, je me penchai de plus près vers les peintures. On apercevait clairement des personnages et des bâtiments. Mais ce qui sautait aux yeux, c’était un autre motif, moins raffiné, qui semblait être dessiné par dessus. Tracé en noir, avec ce qui semble être de la peinture qui aurait été projetée en fine gouttelettes sur la pierre froide, un motif tribal ancien se dressait là. Dès que je vis ce motif aux contours simples, des souvenirs de l’école primaire remontèrent à mon esprit. J’avais déjà vu ce motif, gravé dans des tables et dessiné au marqueur sur le mur des toilettes.

J’étais confus. Comment ce signe, représentant quelque chose de forme oblongue, pointant vers la droite, et dont le trait inférieur finit en une sorte de “w” arrondi, a-t-il pu se retrouver dans une école, alors qu’il a évidemment été tracé par un peuple disparu il y a de cela des siècles? Que représentait-il? Est-ce qu’il avait quoi que ce soit à voir avec l’indignement de notre ami au sujet du vandalisme omniprésent et de quelque chose qu’il nommait “phallus”?

C’est après avoir fait taire John d’un coup sec dans la nuque, et l’avoir roulé dans un sac attaché sur mon alpaga, que je donnai le signal du départ. Mon instinct me disait que l’on ne trouverait plus rien ici. En plus, un autochtone affublé d’un bonnet péruvien et d’une chemise tribale, arborant le mystérieux terme “Seguridad”, courait dans notre direction, en criant quelque chose par rapport à des tickets d’entrée et de la police locale.

C’est donc au dos de nos fidèles destriers au poil long et soyeux que nous nous élançâmes dans le soleil couchant, à travers les files de voitures sauvages nous klaxonnant à chaque fois que nous traversions leurs territoires. Bien vite, nous nous trouvâmes perdus dans la jungle péruvienne, si particulière. Reconnaissable entre mille grâce à ses immeubles aux façades mornes, et sa faune locale constituée d’engins motorisés et de natifs portant des bonnets traditionnels.

Mais nous avions plus d’un tour dans notre sac; effectivement, avant de partir j’avais eu la clairvoyance d’inclure un sherpa dans notre équipe. Si l’on se fie aux aventures des grands noms du domaine de l’exploration (j’ai notamment comme référence Tintin et le capitaine Haddock), ceux-ci sont absolument indispensables à toute expédition. Dieu bénisse le jour où j’ai ouvert pour la première fois “Tintin au Tibet”, car sans la stéréotypique capacité de nous guider à travers des contrées dangereuses qu’ont les natifs du peuple Sherpa, nous n’aurions pas passé la nuit. Après avoir longuement débattu avec celui-ci dans un anglais approximatif, je compris que les Sherpa n’y connaissaient rien à l’Amérique du Sud, car ceux-ci vivent dans l’Himalaya, mais qu’il savait lire une carte. Je lui tendis donc la carte de Boussens et environs, qui était la seule carte que j’aie pu trouver avant de partir, ce qui sembla lui convenir (par la suite, j’appris qu’il n’avait simplement pas réussi à traduire le titre de la carte, et qu’il pensait que c’était une carte du Pérou, ce qui nous fit perdre un temps fou).
À l’issue d’une rapide conciliabule, tandis que notre amical Sherpa (qui je l’appris par la suite s’appelait करूङ) se débattait avec la représentation topographique d’une région spécialement inintéressante du gros-de-vaud, le groupe se remit en selle, et repartit en direction des montagnes.

Curieusement, John commença à se manifester dans son sac lorsque nous atteignîmes l’orée d’une autre jungle. Celle ci était bien différente d’une jungle péruvienne typique, j’imagine qu’on peut mettre la faute aux espèces étrangères introduites par les conquistadores quand ceux-ci ont découvert le continent. Les immeubles naturels laissaient place à des arbres, qui semblaient hors contexte. Sur le sol, les racines s’entremêlaient, laissant place à de petites plantes qui pointaient leurs feuilles en direction du peu de lumière dont elles pouvaient profiter durant la journée. Au loin, on entendait des cris d’animaux étranges, qui résonnaient entre les troncs tordus. En descendant de Rufus, mon fidèle alpaga et ami, je remarquai l’humidité du crépuscule qui collait à ma peau, et c’est en détachant le sac qui contenait John que je commençai à prêter attention aux odeurs qui flottaient dans les alentours. Les saveurs de bois pourri et de mangroves se mêlaient aux douces senteurs d’écorce et de feuilles. Quelque part, une fleur aux arômes subtils libérait ses fragrances à l’attention des insectes nocturnes qui ne tarderaient pas à commencer leur longue nuit de travail.

Ma contemplation olfactive fut cependant interrompue quand le sac qui contenait notre stéréotype obéissant à la famille royale anglaise toucha le sol. Fait amusant, les corps d’origine britannique tendent à produire un son qui s’apparente à peu près à un “BOLLOCKS” quand ils tombent au sol depuis une hauteur initiale d’alpaga, tandis que les corps normaux se contentent d’un simple “boum”, ou “badaboum”. Cette étrange réaction est probablement imputable à la cuisine si particulière de ces régions, mais que sais-je? J’étais loin d’être un scientifique donc je décidai de ne pas pousser la réflexion plus loin, bien qu’elle soit d’un intérêt non nul. Alors que ledit corps s’extirpait de son sac de toile, les autres membres de l’expédition avaient déjà commencé à monter un camp non-loin de là, et certain d’entre eux s’étaient retournés pour savoir d’où venait cette insulte typique du pays des tripes farcie et du mauvais temps, avant de se rendre compte que seule une personne qui consommait du thé à chaque repas de la journée pouvait utiliser des termes aussi désuets. Subitement inintéressés, ils retournèrent à leur labeur.

Époussetant sa moustache avec indignation, John entreprit de me faire découvrir la richesse du vocabulaire classique anglais des insultes, mais déjà mon attention était captivée par le souper qui cuisait sur le feu.
« Modifié: 20 Avril 2017 à 12:05:52 par LeCanardNinja »

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
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  • Prout
Re : Le mythe des abeilles et des fleurs
« Réponse #1 le: 16 Avril 2017 à 10:59:11 »
Salut !

Citer
À ce jour, personne ne sait d’où viennent les enfants.

Tu peux mieux tourner pour que ça tombe mieux. Au minimum, supprimer "à ce jour" je pense.

Citer
gants en latex et désinfection corporelle complète

virgule à complète ?

Citer
de dollars ont été jeté

jetés

Citer
genève

manque la majuscule

Citer
c’est à dire à travers la corruption

Tu peux le dire de manière plus subtile et donc plus efficace

Citer
C’est donc à une quinzaine de mètres de l’aéroport, après avoir ignorés 5 joueurs de flûte de pan, affublés de bonnets péruviens et réclamant de l’argent,

Trop cliché pour fonctionner

Citer
J’étais confus. Comment ce signe, représentant quelque chose de forme oblongue, pointant vers la droite, et dont le trait inférieur finit en une sorte de “w” arrondi, a-t-il pu se retrouver dans une école suisse, alors qu’il a évidemment été tracé par un peuple disparu il y a de cela des siècles? Que représentait-il?

J'ai pas réussi à me représenter la chose

Citer
l’amérique du sud, car

majuscules

Bon, premier souci c'est qu'il y a pas de fin :mrgreen:
Ensuite j'ai ri souvent, mais j'ai aussi trouvé qu'il y avait pas mal de maladresses, de facilités et de répétitions qui seraient évitables pour rendre le texte d'une part plus agréable à lire, et d'autre part plus efficace.

Merci néanmoins pour la lecture.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

LeCanardNinja

  • Invité
Re : Le mythe des abeilles et des fleurs
« Réponse #2 le: 19 Avril 2017 à 09:03:06 »
Hello!

Merci de ta réponse, effectivement pas mal de trucs à changer. À la base, c'est un texte que j'ai écrit sans réelle envie de le publier où que ce soit, d'où la qualité absolument moyenne.

Encore merci pour le commentaire constructif!

Hors ligne Jubi

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : Le mythe des abeilles et des fleurs
« Réponse #3 le: 19 Avril 2017 à 15:05:12 »
Bon, allez, je me lance dans mon premier commentaire depuis ma récente inscription (en espérant être constructive, compréhensible et surtout absolument pas vexante... sinon, qu'on me le fasse remarquer !) :


Citer
Certains disent qu’ils viennent des chous

choux

Citer
J’ai une bonne intuition, et elle me dit que quoi quels que soient les secrets qui nous attendent lors de cette expédition

Le "quoi" est en trop ?

Citer
Partout, on voyait des sans abris, brandissant des cartons “Je garderai vos enfants pour de la nourriture”, mais des enfants, il n’y en avait plus.

Cette phrase à l'imparfait me gêne un peu au milieu d'un texte au présent / passé composé

Citer
C’est donc grâce à quelques connaissances, et quelques magouilles que j’ai réussi à décrocher un budget

J'aurais peut-être rajouté une virgule après "magouilles".

Citer
devant l’aéroport de genève, que je retrouvais de vieux amis, qui formaient désormais mon équipe de bras cassés.

Pareil, l'imparfait.

Citer
Si on met à part quelques problèmes à la douane à propos des Alpagas (qui sont importés de manière assez peu légale), qui ont été réglés à l’ancienne, c’est à dire à travers la corruption, le voyage s’est déroulé sans encombre.

Je trouve cette phrase un peu lourde, peut-être la répétition du "qui" et du fait qu'elle soit très longue...

Citer
Suivant un panneau “sens de la visite”, je me dirigeai donc vers l’inconnu.

J'aime cette phrase !  ;D Cependant, pourquoi passer au passé simple d'un coup ?



... Je fais ici une pause dans mon commentaire : j'ai commencé à écrire tout en lisant pour la première fois ton texte. C'est peut être une erreur, toujours est-il que je viens de remarquer que tout le reste du texte semble passer à l'imparfait / passé simple : pourquoi ? Même si tu comptais passer à ces temps pour le récit de l'aventure du narrateur, celui-ci commence quand même au présent / passé composé. En tout cas, moi ça me perturbe un peu  ^^
Je reprends :



Citer
Après avoir fait taire John d’un coup sec dans la nuque, et l’avoir roulé dans un sac que j’attachais ensuite sur mon alpaga

Complètement inattendu et placé là comme ça tellement naturellement ! Ca m'a fait sourire  :)
(j’attachais)

Citer
Mais nous avions plus d’un tour dans notre sac; effectivement, avant de partir j’ai eu la clairvoyance d’inclure un sherpa dans notre équipe.

Nouveau passage au passé composé.

Citer
Si l’on s’en fie aux aventures des grands noms du domaine

Le "en" me semble de trop.

Citer
qui était la seule carte que j’ai pu trouver avant de partir,

Pareil... La concordance des temps voudrait "que j'avais pu trouver".

Citer
(qui je l’appris par la suite s’appelait करूङ)

Excellent !  ;D

Citer
Fait amusant, les corps d’origine britannique tendent à produire un son qui s’apparente à peu près à un “BOLLOCKS” quand ils tombent au sol depuis une hauteur initiale d’alpaga, tandis que les corps normaux se contentent d’un simple “boum”, ou “badaboum”. Cette étrange réaction est probablement imputable à la cuisine douteuse de ces régions, mais que sais-je? Je suis loin d’être un scientifique donc je décidai de ne pas pousser la réflexion plus loin

Ah, un nouveau changement de temps qui pour le coup me semble légitime ! Si l'on considère que le bruit du corps anglais sur le sol est une vérité générale, et qu'il s'agit d'un aparté (un peu comme une note de bas de page, ça me fait penser à celles que l'on peut voir dans les Annales du Disque monde  :)) le présent passe, et même très bien ! Cependant, la dernière phrase dérange : s'il s'agit de sa réflexion sur le moment, le présent ne passe plus...



Pour conclure :
Mon problème principal est la concordance des temps assez maladroite. Ensuite, des phrases un peu longues donc difficiles à digérer (peut-être enlever des adjectifs ou autres superflus, ou couper des phrases en deux ?).
Sinon, c'est effectivement drôle ! Le sujet (si je l'ai bien saisi) est original, les "blagues" sont bien trouvées, bref, je n'ai pas éclaté de rire car en open space mais je n'ai pas cessé de sourire  ;D

A quand la suite ??

LeCanardNinja

  • Invité
Re : Le mythe des abeilles et des fleurs
« Réponse #4 le: 20 Avril 2017 à 11:43:40 »
Merci des réponses! J'en ai profité pour corriger mon texte, effectivement l'utilisation des conjugaisons était un peu aléatoire, mais c'est désormais corrigé. Entre temps, je me suis amusé à écrire la suite, j'espère qu'elle vous fera souffler du nez en souriant.

II. Le frisson de l'inconnu

Je ne pus dire ce qui me réveilla entre Rufus qui me broutait l’oreille et l’odeur de l’aventure. J’imagine que c’était mon oreille douloureuse, mais l’aventure n’était pas en reste dans ma liste de priorités. C’est donc par ce lever de soleil encore rougeâtre que je décidai de m’adonner à ce qui était peut être mon passe-temps préféré.
Récupérant casseroles et cuillères sales, je laissais couler une larme de bonheur en m’attelant à la lourde tâche de réveiller mes voisins. Bien sûr, ce n’étaient pas mes voisins habituels, ce qui ôtait un peu de charme à la chose, car au contraire de mes coéquipiers, les énergumènes vivant dans mon quartier étaient des spécimens rares de personnes acariâtres et désagréables. L’acte restait malgré tout vivifiant. Si je ne peux pas dormir, personne ne le peut. Une phrase sur laquelle je m’appuie depuis des années.
Quelques insultes fusèrent, auxquelles j’eus la bonne idée de répondre par des lancer de poêles à frire sales, qui ne me serviraient de toute façon plus, maintenant qu’il ne restait personne à réveiller.
Évitant joyeusement les divers objets qui volaient des tentes en ma direction, je réfléchissais aux événements de la veille. Que pouvait représenter ce symbole? J’étais certain de l’avoir déjà vu quelque part, mais à chaque fois que je m’approchais de la solution, elle disparaissait, comme de l’eau que l’on essayait de tenir entre ses doigts. Mais alors que j’étais enfoui dans mes pensées profondes, tous les membres avaient déjà terminé de ranger leurs tentes, et étaient prêts à partir. C’est donc ces interrogations en tête que j’enfourchai mon fier Alpaga, et que je dirigeai l’expédition vers les profondeurs de la jungle locale.

Les moustiques sont sans effort les pires êtres vivants de la création. Surtout ceux venant d’un environnement aussi favorable à leur développement que la jungle humide péruvienne. Comparés à ceux-ci, les modèles européens passent facilement pour des petits animaux amicaux, qui n’existent que pour vous faire passer une bonne journée, grâce à leurs boutons vous démangeant agréablement. Quoi de plus doux que de gratter ces petites boules de peau affectueuses?
Les moustiques venant d’une mangrove, quant à eux, ont tout d’un personnage terrifiant tiré d’un cauchemar d’enfant. Assez gros pour être repérés sur des radars aériens, ils se déplacent en nuages menaçants. De tempérament hargneux et agressif, ils n’hésitent pas une seconde à fondre sur le moindre centimètre carré de peau exposé, pour enfoncer leurs trompes aiguisées dans votre peau molle. Pas le genre de chose que vous aimeriez croiser en pleine nuit dans une ruelle sombre. Je jurerais en avoir vu un armé d’un couteau.
Leurs piqûres n’ont d’égal que la douleur que confèrent les boutons qui en résultent. Oui, j’ai bien dit douleur. Les éruptions rougeâtres qui parsemaient ma peau ne grattaient plus. Elles avaient bien vite transcendé l’inconfort pour passer dans le registre de la souffrance pure et simple. À ce jour, la solution la plus agréable que j’aie trouvé de soigner les immondes excroissances provoquées par ces insectes démoniaques, implique de mordre dans un morceau de bois ou une ceinture, tout en appliquant une cuillère chauffée à la flamme d’un briquet sur lesdites éruptions. Le sifflement de la chair brûlée apporte un certain réconfort, mais laisse des marques définitives.

Mais passons. Les moustiques, bien qu’étant un inconfort nécessaire à la traversée d’une jungle, n’en restent pas moins qu’un détail. Ainsi que les fauves, la malaria, les racines dans le dos quand on essaie de dormir, et l’eau non potable, que je ne décrirai pas, par manque de temps et d’envie.

C’est donc après avoir traversé de nombreux dangers et inconforts que nous arrivâmes au pied d’une montagne. Ayant perdu notre carte du gros-de-vaud, c’était presque un miracle. Je savais bien que les Sherpa avaient un don inné pour l’orientation, même si le notre souffrait d’atroces crises de vomissements et d’une fièvre qui le faisait délirer. De bonne humeur, le groupe décida de s’atteler à l’escalade de ce tas de terre et de cailloux millénaire, couvert d’herbes sèches et d’arbres au feuillage fourni. Bien vite, sous les pieds de nos alpagas, nous trouvâmes un sentier, qui devait bien mener quelque part. Après une rapide conciliabule avec moi même, je décidait de le prendre, en direction du plus proche sommet.

Le chemin était ardu, mais battu par le passage. Que trouverions nous au bout? Dans tous les cas, le long du chemin nous avons croisé beaucoup de touristes américains, la plupart intimidés par nos nobles montures. La marche dura plusieurs heures, sous un soleil de plomb. La concentration de touristes dans cette région était incroyable, avec un peu de recul, j’en suis venu à la conclusion que notre aventure se déroulait certainement durant la période de reproduction de ceux-ci, ce qui expliquerait les appareils photos et autres décorations nuptiales desquelles ils s’étaient parés. Dans tous les cas, leur nombre était terrifiant.
Plus le chemin avançait, et plus grande était l’altitude. À cette hauteur, le regard portait loin, mais tout ce que l’on apercevait parmi ces montagnes sans intérêt, c’était d’autres montagnes sans intérêt. Couvertes de végétation, celles-ci étaient particulièrement ennuyantes. Frôlant la tiède falaise, nous avancions parmi les touristes sauvages effrayés, en poussant quelques un dans le vide au passage. L’air se raréfiait, et la chaleur étouffante se faisait moins présente à chaque pas que Rufus faisait. Celui-ci semblait s’adapter à merveille à son environnement, au contraire du reste des membres de l’expédition (alpagas exceptés). Trottinant joyeusement entre les pierres aiguisées, il semblait exhalter.

C’est au détour d’une énième falaise, entre les lianes et la végétation luxuriante, que j’aperçus la prochaine étape de notre expédition. Je la reconnus immédiatement, car j’avais déjà suivi ce chemin sur google maps avant de partir. Le Machu Picchu. Mais comme je le craignais, elle était infestée de touriste. Bien qu’inoffensifs pour la plupart, ceux-ci étaient incroyablement irritants. Tout le temps à essayer de vous prendre en photo, tout le temps en train de se plaindre. Cela ne serait pas un problème si ceux-ci ne décidaient pas de systématiquement construire leurs nids sur des lieux historiques. Grommelant une plainte, je chargeai mon pistolet à fusées de détresse avec une bombe sonore pour les disperser, et tirai au dessus des ruines. C’est avec un sourire de satisfaction que je regardai la masse grouillante détaler, en poussant des cris stridents de détresse.
« Modifié: 23 Avril 2017 à 22:34:06 par LeCanardNinja »

 


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