La foule remuait dans tous les sens, des mains, des jambes, puis des bras et enfin des pieds. Beaucoup de visages également, une multitude, tous plus monstrueux les uns que les autres. Le rythme battant laissait le cerveau dans des songes endiablés alors Billy ne remarqua même pas tout ce qui se passait autour de lui.
Déjà qu'il se pointe quand il est manifestement absent, alors là on aurait cru apercevoir un envoyé du diable, une bête sans âme errante au beau milieu de cet enfer de petits monstres.
C'était une soirée banale dans un bar banal, mais ce soir là Billy est arrivé. Billy c'est un gars chouette mais perturbé, il se pointe toujours bourré. Ce n'est pas dans ses habitudes de consommer dans les bars, il préfère se la jouer solitaire. Son objectif est de ne plus en avoir, tout simplement.
Il cherche la simplicité des choses qui l'entourent dans la complexité des fluides. Les fluides en tout genres malmènent son cerveau et il en a conscience.
Billy n'aime pas tant ses semblables car il ne les comprend pas, c'est aussi pour ça qu'il se pointe le plus saoul qu'il puisse au moindre endroit où il pourrait en croiser. Et ce soir là ce petit enfoiré a bien fait de bouger son derrière surtout après cette foutue journée.
La ballade a commencé très tôt, et elle démarra après quelques substances, tout ça est arrivé rapidement. Un réveil en gueule de bois, les yeux presque fermé, Billy aperçut le soleil qui chantait derrière les barreaux de sa chambre. Ce qui réussit à animer la bestiole, alors une bière après l'autre, un whisky dégueulasse pour rehausser le goût, quelques traces et un peu d'herbe, le tour est joué.
Billy est là ou las, mais bien présent, d'un pas détraqué il quitte son vieux divan sur le quel il a encore passé la nuit et va ouvrir la porte de son appartement pour arpenter les pavés de la ville. Cet endroit, cette ville miteuse, il ne l'aime plus, pour lui c'est un cendrier, les gens qu'il croise sont pour lui des cigarettes qui s'y consument. Petit à petit, bouffée après bouffée, les cendres tombent dans ce petit étal. Il pourrait les comparer à des mégots écrasés tant ces gens ne l'inspirent plus, et pourtant ils sont avant tout sortis d'un beau paquet joliment décoré. Il en a rien à foutre, ça lui permet de sourire.
Dans cette foule de mauvaises cendres il est fortement exigé un pétard joyeux, alors Billy est parfaitement à sa place et son regard se tourne vers les fleurs qui décorent ce mauvais spectacle.
Les premiers rayons de soleil furent une chance pour Billy et ces fleurs, il se dit que grâce à cette masse flamboyante, la flore s'est mise à éclore, à montrer fièrement sa petite gueule, un peu comme lui. Se demandant si ces enracinés ne voulaient tout simplement pas se dresser encore plus haut afin de prendre leur envol, et sa tête en l'air, les yeux rivés au ciel, le monde tourne. La ballade est stoppée dans un parc bondé de mégots. Ses yeux se ferment, pas pour dormir, plutôt pour se reposer. Il faut dire que la potion matinale du marcheur commence à faire son effet. Des couleurs et des formes se dessinent sous ses paupières, peu de réflexions précises traversent son esprit, seulement des paysages. Le soleil caresse son visage et des vagues l'emportent seul et défoncé.
Une heure a du passer sans qu'il ne s'en rende compte mais un bruit l'intrigue, il ouvre les yeux, voilà une face de mégot qui se pointe. Le genre de mégot avec un visage béat. Billy est un solitaire mais il aime bien se marrer un coup. Dans ce cas un échange est ordonné par ce dernier.
Les banalités et courtoisies de mises passées, le dialogue commence et les deux personnages trouvent un intérêt dans ce dialogue. Il faut souligner que Billy aime beaucoup écouter ou entendre seulement. Ça lui rappel son enfance, ces moments où il ne faisait qu'entendre des sons, on avait beau lui parler il n'écoutait pas. Les sons et le ton des mots l'intéressait, le sens il se contentait d'y chier dessus. Un peu comme ce gars qui s'extasiait sur la beauté de sa ville, alors que Billy la détestait. Mais la façon dont il chantait les bienfaits de sa prison, de ce cendrier plaisait beaucoup à Billy. Cet engouement ravi le brave qui sentit l'opportunité de devenir plus profond, plus intime et là Billy se mit à écouter sans rien dire. Il écoutait une cigarette bientôt arrivé au mégot, raconter sa vie cramée entre désillusion et mépris de soi. Ce n'était pas intéressant mais Billy s'alimente des rêves brisés, du désespoir pour vivre. Cela le motive, il n'y a que de cette façon qu'il arrive à comprendre sa chance. Au fond de lui c'est un peureux, il a peur de leur ressembler, ce qui le pousse à s'éloigner pour vivre de plus belles aventures.
La pauvre clope continue à peindre cette vie mal vécue, dans ce discours désastreux un mot vient percuter les oreilles de Billy : « famille ». Cette sonorité mielleuse dans les tympans déplaît fortement à l'alcoolo, ce qui lui permet de retomber un peu de sa branche haute perchée. La pauvre cigarette s 'est empêchée de vivre pour sa famille :
« Tu comprend j'imagine, et même si ce n'est pas le cas j'ai renoncé à bon nombre de mes rêves pour eux, ma famille.
- Tu sais, la famille c'est avant tout un concept, il ne faut pas trop y attacher d'importance à moins d'être convaincu de ce qu'on fait.
Comme dans la vie et avec chaque putain de rencontres. C'est trop facile de penser qu'on est destiné à une poignée de personnes et qu'elles seront toujours là. Attention on peut trouver des perles dans ce merdier familial mais ce n'est pas toujours le cas, alors t'es qu'un enfoiré qui n'a rien compris. Je me casse. »