Halte à Bethsaïde
Comme ils approchaient de Bethsaïde, Jésus leur fit cette parabole :
"Un homme avait trois fils. Le premier fils lui obéissait en tout, ainsi que le second. Mais le dernier fils refusait l'autorité du père et s'éloigna des siens. Lorsqu'il revint, les années avaient succédé aux années, et le père lui témoigna davantage d'affection qu'il n'en avait témoigné à ses deux autres fils réunis durant son absence. Oui, vraiment, je vous le dis : le Royaume de Dieu s'ouvrira davantage aux égarés retrouvés qu'aux constants, car on a plus de joie à retrouver un ami après la succession des années qu'à ne l'avoir jamais perdu. Car il faut savoir se perdre pour se retrouver."
Ses disciples acquiescèrent à ses paroles, cependant qu'ils approchaient d'une croisée de chemins qu'ils ne reconnaissaient pas. L'un d'eux dit :
"Seigneur, nous sommes perdus."
Un autre dit :
"Seigneur, je crois connaître la route ; cependant si nous voulons nous perdre pour nous retrouver ensemble dans le Royaume de Dieu, il vaut mieux que je me taise."
Ce à quoi Jésus lui répondit :
"Ne sois pas bête, Jean. Nous serions en retard à Bethsaïde, les rues seraient vides et personne n'y verrait mes miracles."
Comme Jean hésitait à parler, il lui fit cette parabole :
"Des ouvriers récoltaient le blé pour l'entreposer dans une grange. Le travail était dur et l'un d'eux refusa d'apporter plus longtemps son aide aux autres. Ils continuèrent donc sans son concours. Le soir venu, ils informèrent le propriétaire du champ que l'un d'eux avait refusé son aide, et celui-là ne reçut pas de salaire. Oui, vraiment, je te le dis : celui qui n'accomplira pas la volonté du Fils de l'homme ne sera pas récompensé par le Père ; à celui-là, les portes du Royaume de Dieu se fermeront."
Contrit, Jean désigna l'un des chemins.
"Par ici, Seigneur."
Le soleil était encore haut dans le ciel quand ils entrèrent dans Bethsaïde. Aussitôt la foule s'assembla, car elle avait entendu parler de cet homme qui opérait des miracles. Jésus chercha des yeux quelque infirme à guérir mais n'en trouva pas. Luc repéra un homme soutenu par deux autres, car ses jambes ne pouvaient pas le soutenir. Il dit à voix basse :
"Celui-là, Seigneur, tu peux le guérir."
Jésus s'approcha du paralytique et, désignant ses soutiens, lui parla en ces termes :
"Lâche-les et marche."
Suite à quoi le paralytique balbutia :
" Si je fais cela, je vais tomber."
Voyant que l'homme n'avait pas confiance en sa parole, Jésus reprit :
"Marche, connard !"
Secoué d'un hoquet, l'homme se détacha de ses soutiens et s'avança vers Jésus en le menaçant. Il fit quelques pas et s'effondra face contre terre. Les pharisiens qui étaient là dirent à Jésus :
"Que croyais-tu prouver en t'adressant à cet homme ?"
Jésus leur répondit :
"Il ne marchait pas et je lui ai rendu l'usage de ses jambes. Mais il l'a perdu de nouveau, car le Père ne souffre pas qu'on porte la main sur son Fils alors qu'il accomplit le dessein céleste."
A ces mots, l'un des pharisiens s'esclaffa :
" Cet homme est juste aviné."
La foule ramassa des pierres pour lapider l'étranger, mais Jésus leur échappa. Quelques rues plus loin, il guérit un aveugle en disposant ses paumes sur ses yeux. La foule qui l'avait retrouvé s'étonna et crut en lui. Jésus leur dit :
"Oui, vraiment, je vous le dis, ceux qui croient voir et qui ne voient pas, ceux-là seront condamnés à errer dans les flammes, alors que ceux qui ne voient pas et qui acceptent d'être guidés jusqu'à la lumière, ceux-là ressusciteront au dernier jour."
Alors Simon-Pierre parla à l'oreille de Jésus :
"Heureusement qu'il y avait cet aveugle."