Salut Baptiste,
J'ai l'impression que plus je lis ce texte, plus je découvre de petits trésors cachés entre le mots...
Bon d'abord quelque remarques concrètes:
un exemplaire d'un quotidien datant de trois semaines
L'exemplaire d'un quotidien? Vieux de trois semaines, ou datant d'il y a trois semaines?
Tu es Virginia Woolf, tu as les poches pleines de cailloux
J'adore, ça nous dit exactement à quel moment de la vie de Woolf il en est
Seulement, voilà, sur le chemin de la supérette, il y a le fleuve, et toi, tu as les poches pleines de cailloux

Tu n'es pas un de ces toqués parce que tu n'allumes jamais le salon
J'adore comme sa raison le contredit
Tu es Van Gogh et tu aimerais peindre le cri jaune du corbeau sur le mur de ta chambre

Le problème n'est pas de la nouer, mais de choisir le nœud

S'il existe vingt-cinq façons de nouer une écharpe, c'est que toutes ont une utilité, n'est-ce pas ?

Tu comprends le monde en le touchant. Quand tu caresses un bloc de cire, tu essayes de comprendre ce qu'il y a dans le bloc : un cheval, un visage, un espoir. Tu essayes de comprendre ce qu'il y a dans le bloc, et il te suffit de retirer tout ce qui est superflu. Puis de le recouvrir d'argile, de faire fondre la cire. Faire couler du bronze dans le moule en terre. Pour qu'ainsi, les autres puissent le voir.
Les autres, ensuite, le voient et l'aiment parce qu'ils peuvent tous voir le cheval, le visage ou l'espoir. Parce que la cire a simplement été réagencée. Savoir comment nouer l'écharpe, c'est se réagencer pour que les autres puissent le voir.
ça je pense que c'est mon passage préféré parce qu'il est vraiment beau. Surtout la dernière phrase.
Bon j'arrête de tout citer..
J'ai vraiment adoré ton texte. Tout s'enchaîne à merveille, les répétitions, n'en sont pas puisqu'elles apportent à chaque fois un nouvel élément, une nouvelle clé de compréhension à l'énigme de ce personnage. J'aime comme le galet ou l'écharpe sont introduits tôt dans le texte, mais ne sont expliqués que plus tard. Ca crée du suspens, un fil à suivre.
J'aime que le personnage s'adresse à lui-même, qu'il essaie de raisonner dans sa déraison, en s'imaginant être la vie des autres. Peut-être parce que cette façon de faire me parle. En s'imaginant être quelqu'un d'autre, peut-être que ça nous aide à comprendre le regard d'autrui sur cette personne, et donc sur nous...
J'adore l'écharpe et ces 25 façons de la nouer. Cela m'a un peu fait penser à Novecento, coincé sur son bateau, qui n'arrive pas à se décider de descendre, parce que la vie est trop grande (
Novecento d'Alessandro Baricco).
Donc un grand merci, je le relirai sans doute de nouveau
