Ami lecteur, toi qui parcours ces lignes à la recherche de sensations, sache combien tu sera comblé. Tu veux du Sang ?, tu en auras. Du Sexe ?, de même. Du Sale ?, aussi. Sang, Sexe, Sale : les moteurs de la fiction, les ressorts des bas instincts. Les 3 "S". Qui motivent, qui fascinent. Qui embrasent les foyers du coeur et de l'esprit.
Alors attends-toi à de l'indicible, de l'insoutenable. Du récit au-delà du supportable. Des visions que mêmes tes pires cauchemars n'auraient pu imaginer. Même la mort ne pourrait autant t'effrayer.
Alors, ami lecteur, ami des mots, si tu l'oses, viens avec moi au pays du mal, entre avec moi. Dans La Contrée.
Antoine, Comte du Comté de Contât, comptait bien contrer ces conteurs qu'on tenait pour contents de conter tant de comptines. DeS ANGlais venus du SusSEX Et deS ALExandrins venus d'Egypte, principalement. LeS EXEmples d'invasions ne manquaient pas, en Contât. Mais la Contrée ne pouvait souffrir trop d'étrangerS ALEntour, pauvre et aride qu'elle était. N'eut été les chatS ANGora de l'Egyptien, n'eut été le perSAN Grostesque de MisS ALExia sa fille, Antoine les aurait sans doute accepté. MaiS ALEntis par le climat, les pauvres bêtes n'étaient d'aucune utilité, comme un paySAN Ganté sans charrue, deS ALEzans sans fers. Même si parfoiS A LEs ententendre, leS ANGles pouvaient être arrondis, les félidéS EXEmptS ALEstés, puiS EXErcés. MaiS EX Entraineur d'animaux lui-même, Antoine savait qu'il n'en était rien.
SeS EXErcices matinaux habituelS EXEcutés, Antoine SANGla son vieux cheval MathuSALEm, et partit vers la forêt aux MéSANGes, où se terraient les conteurs. Il raSA LEs bosquets, discrétement, puis, dans un SANGlot, descendit de son cheval qui n'arrivait plusS A LE porter. D'un paS ALErte, il prit une transverSALE à travers les boiS ANGoissants qui s'offraient à lui. Il presSA LE pas et arriva bientôt aux senteS ANGuiformes qui menaient aux conteurs.
- Si vous partez, je vous paie, conteurs.
- Ah ? Et combien pour que je parte ?
- Non. Tous. Toi. Et eux.
- Grand-Dieux, ça va être au-dessus de tes moyens, Comte.
- Sans chiffre, point de louis.
- Ah ! Et combien de louis pensez-vous qu'il a ?
- Le plus possible, on espère ! Un chiffre colossal !
- Ecoutez et méditez : je vous offre cent mille.
Et ainsi, furent contrés, les conteurs de la Contrée. Contents que tant on leur donne, qu'on tende autant à ces hommes, les conteurs comptant leur obole ne comptaient pas qu'Antoine Comte du Comté de Contât compatisse, en fin de compte. Mais, par le SEXE, par le SANG et par le SALE, c'est ce qui arriva. Par le SEXE, par le SANG et par le SALE, c'est ainsi que ça se passa.
Ami lecteur, ami des mots, es-tu encore des nôtres après cette avalanche d'horreur ? Sauras-tu surmonter la torpeur qui tétanise tes sens, la raideur qui paralyse ton esprit.
Les 3 "S" sont implacables, sans pitié, et bien d'autres que toi ont succombé à leurs ravages. Je t'avais prévenu. Tu es seul responsable de ton état. De ta folie.
Ami lecteur, je m'en vais maintenant retourner à La Contrée, payer mes dettes, payer mes gens. On ne trouve pas cent mille louis d'or dans son trésor, quand on est Comte d'un pays pauvre et aride. Je gagne maintenant ma vie en contant cette histoire. Oui, je suis maintenant conteur et accepte tout présent, toute aumône. De quoi rembourser, de quoi oublier. Et s'il est par hasard de ta connaissance un vassal qui voudrait m'acheter, payer mon départ comme j'ai payé celui des Anglais et Égyptiens de ma Contrée, alors pense à moi. Pense à Antoine, Comte de Contât. Antoine, le conteur.
Ah j'allais oublier, ami lecteur, ami des mots. Dis-moi, une fois remis de tes émotions, une fois oublié l'effroi qui a blanchi tes cheveux, et terni tes yeux. Une fois passés angoisse et douleurs, peur et torpeur. Alors, et seulement alors, ami lecteur, dis-moi : sauras-tu trouver les dernières traces de Sang, les images cachées de Sexe, les ultimes odeurs de Sale qui parcourent mon récit ? Le récit d'Antoine. Antoine, le conteur.