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21 Avril 2026 à 11:19:08
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Stairway to hell

Auteur Sujet: Stairway to hell  (Lu 2083 fois)

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
  • Messages: 514
Stairway to hell
« le: 09 Avril 2013 à 19:50:58 »
Bonjour bonjour !
Un nouveau texte, qui aura quelques suites... Une histoire un peu sombre, j'essaie de m'exorciser. Vous verrez bien :)
En espérant avoir deux trois retours...




Réveil difficile. Nuits trop courtes, agitées, solitaires mais sans repos… Matins sans fin. Matins échoués, perdus, brouillés. Enfin, quand on dit matins… Onze heures, il n’en reste plus grand-chose, de cette matinée. Engloutie dans le flot d’alcool, brûlée avec les clopes, envolée. Mon dos craque, on dirait un vieux parquet, un escalier vermoulu qu’on massacre sous ses lourds pas. Toute ma colonne, crac ! C’est ta nuque qui devrait faire crac, une bonne fois pour toute. Mes pieds font rouler des cannettes, écrasent des mégots. Il y en a tellement, un second plancher sur le premier. Ca roule, ça tinte, ça cliquète, ça bouge dans tous les sens. Quelle horreur… Je pourrais en dire autant à chaque fois que je te vois. C’est là qu’elles passent mes nuits, c’est là que brûlent et se noient mes matinées…

C’est là que tu perds tout, tout ce que tu n’as de toute façon jamais été et ne seras jamais. Tu es un nul, un minable, un moins que rien juste bon à se rendre compte qu’il est bien trop tard pour attraper son train, et à sauter dessous pour mettre fin à son attente.

La grosse aiguille sur le onze, la moyenne sur le zéro, et la petite égraine un temps que je n’ai plus depuis longtemps. Quand bien même j’en aurais, qu’est-ce que j’en foutrais ? Excellente question, probablement rien. Petit studio embrumé, plus de vie là dedans. A part moi. Et encore… Je suis peut être déjà mort, sûrement à moitié mort. Non, pas de doute, tu es bien en vie, je me dois de te le confirmer… Le plat qui traine sur le bord de ma table est sans doute bien plus vif que moi. Si je le laisse tranquille encore un peu, il finira bien par sortir tout seul, en rampant. Plus de volonté que moi, à tous les coups. Et toujours plus capable, s’il peut sortir de là. C’est pas tellement difficile de faire mieux que toi. Moi, il en faudra un bon nombre de personnes pour me tirer de là, quand je serai allongé au beau milieu de mon cimetière de cannettes et des cigarettes écrasées.

Écrasées comme tu l’es, tu es mort mais tu ne le sais pas, on t’a marché dessus depuis tout petit, et tu t’es laissé faire, jamais tu n’as relevé la tête, soumis comme toujours. Tu n’as pas changé, tu sais, tu es toujours aussi plat et vide, comme tes cannettes, tu sens un son creux.

Aller, tant qu’à être réveillé, autant se lever. A tout prix éviter cette colonne de lumière, que ce vasistas à la con, passer la journée dans le noir. Ne pas mettre un seul orteil dans la grise lueur qui s’accroche dans la fumée stagnante, au beau milieu de mon carré de cinq mètres sur cinq. J’ai lu quelque part que la fumée monte, plus légère que l’air. Chez moi, ça ne marche pas. Chez toi y a rien qui marche. Il y en a tellement qui flotte sans bouger que je ne la sens même plus, elle est mon oxygène, on m’en a tellement privé que c’est tout ce qui me reste au final. Il faudrait que j’ouvre cette petite vitre de plastique, mais je n’aime déjà pas que l’œil qu’il forme, indiscret dans le seul repaire qu’il me reste, alors qu’il s’ouvre en grand et puisse de toutes ses forces épier le nid de cafards qui me sert de piaule. Même un cafard voudrait pas vivre là dedans. Et puis, si toute la fumée se tire d’un coup, les voisins vont croire à un incendie tellement il y en a qui se balade. Y seraient capables d’appeler les pompiers ces abrutis.

Ils le feront quand tu te seras suicidé et que ton corps putréfié aura passé tellement de temps là dedans qu’il ameutera le quartier entier par son odeur méphitique. Tu n’as jamais été bien agréable à la vue et à l’odorat, mais alors là, ce serait pire que tout…

Mais qu’est-ce que je fous là moi au final ? Dans ce corps, dans cette vie, dans cet appart, dans cette ville, dans ce pays, dans cette société qui ne me sert plus à rien et qui ne m’a jamais rien apporté de bon, de bien. Elle n’a sur que me laisser tomber, droit au fond du puits noir et sans fond, dans lequel nous sommes tellement nombreux à nous noyer sans cesse, au bord de la mort, jamais les deux pieds de l’autre côté. Dans ces poumons, qui doivent ressembler à deux bâtons de réglisse fumés, dans ce foie comme une éponge humide, trempée même, fuyant par tous les innombrables trous. Si seulement ça pouvait te faire crever, mais t’es une vraie charogne ! Dans ce crâne où tournent les idées noires entre les rares neurones que je n’ai pas cramés à l’alcool ou à la drogue. Et un jour, la machine impitoyable et imperturbable du système m’écrasera la coquille, broiera mes vieux cerneaux de noix moisis et racornis, séchés, pourris, émiettés, réduits en poudre, mes cortex abîmés par mes déboires. T’imagines même pas le soulagement le jour où ça arrivera. Et tout le studio s’en retrouvera éclaboussé de ces restes immondes. Ou alors je le ferai moi-même. Ce serait peut être mieux. J’ai de quoi ici. Un trou d’entrée, et un de sortie, par lequel sera aspirée toute ma matière grise, toute celle qu’il me reste. Facile et rapide. Indolore, autant qu’on puisse le dire, même si personne ne s’est déjà relevé pour le dire…

Vas-y, vas-y ! Mais fais attention tout de même, tu serais parfaitement capable de rater même ça… Mais en te le mettant dans la bouche, faudrait quand même que tu sois bien manche pour ne pas y arriver. Réussis au moins ta mort, à défaut de ta vie.

Nan, pas encore ma mort… Allez, contemplations morbides obligent, j’ouvre un tiroir. Le seul tiroir en bon état de tous mes meubles. Tous les autres sont massacrés, arrachés, ruinés. La ruine, c’est toi, tu ne l’as pas encore compris ? Deux boites là dedans. Je passe les doigts sur le plastique, ouvre la première. Je me sens mal, déjà, juste après le réveil. Mauvais. Tant pis. Dedans, un joli tas de petits sachets et des feuilles. Du blanc et du vert, tout ce qu’il faut pour monter, redescendre, remonter… Un ascenseur infini, tant qu’il y en a. Deux feuilles, collées bout à bout, un bon tas d’herbe, saupoudrée de neige. On ferme le tout, on allume, et… aaaaah… T’es vraiment une loque hein, accro comme pas possible… Enfin.  Ca fait un bien fou. Je me sens à nouveau vivre, comme si mon cœur un instant arrêté faisait de grands bonds dans ma poitrine, mais lentement, tranquillement, puissamment. Mon esprit s’apaise rapidement, ça tourne un peu, je n’ai plus qu’à m’écrouler sur mon lit. Deux ou trois bouffées que je relâche violemment dans les airs, où je les vois à peine tourbillonner tant c’est saturé de fumée bleue. Faut pas que je retombe, pas que je me détendre trop.

Si si, détends toi un bon coup, un dernier gros coup, qu’on en finisse enfin, que tout ça se termine. J’en ai aussi marre que toi tu sais, mais moi je ne peux rien y faire… Alors que toi, toi, tu peux, tu peux sans problème arrêter tout ce merdier ! Pan !

Allez ! Deuxième boite. Il me reste de quoi m’amuser parce que j’en vendais, avant. Et quand j’en vendais, j’avais de quoi me protéger. Quand t’en vendais, t’avais une vie. Le Desert est toujours là, bien brillant, tout gris. Deux chargeurs le côtoient. La sécurité est enlevée. Je la remets, on sait jamais. Je n’ai qu’une envie, c’est de le prendre, l’avoir en main, sentir à nouveau son poids entre mes doigts, au bout de mon bras. Avec lui, tout irait si vite, si facilement. Il m’arracherait toute la cervelle, sans la moindre hésitation, sans la moindre difficulté.  Non, remets ça, et on en parle plus. Et merde. Au moins pour aujourd’hui. Compte sur moi pour te le rappeler demain. Ou ce soir. Ou dans dix minutes, ha ! Je m’écroule à nouveau sur mes draps humides, d’urine, d’alcool, je ne sais même pas. Ca pue. C’est moi qui pue. Je suis plus à ça près.

Heureusement que je ne peux pas sentir ton odeur, parce que je ne supporterais pas ça. Ceci dit, rien que la vue de tout ce… ce… J’ai même plus de mots pour ça ! Eh bien voir ça me donne la gerbe, c’est ignoble.

 Des pas d’éléphant grimpent l’escalier. J’ai encore mon spliff à la bouche, et j’ai envie de plein de choses, mais surtout pas qu’on vienne me les briser… Non, je veux qu’on me laisse seul, en paix, je veux m’envoler dans des cieux colorés et calmes, sans bruit ni odeurs, sans plus rien d’autre qu’un calme mortuaire, « Merde ! ». C’est pas comme si tu savais pas comment t’y prendre pour y arriver… La porte s’ouvre à la volée. Les flics ? Non, faut croire que non. Non, c’est Joe. Joe, quel nom ridicule. Me fait penser aux Daltons. Il a même pas le cerveau de Joe, ce serait plutôt Averrell. Des yeux noirs, pas de cheveux, sourcils circonflexes, une bouche fendue en une éternelle grimace. Un caban pelucheux et noir, un jean élimé, des Vans déchirées. Il ressemble à rien. Tu t’es vu ? T’es pas mieux. Il s’assoit sauvagement sur le bord du matelas, me fait rebondir un peu.

« C’est vraiment le bordel ici !
_ T’as rien d’autre à foutre ?
_ Non, je suis venu parce que j’ai besoin de toi.
_ Moi j’ai pas besoin de toi.
_ Allons, allons… Tu fumes encore ? Mais à quoi ça te sert, c’est tellement embrumé ici que je me prends un shoot rien qu’à respirer un peu. Si je reste trop longtemps, je vais tomber…
_ C’est vrai que tu fais plus ça toi… »
Il en vendait avec moi, et il en fumait avec moi, en sniffait avec moi. Mais bon, je ne sais pas ce qu’il fait maintenant, mais en tout cas il se targue d’être clean à présent. Pas moi. Dur de prétendre à cela dans ton état…
« Bon… En tout cas… » Pause théâtrale détestable. Ca veut dire qu’il croit que je vais venir avec lui, qu’il y croit dur comme fer, et qu’en plus il est sûr que son idée est bonne. « Aujourd’hui, on braque une banque !! »
J’en crache mon pétard, qui retombe sur une tâche humide. Qui prend feu. C’était de l’alcool finalement… Les flammes grondent, je tape dessus de toutes mes forces. Il a le réflexe d’aller chercher de l’eau et de la balancer là-dessus. Maintenant, mon lit est complètement trempé.
« Ca va vraiment pas mieux toi…
_ Quoi ?
_ Ca vient de germer dans ton cerveau ? T’as bien fait d’arrêter la drogue, apparemment t’arrives déjà à être complètement à l’ouest sans ça… Encore que, peut être qu’au moins avec ça tu serais trop claqué pour raconter des conneries.
_ C'est du sérieux mec, j’ai tout prévu, c’est solide !
_ Parce que tu crois que je vais te croire ? Pas une seule seconde…
_ Pourquoi ?
_ T’as toujours été le roi du plan foireux. Entre autres bêtises innombrables…
_ Eh ben… En tout cas, j’ai besoin de toi.
_ Même pas en rêve.
_ T’es pas sympa.
_ Et toi t’es collant au possible… Insupportable… Huissier. Ou morpion, je sais pas.
_ Pour un ami, en souvenir du bon vieux temps ?
_ Du bon vieux temps ? Ca a jamais existé ça… Toujours été le merdier…
_ En ben en souvenir du bon vieux bouzin ! Allez quoi, je t’offre de quoi sortir de ta piaule minable ! De quoi aller vivre un peu au soleil… C’est pas génial ça ?
_ Non, pas avec toi en organisateur.
_ Allez, t’as cinq minutes pour te lever et me rejoindre en bas.
_ Morpion. Parce que t’es lourd à déloger, et que ça me démange atrocement de le faire violemment…
_ Bon, tu viens ?
_ Je sens que je vais le regretter… je le sens… En même temps, j’ai rien à faire aujourd’hui. Et puis au pire, on passera dans le journal, comme des martyrs d’une portion de société trop longuement éludée par nos dirigeants. Crever en héros, magnifique !
Tu te prends pas pour rien toi, martyr ? Ha, tu seras qu’un pauvre débile abattu par les flics… Noyé dans la masse…
_ Je sais pas, je ne vais pas nous faire mourir. Mais bon… Prends ton feu, j’ai ce qu’il faut, mais je préfère que tu aies quelque chose en réserve.
_ Mon briquet est dans ma poche. Il en sort pas.
_ Je parle de ton flingue.
_ Ah… »
Je me lève, chope un chargeur, l’enfourne dans la crosse quadrillée, et le plante dans ma ceinture, derrière. L’autre va dans ma poche. Hésitation, brève, et j’ouvre l’autre boite. Plusieurs sachets, des feuilles, on est partis.
« Non.
_ Quoi ?
_ No dope, ni herbe. T’es clean.
_ Va te faire fou…
_ Je déconne pas, je veux pas d’un camé.
_ Tu me préfères shooté ou en manque ? Parce que je serais toi, je sais pas si je choisirais la seconde option…
_ Merde… Allez, ramène-toi. »
On sort, c’est parti.

C’est parti ouais, pour le casse du siècle. T’es trop con, trop faible, tu t’es encore fait avoir par quelqu’un, il t’a pris par le bout du nez et t’as suivi, t’es un chien en laisse nom de Dieu ! Je te comprends vraiment pas, pourquoi tu fais ça ? Tu quittes ton appart, le miroir brisé où je me terre et d’où je te regarde manifester ton inutilité, dans ton trou à rats, mais ne t’en fais pas… Je vais te suivre. Partout où tu vas je vais. Après tout, ne suis-je pas une partie de toi ? Et puis… Il y en a partout, des vitres polies et des miroirs qui te renverront ta médiocrité. Moi. J’ai pas fini de t’en faire baver… Oh non.
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne jfmah

  • Calligraphe
  • Messages: 101
Re : Stairway to hell
« Réponse #1 le: 10 Avril 2013 à 09:05:36 »
Ouch.. la première partie, c'est trop difficile à avaler ce genre de texte, je pense.
La seconde roule beaucoup mieux.
Mon avis: refait la première partie en forme de dialogue. Ajoute un personnage qui vient et qui engueule ton narrateur pour sa vie de merde et qu'il se défendent un peu peut-être. Ajoute un peu d'action (il fait du café, il cherche une cuiller, un caleçon*, etc.) Ça passera peut-être mieux.

* Une jolie phrase qui me vient: Mon caleçon aussi devenait idéal (tu connais la suite: J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; etc.)
L'écriture se destine comme d'elle-même
à l'anamnèse (J. Derrida)

Hors ligne Kerena

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    • Dans les nuages
Re : Stairway to hell
« Réponse #2 le: 10 Avril 2013 à 11:34:02 »
Citer
Enfin, quand on dit matins… Onze heures, il n’en reste plus grand-chose, de cette matinée

Mais si, un matin ça va de 10h à 14h. Avant c'est la nuit :huhu:

Citer
une bonne fois pour toute.

toutes

Citer
Elle n’a sur que me laisser tomber

su

Citer
Il a le réflexe d’aller chercher de l’eau et de la balancer là-dessus.


Sur de l'acool, je crois que c'est la pire des idées : l'eau éparpille l'alcool et donc les flammes. Et si son pote prenait un vieux sweat, une couverture, pour étouffer le feu ?

Citer
Maintenant, mon lit est complètement trempé.

Je crois que ça change pas grand-chose à son état, au pauvre lit...  ::)

______________________

Dans l'ensemble, j'ai bien aimé. On ressent bien la détresse du narrateur, en parallèle avec un air blasé sur la vie morne dont il ne veut pas. Je sais pas, y'a un truc qui me plaît dans ce texte, on a l'impression de suivre les délires d'un vieux schizo camé, et les pensées que tu couches vont pour moi parfaitement avec ce genre de personnage.

C'était une lecture agréable =) Merci.
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
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Re : Stairway to hell
« Réponse #3 le: 10 Avril 2013 à 11:48:49 »
@jfmah :
En fait, je voulais bien que le début soit un peu lourd, mais je n'avais pas prévu que ce soit aussi long... Peut être un dialogue, en effet, je vais voir. Je ne veux pas non plus trop l’alléger, c'est pas le but... Trouver un juste milieu !
Où tu es allé chercher le truc avec le caleçon ??  :o
Merci à toi :)

@Kerena :
Chacun sa définition, moi ça commence à 7h  :P
Je ne savais pas pour l'eau sur l'alcool... Mais dans un sens, vu qu'il n'y a plus tellement d'alcool, pas en liquide, c'est le drap qu'est trempé et qui flambe... enfin, un pull sera peut être mieux, pour mettre un peu d'agitation là dedans !
Le lit est... en effet, ça change pas grand chose, mais bon  ::)
Merci beaucoup !
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
  • Messages: 514
Re : Stairway to hell
« Réponse #4 le: 10 Avril 2013 à 19:46:50 »
J'ai essayé pour le dialogue, mais rien n'y fait, je brise inlassablement mes images quand j'essaie... Je vais continuer, mais ça sera pas pour tout de suite je crois...
La suite en tout cas :




A l’arrière de son fourgon, il ouvre le hayon, et me montre ce qu’il a « camouflé » sous une couverture pliée. Quel con. Deux fusils à pompe, longs, noirs du canon à la crosse, sur lesquels se détachent des cartouches rouges, rangées de chaque côté du corps et sur la longue sangle. Ils sont tout neufs, autant que je puisse en juger, jamais servi. La portion de tube nue, au bout, brille sous le soleil. Il me désigne aussi un pistolet mitrailleur, petit et compact, dont le chargeur dépasse, et de beaucoup. A côté, un chargeur supplémentaire. Et un revolver, crosse arrondie, canon long et fin, barillet gris, un truc de cow-boy adapté à ce siècle.
« T’as quoi toi ?
_ J’ai toujours le 44. »
Ah oui… J’avais le .50, il avait le 44, et à nous deux on faisait des trous tous plus gros les uns que les autres dans les emmerdeurs.

Il prend le six-coups, le range sous sa veste, avec des cartouches, et me tend le G-18, avec le second chargeur. On embarque les pompes dans l’habitacle, lui conduit, moi je fais le passager silencieux. Mais dans ma tête ça turbine. Et je suis pas seul. Je ne sais pas ce que me veut ce con, mais ça ne me plait pas. On a un véritable arsenal avec nous, plus que ce qu’il faut pour massacrer un immeuble. Beaucoup plus que pour un simple braquage.

Tu t’es fait avoir, je n’arrête pas de te le dire.

J’en sais rien, mais fous moi la paix toi. Je t’ai suffisamment laissé parler dans le vide, mais tu me pompes l’air.
Je suis là pour ça. Et ça me fait du bien, celui que tu ne respires pas, c’est un peu plus pour moi. Crois moi, c’est pas joyeux de t’avoir avec moi en permanence. Et dire que je suis dépendant de toi, ça me rendrait malade tiens !
J’en ai marre de tes paroles vides et creuses… T’es juste bon à me rappeler que je vaux rien, et j’ai absolument pas besoin de toi pour ça figure toi.
Il me montre la boite à gants. Dedans, deux cagoules et deux paires de gants de moto coqués aux jointures, pour les empreintes. A quoi ça sert, y en a plein les armes maintenant. En parlant de ça, il prend le fusil que je lui tiens caché depuis tout à l’heure, l’arme, et me demande de faire pareil. On doit approcher.
En effet, il s’arrête devant une haute tour de verre, un immeuble froid, raide comme un mort. Il doit grouiller, tout comme un cadavre, de vers rampants et de saloperies infimes, insignifiantes, sans aucun sens. Ben tiens, on va aller faire nos charognards et bouffer un peu de ce qu’il y a dans le ventre de ce mort tout de verre, d’acier et de béton.

« Dis donc, c’est super grand pour une banque…
_ Y a les bureaux de la société en haut, mais le PDG n’est pas là.
_ Ca change quoi ?
_ Le nombre de porte-flingues qui se baladent là dedans. Y a les deux plantons dehors, peut être quelques autre dedans, mais c’est tout.
_ Et comment on s’organise ?
_ On sort de la bagnole, on flingue ces deux pauvres types, on entre. C’est l’heure où le mec qui a les codes sort bouffer, et où il traverse le hall, escorté bien entendu. On les flingue aussi. Lui, il nous file le code, et c’est fini.
_ S’il fait le mariole ?
_ Baoum.
_ Bah non…
_ Dans la jambe, on se démerde…
_ Du coup, je le sens pas le pompe. C’est des coups à vraiment le massacrer…
_ Prend ton .50 ou le G-18, on s’en tamponne au final… Garde quand même la grenaille à portée de mains, au cas où…
_ Ouais, je sais…
_ Allez, on y va. »
Cagoules, gants, je mets l’arme en bandoulière et tire l’aigle de son nid. Regard dans le rétro.

Je suis là, coucou. On se retrouve tout à l’heure… Ils doivent avoir des miroirs là dedans.

C’est ça, j’y mettrais une balle.
On sort.

Les deux gars réagissent à peine. Pas le temps. Il colle une décharge dans le ventre du premier, à trois mètres. La cartouche vole quand il enclenche la pompe. Le mec passe au travers de la vitre éclatée, le torse en sang, mort avant de toucher le sol parsemé d’éclats de verre fin.
Ca fait longtemps que je n’ai pas touché une arme. Boum, feu. Bon Dieu, que ça aurait été facile de me suicider, avec ce joujou là. Y a qu’à voir l’état dans lequel ça met celui-là, je vois au travers de son ventre, dans le gros trou que j’y ai creusé. On aurait dit qu’un crochet lui était entré dans le dos, avait siphonné ses entrailles, que je vois sortir par derrière, et l’avait tiré à l’intérieur sur plusieurs mètres. Glissade, trace ensanglantée sur le lino. Odeur infecte, mélange de senteurs abominables, encore pire que ma caverne.
Pas le temps de penser à quoi que ce soit, on entre. Le type est bien là, ça m’étonne. Lui aussi d’ailleurs, ça l’étonne. Jusqu’à ce que trois des cinq vigiles qui l’encadrent tombent. Mon chargeur est vide, pas le temps de recharger. Six balles fauchent les deux derniers, gerbes rouges dans les airs, coups de pinceaux sauvages, artiste déchaîné, peintre qui agite ses pinceaux. Le Glock, dehors, pour les autres. Pas de recul violent qui tente de m’arracher le bras cette fois, l’arme vibre nerveusement alors que les balle volent, je n’entends plus rien, le bruit me crève les tympans. Hurlements de douleurs, ordres donnés de ne pas donner l’alarme, tous à terre. J’en vois un qui essaie, qui essaie oui… Le calme revient. Tout est allé si vite…

Notre ami est par terre, apeuré. Il a suivi les ordres. Il n’y a plus un seul garde à l’horizon, mais qu’est-ce qu’il peut y avoir comme sang ! Ca a giclé dans tous les sens, il en est recouvert. Il doit être persuadé que c’est le sien. L’odeur de l’urine, reconnaissable entre toutes, emplit l’air. Joe fronce les sourcils, plisse le nez. Ca fait des gros trous, le .50. Et le 44 n’est pas en reste…
« Alors, ça va ? Ah bah non, j’suis con… Bon, on va pas épiloguer hein, tu sais ce qu’on veut. HEIN ?!
_ O… o… Ou… Oui, oui, ou…
_ Oh là vache, le flippé !
_ Fais pas l’andouille Joe, tu crois que c’est cool comme situation ? Allez mec, envoie le code, tout ira bien.
_ Je… Je… Je ne le… connais… pas. »
Joe se mord les lèvres. Il a jamais aimé les mensonges. Surtout comme ça. Pensif, il regarde tout autour de lui. Je devine trop tard ce à quoi il pense, la détonation avale mon cri. Une jeune femme est secouée par l’impact, la cartouche roule au sol. Merde.
« Merde !
_ Quoi ?
_ Mais t’es cramé ? Tu voulais pas d’un dopé, mais j’ai l’impression que t’es déjà très, très, très haut !
_ Je sais ce que je fais.
_ C’est ça… Bon allez toi, crache le code, je le connais, il est assez con pour recommencer.
_ Je ne le connais pas ! Je vous jure ! On ne l’a pas, il y a un mois qu’on ne nous le donne plus ! C’est le PDG qui l’a.
_ Un mois ? Dis donc Joe, elle daterait pas un peu tes infos ? »
Ton détaché, imperturbable. Mais au fond je boue, parce que je le savais. Joe, le roi des plans foireux.
« Mais tu vois pas qu’il ment comme il respire ce gars ?
_ Je ne crois pas non… Il s’est fait dessus tellement il a la trouille, alors je le vois mal nous raconter des craques…
_ Ben moi, je le vois très bien. »
Il se rapproche, posément, et lui explose la cheville d’une pression sur la détente. Aie… Il hurle à n’en plus finir, au final, pas besoin de sonner l’alarme, les flics doivent entendre son cri à des kilomètres ! J’en peux plus, je vais péter un câble ! L’instant d’après, la crosse du fusil de Joe lui ouvre le front et l’assomme.
« Ca va pas ?
_ Il gueulera plus comme ça…
_ Et on fait quoi maintenant ?
_ On s’organise un peu mieux, parce que ton plan foireux a magiquement réussi, c'est-à-dire qu’il a foiré ! Putain, je le savais…
_ Et ?
_ Et on attend… »

Ouais, on attend, qu’un ange descende sur Terre et nous emmène au paradis ! Génial…
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne jfmah

  • Calligraphe
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Re : Stairway to hell
« Réponse #5 le: 11 Avril 2013 à 06:11:14 »
pas lu encore la suite, je reviendrai. Mais je trouve plus intéressant de suivre le travail d'écriture que la suite de l'histoire: désolé, c'est mon penchant ici!

Un des problèmes de ton début c'est que, en plus d'être lourd sur le mode "looser" comme disait l'autre... ben c'est au début. Alors on n'est pas accroché pour continuer, on ne sais pas que ça prendre une autre allure plus loin. Un truc pourrait être de débuter sur ta deuxième partie et de faire le début en flashback. Mais aussi avec une bonne partie en dialogue, ça serait bien. Ça peut être moitié moitié, dialogue intérieur et extérieur.

Le caleçon... je fais référence au poème de Rimbaud évidemment (Ma Bohème). C'est ton ambiance crade qui a du me faire penser au vieux caleçon troué qu'il doit porter, ton type. Ça peut faire un clin d'oeil rigolo. Ça peut aussi te donner une piste pour un nouveau personnage dans l'histoire, qui serait une sorte d'intello déchu qui en balance des références littéraire salopée. Pourrait être le type du dialogue de la première partie, même. Et qui lui dit un truc du genre "Tu te prends pour Rimbaud avec ton caleçon qui devient idéal?" Enfin, tu vois le genre.

L'écriture se destine comme d'elle-même
à l'anamnèse (J. Derrida)

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
  • Messages: 514
Re : Stairway to hell
« Réponse #6 le: 11 Avril 2013 à 21:17:55 »
Je vois ce que tu veux dire, le flashback me parait une bonne idée pour accrocher. Et puis bosser pour alléger, je viens de relire, ça reste quand même un peu sur l'estomac...
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

 


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