Bonjour, bonjour !
Je dépose un nouveau texte qui, je l'avoue et le revendique, n'est certainement pas parfait et a surement plein de défauts car je l'ai écrit cette nuit à trois heures du matin (insomnie bonjour!).
Comme toujours, je m'excuse par avance pour les fautes d'orthographes, j'essaie vraiment de m'améliorer !!! J'attends vos critiques avec impatience.
*
Je regarde mes mains fixement. La terre c’est incrustée sous mes ongles. Ma peau blême est meurtrie à plusieurs endroits par les pierres qui jonchent le sol. Mes bras sont parsemés de blessures violacées. Je m’étire contre le rocher qui me sert d’oreiller. Ma queue rousse se redresse. Je passe mes doigts gras dans mon pelage fin. J’aimerais pouvoir pleurer. Mais je n’y arrive même plus. Mes oreilles se courbent pour détecter le bruit de pas au loin. Il s’introduit dans la grotte. Je reconnais le son de ses bottes en cuir sur la pierre mouillée. Je me recroqueville contre la paroi rêche. Je n’ai plus la force de me défendre. Une écuelle tombe par terre et j’écoute l’eau s’écouler dans le fer froid.
- Redresse-toi ! Espèce de monstre !
J’entrevois entre mes bras croisés le bout du bâton. Le premier coup s’abat violemment sur mes jambes. Je retiens un gémissement de douleur. Pour me rapprocher de lui, il tire sur la chaine reliée à mon collier. Je tombe à ses pieds, mes mains dans la boue. Il frappe à nouveau sur mon dos et mes épaules. Je retiens chaque cri qui menace de s’échapper de ma bouche. Si je proteste, ça sera pire.
- Lève-toi. On t’attend au village.
J’obéis. J’ai à peine eu le temps de m’abreuver. Il tire à nouveau sur la chaîne en fer. Pour lui je ne suis rien d’autre qu’un chien. Je vais leur servir quelques minutes. Et après je serais à nouveau attachée dans ma grotte. Mes pieds me brulent. J’essaie de suivre le rythme qu’il m’impose au travers des arbres. Les maisons en pierre apparaissent bientôt dans la clairière des grenouilles. La chaleur est insoutenable malgré l’ombre des feuilles. Je distingue déjà les murmures apeurés des villageois. J’essaie de cacher mes seins en croisant mes mains sur ma poitrine. Mes longs cheveux roux sont collés dans mon dos. Je me concentre sur mes pieds. Une forte odeur de poivre m’indique que le chef du village est arrivé. Il est certainement à quelques mètres de moi, mais je sais à quoi je m’expose si je lève le regard. Sa voix dure me fait sursauter :
- Allez. Chante.
Je sens les yeux posés sur moi. Je sens la haine qui m’entoure. Mes sens son décuplés par mon instinct animal. Je ne peux pas échapper aux ondes qu’ils dégagent. Je ferme les yeux avec force. Je ne veux pas chanter. Mais si je ne le fais pas, je ne survivrais pas. J’inspire profondément et penche ma tête d’un coup sec en arrière. Je laisse le loup envahir l’humain et pousse un hurlement profond. Puis un deuxième. Et un troisième. La première goutte me fait ouvrir les yeux. Je laisse mes cris s’emporter vers le ciel. Je regarde avec désespoir l’espace bleutée s’emplir de nuages noirs. Un coup de cross fait plier mes genoux et je m’écroule sur le sol. Il tire sur la laisse et je me relève avec difficulté pour suivre le fer vers l’ombre sordide de ma grotte. En arrivant il m’attache à la paroi et je m’accroupis dans mon coin. Il balance un morceau de viande cru. Je l’entends s’éloigner et ne me détends que lorsque ses pas et son odeur disparaissent de mon champ sensoriel. Je n’ai pas la force de manger ou de boire. Ils ne m’ont même pas laissé sentir la pluie couler sur mon visage. J’aimerais juste disparaitre dans le silence de la grotte.
*
Plusieurs jours s’écoulent avant que je distingue à nouveau des bruits de pas à l’entrée de la grotte. Seulement ce n’est pas lui. Les pas sont plus légers. Plus rapides. Je sens l’odeur du feu. Il vient avec une lampe. Je me recroqueville dans mon coin, sûre de ce qui m’attends. Il s’arrête près de moi. La lumière m’aveugle et je baisse le regard dans l’espoir d’éviter le bâton. Mais rien ne se passe. J’attends quelques minutes avant d’oser enfin relever mes yeux. C’est un jeune homme que je découvre, armé seulement d’un sourire et d’une lampe torche.
- Je ne vais pas te faire de mal.
Il me tend la main. Je reste sur mes gardes. Il sort de son manteau une clef et s’agenouille près de moi.
- Je vais t’enlever ça. Dit-il en désignant mon collier en fer. Ça ira mieux après.
Je ne bouge pas lorsqu’il se rapproche et passe sa main près de ma peau pour dégager ma laisse.
- Attend-moi je reviens.
Il disparait quelques secondes et réapparait avec un sac à dos qu’il pose au sol. Il l’ouvre et me tends une longue robe verte et un châle blanc.
- Il faut cacher tes oreilles.
Dubitative, je ne réagis pas immédiatement. Mes doigts caressent mon cou meurtri par le collier. Je me sens encore plus nue sans lui. En voyant que je ne bouge pas il se rapproche pour passer le châle autour de ma tête. Je grogne instinctivement. Je ne sais pas qui il est. Je ne sais pas ce qu’il attend de moi. Je ne sais pas ce qu’il veut. Il recule en grimaçant. Cette fois je n’ai plus peur de le fixer. Mes pupilles dorées le surprennent et il tombe au sol. Je me recroqueville un peu plus, tout en continuant de grogner.
- Très bien. Dans ce sac, tu trouveras des chaussures, une gourde remplie d’eau et des vivres pour quelques jours.
Il se redresse et recule doucement vers la sortie pour disparaitre dans le noir. Je tends l’oreille et l’entends sortir de la grotte. Il m’a laissé seule dans ma cage, avec le sac à dos et les vivres. Je regarde la laisse au sol. Et le collier. Mes mains tremblent. Ce n’est pas le moment de pleurer. Ce n’est plus le moment de réfléchir. Je me retiens aux parois mouillées pour me relever. J’enfile la robe et le châle. Le sac sur mes épaules. J’éteins la lampe. Je m’avance d’un pas rapide vers le ciel. En découvrant les arbres je suis essoufflée. Sans m’en rendre compte j’ai couru vers la sortie. Je grimpe sur le flanc de la montagne, à l’opposé du village. Je cours sans me retourner. Je cours jusqu’à en avoir mal aux jambes. Plutôt mourir que de retourner dans ma cage. Plutôt mourir qu’être juste un animal.
*
L’odeur de la viande cuite m’attire irrésistiblement vers le bord de la route. Depuis plusieurs jours j’évite de m’aventurer sur la route principale. Mais j’ai vidé mes ressources et mon ventre se tord sous l’odeur du poulet. Je reste cachée dans les buissons pendant plusieurs heures avant de me décider à traverser pour me diriger vers la grande maison en bois. Mais au moment où je me lève, une main me tire en arrière d’un coup sec. Je me retourne en jappant. Il est là. Le jeune homme. Il sourit encore.
- Tu ne peux pas y aller. Tu n’as pas d’argent. Et si tu te fais attraper, tu es morte.
Je me recule à nouveau, méfiante. Je ne l’ai pas senti arriver.
- Si tu viens avec moi, tu auras un endroit où dormir et te réchauffer. Personne ne te fera de mal.
Il se relève et me tends la main. Je refuse de la lui prendre. Il comprend que je ne lui fait pas confiance. Son sourire s’élargit.
- Comment est-ce que tu t’appelles ? me demande-t-il.
Je ne réponds toujours pas. Il se rassoit en soupirant.
- Moi c’est Paul. Je suis désolé si je te fais peur. Mais crois-moi, je ne te veux vraiment aucun mal. J’ai besoin de ton aide.
Je serre mes poings contre mon corps. Mes poils se hérissent. Je savais qu’il ne m’avait pas libéré par charité.
- Mon village a besoin d’eau. J’ai vu comment ils te traitaient là-bas. Si tu viens avec moi, tu auras une maison, un travail. Tu pourras vivre avec nous sans contraintes.
- Je déteste les humains.
Ce sont les premiers mots que je sors depuis plusieurs mois. Entendre ma voix me surprends et mes oreilles se dressent dans mes cheveux roux. Lui aussi parait surpris. Ses épaules se détendent. Il pousse un petit rire avant de continuer.
- Tout ce que je te demande, c’est de venir avec moi pour rendre visite aux gens de mon village. Si tu le souhaites, tu pourras rester parmi nous, et vivre une vie normale. Mais si tu ne veux pas rester, tu es libre d’aller ou bon te semble.
- C’est ce qu’ils avaient dit, là-bas aussi.
- Je sais que tu peux me tuer, juste avec mon nom. Si j’avais voulu t’emprisonner, je ne te l’aurais pas donné.
Il se relève. J’hésite quelques secondes. J’ai le choix. Je peux essayer de vivre seule. Il me tend la main. Mais je ne la prends pas. Je refuse de la prendre. Je me redresse et en quelques secondes, disparait dans les fourrés. Je m’éloigne et me cache dans un arbre. Cet homme m’intrigue. Je veux voir. Je veux savoir si je peux lui faire confiance. Il recommence à marcher et je le suis discrètement, passant de branche en branche et d’arbre en arbre. Je le suis deux jours durant. Et enfin nous arrivons à son village. Je me poste à l’orée de la forêt. Je le vois descendre le chemin sinueux de terre. Ce village est plus petit que celui qui me retenait prisonnière. Il marche entre les maisons. Un rassemblement se tient sur la place principale. Je tends mes oreilles au maximum pour essayer d’attraper des bribes de voix. Il se poste au centre, et fait silence autour de lui. Je suis vraiment trop loin pour entendre. Je me laisse glisser au bas de l’arbre et me faufile prudemment jusqu’à la première maison pour monter sur le toit. Cette fois j’arrive à entendre distinctement chacune de ses paroles.
- … décidée de ne pas venir. Le village ou je l’ai trouvé l’avait enchainé dans une grotte, la traitant comme une moins que rien. Je suis désolé. J’ai essayé de la convaincre. Mais elle ne viendra pas.
- Mais s’il ne pleut pas, nous ne pourrons pas récolter assez pour vivre et relancer les récoltes l’année prochaine ! s’exclame une jeune femme dans la foule.
Des murmures alarmés s’élèvent tout à coup.
- Du calme ! Nous allons trouver une solution.
J’observe les visages angoissés tournés Paul. Je ne dois pas céder. Je ne dois pas ressentir de compassion. Sinon on me reprendra. Et je serais à nouveau enfermée. Je redescends du toit et retourne vers la foret.
- Tu as de beaux cheveux.
Je me retourne en sursautant. Derrière moi un jeune enfant se tient assit sur une pierre. Je détends mon corps. Ce n’est qu’un enfant.
- Merci.
Il reste là, à me fixer de ses yeux ronds.
- Tu ne retournes pas au village ?
- Non, les enfants n’ont pas le droit d’aller à la réunion. Et je suis un enfant, moi.
Je ne peux m’empêcher de sourire. Il a du mal à parler et son cheveu sur la langue lui donne un air encore plus enfantin.
- Tu ne devrais pas rester près de la foret. C’est dangereux.
- Oui mais j’attends quelqu’un.
- Quelqu’un ?
- Paul a dit qu’il reviendrait avec la louve. Je veux la voir.
Mes doigts se crispent sur ma robe.
- Pourquoi veux-tu la voir ?
- Elle doit nous aider à faire pleuvoir. J’ai un cadeau pour la remercier. Regarde !
Il sort de sa poche un petit bocal en verre. A l’intérieur, trois lucioles virevoltent en cherchant la sortie. Je m’avance et m’agenouille devant lui.
- Si la louve se présente à toi, et quelle amène la pluie une fois sur ton village, gardera-tu le secret et libérera-tu les lucioles ?
- Si c’est ce qu’elle veut, oui.
- Tu promets ?
- Promis.
Je retire lentement le châle qui couvre mes oreilles. Je vois son visage couvert de poussière s’illuminer. Il tend les mains vers mes cheveux et je le laisse me caresser la tête. Il tend la main vers le bocal, ouvre le couvercle et libère les lucioles. Je me recule de quelques pas. Pour une fois depuis bien longtemps, on ne me force pas à chanter. J’élance ma tête en arrière et laisse mon instinct animal reprendre le dessus quelques instant. Le cri puissant envahi ma gorge et mes poumons. Mon hurlement s’élève dans les airs. Des nuages s’amoncellent peu à peu dans le ciel. Et je chante, encore et encore. Et cette fois, je sens les gouttes tomber sur moi. Je sens le froid de l’eau et sa morsure sur ma peau. Et lorsque j’ouvre les yeux, je peux voir le ciel emplit de nuages et d’éclairs. Je reprends mon souffle, et passe mon châle autour des épaules du petit garçon.
- Tu devrais rentrer chez toi, ou tu seras trempé. N’oublie pas ta promesse. Tu ne dois pas dire que tu m’as vu.
Il secoue vigoureusement la tête de haut en bas, mouillé mais heureux. C’est alors que je les vois. Les villageois. Paul au premier rang. Tous à l’entrée du village, nous observant. Mes jambes restent tétanisées. J’essaie désespérément de bouger, mais je ne peux pas. Paul s’avance, les yeux écarquillés. Arrivés à quelques mètres, il s’arrête et s’agenouille. Les villageois l’imitent. Le petit garçon me tend la main.
- Personne ne te fera de mal, parce que je suis là pour te protéger.
Ce sont les paroles d’un enfant. J’observe son visage aussi pur que la pluie. Je regarde les villageois, un par un. Ils ne ressemblent pas à ceux que j’ai déjà connus. Je ne lis pas de colère ou de peur dans leurs yeux. Tout ce que j’y vois, c’est de l’espoir. Je m’agenouille à nouveau devant l’enfant.
- Je ne peux pas vivre avec des humains. Je suis une louve. Mais chaque année, lorsque les fleurs doivent fleurir et que les jours s’allongent, je reviendrai à l’orée de la forêt. Et si tu m’y attends, comme aujourd’hui, alors je chanterais. Pour toi, je chanterais.
Je dépose un baiser sur son front. Personne n’essaie de me retenir. Personne n’essaie de m’attacher ou de m’asservir. Je vois leurs visages heureux devant ma simple promesse. Et je sais que je peux partir vivre, seule, sous le couvert des arbres verts.