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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Histoire sans visage

Auteur Sujet: Histoire sans visage  (Lu 2233 fois)

Hors ligne Say

  • Aède
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Histoire sans visage
« le: 27 Avril 2015 à 18:18:10 »
Salut à tous ! Voila encore une histoire que je traîne depuis un bout de temps déjà (celle là, ça fait vraiiiiiiment longtemps) et où je m'essaie à une forme plus proche du conte que ce que je fais d'habitude ! C'est donc à la fois l'essai d'un style un peu différent de d'habitude, et un mélange de tout plein d'inspirations sur lesquels j'avais envie d'écrire (mais je m'épancherais davantage la dessus quand j'aurais tout posté, pour ne rien révéler !)

L'idée c'est que ce sera en deux ou trois parties et qu'en postant la première aujourd'hui, je m'engage à poster la deuxième (et éventuellement la troisième) dans les deux semaines à venir (dans l'idée, une partie par semaine). Hé oui, on fait ce qu'on peut pour se forcer à finir ses anciens projets inaboutis : P ! Vos échos sur la première partie feront en plus un bien bon tremplin pour me plonger dans la suite !                                                               

Histoire sans visage

I.

  Il était une petite fille qui s’appelait Alissandre, fraîche et guillerette,  de cette rondeur jeune que l’on se surprend à préférer à des canons plus fins. Elle vivait en fille unique dans une petite maison de campagne, avec  ses deux parents, quelques vaches et des moutons.  Chaque matin, en allant à l’école, la petite Alissandre avait pris l’habitude de quitter le sentier pour faire un détour par les chemins de campagne,  cueillir une des fleurs dorées du champ voisin et la glisser entre deux mèches de ses cheveux.  Elle se frayait alors un chemin entre les herbes hautes et courait dans le labyrinthe miniature qui lui fouettait les jambes jusqu’à passer sous les grands arbres d’un bout de foret, sauter le petit ruisseau  et arriver à l’immense portique vert du Moulin du Compté. Pierre-Louis, le gardien de l’école, était toujours là avec son balai comme un fusil au garde à vous.  Alissandre avait toujours vu Pierre-Louis les yeux plissés, presque clos, et elle était persuadée que c’était parce qu’il rigolait tout le temps sous sa grosse moustache. Chaque matin, il lui disait bonjour et une petite tape douce sur l’épaule.
  A l’école, Alissandre était beaucoup appréciée pour sa beauté, sa gentillesse sûrement, et surtout ce petit grain d’esprit qui la rendait si différente. Elle avait beaucoup d’amis, et nombreux étaient les garçons qui se retournaient pour admirer l’éclat de sa fleur dorée. La petite avait été intéressée par ce succès tout d’abord, mais après avoir essayé de discuter un peu avec tous ces prétendants, elle les avait vite trouvés barbants.  Aux garçons, elle préférait les oiseaux. Il ne se passait pas une journée sans qu'Alissandre ne les observe depuis qu’elle avait décidé d’apprendre un jour à voler. Bien sur, elle  n’en avait parlé à personne : elle avait une réputation à l’école, et elle savait bien que personne ne l’aurait prise au sérieux avec une idée comme celle la. Mais au fond d’elle, Alissandre avait la certitude qu’un jour elle y parviendrait.

  Le soir en s’en retournant chez elle, elle préférait le sentier de terre rassurant aux herbes froides et acérées par la nuit. Des lampadaires grinçillants étaient placés ça et la sur le bord de la route, mais leur éclat n’était qu’un bouton de lumière mal cousu dans la nuit, une étoile en fin de vie.
  Le chemin n’était pas long, une dizaine de minutes tout au plus, mais le silence de la nuit n’était pas confortant, et c’était toujours les jambes lourdes et la respiration saccadée qu’Alissandre poussait le portillon de sa maison de campagne. Elle trotinnait pour se réfugier sur le canapé de la salle à manger, près du feu de bois. Alors, elle racontait sa journée de petite fille sympa à ses deux parents qui l’écoutaient en souriant, riant parfois. Elle mangeait, faisait ses devoirs, se blotissait dans son lit et la machine était relancée pour une nouvelle journée.

  Un soir, la prof d’Alissandre demanda aux élèves de lui rendre une petite rédaction sur l’avenir qu’ils s’imaginaient. Un petit gribouillis de dix lignes tout bête, pour futurs médecins, pompiers,  coiffeuses... Mais comment s’y prendre quand on veut juste voler ? « Alissandre, voler ? Ce n’est pas un métier, ça, Alissandre. ». Et pourtant, elle ne se voyait d’avenir nul part ailleurs. Elle planerait au dessus de l’école, et tous  ses amis la regarderaient, d’en bas, en ouvrant tout grand leurs petits yeux  fixés à la terre. Les garçons la fixeraient - et ce ne serait plus le même regard, cette fois-. Elle irait au Grand Canyon, plongerait dans le vide, déploierait ses ailes au dessus du monde. Rien d’autre, dans la vie, ne l’attirait vraiment.
  Elle dormit peu cette nuit là. Elle n’avait pu écrire un seul mot sur sa feuille et au moment de la lire devant la classe, elle se trouverait bien embêtée. Le lendemain, les yeux brouillés, le cerveau dans la mousse, elle partit pour l’école en avance, son bout de feuille vierge chiffonné dans la poche.
 
  Sur le chemin, elle s’assit dans le champ. Il restait des relents de nuit et ça lui faisait du bien. Alors que la lumière la rattrapait peu à peu, elle s’aperçut qu’il n’y avait pas de fleur ce matin là. Quand l’automne s’avançait, en dénicher une pour ses cheveux devenait toujours plus difficile.  Alissandre se promena un peu aux alentours. 
  Une centaine de mètres plus loin, elle aperçut un petit point doré brillant à l’orée de la forêt. La petite avait un peu de temps devant elle, et décida de s’approcher un peu. A pas de loups, elle s’enfonça dans la forêt aux arbres immenses et saisit le point doré. Sa petite fleur de tous les jours, mais brillante comme elle ne l’avait jamais été, éblouissante dans l’aube en fin de vie. Sitôt la fleur cueillie, les pétales perdirent leur éclat et tombèrent sur les chaussures vertes d’Alissandre. Plus loin, une petite fleur s’était allumée à son tour, comme un sourire de clown. Dans sa molle léthargie, Alissandre se laissa ainsi perdre dans l’immense forêt par ces guirlandes de fleurs la guidant au hasard.

                                                                                         ***

  Une horreur écorchée saisit Alissandre dans le dos quand plus rien ne s’alluma nulle part. Plus de sentier d’or, plus de guide ni de lumière. Elle tourna sur elle-même, trébucha dans la mousse suintante et leva les yeux. Le jour aurait du être levé depuis longtemps maintenant, mais le ciel était totalement recouvert du feuillage touffu des hauts arbres gouvernant l’obscurité.
Alissandre tenta de rebrousser chemin dans cette discrétion imbécile qui prend quiconque dans le noir. A chaque craquement de feuille sous ses pieds, elle sentait son cœur taper violemment à l’intérieur , comme hurlant ce que sa bouche n’osait pas.
   Elle marcha un peu, tenta de trouver quelques repères,  s’arrêta un instant pour regarder autour d’elle. Tout était sombre et parfaitement identique.
  Plus rien ne sonnait autour d’Alissandre.

Les formes de la forêt s'enroulaient dans la nuit, plus rien n’était vraiment clair. La jeune fille essaya de courir, mais le bruit de son souffle bruyant et du vent dans les feuilles la terrifiait. Elle se mit à redouter les arbres et les buissons. N’importe quel motif inoffensif avait pris des teintes de sorcières.
  Alissandre s’apprêtait à faire demi-tour quand quelque chose frappa son esprit. Dans un coin, elle avait vu quelque chose, quelque chose de glacial et immobile. Au loin, malgré la pénombre, elle distinguait une silhouette derrière un buisson. Quelqu’un attendait.
Elle rebroussa chemin sans un bruit. Elle ne savait pas où elle allait, mais au moins savait elle désormais ce qu’elle fuyait. 
L’apparition revint, au détour d’un buisson. Confondu avec un arbre lointain, caché derrière des ronces.  Depuis qu’elle l’avait vu de ses yeux, à quelques mètres devant elle, Alissandre courait en respirant bruyamment.  C’était un Homme, trop grand, trop fin pour être humain. Un Homme sans visage. Elle ne se retourna plus.
Essouflée et terrifiée, Alissandre ferma les yeux et prit sa tête dans ses mains pour se mettre à pleurer. Trop tard, elle comprit que c’était une erreur. Elle entrouvrit un œil, il était là, et un en cri elle disparut.

Hors ligne Calegal

  • Troubadour
  • Messages: 387
Re : Histoire sans visage
« Réponse #1 le: 27 Avril 2015 à 18:50:01 »
Salut Say, quelle beau conte, la fin  de cette partie est juste super, j'ai adoré ce petit sentiment d'horreur crée par l'Homme. Les choses sans visages m'ont toujours fait flipper (c'est mieux que d'avoir Voldemort derrière la tête mais bon  ::) ) J'ai noté quelques petites choses au cours de ma lecture:

Certains mots sont, je trouve, en décalage avec l'ambiance du texte, enfantine et typique des contes.  Comme "canons" 1§ l.2, "sympa" 2§ l.6 ou "prof" 3§ l.1. Ces mots casse un peu l'ambiance.

Citer
Pierre-Louis, le gardien de l’école, était toujours là avec son balai comme un fusil au garde à vous
Cette phrase est bizarrement tournée, j'aurais plus tendance à dire
"Pierre-Louis, le gardien de l’école, était toujours là, tenant son balai comme un fusil , au garde à vous

Citer
Il ne se passait pas une journée sans qu'Alissandre ne les observe depuis qu’elle avait décidé d’apprendre un jour à voler
Un peu lourd, ça serait peut-être mieux en deux phrases non?

Citer
Le soir en s’en retournant chez elle, elle préférait le sentier de terre rassurant aux herbes froides et acérées par la nuit. Des lampadaires grinçillants étaient placés ça et la sur le bord de la route, mais leur éclat n’était qu’un bouton de lumière mal cousu dans la nuit, une étoile en fin de vie.
J'adore ce passage  :coeur: :coeur:

Citer
Essouflée et terrifiée, Alissandre ferma les yeux
Essoufflée

Citer
et un en cri elle disparut.
faute de frappe?

Voilà c'est tout ce que j'ai vu de gênant  :P
Je lirais avec joie les deux parties a venir, alors il faut les écrire (j'essaie de te motiver comme tu nous l'a demandé  :D)
"Le livre n'appartient plus à celui qui l'a écrit, mais à ceux qui le lisent." Modiano
"L'abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu'on a lu, on se croit dispensé de l'apprendre. Trop de lecture ne sert qu'à faire des présomptueux ignorants." J.J Rousseau

Hors ligne Say

  • Aède
  • Messages: 158
Re : Histoire sans visage
« Réponse #2 le: 29 Avril 2015 à 14:14:44 »
Salut Calegal, merci pour ta lecture et ton commentaire :D !

Moi aussi, les choses sans visage, je trouve ça ultra flippant, et notamment la "créature" dont l'Homme de l'histoire est inspirée, disons même plus qu'inpsirée (je ne révèle rien pour le moment, je préfère attendre la fin pour mettre sur la table les inspirations, va savoir pourquoi !)

Citer
(c'est mieux que d'avoir Voldemort derrière la tête mais bon  ::) )

...Toi aussi ça a hanté ton enfance ?  :(

Merci pour toutes les corrections ! Je voudrais répondre à deux trois petites remarques !

Citer
Certains mots sont, je trouve, en décalage avec l'ambiance du texte, enfantine et typique des contes.  Comme "canons" 1§ l.2, "sympa" 2§ l.6 ou "prof" 3§ l.1. Ces mots casse un peu l'ambiance.

"Canon" est ici utilisé comme synonyme de "standard". Donc plutôt au sens de "modèle type", d' "esthétique standard", qu'au sens de "bombe sexuelle". Pas au sens "familier" du terme donc. Sinon je te l'accorde, ça aurait vraiment fait tâche. Après, si vraiment ça sonne trop vulgaire, je penserais peut être à le modifier ! Mais ce sera dur, je me suis habitué à cette première phrase héhé.

Pour ce qui est de  "sympa", "prof" et tous ces petits mots là, ce sont on va dire des petites résurgences de mon style habituel (plus parlé) dans ce style du conte (à la forme plus carrée) auquel je me suis essayé. Je comprends bien que ça puisse perturber, mais j'ai envie de tester cette forme un peu hybride, voir ce que cela peut donner. Ca fait partie de l'expérience disons.

Et je veux lui donner sa chance au moins jusqu'à la fin de l'histoire, voir si ça peut donner quelque chose de cohérent à l'arrivée. Après si ça marche pas et que ça a l'air boiteux, il faudra que je revois ça :P !

Citer
faute de frappe?

Ho la honte, la dernière phrase en plus !

 
Citer
Je lirais avec joie les deux parties a venir, alors il faut les écrire (j'essaie de te motiver comme tu nous l'a demandé  :D)

Merci beaucoup pour la motivation, c'est tout à fait ce dont j'ai besoin héhé :D ! Allez je me motive pour la suite, je m'y met cash après mes exams !

Hors ligne Pan

  • Scribe
  • Messages: 74
Re : Histoire sans visage
« Réponse #3 le: 04 Mai 2015 à 14:27:12 »
Hey, j'aime beaucoup ton texte ^ ^. Il y a de la recherche dans le style, c'est agréable à lire. L'histoire en elle même n'a rien d'originale, mais ce n'était pas lassant pour autant, puisque tu l'as revisité avec tes propres mots.
Cependant, j'ai relevé pas mal de choses ! Ce n'est pas un mauvais point : tu as voulu insuffler de la poésie à ce texte, et c'est toujours très délicat à faire, alors on a souvent plus de choses à redire sur un texte avec un ton tel que celui-ci qu'au sujet d'un autre écrit différemment. On sent bien que tu as ton propre univers et que tu l'explores à tâtons, parfois que tu glisses sans peine à l'intérieur, mais il y a quelques écueils malgré tout. Voici -ci ceux que j'ai cru apercevoir :


Chaque matin, il lui disait bonjour et une petite tape douce sur l’épaule.
"avec une petite tape douce " me semble mieux convenir. /O/

Aux garçons, elle préférait les oiseaux.
Va savoir pourquoi, j'adore cette phrase :D.

  Le soir en s’en retournant chez elle, elle préférait le sentier de terre rassurant aux herbes froides et acérées par la nuit.
Je pense que "affûtées par la nuit" serait plus juste ^ ^. Et dans la phrase juste après, "grinçillant". Je ne sais pas quel mot tu voulais utiliser, mais celui-ci n'existe pas. /out C'est dommage, ça plombe la beauté de la phrase ( bouton de lumière cousu dans la nuit, C'EST BEAU CA ). Et pendant qu'on y est, "étoile en fin de vie" est de trop aussi, je pense, ou bien reformuler ça pour que ça rentre sans sembler bizarre et malvenu.

Un soir, la prof d’Alissandre demanda aux élèves de lui rendre une petite rédaction sur l’avenir qu’ils s’imaginaient.
"Prof" ne rend pas très bien ^ ^;

Sa petite fleur de tous les jours, mais brillante comme elle ne l’avait jamais été, éblouissante dans l’aube en fin de vie.
"Dans l'aube agonisante" rendrait mieux, MAIS LA C'EST SEULEMENT MON AVIS. Et mon problème avec la musicalité.

Plus loin, une petite fleur s’était allumée à son tour, comme un sourire de clown.
Je ne sais pas si cette métaphore me plaît ou me gêne, c'est bizarre x). ON VA DIRE QU'ELLE EST BIEN. ( Puisque les clown. Brr. )

Une horreur écorchée saisit Alissandre dans le dos quand plus rien ne s’alluma nulle part.
En fait, je comprends que tu as cherché à qualifié le sentiment d'horreur, mais retranscrit de cette manière, ça donne plutôt l'image d'une créature qui surgit derrière elle :D. Je ne sais pas trop si c'est à changer ou pas, ça ne me semble pas très juste comme formulation, mais d'un autre côté, ça crée une tension, on attend de voir ce qui va se passer avec cette créature et-EN FAIT NON. PAS DE CRÉATURE. TUMTUMTUM.

Plus rien ne sonnait autour d’Alissandre.
J'ai paaaas trop compris ce que tu cherchais à dire. é_è

Dans un coin, elle avait vu quelque chose, quelque chose de glacial et immobile.
"de glacial et d'immobile" me semblerait plus juste !

Confondu avec un arbre lointain, caché derrière des ronces.
*Confondue et Cachée, puisque tu parles de l’apparition :D.


Et c'est tout ! Du reste, j'ai beaucoup apprécié la lecture. Ton texte ne semble pas réaliste à un seul moment, ce qui, à mon sens, ne permet pas de ressentir de la peur. Mais ça n'empêche qu'il soit très agréable à lire, et tout simplement beau.
Si je ne me trompe pas, tu évoques Slenderman, non ? 8D Serais-ce une suite d'histoires au sujet du monsieur ? ( Justement dénué de visage; )
"Nous n'avons pas peur que la nuit vienne... nous n'avons pas peur..."

Hors ligne vinzWallbreaker

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Re : Histoire sans visage
« Réponse #4 le: 04 Mai 2015 à 15:58:30 »
J'avoue que j'ai aussi tiqué sur "Prof" et "sympa". Deux mots qui m'ont un peu éjecté de l'histoire.
Sinon le texte est bien, on commence par quelque chose de poétique puis d'un seul coup ça biaise et part à l'opposé... Même si, je ne sais pas pourquoi, j'ai un peu senti le truc venir.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne Say

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Re : Histoire sans visage
« Réponse #5 le: 05 Mai 2015 à 13:34:48 »
@Pan

Salut Pan ! (again :p !) Merci pour ton commentaire carrément détaillé :D !

Tu met en avant pas mal de choses intéressantes, et pour certaines, qui sont liées à ma tentative de mêler ce stye assez "rêglé" du conte et cette espèce d'écriture instinctive et automatique qui me plaît bien, quelque chose de plus anarchique.
Ce qui donne des trucs comme le mot "grinçillant", terme totalement inventé mais que je laisserais (fait pour évoquer le scintillement qui grince dans la nuit) ou la phrase "Chaque matin, il lui disait bonjour et une petite tape douce sur l’épaule. ", pas française, mais que je sentais bien comme ça.
Je trouvais que ça donnait plus de vie au moment décrit. Je vais peut être le changer quand même, parce que c'est bien beau la licence poétique, mais il faut quand même parler français  ^^ !

Citer
Et pendant qu'on y est, "étoile en fin de vie" est de trop aussi, je pense, ou bien reformuler ça pour que ça rentre sans sembler bizarre et malvenu.
Bien vu, je ne m'en était pas rendu compte, mais ça alourdit pas mal la phrase alors qu'elle dit déja assez bien ce qu'elle veut dire ! Je vais modifier ça !

 
Citer
"Dans l'aube agonisante" rendrait mieux, MAIS LA C'EST SEULEMENT MON AVIS. Et mon problème avec la musicalité.
Ca fait deux remarques sur les "en fin de vie", y'en a en pagaille dans mon texte, en fait :P ! (enfin l'autre n'y est plus du coup !). Plus sérieusement, par rapport à cette remarque, on peut être en fin de vie sans agoniser ! Et c'est le cas de l'aube à ce moment là, a mon avis.
"En fin de vie", j'imagine quelque chose qui s'éteint doucement. "Agonisante", je vois une aube encore pleine de soubresauts, qui a du mal à partir. Question de ce que ça m'évoque, et de musicalité, pour moi aussi. C'est intéressant d'avoir ton point de vue sur celle ci d'ailleurs.

Citer
Plus loin, une petite fleur s’était allumée à son tour, comme un sourire de clown.
Un autre de ces trucs qui n'a objectivement pas de sens et qu'on ne trouverait jamais dans un conte, mais que je tient à garder, qui fait de ce côté spontané et instinctif du texte. Disons que comme un sourire de clown, la fleur a l'air toute rigolote et tout gentille mais...comme tu dit, Brrr les clowns  :/ .

Citer
ça donne plutôt l'image d'une créature qui surgit derrière elle
Je n'avais pas du tout pensé à ça, mais c'est vrai que ça évoque une créature. En l'écrivant, je pensais bien essayer de rendre l'horreur tangible, comme une matière autour d'elle, mais je n'avais pas capté que c'était à ce point ! Je vais peut être changer ça !

Citer
Plus rien ne sonnait autour d’Alissandre.
J'ai paaaas trop compris ce que tu cherchais à dire. é_è
Plus de son, plus rien ne sonne :p. C'est tordu, mais j'aimais bien l'idée.

Citer
Ton texte ne semble pas réaliste à un seul moment, ce qui, à mon sens, ne permet pas de ressentir de la peur. Mais ça n'empêche qu'il soit très agréable à lire, et tout simplement beau.
Ne pas ressentir de peur n'est pas du tout un problème et, comme tu l'as ressenti, le texte n'est pas fait pour ça (même si il traite du registre de l'horreur). Je ne suis pas sur de pouvoir faire peur via l'écriture d'ailleurs, ce serait un bon challenge ! Mais ce n'est pas la finalité ici, effectivement !

Citer
Si je ne me trompe pas, tu évoques Slenderman, non ? 8D Serais-ce une suite d'histoires au sujet du monsieur ? ( Justement dénué de visage; )
Héhé, la fôret, la grande créature maigre sans visage qui apparait de nul part...bien vu ! J’espérais bien que quelqu'un ferait la remarque en commentaire, parce que je pense que la suite est un peu plus intéressante si on connait vite fait le personnage. Tu penses à une suite d'histoires sur lui...? Et bien tu verras bien mouahaha.

En tout cas merci pour ton commentaire et toutes tes remarques, et très content que ça t'ai plu :D !

@vinzWallbreaker

Citer
J'avoue que j'ai aussi tiqué sur "Prof" et "sympa". Deux mots qui m'ont un peu éjecté de l'histoire.

Bon, ces deux mots semblent vraiment embêter tout le monde  ><. Je vais peut être les changer du coup, même si je suis au très attaché au "sympa". Le prof est c'est vrai assez dispensable et dénote avec le reste sans que ce soit vraiment utile !
En tout cas merci pour ta lecture et ton commentaire, vinz :D !

Hors ligne vinzWallbreaker

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Re : Histoire sans visage
« Réponse #6 le: 05 Mai 2015 à 14:19:54 »
Bah c'est surtout que le mot "prof", on l'utilise quand on est plus grand (collège/lycée) alors que là tu raconte l'histoire d'une fille plus jeune (max une dizaine d'années je dirai) donc à cet âge là on dit encore maitresse ou éventuellement instituteur.
Pour le sympa il peut encore passer même si il accroche un peu (mais je ne saurais dire pourquoi).
Avec des Si on fait de la musique monotone...

cessdu

  • Invité
Re : Histoire sans visage
« Réponse #7 le: 08 Juin 2015 à 19:54:28 »
alors cette suite ?  ;)

déjà le titre, il claque  :P

Citer
foret
forêt

Citer
il lui disait bonjour et une petite tape douce sur l’épaule.
ça ne va pas cette phrase. faut rajouter un verbe après et ou changer en lui tapotait doucement sur l'épaule

Citer
A
accent sur les majuscules

Citer
ça et la
çà et là

Citer
mais leur éclat n’était qu’un bouton de lumière mal cousu dans la nuit
:coeur:

Citer
cette fois-
pas besoin de fermer le tiret avant le point

Citer
Une horreur écorchée saisit Alissandre dans le dos quand plus rien ne s’alluma nulle part.
phrase obscure

Citer
aurait du être
dû

Citer
discrétion imbécile
bizarre cet adj ici

Citer
N’importe quel motif inoffensif avait pris des teintes de sorcières.
je mettrais plutôt Chaque motif...

Citer
quand quelque chose frappa son esprit. Dans un coin, elle avait vu quelque chose
répét bof

Citer
savait elle
savait-elle

Citer
un en cri
en un cri

fait attention aux doubles espaces, tu pourras les trouver avec un ctrl ou cmd + F

joli tableau buccolique, style fluide, et beau suspens à la fin
la suite ?

Hors ligne Say

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Re : Histoire sans visage
« Réponse #8 le: 20 Avril 2016 à 13:32:55 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


II.

Alissandre reprit conscience derrière ses paupières closes. Beaucoup de temps avait coulé et le bruit de la forêt avait disparu ; un instant elle crut n’avoir fait qu’un mauvais rêve. Mais les sons et les odeurs - le vieux bois et le poulet froid -, ne lui étaient pas familiers. Un sentiment étrange envahit son torse ; elle ouvrit timidement les yeux. Elle était effondrée sur une chaise en bois, au bout d’une très longue table à manger. 
  Un unique poulet rôti, posé en milieu de table depuis sans doute trop longtemps ; se trouvait encerclé de pommes de terre et d’un bol de carottes. A l’autre extrémité de la longue table , son hôte la fixait de son regard sans yeux. Alissandre se redressa instinctivement en sentant la panique envahir chacun des pores de sa peau.

  La créature se leva brutalement, comme en réponse à la jeune fille, et sa dressa de toute sa hauteur. Ses membres semblaient aussi fragiles que du bois sec, mais son effrayante grandeur lui donnait des airs d’araignée imprévisible. Il s’avança lentement vers la volaille. De ses longs doigts squelettiques, il en découpa minutieusement un morceau de blanc. Alissandre retint sa respiration alors qu’il s’approchait, passant ce qui semblait être une éternité à le déposer dans son assiette.
  Quelques instants. Il revint vers le poulet, en arracha une cuisse, et s'en alla la disséquer, courbé au dessus de son assiette.
 
   La jeune fille n’avait aucune idée d’où elle pouvait se trouver. C'était une grande salle à manger, sans fenêtres ni portes. Sur les murs, d'un rouge aimable, de grands tableaux représentaient, probablement, toutes sortes de choses : Alissandre ne parvenait pas à focaliser ses yeux dessus, et sa vision périphérique ne déchiffrait que d'étranges contours à l'intérieur des cadres de bois. Un escalier, que le regard suffisait à faire grincer, menait à l’étage. Entre deux grandes armoires, un couloir. Elle ne voyait pas où il pouvait mener, le lustre pendu au plafond n’éclairait pas assez.
   Elle serait incapable de manger. Il le fallait, elle ne savait pas de quoi était capable la créature à laquelle elle faisait face, mais elle en était incapable. Elle eu un haut le cœur en portant le premier morceau de poulet à sa bouche, avec la fourchette en argent fatiguée. En face d'elle, l'homme sans visage, en découpant lentement sa cuisse, semblait l'encourager. Il découpait, inlassablement, jusqu'à ce que sa cuisse ne ressemble plus à rien. Il ne porta rien à sa bouche, il n'en avait pas.
  Il se leva, rangea sa chaise, et vint se dresser de toute sa hauteur près d'Alissandre, majordome au garde à vous. Alissandre avait à peine avalé un morceau de sa viande.

  Le monstre en costume se dirigea vers l'escalier. La petite fille se leva et le suivit, elle n'avait qu'assez peu envie de rester seule dans cette salle, avec tous ces tableaux que son esprit semblait se forcer à censurer. Ils montèrent les marches ; l'escalier semblait retenir ses grincements le plus possible. En haut, l’unique porte, ouverte, donnait sur une petite chambre morbide, mais douillette sans doute.
  A peine y fut elle entrée que la porte se referma doucement derrière elle. La bête avait disparue. Il ne restait plus qu'elle, dans cette chambre au fin fond de la peur. Cette chambre aux fenêtres mal grillagées, trop hautes pour que l'on ne puisse voir au travers. Alissandre était seule avec son brouillon de rédaction vierge, et son effroi.

Le lit l'effrayait, la forme du matelas, la couleur des draps.
La commode l'effrayait.
La table de chevet, et sa petite lampe à fleurs, l'effrayait aussi.
Sans bouger, incapable de pleurer, elle ferma les yeux très fort, et disparut dans un sommeil profond, sans bouger un muscle.

  Elle se réveilla, étalée sur le parquet. Il faisait nuit noir. De petits crissements se firent entendre entre les lattes, et Alissandre se jeta sur ses jambes. Elle s'assit prudemment sur le lit, suspicieuse, et alluma minutieusement la petite lampe de chevet de mauvais goût. Elle encercla ses jambes de ses deux bras, et essaya de se calmer, de réfléchir. Quelque chose l'en empêchait.
  Dans la commode, quelque chose roulait. Elle essaya d'ignorer ce bruit, et réfléchit à sa rédaction, pour oublier.

  Il y avait sans doute beaucoup de métiers très intéressants.
Coiffeuse – pompière – médecin – dentiste – *roule roule* - chanteuse – prof pourquoi pas ? – sportive - *roule roule* – fermière – avocate – qu'est ce qui peut bien rouler dans cette commode ? - productrice – actrice – il y a plusieurs choses qui roulent – diététicienne – au moins une dizaine – qu'est ce que ça peut être ?  - monitrice d'auto-é…
  Elle n'y croyait plus. Elle en avait assez d'être une victime passive, et il fallait qu'elle sache. Pour être rassurée, ou pour au moins savoir de quoi avoir peur. Elle allait jeter un minuscule coup d’œil.

  Elle se leva prudemment et s'avança vers la commode. Elle entrouvrit un tiroir avec tout le courage dont elle pouvait s'armer, et la circulation de son sang s'arrêta.

  Des dizaines d'yeux globuleux roulaient dans la commode. Ils roulaient autour de dizaines de nez, de bouches édentées, et de paires d'oreilles. Alors qu'Alissandre était glacée par de la vision d'horreur, tous les yeux se tournèrent vers elles. Les bouches lui sourirent. Elle claqua le tiroir d'une force dont elle ne se serait pas cru capable. Les roulements redoublèrent d'intensité : les yeux se jetaient contre le bois du tiroir. Alissandre se mis à hurler le plus fort qu'elle le put, peut être pour leur faire peur, surtout pour ne plus les entendre.
  Elle employa alors une technique qu'elle utilisait fréquemment dans ses cauchemars. Face au terrible silence, face à l'affreuse horreur sourde, elle se mit à courir en hurlant. La colère se mélangeait à la peur, et grâce à elle Alissandre se sentait plus forte. Elle tira la porte de toutes ses forces, dévala l'escalier qui craqua sur son passage, et se cogna dans la table de la salle à manger, plongée dans le noir.

  Quelque chose attira son attention. De la lumière venait du couloir. De la lumière et de la musique. Un véritable orchestre semblait se déchaîner de l'autre côté de cette étrange maison. Elle reprit sa course en direction du couloir lumineux, prenant garde à ne pas penser à ces terribles tableaux qui devaient l'épier dans le noir. Le gigantesque couloir était tapissé de vert. Il prit un angle, puis deux : il semblait ne pas avoir de fin. Alissandre ne ralentit pas, les sons se laissaient de mieux en mieux dompter par ses oreilles. Dans cette maison glaciale, cette symphonie chaleureuse la rassurait, elle avait la sensation que c'était la seule chose qui pourrait la sauver. Elle parvint enfin à faire couler les larmes le long de ses joues.
  Alissandre passa la porte au bout du couloir sinueux presque sans y réfléchir, elle n'avait plus rien à perdre. Il y avait là une grande salle de bal. Éclairée par une douzaine de lustres, elle était éblouissante. La musique résonnait plus fort que jamais, rebondissant sur tous les murs. Le tuba, la clarinette, les cordes l'encerclaient. Le xylophone égrena une petite mélodie en pointillés. Cette musique n'était pas si rassurante finalement.

  Au fond de la salle, sur une scène aménagée, bordée de rideaux rouges, son hôte squelettique jouait au chef d'un invisible orchestre. Devant lui, des dizaines d'enfants costumés tournoyaient, dans une valse millimétrée. Les garçons portaient un costume noir élégant, les filles une jolie robe blanche. Deux par deux, ils dansaient, tout en douceur, valsant dans la grande salle.
  Puis vint le moment qu'Alissandre redoutait. Elle regarda leur visage. Aucun de ces enfants n'avaient de visage.
L'orchestre marqua une respiration dans la musique.
Alissandre ouvrit la bouche.
Les instruments reprirent de plus belle.
On ne les voyait nul part ; à l'oreille, ils semblaient tournoyer autour des lustres. La musique s'affolait, les percussions frappaient fort. Cette musique était-elle triste ? Ou était-elle joyeuse ?


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« Modifié: 23 Avril 2016 à 00:07:40 par Say »

Hors ligne Say

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Re : Histoire sans visage
« Réponse #9 le: 21 Mai 2016 à 16:03:13 »
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Suite et fin.

III.

  Alissandre se réveilla en sursaut. Son premier réflexe fut de se palper le visage. Son nez, ses oreilles, elle n'avait jamais été aussi contente de les retrouver. Elle regarda autour d'elle. Elle était de retour dans la chambre des horreurs. Les draps étaient méticuleusement bordés, il faisait plein jour. Elle n'aurait plus peur, plus comme la veille. Elle voulait s'en sortir, avant de devenir lisse comme tous les autres enfants. Le roulis à l'intérieur de la commode se faisait toujours entendre, mais un autre son venait le heurter. Quelque chose de pointu tapait l'épaisse vitre de la fenêtre.
  La petite fille leva la tête, l'ouverture était trop haute et elle ne voyait rien. Elle se mit debout sur le lit, mais cela ne suffit pas à la réhausser suffisament.

  La vitre craqua. "Petite !" dit la fenêtre. Alissandre se crispa ; la voix était rassurante. "Petite !", continua-elle. Alissandre s'appuya doucement sur le lit et s'essaya à un petit rebond discret, juste pour combler la hauteur qui lui manquait pour apercevoir cette vitre parlante. Hop !

"Je vais te sortir de là !"

  Alissandre amortit son petit atterissage sur les draps, les yeux écarquillés. Il y avait un oiseau, là, derrière la fenêtre, qui tapait à la vitre. Ses plumes étaient bleu clair, et il lui parlait.

"Je vais casser cette vitre, je vais ronger ces grilles. Cela prendra un peu de temps, mais je vais te sortir de là."

  Le coeur d'Alissandre se réchauffa brutalement. Dans cet enfer cauchemardesque, elle avait un allié. A cet instant les marches menant à la chambre se mirent à craquer. Elle eu juste le temps de murmurer un "Shhht!" sonore. L'oiseau s'envola, elle se jeta sous les draps. L'homme maigre ouvrit la porte. 
  Allait il lui prendre son visage ? Il fit signe de le suivre en bas.
Il lui fit suivre le même manège que la veille autour de la table à manger. Poulet tout neuf, pommes de terres, carottes. Alissandre avait pris de l'assurance et ne toucha même pas à ses couverts cette fois. Elle pensait à l'oiseau, elle pensait à son espoir. Son grand hôte n'insista pas, il baissa la tête. La petite fille réfléchit : si elle était dirigé vers le couloir, elle s'enfuirait dans la chambre en courant. Par tous les moyens possibles, elle ne rejoindrait pas le bal. Mais à sa grande surprise, elle fut conduite vers sa chambre.

  Peut être n'avait-elle simplement encore personne avec qui danser. La veille, les enfants tournaient deux par deux. Elle n'avait vu aucun enfant isolé. Peut être devrait-elle attendre le prochain venu avant d'être emmenée. Ce n'était qu'une théorie mais c'était tout ce à quoi elle pouvait se raccrocher.
  Assise sur le lit, elle entendit un battement d'aile. L'attente était la seule option, il fallait espérer que l'oiseau fasse vite. Les coups sur la vitre reprirent. L'oiseau ne parla plus, et Alissandre n'osa pas réengager la conversation, de peur de paraître idiote. Elle préferait qu'il se concentre sur sa tâche. Le temps était long, dans la chambre, mais l'espoir la faisait patienter. Parfois elle entendait un craquement et son cerveau s'emplissait de joie. Les roulements ne l'effrayaient plus : elle avait presque de la peine pour tous ces organes enfermés dans l'armoire. Elle ne la rouvrirait jamais, tout de même.

  Quelques jours passèrent ainsi. La peur s'amenuisait, et Alissandre commençait a avoir très faim. Elle se risqua un midi à croquer un morceau de poulet, cela n'allait pas la tuer. Du moins elle l'esperait. C'était bon, elle alla jusqu'a finir son assiette. Ce soir la, quand elle se leva pour remonter dans sa chambre, l'homme sans visage la rejoint a grandes enjambées et la prit dans ses bras. L'étreinte dura quelques secondes. Alissandre était tétanisée, les bras squelettiques étaient glacés. Lorsque l'étreinte se relâcha, elle fut conduit, encore une fois, à sa chambre.

  Le lendemain, la vitre se brisa, dans un grand éclat, peu avant l'appel du midi. Il ne restait plus à l'oiseau qu'à ronger le mince grillage entre l'ouverture et la pièce.
 "J'y suis presque." Il n'avait pas repris la parole depuis le début. Alissandre respira plus fort.
 "Tu vas me sauver, tu vas me ramener chez moi. Qu'est ce que je dois faire, dis moi ?" Les mots sortirent à toute vitesse.
"Ne t'inquiète pas ! Je ne le laisserais pas faire tout ça. Je vais ronger cette grille le plus vite possible et quand ce sera fait, je te prendrais dans mes pattes, et on s'envolera, tous les deux ! Je te ramènerais chez toi."
"Oui ! Oui !" Alissandre avait des larmes de soulagement aux yeux.
  Elle entendit du bruit venant de la salle à manger et se tut sèchement. Il y avait des bruits de chaises se déplaçant sur le parquet, mais personne n'était venu la chercher. La crainte, étouffée par les jours écoulés sans incidents, remonta en elle brutalement. Enfin, son hôte monta les marches,  et vint la chercher. Et en descendant l'escalier, ce qu'elle redoutait le plus se présenta devant ses yeux. A sa place habituelle se trouvait un autre enfant, un petit garçon d'à peu près son age, sans doute : il avait l'air tétanisé. Elle crut apercevoir une lueur de soulagement dans ses yeux, au moment où il l'aperçu.

  L'hôte, visiblement plus enjoué que d'habitude – cela se sentait dans l'ampleur de ses mouvements – invita la jeune fille à s'assoir en face, à la place habituelle du maître de maison. Maintenant qu'elle avait accepté de se nourrir, elle servirait d'exemple. Elle s'assit, lentement, économisant la moindre seconde pour mettre au point le plus vite possible un plan pour pouvoir s'échapper en toute situation. Maintenant que son compagnon était arrivé, ils suivraient probablement tous les deux le monstre dans le couloir à la fin du repas, et leurs yeux rejoindraient les autres dans la commode. Le monstre, debout à côté de la table, jetait sa tête d'un côté, puis de l'autre, semblant évaluer l'alchimie entre ses deux protégés.

  Alissandre allait manger. En coupant des morceaux minuscules, et en machant bien. Cela laisserait du temps à l'oiseau. Pour gagner encore un peu plus de temps, elle allait discuter avec le garçon. Elle n'avait de toute façon rien à perdre. Il fallait commencer par le rassurer, elle détestait les pleurnichards et n'était pas d'humeur.

- Salut, dit Alissandre.
- ..., dit le petit garçon à travers ses larmes.
- Ne t'inquiètes pas, on risque rien ici. Au début c'est étrange, mais finalement on s'y plait bien. Comment tu t'appelles ?
- Leo.
- Ah bon. Moi c'est Alissandre.
- Ho. Comme la fleur ?
Alissandre était à peu près sure qu'aucune fleur ne s'appelait comme ça.
- Hmm, peut être ! Il faut manger Leo, en tout cas. C'est vraiment bon, t'inquiètes pas.
Il y eu un silence, et Leo goûta au poulet, après l'avoir retourné dans son assiette une bonne dizaine de fois. Alissandre reprit brutalement :
- Qu'est ce que tu veux faire plus tard, Leo ?
La question sembla perturber le petit garçon, qui esperait déjà sortir d'ici vivant avant de penser à son avenir. Il répondit tout de même :
- Docteur, je crois.
- C'est bien comme métier !
- Je pense oui.
Il n'osa pas renvoyer la question à Alissandre, il était encore trop intimidé. L'esprit d'Alissandre s'enflamma.
- Moi je veux voler !
- Voler ? Tu veux être voleuse ?
- Non ! Je veux voler dans le ciel.
- Ho tu veux être pilote alors ?
- Hm. Je sais pas trop.
  La gestuelle du monstre laissait entendre qu'il ne comprenait pas grand chose à ce que racontait les deux enfants. Il se tortillait dans tous les sens.

  Au fur et à mesure du repas, le garçon se relaxa de plus en plus. Son regard sur Alissandre avait changé. Il semblait la regarder avec complicité, comme pour devenir son ami. La jeune fille essayait de ne pas trop penser au fait qu'elle l'abandonnerait à pourrir dans cette maison d'ici quelques minutes. En terminant son poulet en silence elle eut des visions terrifiantes : elle se figurait, en train de danser toute sa vie, sans visage, avec ce petit garçon qui ne l'intéressait pas.

  Son poulet terminé, Alissandre ferma les yeux quelques instants et se concentra. L'hôte, figé comme un phasme, bondit comme une flèche, et se désarticula vers l'entrée du couloir. Il leur montra la direction à suivre d'un air suggestif. Léo se leva, il avait fini la moitié de son assiette. Alissandre poussa lentement sa chaise. Elle se dirigea vers le couloir, et alors que le monstre tournait la tête...se mit à marcher vers l'escalier. De plus en plus vite. Elle se mit à courir dans les marches. IL se retourna. Léo ouvrit grand les yeux. Alissandre se mit à pousser un hurlement de guerre. Elle allait sortir défintivement de ce cauchemar. Elle ouvrit en trombe la porte de la chambre :
"EMMENE MOI ! Fais moi voler avec toi !"
  L'oiseau rongeait le dernier morceau de grille lorsque la créature la rattrapa dans la chambre. Elle sembla reconnaître l'oiseau, et jeta sur lui ses immenses bras squelettiques. L'oiseau fusa à travers la chambre, évitant tranquillement chacun des membres lancés à pleine vitesse. Le monstre continuait à se secouer en tous sens, désespéré.
- Accroche toi, Alissandre, dit l'oiseau.
- C'est parti ! Cria-elle.
  Elle s'accrocha aux petites pattes de l'oiseau et celui-ci la tira par la fenêtre et fusa à travers le ciel. Derrière elle la grande créature lanca le bras le plus loin qu'il put vers le ciel, puis s'effondra sur le lit, les mains sur la tête.

* * *

  Alissandre volait. Son rêve se réalisait. Elle était haut dans le ciel maintenant, accrochée aux petits pattes de l'oiseau. Derrière elle, elle ne parvenait pas à distinguer la maison où elle avait passé ce séjour lugubre. Seulement la forêt, la forêt à perte de vue. Le vent dans le visage, ses yeux brillaient. Tout cela valait la peine d'être vécu après tout.

- Oiseau. J'aimerais passer au dessus de mon école. J'aimerais que mes amis me voient voler comme ça.
- Alissandre...Tu sais que les petites filles ne sont pas censés voler ?
- Je sais. Je sais. C'est pour ça que je suis si heureuse.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Alissandre. Les petites filles ne sont pas censées voler.
  Au loin, Alissandre aperçut son village. En dessous d'elle, il y avait l'immense forêt sombre dans laquelle elle s'était aventurée. Ses arbres semblaient étranges. Elle plissa les yeux. Bien sur, ils n'avaient pas de feuilles, on était en plein automne. Mais en dessous, c'était des enfants, qui étaient plantés dans leurs branches acérées. Leurs paupières étaient closes, et le sang tachait leurs vêtements.

  L'oiseau lâcha Alissandre. Celle-ci retint son souffle. Tous ces enfants avaient un visage. Elle n'eut pas le temps d'y penser plus longtemps, et une branche se planta dans son thorax. Sa tête, dont la vie s'était déja échappée, heurta le torse d'un autre enfant, dont le sang avait séché depuis déjà bien longtemps.

* * *

  La fenêtre fut barricadé avec des barreaux plus solides. Léo logea dans la chambre en attendant que la créature sans visage ne lui trouve une autre compagne. Il en trouva une bien vite, et bientôt, Léo et Anna retrouvèrent les autres enfants dans l'éternelle valse de la salle de bal. La créature s'occupa d'eux, en prit soin comme de ses propre enfants. Il tournèrent, tournèrent, sans visage, et furent heureux pour l'éternité.
Mais ils n'eurent jamais la moindre idée de ce que cela pouvait être, de fendre l'air, là haut dans le ciel.

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« Modifié: 21 Mai 2016 à 16:05:14 par Say »

 


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