La nuit m'a assis,
Sur un nuage blanc !
J'ai la mémoire belle
Comme le cristal...
Et aussi mystérieuse qu'un sphinx...
Ils nagent, ils scintillent les souvenirs
Ils baillent, ils murmurent
Tout contre mes tympans.
Dis en un !
C'est lui ! C'est le Ludo que je revois !
Avec son pack de bière sous le bras,
Il vient arroser la solitude de mes vingt ans.
On descend les bouteilles,
Puis,
Quatre à quatre,
Mes escaliers.
Dans la cuisine gisent,
Sous la lampe jaune,
Les cadavres des canettes !
On descend dans la ville
Lui le saxo en bandoulière
Moi avec la clef des songes de minuit,
Au fond de l'esprit !
Comme chat et chien
On se faufile dans les rues.
On déraille, on dérape sur le bitume.
On tutoie les insomniaques.
On se prend pour Bukowski, Coltrane
Ou Wang Weî le poète chinois
On va tordre le cou des tristesses du jour !
Après ?
Après le fleuve
Déroule son ruban.
Entre ses berges étroites
Il y a un îlot secret.
Avec des carrés d'herbe moelleux
Et la tendre écorce des arbres.
Très loin sur la rive
Ronronnent des vieilles usines.
Soudain tout est très loin, très loin...
Sauf par dessus nos têtes
L'horlogerie céleste des étoiles
Calculant nos destinées !
La soie pailletée du cosmos...
Tandis qu'à nos pieds
Le fleuve envoie les bouffées fraîches de son flot.
Le Ludo lève son saxo
Le saxo crie
Trois notes que l'eau emporte...
Le fleuve roule sa chanson,
Les lumières de la ville tremblent dans le courant
Le saxo crie
Minuit sonne !
Après ?
Rien ! Le souvenir se fond dans la nuit,
A la vitesse de la lumière...
Les souvenirs sont des comètes mystérieuses,
Qui traversent le ciel de la mémoire.
Cette nuit m'a assis,
Sur un nuage blanc
Pour voir couler au loin,
Entre ciel et terre,
La rivière du temps !